Retour à : Plan du site - Entrée de MétéoPolitique - Société - Fiche Consommation - Analyses & Opinions

Alimentation sans protéines animales
Pas de viande dans son assiette: un délire collectif dangereux

Analyse et opinion par
Dominic LAMONTAGNE
Auteur du livre "La Ferme Impossible"  et favorable à la légalisation de l'agriculture artisanale

 
 

N’en déplaise à ceux qui cherchent des réponses simples à des questions compliquées, les vérités absolues sont rares et les solutions qui vont pour les uns ne vont pas toujours pour les autres.

Comme je l’écrivais à la fin de mon livre, comme Jean-Martin Fortier l’a dit souvent, et comme Schumacher nous le répète "ad nauseam" dans son livre "Small Is Beautiful" :  le secret de la souveraineté alimentaire réside dans la production par les masses et non dans la production de masse.

Le burger Beyond Meat appartient à la production de masse et ne pourra jamais être produit par les masses. Le burger ordinaire, quant à lui, peut être produit par les masses…

Beaucoup de chiffres le confirment déjà :  nourrir le monde est l’affaire des paysans, des artisans et des gagne-petit.   Faire de l’argent est une autre affaire ; et c’est souvent l’affaire de conquérants qui choisissent d’exploiter les plus pauvres au bénéfice des plus riches.

Aujourd’hui plus que jamais, les tendances alimentaires ne suivent plus de logique concrète.  On ne mange plus simplement ce qui peut être produit raisonnablement dans son patelin, on mange ce qu’on veut et on pousse l’audace jusqu'à dire aux autres ce qu’ils devraient manger.

Ainsi, les fruits permis et défendus changent au gré des courants idéologiques, des plus récents pronostics scientifiques (financés ou pas par l’industrie) et des intérêts corporatifs qui profitent allègrement de nous tous, foules sentimentales.

Protéines animales ou végétales, industrielles ou locales, bio ou pas ?  Tant de questions, mais si peu de gens souhaitant produire ce qu’ils mangeront.  Choisir plutôt que produire, voilà la devise de l’époque dans laquelle nous vivons.  Exiger des autres qu'ils cessent d’utiliser des énergies fossiles et arrêter de se nourrir de protéines animales alors qu’on habite dans une grande ville occidentale, qui carbure à l’énergie hydroélectrique et aux aliments importés, n’a rien de bien audacieux. 

S’exploiter soi-même ou exploiter les autres, là est la véritable question.

 Nonobstant les spectaculaires statistiques dont regorge l’internet sur les méfaits de la protéine animale (industrielle ou pas, semble-t-il), nous n’habitons pas tous au même endroit.

Ferme artisanale: Pour le décrire très simplement, il s’agit d’une ferme où un agriculteur ou agricultrice pourrait élever deux vaches pour leur lait, 200 poules pour leurs œufs et 500 poulets pour leur viande, à laquelle on ajouterait un potager.  Cette ferme serait un peu à l’image des fermes familiales autosuffisantes d’avant 1950, qui ont constitué pendant plus d’un siècle le modèle d’agriculture au Québec.

 Le climat, la composition du sol, la flore, la faune, la pluviométrie, les us et coutumes, et les régimes politiques, par exemple, ne sont pas les mêmes partout. 

Comment alors penser qu’une doctrine  "one size fits all" puisse satisfaire tout le monde ?  Qui oserait vraiment débarquer au beau milieu d’un petit village où les gens élèvent quelques animaux de trait, mangent leur riz, leur cochon et leur volaille, cueillent fruits et racines, boivent l’eau de la rivière, élèvent des enfants et s’occupent de leurs aînés, pour leur dire : « Voyons donc, manger des animaux, c’est tellement cruel ! » 

 
«

Aujourd'hui, on mange ce qu’on veut et on pousse l’audace
jusqu'à dire aux autres ce qu’ils devraient manger
                                     -
Dominic Lamontagne

»
 

Une vue de l'esprit

S’exprimer sur les pratiques agricoles qu’on souhaiterait voir dominer toutes les autres, en se basant uniquement sur des chiffres ou des doctrines, et sans avoir jamais tenté de produire de la nourriture pour soi-même et pour les autres, est, au mieux, une vue de l’esprit.

Quand on y regarde bien, en fait, on se rend compte assez rapidement que ce genre de débat intéresse quasi exclusivement ceux qui ne produisent pas de nourriture et qui ont les moyens de manger ce qu’ils veulent.

Jamais je n’ai entendu de paysans ou de producteurs agricoles dignes de ce nom, d’ici ou d’ailleurs, me parler d’éliminer les animaux des systèmes agricoles.  Même pas des maraîchers.

Là où j’habite, mon sol et mon climat m’ont amené à devoir préférer l’élevage de ruminants à la culture maraîchère.  La saison chaude est ici bien trop courte pour pouvoir me permettre de profiter de récoltes abondantes.  Mes sols ressemblent à ceux de ces prairies, savanes et terres arbustives tempérées qu’on appelle aussi « steppes ».

