Les dessous d'une négociation: les frais de scolarité au Québec
Printemps 2012 - Comme si vous y étiez!

Des semaines de grève, un conflit qui s'éternise, des étudiants qui se radicalisent, des policiers qui perdent les pédales, des politiciens et politiciennes qui se font du capital politique en alimentant les peurs toujours à fleur de peau de la population, des médias qui augmentent leurs revenus, les égoïstes du Québec (la droite politique) se préparent des milices pour attaquer les étudiants. Le bordel quoi! Le premier ministre du Québec Jean Charest cherchait désespérément une solution pour sortir de la crise pendant la réunion de son Conseil général du Parti Libéral du Québec. Il décide de réunir autour d'une même table des ministres, des leaders étudiants, des recteurs et des facilitateurs (trois présidents de centrales syndicales). C'était durant la fin de semaine du 4 mai 2012 à Québec. Résultat: des heures de négociations marathon et une entente floue rejetée par les étudiants. Plusieurs acteurs racontent leur longue nuit de négociation. Un reportage comme si vous y étiez.

Textes de base par: Michèle Ouimet, chroniqueuse au journal La Presse, Gilbert Lavoie éditorialiste au Soleil et le Comité de négociation de la CLASSE
Sources: Journal La Presse, le Soleil et site Internet de la CLASSE

Choix de photos ( l'événement était privé il n'y a pas eu de photo. Celles présentées servent d'illustration), mise en page et références : JosPublic
Publication : 13 mai 2012

 
 

Mercredi le 2 mai 2012

 
 

Jean Charest, le chef du Parti Libéral du Québec, sachant qu'il devra répondre aux questions des membres de son conseil général prévu le 4 mai 2012, cherche comment régler la crise. On ne parle pas ici du dossier des frais de scolarité, mais de la crise politique créée par le mouvement de contestation des étudiants. Le gouvernement avait déjà conclu que les négociations bilatérales étaient vouées à l'échec. La méfiance était trop grande. C'est à partir de ce moment qu'on a décidé d'agrandir le cercle de discussion et d'y impliquer les syndicats, ainsi que les représentants des universités et des cégeps.

Mercredi matin, le président de la FTQ, Michel Arsenault, reçoit un appel du chef de cabinet de Jean Charest: «Le premier ministre aimerait vous rencontrer cet après-midi.»

Michel Arsenault accepte sans hésiter, comme ses collègues Louis Roy (CSN) et Réjean Parent (CSQ).

«Quand tu es président de la FTQ et que le premier ministre te convoque, tu y vas, raconte Michel Arsenault. Surtout quand il te demande un service pour le bien du Québec.»

Les trois hommes arrivent au bureau du premier ministre à 15h30. La rencontre dure 2h30, du jamais vu. «En neuf ans, je n'ai jamais rencontré le premier ministre plus de 45 minutes», précise Réjean Parent.

Six personnes sont dans le bureau: Jean Charest, son chef de cabinet, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et les trois chefs syndicaux.

Jean Charest leur explique que la crise nuit au Québec et qu'il faut trouver une solution. Avez-vous des idées? demande-t-il aux chefs syndicaux. Une sorte d'appel à l'aide.

«On ne lui a pas dit que c'était de sa faute, on s'est retenus», dit Réjean Parent.

Michel Arsenault
président de la FTQ ( 01 )

Louis Roy
président de la CSN ( 02 )

Réjean Parent
président de la CSQ ( 03 )

Michel Arsenault ne se gêne pas pour parler franchement au premier ministre. «Qu'est-ce que vous auriez fait si on vous avait demandé 82% d'augmentation de salaire étalée sur sept ans? C'est ce que vous êtes en train de faire avec les étudiants.»

Jean Charest ne cède pas.

Il faut parler, négocier avec les étudiants, expliquent les chefs syndicaux. Line Beauchamp se braque, elle ne veut pas s'asseoir avec la CLASSE, associée à l'aile radicale du mouvement étudiant.

Réjean Parent se pompe. «La moitié des "criseux" sont dans la CLASSE et vous ne voulez pas discuter avec eux!» Line Beauchamp parle alors de la création d'un conseil provisoire chargé d'examiner la gestion des universités.

Jean Charest - Premier ministre du Québec
Député provincial de la circonscription de Sherbrooke, région de l'Estrie ( 04 )

Line Beauchamp, Vice-première ministre, ministre de l'éducation et députée provinciale de la circonscription de Bourassa/Sauvé, région de l'Île-de-Montréal ( 05 )

Réjean Parent est sceptique. «Vous dites aux étudiants: "Assoyez-vous dessus, rongez votre frein jusqu'aux élections, en attendant on va discuter de l'efficacité des universités? On va parler pour parler." Ça leur donne-tu quelque chose, ça, aux étudiants? » C'est là que Jean Charest parle des droits de scolarité et de la possibilité de les diminuer en utilisant les économies générées par une gestion plus serrée des universités.

