Éric Duhaime, animateur radiophonique : Vol d'auto et viol d'une femme, même combat

À la suite du rassemblement à l’Université Laval contre les agressions sexuelles le soir du 19 octobre 2016, l’animateur de radio Éric Duhaime est revenu sur les propos qu’avait tenus une jeune femme qui a fait un discours à ce regroupement.  Éric Duhaime compare la culture du viol à un vol d'auto.

 
 
 

Un doigt d'honneur à Éric Duhaime
Animateur radiophonique de Québec.  Un épais embauché par un Richard Lachance président de COGECO Média Inc. et cautionné par Henri Audet propriétaire de Cogeco et portant fièrement à droite son p... , son programme politique
- JosPublic

 
 

Dans l’extrait présenté lors de l’émission du 20 octobre de Duhaime-Drainville le midi à la station de radio FM93 de Québec, on entend une femme expliquer que, pour elle, la culture du viol c’est «de se faire responsabiliser pour n’avoir pas barré sa porte (sic)».   Elle faisait référence aux intrusions par infraction qui sont survenues à l'Université Laval.

 Après avoir passé l’extrait, Éric Duhaime a comparé la culture du viol à un vol d’auto.

« C’est parce que, à ce que je sache, si une fille pense que tu la regardes comme un morceau de viande, c’est un viol, donc est-ce qu’on peut violer quelqu’un avec nos yeux?  Est-ce que le fait de dire que l’on devrait barrer nos portes c’est l’équivalent de supporter (sic) le viol? (…) »

Laisse tes clés dans ta voiture, laisse ta porte débarrée, fais-toi voler ta voiture pis parle à ton assureur pour voir comment qu’il va réagir, pis y’a rien à voir dans culture du viol.   Pis y va t’dire: "regarde mon homme, t’as une responsabilité. Le criminel qui t’a volé ton char va être aussi coupable, pis y va aller en dedans, pis y’avait aucune affaire à te voler ton char, mais toi, parce que t’as pas barré ta porte, il va quand même te sanctionner."»


L’équipe du magazine Urbania a répondu à Éric Duhaime sur sa page Facebook le lendemain de ses déclarations.  La publication a obtenu plus de 2 500 mentions «j’aime» et 500 partages en mois de quatre heures.

Reste à savoir si l’animateur aura une réponse à tous ces doigts d’honneur lors de sa prochaine émission. Le chroniqueur du quotidien La Presse, Patrick Lagacé, avait également son mot à dire.

Je vais faire ça super court, super simple.  Comparer une agression sexuelle à un vol de voiture, c'est un raccourci intellectuel risible.

Tu te fais voler ton char, tu paies la franchise de 500$ et dix ans plus tard, tu as oublié la couleur de l'intérieur de ton char.

Tu te fais violer, tu n'as rien oublié dix, 15, 20 ans plus tard. Toute ta crisse de vie, tu te souviens des couleurs, des odeurs et des mots.

Quelqu'un qui ose comparer un viol à un vol de char fait la preuve qu'il ne prend pas trop, trop la peine de parler à des êtres humains avant de faire son show dans son micro.    Il devrait.

 
 

Fâchons-nous
Par
Rose-Aimée Automne T. Morin

 
 

J’ai l’impression d’avoir écrit ce texte cent fois.  Mais fuck it, je vais l’écrire encore.

Je suis tannée de voir mes consoeurs se faire attaquer.  Je suis tannée de la honte qu’on tente de nous imposer.   Je suis tannée de voir des gens profiter de leur tribune pour ralentir la révolution qu’on tente d’engendrer.

Je suis tannée de cette culture où on peut comparer le viol au vol d’une voiture dont on n’aurait pas barré la porte, et ce, sans craindre de perdre notre micro.

Je suis fatiguée.

Je suis fatiguée, mais je n’arrive même plus à soupirer.  Il n’y a plus rien qui me surprend.  Les coups sont incessants, on finit par s’y habituer.

Pourtant, entre une énième violence de Trump, une déclaration complètement conne d’Éric Duhaime, une accusation d’agression sexuelle remise en question par un député libéral et un fan de Marc Lépine, il y a de quoi en avoir plein le cul.

Alors, on sort de notre absurde neutralité et on prend la parole.  Encore.  On se dit qu’il le faut, que ça va en réveiller quelques-uns.  Quitte à se faire mal.

Combien de fois va-t-on devoir se remémorer nos agressions, les revivre et les dénoncer au nom de l’éveil collectif ?  Combien de fois va-t-on encore devoir se dire qu’on crève l’abcès ?

Il y a deux ans, on se fâchait.  On levait le voile sur nos histoires – parce qu’on en a toutes, des osties d’histoires d’agression.  On se faisait mal en dévoilant le pire parce qu’on croyait que l’effet serait durable.

On subissait le backlash, l’immense solitude, en croyant que ça vaudrait la peine.

Et regardez où on en est.

J’ai l’impression d’avoir écrit ce texte cent fois.  Mais fuck it, je vais l’écrire encore.

Fâchons-nous.

