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La planche de salut des médias en papier: la provocation ?

La manipulation de l'information ne date pas d'hier mais des nouveaux outils sont maintenant au service des propagandistes. Les couvertures de quotidiens et de magazines sont devenues provocantes à souhait. Président gay, seins nus, avions lubriques. Les entreprises de presse font de la surenchère pour contrer l'information sociale et augmenter leurs profits... Il y avait la nouvelle, ce qui venait de se produire et que vous ne saviez pas, il y avait les commentaires sur la nouvelle, donc les éditoriaux ou les chroniques et il y avait les nouvelles de divertissement, en gros le sport et les arts. Aujourd'hui les genres sont confondus et pour parler particulièrement de la presse papier....l'hameçon est dans la présentation de la première page. Ça vend ou pas.

 

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Qui aurait pu imaginer que l'allaitement
pouvait encore provoquer une telle controverse ?

»

 

La récente couverture du magazine Time montrant une jolie mère de 26 ans donnant le sein à son fils de 3 ans - avec le titre "Êtes-vous assez mère ?" - a prouvé qu'une image convenablement choquante pouvait encore faire parler.

The Huffington Post a publié une vingtaine de papiers sur l'allaitement, dont une galerie d'images représentant l'allaitement au fil de l'histoire de l'art.

Même Benjamin Nétanyahou, qui devait faire la une de Time la semaine du 20 mai 2012, a demandé si on le photographierait sans chemise.

"Cette couverture a réalisé l'impossible, déclare Richard Stengel, directeur de la rédaction de Time. Le sujet a manifestement touché un point sensible."

D'après un porte-parole du magazine, la couverture avec l'allaitement est celle qui s'est le plus vendue cette année et Time a doublé le nombre de demandes d'abonnements qu'il reçoit ordinairement en une semaine.

Suivant l'exemple des médias en ligne, les magazines cherchent tout autant à toucher le public par l'intermédiaire des réseaux sociaux que dans les kiosques. La couverture de Time a laissé une marque encore plus impressionnante en ligne. Le jour suivant sa parution, les termes s'y rapportant représentaient quatre recherches sur cinq sur Google. Dans les huit jours suivant la publication, elle avait été mentionnée plus de 50 000 fois sur Twitter et le nombre d'abonnées au twit (followers) de Time avait grimpé en flèche. Le magazine a en outre reçu 43 000 "j'aime" sur Facebook.

 

Roger Black ( 01 )

Selon Roger Black, qui a travaillé pendant quarante ans en tant que directeur artistique pour des publications comme Esquire et Newsweek, à l'heure où les ventes en kiosque déclinent, les couvertures provocatrices permettent de donner un coup de fouet à la presse magazine.

Au cours des cinq dernières années, les ventes totales en kiosque ont chuté de 39 % et le nombre de magazines de 28 %, selon l'Audit Bureau of Circulations [organisme de référence de la diffusion de la presse aux États-Unis].

"La diffusion en kiosque de la plupart des magazines représente une petite fraction de ce qu'elle était il y a vingt ans, ajoute M. Black. Au lieu de chercher à doper les ventes en kiosque, on s'efforce aujourd'hui de faire parler de soi."

La couverture sur l'allaitement n'était que la dernière en date d'une série de couvertures provocatrices.

Cette même semaine, Newsweek représentait le président Obama avec une auréole arc-en-ciel et au-dessous : "Le premier président gay".

La couverture controversée fait partie de l'arsenal de la presse magazine depuis les années 1960. Songeons par exemple au fameux numéro : "Dieu est-il mort ?" de Time en 1966.

Pour Clara Jeffery, du magazine Mother Jones, les lecteurs sont habitués à avoir des couvertures moins provocatrices dans les magazines grand public, où ce sont souvent les célébrités qui dominent.

"[Ces publications] font rarement une couverture sans célébrité, nous répond-elle par courriel. Les couvertures sont strictement contrôlées par les agents des intéressés – bien plus qu'avant. Ce qui explique pourquoi elles sont souvent ennuyeuses, artificielles, faussement sexy et interchangeables."

Bloomberg Businessweek avait attiré l'attention en février 2012 en présentant en couverture un avion de Continental et un avion de United en train de s'accoupler avec le titre "Faisons-le."

"Dans le cycle permanent de l'info, c'est le meilleur moyen de dire : 'Hé, attendez, regardez-moi'", estime Josh Tyrangiel, le rédacteur en chef de Bloomberg Businessweek

Pour Tina Brown, la rédactrice en chef de Newsweek et The Daily Beast, la couverture est "l'arme pour séduire les lecteurs". La couverture de mai représentant Barack Obama a été citée près de 20 000 fois sur Twitter.

Le magazine n'avait pas encore les chiffres des ventes en kiosque mais Mme Brown était ravie. "Il s'agit de réveiller la marque, ajoute-t-elle. On est au milieu d'une offensive. La question, c'est de savoir comment on va passer."

Créateurs "constipés" ?

D'après David Remnick, le rédacteur en chef du New Yorker, les lecteurs sont parfaitement capables de gérer les couvertures provocatrices.

En 2008, une couverture satirique du New Yorker montrant un dessin de Barack Obama en turban tapant dans le poing d'une Michelle Obama brandissant un fusil-mitrailleur avait provoqué une avalanche de lettres et d'appels téléphoniques.

Le président avait dénoncé cette image que son équipe de campagne avait considérée comme de "mauvais goût et insultante."

 

David Remnick

"Le thème principal [des réactions des lecteurs], c'était : 'Je comprends ce que vous voulez dire', raconte M. Remnick. Les gens sont plutôt intelligents."  Ce qui est difficile à déterminer, c'est en quoi les couvertures sensationnelles modifient la façon dont un magazine est perçu au fil du temps.

George Lois
, qui a créé les unes mémorables d'Esquire dans les années 1960, comme celles de Mohammed Ali en saint Sébastien ( 02 ) et d'Andy Warhol se noyant dans de la soupe Campbell ( 03 ), reproche aux concepteurs de couvertures actuels d'être "constipés" et "moins créatifs" dans leurs choix.

 

George Lois

Selon lui, une couverture bien pensée et provocatrice paie à court terme comme à long terme. Quand Esquire avait représenté le boxeur noir Sonny Liston déguisé en Père Noël ( 04 ), tous les grands annonceurs du Sud avaient commencé par se retirer du magazine pour finalement doubler leurs annonces dans les quelques mois suivants.

Cette couverture avait en outre contribué à lancer un débat national sur les questions raciales.

 

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Les couvertures provocantes se vendaient comme des petits pains
                                           - George Lois

»

 

Sources:
Magazines: Esquire pour Hearst communication, Forbes pour Steve Forbes, The New York Times pour Arthur Ochs Sulzberger Jr
Journal: Courrier International pour des actionnaires interne au journal,

Choix de photos, mise en page, références, titrage et traduction de l'anglais par : JosPublic
Publication :25 novembre 2012

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

Roger Black est un graphiste et designer états-unien qui collabora avec de nombreux magazines tels que Rolling Stone, Esquire, The New York Times Magazine, Newsweek ou encore Fast Company

 

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02
 

Couverture d'Esquire : Mohammed Ali en saint Sébastien

 
 

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03
 

Couverture d'Esquire: Andy Warhol se noyant dans de la soupe Campbell

 
 

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04
 

Couverture d'Esquire: Sonny Liston déguisé en Père Noël

 
 

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