À 18h, la discussion tourne en rond, les chefs syndicaux partent.

 
 

Jeudi le 3 mai 2012

 
 

Du côté syndical, il a été clair dès le départ que toutes les associations étudiantes devaient être représentées. Quand il a reçu l'invitation du gouvernement le président de la CSN, Louis Roy, a communiqué avec ces associations, en commençant par la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), pour s'assurer qu'elles étaient favorables à une telle table de discussion.

Le bureau du premier ministre les rappelle pour leur demander s'ils acceptent d'agir comme «facilitateurs». Les négociations doivent débuter vendredi le 4 mai 2012, à 16h. Les trois chefs disent oui.

Lors de leur rencontre de la veille avec Jean Charest, les présidents de centrales avaient tenté en vain de le convaincre de bouger sur les droits de scolarité. «Nous avions suggéré que le gouvernement maintienne sa hausse, mais qu'il la laisse de côté, le temps de faire des études sur le sujet». Peine perdue. C'est donc pleinement conscients que la rencontre de vendredi n'en serait pas une de négociation sur le fond du litige, mais simplement de sortie de crise, que les trois présidents des centrales syndicales se sont amenés à Québec

Martine Desjardins : FEUQ  ( 07 )

L'invitation du gouvernement, à la veille du conseil général du Parti libéral, a d'abord suscité la méfiance au sein du mouvement étudiant.

Martine Desjardins de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a fait savoir qu'elle n'était pas disponible le lendemain, et suggéré que l'on reporte le tout au lundi, après la tenue du Conseil général du Parti Libéral du Québec.

Line Beauchamp tenait à commencer les discussions le vendredi, estimant qu'elle perdrait son mandat de s'asseoir aux côtés de la CLASSE si les manifestations prévues à Victoriaville tournaient à l'émeute. Elle a demandé l'intervention des leaders syndicaux.

Philippe Lapointe
, membre du comité de négociation de la CLASSE ( 06 ) reçoit un appel de la FEUQ pour lui demander si la CLASSE avait reçu un appel du ministère concernant une éventuelle rencontre avec le gouvernement.

La CLASSE écrit: nous avons finalement reçu un appel de Pierre Pilote nous invitant à une rencontre vendredi. Il nous a même demandé si nous accepterions de négocier sans la FEUQ puisqu’elle préférait faire cette rencontre lundi plutôt que vendredi.

Nous avons répondu par la négative à cette demande puisque notre mandat nous dictait de ne pas négocier sans les autres organisations nationales

Pierre Pilote ( 08 )

Finalement après plusieurs tractations, en fin de soirée les représentants de la CLASSE ont accepté la rencontre, mais à la condition que la FEUQ y participe, et que la tenue de ces négociations soit rendue publique. «Pas question, a-t-on expliqué, de jouer dans des scénarios secrets avec le gouvernement.» Ce n'est que vers 7h30 le vendredi matin que la FEUQ a confirmé sa présence, mais pour 16h au lieu de 13h, tel qu'il était demandé par le gouvernement

 
 

Vendredi le 4 mai 2012

 
 

En plus de la CSN, la FTQ, la CSQ, à cette rencontre plusieurs personnes ont aussi été conviées. La CRÉPUQ ( 09 ), la Fédération des cégeps ( 10 ), Michelle Courchesne ( 11 ), Line Beauchamp, Alain Paquet
( 12 ) et Pierre Pilote.

Vers 12 heures
 

Le comité de négociation de la CLASSE quitte pour se rendre à Québec au lieu de Victoriaville où une manifestation doit se tenir devant l'hôtel où le Conseil général du Parti Libéral du Québec tient ses assisses.

 Vers 15 heures

La CLASSE rejoint les représentants syndicaux à l'Hôtel Hilton de Québec afin de voir le plan de match pour la ou les journées à venir.

Cette fois-ci dans les négociations il n’y a qu’une seule personne par délégation, sauf pour la CRÉPUQ qui a deux personnes et le gouvernement qui en a trois.

Le comité de négociation décide que c’est Philippe Lapointe qui allait aller à la table puisqu’il connaît mieux les délégués syndicaux et que ça fait un suivi avec la dernière rencontre de négociation.

Vers 16 heures

Les présidents de centrales syndicales arrivent au 16e étage de l'édifice de la Grande-Allée. Tous doivent montrer leurs papiers d'identité aux policiers.