 

 
 

La difficile approche des agressions sexuelles
Par Claude Aubin

 
 

Nous sommes en 2016, des jeunes femmes sont toujours victimes d'agressions sexuelles.

Nous avons tous eu vent récemment des
agressions à l'Université Laval.   Des allégations concernant Gerry Sklavounos.   Des initiations un peu trop explicites sur les campus.   Des étudiants en dentisterie en Nouvelle-Écosse.   Des problèmes à l'université d'Ottawa.   Nous parlons tout de même ici de nos futures élites et il se trouve encore un gars pour dire: «Elle l'a bien cherché».
 

Dans ma carrière de flic, comme policier en uniforme ou comme enquêteur, j'ai été confronté à la dure réalité des agressions sexuelles et des préjugés de la part de confrères, de parents d'accusés, tout autant que du système judiciaire.    Pour les parents et conjoints d'accusés, je peux comprendre, sans la cautionner, l'attitude de ceux-ci.   Mais policiers, avocats et magistrats, rien n'est moins sûr.

 

Je me souviens d'un cas en particulier.   Une jeune femme abordée sur une terrasse de la rue Saint-Denis par un jeune homme tout à fait correct.  Il était bel homme, poli, prévenant.  Il raconta la mort de son père, la peine qu'il éprouvait, la fortune qu'il lui laissait.  Vers la fin de la soirée, le couple s'était entendu pour prendre un denier verre et comme le jeune homme avait un peu bu, il prétendit ne pas vouloir conduire la rutilante Lincoln blanche située plus loin. 


Quel garçon responsable! En chemin, il lui montra un building faisant partie du legs, mais, comme tout était en rénovation, ils se rendirent au sous-sol d'un logement miteux.  La jeune femme, comprenant que quelque chose clochait, voulut partir, mais l'autre était maintenant nu comme un ver.  L'agression durera quelques heures, la jeune femme se faisant uriner dessus et bien pire.


«Je suis un bol de toilette», voilà ce qu'elle finira par me dire à la fin de son récit.

Des phrases de juges comme : «Vous étiez un peu consentante»;    «Je ne peux pas prendre de décision, votre employeur dit que c'est vous qui le harceliez».

Au procès, un juge lui dira : «Vous pensiez qu'il était riche et maintenant vous vous vengez».   Oui, ceci sortait de la bouche d'un magistrat, un homme impartial décidant de ce qui va changer votre vie.   J'avais pris quelques mois pour rebâtir une confiance avec la jeune femme et lui, dans une phrase assassine, il rasait sans même sourciller le peu d'estime qu'elle avait d'elle-même.

Une jeune Philippine étudiante à Concordia fut agressée par un étudiant bosniaque.  Celui-ci s'enfuit quelques mois pour revenir avec femme et enfant.   Le juge conclut donc à la bonne foi de sa part.  Selon lui, la faute incombait en partie à la jeune étudiante qui n'avait pas été assez claire dans son refus.  Cette jeune femme m'avait fait confiance et je sentais l'avoir déçue.

Vous croyez à des cas isolés?   Détrompez-vous.   Je pourrais vous raconter des histoires aussi tristes, car des causes d'agressions j'en ai eu mon lot.   Des phrases de juges comme :  «Vous étiez un peu consentante»; «Je ne peux pas prendre de décision, votre employeur dit que c'est vous qui le harceliez».

Par un enquêteur : «Ben... tu vois, t'as juste à t'habiller correctement».  Par un avocat de la défense: «Le gars s'est poussé en Colombie, il ne reviendra pas, tes plaignantes vont avoir la paix». J'ai même eu droit l'an passé à la mère d'un pédophile disant aux journalistes «Il ne les a pas violés, il a juste pris des photos.»

Promotion de la haine sociale?   Comment ça?  En voici le tableau explicité en diagramme

Quand il faut mettre des gardiens de sécurité dans les dortoirs des universités et que les recteurs pensent à la réputation de l'établissement avant la vérité.   Quand la GRC doit payer des millions de dollars pour des causes à caractère sexuel.   Quand l'armée doit elle aussi faire enquête dans ses rangs.   Je ne suis pas sûr que nous avons évolué tant que ça.   Pensons à l'affaire Aubut, tout le monde savait depuis des lustres, pourtant...

Notre monde «Net», érotisant les jeunes filles et désensibilisant les garçons, y joue maintenant aussi un rôle important.   Qui, parmi les jeunes, ne suit pas la famille Kardashian?   Ou qui ne voit pas les stars de la chanson à demi- nues.   Comment les plus jeunes peuvent-ils concevoir les relations amoureuses autrement que par le sexe, même sans un consentement explicite.   Comme me le disait un jeune agresseur : «Elle aimait ça».   Bien sûr, boisson, GHB ou ecstasy aidant, tout le monde est consentant.   Mais il y a un après.

Et si c'était notre sœur, notre fille, notre nièce, aurions-nous les mêmes réactions?

 

Sources: Le Huffington Post Québec pour AOL-Canada/Verizon communication pour Verizon; Urbania pour pour Philippe Lamarre

Choix de photos, choix de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 22 octobre 2016

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