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Un publicitaire et un politicologue nous parlent-ils de publicité, d'endettement ou de nous ?

Le taux d'endettement des ménages canadiens ne cesse d'augmenter. Plus 4.6% par rapport au même trimestre l'an dernier, soit désormais 163% du revenu disponible, excluant l'endettement hypothécaire. Quel est le rôle de la publicité dans ces faits?

 
 

Pause publicitaire
par Savignac

 
 

Le taux d'endettement des ménages canadiens ne cesse d'augmenter, c'est écrit dans le journal. Plus 4.6% par rapport au même trimestre l'an dernier, soit désormais 163% du revenu disponible, excluant l'endettement hypothécaire. Et j'avoue que c'est un peu de ma faute.

Mon métier, c'est la pub. Chaque matin, je m'assois dans ma tour de verre que la petite Péruvienne vient de récurer au salaire minimum pendant toute la nuit, et je réfléchis. Je réfléchis à toi. Je t'appelle ma cible. Non, je ne te planterai pas une flèche dans le coeur, mais je vais t'agacer le désir par exemple, et tu vas souffrir.

On me confie nombre de produits et services, tous les moins indispensables les uns que les autres, à t'enfoncer dans la gorge. Rien de ce que je te propose ne t'est indispensable. Rien, parce que tu as tout, et que tu ne le sais pas. Rien, parce que tu es né du bon côté du globe, et que tu n'en n'as aucun début d'idée. Et c'est avec ton ignorance et tes faiblesses que je paie le collège du petit.

Je vais être un peu brutal, ne m'en veux pas, mais je m'étonne et me désespère toujours de l'immensité de ta connerie. En effet, pour te vendre la saloperie qu'on m'a donné à promouvoir, saloperie qui ne t'apportera, je le sais, aucune once d'un quelconque bonheur durable mais qui ne fera qu'accentuer ta soif morbide et chronique de possession, j'ai quelques hameçons auxquels tu mords irrémédiablement. Ne crois pas que j'y prends un malin plaisir, bien au contraire. Ce sentiment quotidien de baiser une femme ivre morte ne me renvoie pas de moi une image enviable. Mais le collège du petit...

Tu me décourages. Hier, dans le nord, quand le commis voyageur blanc fourrait un Indien et le dépouillait de sa fourrure qu'il revendait à prix d'or contre assez de quoi nourrir une famille pendant moins de deux jours, c'est parce que l'Indien savait mieux rêver et parler aux nuages que compter. Le commis voyageur était un abuseur de naïveté, un abuseur de poésie. Mais toi...

Toi tu n'as pas d'excuses. Tu as tout pour faire échouer mes stratagèmes. Tes besoins primaires sont comblés, parce que tu es né chanceux, innocent. Tu manges, tu bois, tu dors, tu respires, on te soigne et tu baises sans effort. Privilège ultime, tu es éduqué. De tout ce que je suis en train de te dire, tu n'es rien sensé ignorer. D'autres, mille autres que moi, bien mieux que moi, n'ont cessé de te le rappeler. Et la rue, imbécile, la rue que tu as méprisée et dont tu as ricané pendant six mois et plus cette année, la rue, qui a pris la peine de t'expliquer, longtemps, combien l'argent, le bien et l'accumulation sont ton tombeau. Et tu en as fait quoi? Tu consommes encore, encore plus, triste misère.

En dépit de ton éducation et de ta lucidité, tu tombes dans mon piège funèbre. Un peu de lumière artificielle, quelques mots qui t'émeuvent, des reflets, quelques bouts de peau pour une salive prévisible, une musique idiote, des sentiments de confiance et d'accomplissement que je fabrique de toute pièce, et tu sombres, et tu achètes, et tu crois exister.

Ta dette de 163%, pardon, mais qu'elle t'étouffe.

Mon métier, c'est la pub. J'aurais préféré parler aux nuages. Chaque matin, dans ma tour de verre, je te devine si facilement.

Le soir, quand je rentre à la maison, ne crois pas que je triomphe. Je pleure autant sur toi que sur moi.

 
 

L'endettement des ménages québécois
par Guillaume Hébert

 
 

Les signaux d’alarme à propos de l’endettement des ménages au Canada sont on ne peut plus fréquents depuis plus d’un an. Récemment c’était au tour du Conseil de stabilité financière (FSB) ( 01 ) d’exprimer ses inquiétudes au regard de la situation qui prévaut au Canada.