Depuis mon arrivée,  je travaille à engraisser, grâce au fumier de mes volailles et de mes chèvres, un pâturage rustique et vivace, sans travail mécanique, sans irrigation artificielle et sans ajouts d’herbicides ou de pesticides.   Et c’est là la principale source alimentaire de mes chèvres. 

L’eau de pluie que je récolte, grâce à mes longues gouttières, abreuve les chèvres ; et le reste tombe tout naturellement sur le pâturage.  La notion selon laquelle il faudrait 6 800 litres d’eau pour produire une livre de viande rouge m’est ici complètement incompréhensible.

En somme, l’anéantissement de toute protéine d’origine animale et, par la bande, de tout sous-produit animalier (miel, fourrure, cuir) ou de tout travail accompli par des animaux m’apparaît comme un délire collectif d’une dangerosité sans borne.

Coupés de la réalité de ceux qui produisent ce que nous consommons, il est facile pour certains de manquer de perspective et de penser que tout aliment est à leur portée.

Heureux qui, comme Aladin, mange ce qu’il souhaite.

 

 

Commentaire de
JosPublic

 
 

Dominic Lamontagne est poli et ménage bien la susceptibilité des ignorants dogmatiques.  Il faut vraiment ne pas vivre sur notre planète ou vivre les yeux bandés pour ne pas constater que tout ce qui est en vie mange la vie et se fait manger par la vie.  Nous sommes en juillet 2020, et nos anticorps ou immunoglobulines mangent plus ou moins le coronavirus, les gros poissons mangent les petits.  Vous avez besoin d'exemple ? Les baleines mangent du krill, les requins mangent des phoques qui eux mangent de la morue, parlez-en aux pêcheurs du golfe Saint-Laurent.  Les renards mangent des poules, les aigles mangent des canards malards entre autres ( j'en ai encore vu un récemment).  Bien sûr, si on vit en ville et qu'on est pas curieux,  on peut croire que le lait au chocolat vient des vaches brunes. 

Enfin, allez dire aux Inuits de cesser de manger du phoque!  Ce n'est pas sympa de s'attaquer à une si gentille bête... (qui fait tourner des ballons sur son nez).  Cultiveront-ils des brocolis sur la glace ou quoi ?  Mais bon sang, il faut réveiller les gens à licorne dans la tête!  Que leur a-t-on enseigné à l'école?  Est-ce qu'ils savent que chez les animaux dont nous sommes, il y a des prédateurs et des proies et que les humains font partie des deux groupes.  D'ailleurs, il est vrai que ces derniers ne sont  pas vraiment carnivores à cause de leur mâchoire qui fonctionne comme celle des herbivores.  La meilleure description c'est qu'ils sont des omnivores opportunistes.  Mais s'ils peuvent manger de la viande, ils doivent inévitablement la laisser faisander ou la cuire sinon ils pourraient en mourir.

Je conviens de la vision de Lamontagne.  Les petites fermes familiales devraient pouvoir revenir dans l'offre alimentaire et elles devraient être bio.   L'agriculture chimique ne devrait pas exister,  car nous sommes tout ce que nous mangeons.  La vie, c'est miraculeux comme phénomène n'est-ce pas?  Elle a transformé tout ce que nous avons mangé depuis notre naissance pour en faire ce corps qui nous définit.  Mais les produits dits toxiques que l'on retrouve dans l'alimentation nous tuent à petit feu. 

Nous en avons la preuve au quotidien et mondialement.

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

Analyse et opinion par Dominic Lamontagne...
 

Après avoir tenu un bistrot à Montréal (Le Naked Lunch), Dominic Lamontagne s’est installé avec sa famille à Sainte-Lucie-des-Laurentides pour y bâtir une petite ferme de production vivrière. Le projet rencontre de nombreux obstacles législatifs que l'auteur dénonce avec véhémence dans son essai La ferme impossible (Écosociété, 2015). Depuis, Dominic prêche par l’exemple en donnant des ateliers pratiques à la ferme et milite pour un assouplissement des lois qui régissent l’agriculture artisanale.

 

Retour au texte

comme Schumacher nous le répète ad nauseam...
 

Small Is Beautiful - une société à la mesure de l'homme.
 

Recueil d'essais de l'économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher édité en français par Contretemps/Le Seuil 1973

 

Retour au texte

 

Source:   La Presse pour la Fiducie de soutien à La Presse; Les éditions Écosociété pour Diffusion Dimédia inc.

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 18 juillet 2020

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Pourquoi suggérer
l’autosuffisance alimentaire ?
 

Empoisonner le monde ou le réenchanter par l'agriculture?
Par Claude Bourguignon

  Consommation

Retour à : Plan du site - Entrée de MétéoPolitique - Société - Fiche Consommation - Analyses & Opinions - Haut de page

 

La lampe d'Aladin