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Hargne et grossièreté, mais de la part de qui ?

François CANTIN
Citoyen de Montréal
Publié ici le 3 octobre 2010

À propos du texte « Hargne et grossièreté » de l'éditorialiste Mario Roy, du journal La Presse paru le samedi 2 octobre 2010

Bécancour: l'économiste Pierre-André Julien a été l'un de ceux qui ont souhaité obtenir plus d'information, notamment en lien avec les chiffres avancés par l'industrie pour vanter l'exploitation des gaz de schiste

Environ 300 personnes ont empli, et fait déborder, la salle municipale de Saint-Édouard-de-Lotbinière

J’ai assisté aux trois présentations faites par M. André Caillé et l’industrie gazière (Bécancour, St-Édouard-de-Lotbinière et St-Hyacinthe). J’ai pu constater de visu la montée de l’agressivité dans les auditoires respectifs de ces trois rencontres. J’ai été témoin des violences verbales faites par quelques individus envers M. Caillé et les gens de l’industrie présents à l’avant de la scène lors de la présentation de St-Hyacinthe et que Mario Roy, de La Presse, commente dans son éditorial du samedi 2 octobre intitulé « Hargne et grossièreté ». Ces gens criaient si fort que j’en avais mal aux oreilles. C’était très désagréable.

Si, comme Mario Roy l’a fait, on ne regarde que d’un coté de la médaille, il a raison de dire que : « Par une comique inversion des valeurs, la violence est devenue la seule façon d'obtenir le... respect! »

Mais regardons des deux cotés et portons attention à ce qui s’est vraiment passé.

D’abord, contrairement aux informations véhiculées par M. André Caillé de l’APGQ, l’opposition n’était pas, lors de ces assemblées, que le lot des environnementalistes. Les salles étaient remplies à 95% de citoyens ordinaires, agriculteurs, villageois et villégiateurs, qui s’étaient déplacés pour recevoir des informations… qui ne sont finalement jamais venues.

En effet, M. Caillé n’a offert comme information qu’un petit film de 10 minutes, expliquant de façon très schématique la façon dont l’industrie procède pour forer un puits, y couler une gaine de béton, fracturer la roche et en retirer le gaz. Ensuite il proposait aux gens qui le désiraient de venir poser leurs questions au micro.

Il n’y avait pas un seul mot dans ce film pour décrire ne serait-ce qu’un des nombreux risques et surtout des nombreux impacts et dommages que cette industrie peut causer à l’environnement, aux communautés, à la faune, la flore, etc.

Pourtant, il y a tellement d’informations inquiétantes disponibles sur ce sujet depuis trois mois que la vaste majorité des gens est arrivée aux sessions d’information avec un bon bagage de connaissances et plusieurs questions. Tous ont donc été surpris et déçus par ce court film insipide.

La violence première, elle était là. Elle était dans l’information contenue dans ce petit film. Alors que tous savent qu’il s’agit d’une industrie lourde pouvant causer des impacts majeurs, on nous dit voilà, on fait un petit trou, on prend le gaz, on installe une clôture autour du trou et on s’en va. Des impacts équivalents finalement à ceux d’un enfant qui fait un château de sable au bord de la mer.

Les gens de la vallée du St-Laurent qui ont eu le malheur de voir apparaitre une tour de forage dans leur environnement ont subi une violence importante. Le fait que la loi sur les mines permette à une compagnie d’installer son matériel d’industrie lourde, sans même avoir à demander la permission au propriétaire du terrain ni à la municipalité, est porteur d’une extrême violence.

 Les milliers de camions lourds qui circulent dans les rangs pour véhiculer les millions de litres d’eau propre pour la fracturation, l’eau polluée à évacuer par la suite, les tonnes de produits chimiques nécessaires à la fracturation, le matériel de forage, les pompes pour l’eau et le gaz, les roulottes d’hébergement et tout le matériel pour assembler une tour de sept étages, ont un impact d’une violence inouïe sur la quiétude, la sécurité et la vie des habitants de la région.

Et c’est sans parler des torchères  qui lancent une flamme haute comme une maison et du bruit des moteurs des pompes qui hurlent 24 heures par jour.

Ces gens se sentent coincés. L’industrie s’installe chez eux comme on entre dans un salon avec des grosses bottes pleines de boue.

La loi est du coté de l’industrie, et le gouvernement, qui devrait normalement protéger les citoyens, eh bien ce gouvernement affiche clairement son appui à… l’industrie, affirmant que si des citoyens sont inquiets, c’est parce qu’ils sont «mal informés».

Comment s’étonner alors que quelques-uns aient perdu leur sang-froid devant les demi-vérités et les omissions qu’ont offert M. Caillé et les gens de l’industrie en réponse à leurs questions et inquiétudes. Certaines réponses de l’industrie étaient même carrément mensongères. M. Caillé a en effet affirmé de façon très claire qu’il n’y a pas de moratoire actuellement dans l’état de New-York sur l’exploitation des gaz de schiste. Il a aussi ridiculisé les accidents qui sont survenus en Pennsylvanie, disant simplement, et prenant l’exemple d’un ou deux cas, qu’une cause non reliée à l’exploitation des gaz de schiste expliquait le fait que certains ont trouvé du gaz dans l’eau de leur robinet.

Pourtant, six états américains accueillant des compagnies d’exploitation de gaz de schiste ont documenté au-delà de mille accidents chacun suite au passage de l’industrie. Tous ces cas s’expliquent-ils vraiment par des causes étrangères aux gaz de schiste ? Le moratoire décrété dans l’état de New-York et la vaste étude d’impact lancée par l’agence de protection environnementale américaine (EPA) sont-ils vraiment le fruit de quelques dirigeants politiques timorés et incompétents? 

La politesse et le respect auront toujours une place centrale et totalement essentielle dans un dialogue constructif. À l’inverse, la violence, verbale ou sous une autre forme, est toujours désolante. Il faut ici saisir l’occasion et voir ce que cette violence exprime. Comme le très sonore
« ouch ! » que l’on prononce lorsque l’on se donne un coup de marteau sur le pouce, les cris lancés par certains lors des assemblées exprimaient la douleur,  la stupeur et un grand désarroi face à l’effronterie de l’industrie gazière.

Il est hasardeux de ne souligner, dans cette lutte qui oppose des gens aux visées opposées, que la violence verbale exprimée par quelques individus de l’une des parties. Elle est bien sûr déplorable. Mais la violence qui fait mal, celle qu’il faut dénoncer, elle se situe, dans le cas qui nous occupe ici, principalement dans les gestes effrontés et arrogants de l’industrie, dans les présentations à caractère trompeur qu’elle a faites, et dans le fait qu’elle a pris les citoyens pour des imbéciles.