Réjean Parent s'énerve. «J'ai dit aux policiers: "Vous ne me reconnaissez pas! " J'ai failli virer de bord.» Puis il bougonne: «On n'est pas dans un aéroport à Tel-Aviv!»

Michèle Courchesne, PLQ

Enfin, la présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, ouvre la séance.

La situation est critique, dit-elle. Peut-on se mettre sur un «mode sortie de crise», un «mode gagnant-gagnant» ?

«Pas facile de négocier avec Mme Beauchamp», affirme Michel Arsenault. «C'est difficile de la faire changer d'idée, il faut s'y mettre à bras-le-corps

Pour Réjean Parent, Line Beauchamp est d'une extrême prudence. «Elle se met à l'abri dans la troisième tranchée et quand elle sort, la guerre est finie. Mme Courchesne, elle, est à l'avant-garde, c'est une fonceuse, une femme superbe qui a une grande expérience, mais c'est aussi une actrice qui peut jouer sur les émotions, parfois hypocritement.»

Dès le début, les négociations tournent autour de la création d'un conseil provisoire chargé de fouiller les finances des universités.

Les positions de tous les camps n’ont pas changé, il y a seulement plus d’acteurs dans chacun des camps. Il y a une tentative de recherche des points de convergence afin de trouver des pistes de solution pour sortir de l’impasse et de sauver les sessions.

Consulter la liste des gens autour de la table et l'état de la situation présenté par chacun des groupes présents. 

Cliquez ici pour le détail

Le débat est lancé, tout le monde se lance la balle, mais la CRÉPUQ est l’organisation qui se fait le plus remettre à sa place. On parle encore de frais de scolarité, en insistant que si ce sujet n’est pas abordé il n’y aura pas de sortie de crise. En fait, les organisations syndicales, les organisations étudiantes et un peu la Fédération des cégeps sont du même côté de la barricade et les autres sont de l’autre côté.

Les étudiants poussent pour parler de frais de scolarité, de réorganisation budgétaire et non de coupures et du manque d’ouverture de la part du gouvernement.

La partie gouvernementale nous reparle du conseil provisoire qui viserait à avoir des mandats pour une réflexion. Ce conseil serait l’expression d’une volonté commune et il ferait des recommandations. On nous dit aussi que le conseil aurait pour mandat de répondre à la question de la nécessité des frais en abordant la question des besoins, de la gestion, du modèle universitaire ainsi que de la mission des universités.

Dès lors les associations répondent que le minimum qu’ils et elles pourraient faire pendant la tenue de ce conseil c’est de suspendre la hausse des frais puisque ce qui sera discuté dans ce conseil est intimement relié aux frais.

La question de la gestion universitaire et la réorganisation budgétaire ne peuvent être traitées en même temps qu’une hausse. Ils et elles mettent un peu la charrue avant les boeufs. Il faut regarder comment l’argent est géré avant d’en rajouter, surtout si comme disait Michèle Courchesne le conseil provisoire devra répondre à la question de la nécessité de la hausse. Le gouvernement tient toujours la ligne dure et dit qu’il est trop tôt pour parler de frais, de recul ou d’un moratoire. Le mot moratoire semble donner la frousse au gouvernement.

Les syndicats reviennent sur la question des États généraux, autre mot qui fait peur au gouvernement, et de la gratuité scolaire. Fait intéressant, Line Beauchamp disait comprendre que pour la CLASSE il faut présenter des mesures concrètes.

Michèle Courchesne a, quant à elle, affirmé à demi-mot qu’elle avait lu l’article de Philippe Lapointe sur l’assurance-qualité dans la revue Ultimatum ( 18 ) et qu'elle comprenait qu'on ne veuille pas que ce soit à l'ordre du jour.

Vers 18 heures

La question des événements de Victoriaville fait sourciller le gouvernement.

Pendant la pause du souper les leaders syndicaux, seuls avec les étudiants, expliquent le b a.-ba de la négociation.

«Je ne voulais pas jouer au mononcle, raconte Michel Arsenault, mais je leur ai expliqué que négocier, c'est concéder. Ça prend un rapport de force que tu puises dans la mobilisation. J'appelle ça: monter le chat dans le poteau. Mais un jour, il faut être capable de redescendre le chat.»

Durant la rencontre M. Canon (du bureau de Mme Beauchamp) demande à parler à Louis Roy. Au début il voulait exclure LA CLASSE de la table de négociation (encore!) à cause des événements de Victoriaville, mais finalement, sous la pression des centrales syndicales, il demande que l’on fasse un appel au calme.