Le FSB, présidé par le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney, notait que le ratio d’endettement des ménages canadiens n’a pas reculé contrairement aux ménages étatsuniens et britanniques, comme le montre la figure ci-dessous :

Simon Tremblay-Pepin expliquait ( 02 ) qu’en contexte de faible investissement privé et public, la croissance de l’économie canadienne repose essentiellement depuis quelques années sur la consommation des ménages.

Mais qu’en est-il du Québec ?

En juin, des données de TransUnion ( 03 ) sur l’endettement des consommateurs québécois indiquaient que celui-ci a connu en un an une hausse plus rapide (+7,8%) que la moyenne canadienne. Cet endettement par consommateur (18 025$) est néanmoins largement inférieur à ce qu’il est au Canada (25 597$). Ces chiffres excluent toutefois les prêts hypothécaires.

Rappelons à cet effet que mis à part deux brefs moments entre 1987 et 1993, le taux d’endettement à la consommation des Québécois demeure plus bas que celui des Canadiens, comme on le voit dans le tableau suivant :

Source : Institut de la statistique du Québec (ISQ) – Le taux d’endettement à la consommation est mesuré en comparant le crédit à la consommation au revenu disponible.

De son côté le Bureau du surintendant des faillites du Canada (BSF) ( 04 ) annonçait une diminution de 4,2% des dossiers d’insolvabilité sur un an au Québec, une baisse toutefois moindre que dans les autres provinces canadiennes.

Les analystes de Desjardins ( 05 ) utilisent le « ratio de service de la dette » (RSD) plutôt que le taux d’endettement pour évaluer la situation des ménages. Le ratio du service de la dette calcule la capacité de payer et notamment de s’ajuster aux fluctuations des taux d’intérêt. Desjardins remarque que même si l’endettement des ménages québécois a augmenté rapidement durant les années 2000, le RSD demeure néanmoins près de sa « moyenne historique » à 15,5%.

Cela s’explique par les faibles taux d’intérêts, tel que l’on peut l’observer dans le graphique suivant :

Source : ISQ

Mais jusqu’au où peut-on aller à ce rythme ?

Précision d’abord que le RSD est critique lorsqu’il excède 40%.  Au-delà de ce chiffre, près d’un ménage sur quatre déclarera faillite. Puisque le nombre de ménages québécois dans cette situation n’est pour le moment pas très élevé, Desjardins ne tire pas la sonnette d’alarme. En revanche, une hausse des taux d’intérêts aurait un effet de contraction rapide pour plusieurs, d’autant plus que les prêts hypothécaires à taux d’intérêt variable sont de plus en plus populaires. Les ménages détenteurs de ce type de taux d’intérêts seront immédiatement affectés par une hausse des taux, qui, au moins, n’est toutefois pas à l’ordre du jour des prochains mois.

Desjardins a tout de même préparé des simulations afin d’anticiper les faillites personnelles dans les prochaines années au Québec. Voici le résultat :

Est-ce l’éclatement d’une bulle immobilière ou l’étranglement des ménages suite à une hausse des taux d’intérêts qui fera bifurquer l’économie canadienne et québécoise ?

Chose certaine, peu importe le scénario, si on y ajoute le secteur privé qui n’investit plus et le secteur public auquel on impose l’austérité, on s’aperçoit qu’il  ne reste plus beaucoup de cartes dans le jeu des principaux acteurs de l’économie
 

Sources:

Savignac:
de formation littéraire, homme de communication, blogueur contrarié.

Guillaume Hébert détient une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il œuvre sur les questions relatives au financement du système de santé, à la situation du logement et à la fiscalité québécoise. Il s’intéresse également aux aléas de l’économie mondiale et notamment les conséquences de la mondialisation sur la configuration urbaine. Il a étudié à Buenos Aires (Argentine) et São Paulo (Brésil) et maîtrise les quatre langues officielles du continent.

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 17 novembre 2012

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Dix compagnies contrôlent votre consommation domestique: l'illusion du choix

Analyses & Opinions à propos de la consommation

Fiche: Consommation

Notes & Références encyclopédiques:

01
 
 
 
 

Two areas for particular attention are the exposure of the economy and financial system to adverse global economic developments, and the increasing indebtedness of Canadian households.

Par le Conseil de stabilité financière (FSB)

PDF 39 pages

 
 
 
 

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02

Simon Tremblay-Pepin expliquait

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03

Des données de TransUnion

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04

Bureau du surintendant des faillites du Canada (BSF)

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05

Analystes de Desjardins

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