Vers 20 heures

Les négociations reprennent. Un fonctionnaire entre dans la pièce et tend un papier à Mme Courchesne. Elle le déplie, le lit rapidement, fait une grimace, puis le donne à Mme Beauchamp.

Elles se lèvent, énervées, et quittent la salle. Elles convoquent ensuite les trois chefs syndicaux.

«Mme Courchesne nous a dit que le premier ministre voulait tout arrêter, raconte Réjean Parent. Il ne voulait plus négocier. Elle l'a convaincu de continuer, mais les leaders étudiants devaient condamner la violence. On s'est entendus pour qu'ils lancent un appel au calme».

«Jean Charest était en furie», affirme Michel Arsenault.

Martine Desjardins est énervée. Elle voit les images de Victoriaville, la bagarre entre les étudiants et les policiers, le chaos, la violence.

«Line Beauchamp et Mme Courchesne étaient très fébriles, extrêmement tendues, se rappelle Martine Desjardins. Elles avaient peur. Moi aussi, j'avais peur. Nos gens nous appelaient, ils nous disaient qu'ils se faisaient arrêter. Des scénarios catastrophes tournaient dans ma tête.»

En 20 minutes, Martine Desjardins réussit à convaincre la CLASSE de lancer un appel au calme. Les leaders étudiants dévalent les 16 étages et donnent un point de presse éclair devant la porte de l'édifice où les journalistes sont agglutinés.

Léo Bureau-Blouin: FECQ, Martine Desjardins: FEUQ et autres membres du comité de négociation à l'arrière

Pour la CLASSE, ils appliquent le mandat de condamner la violence délibérée envers des individus et que qu'elle déplore la violence (celle des policiers de façon implicite et non celle des militantes et militantes) qui eut lieu à Victoriaville.

Environ en même temps ça semble se calmer et le détail ne parvient pas aux négociateurs. Ils ne sont pas vraiment au courant de l’ampleur des violences, des blessé-e-s ainsi que des arrestations des personnes dans les autobus.

Les négociations peuvent reprendre. Elles ne tenaient plus qu'à un fil.

 Vers 21 heures

Tous reviennent en réunion. Michèle Courchesne fait le premier pas, elle demande ce que comprend le cadre de gestion des universités.

La représentante de la CRÉPUQ saute sur le ballon, elle parle de meilleure pratique, vous savez, suivre l’exemple américain et anglais… Elle enchaîne sur sa vision de la gestion des grands enjeux.

Michèle Courchesne fait un point d’ordre, leur coupe la parole et dit qu’elle veut du concret, pas que des grandes lignes floues comme meilleure pratique. On se met donc à parler des problèmes dans la gestion universitaire, encore une fois. Le problème de la délocalisation des campus, la reddition de comptes, la publicité etc. 25 minutes plus tard une pause est décrétée

Vers 22 heures

On parle de gestion universitaire, mais toutes les parties disent ce qu’elles aimeraient qu’il y ait dans le conseil provisoire et quelles sont les options de sortie de crise. Nous faisons une énumération, 14 points ressortent du truc que nous classons comme cela:

Éléments de possible sortie de crise :

- Reddition de comptes;

- Gestion et transfert de fonds;

- Dépenses en publicité et promotion;

- Parc immobilier;

- Délocalisation des campus;

- Personnel de gérance - (nous rajoutons ce quinzième en caucus : frais de scolarité!)

- Partenariat privé et université;

- Pouvoir des instances (CA, CRÉPUQ).

 

Mandat du conseil :

Revoir les Règles budgétaires;

Revoir l'internationalisation des universités.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

On n’en parle pas :

Meilleures pratiques;

Formation continue.

 
 
 
 

Élément à retirer :

- Assurance-qualité (qui a été finalement changée en : Qualité et évaluation de la formation, de la recherche et du soutien aux étudiants et étudiantes)
 

Caucus de la CLASSE:

Le comité de négociation fait une priorisation en caucus de la CLASSE et cela ressemble un peu au plan de la FEUQ. Ensemble ils décident quels seront les enjeux abordés et ceux négligés. Pour le reste il y a deux éléments distincts, les règles budgétaires et les outils de comparaison. Pas question de toucher aux outils de comparaison telle l’assurance-qualité. Avec les centrales syndicales le caucus décide de définir la composition de ce conseil provisoire avant de définir les mandats.

Au départ cela ressemble à : 4 organisations nationales étudiantes, 4 centrales syndicales, 4 personnes de la CRÉPUQ, 1 présidence, 4 personnes autres des milieux sociaux, 1 personne du Ministère de l'Éducation des loisirs et des sports (MELSP) et 1 personne de la Fédération des cégeps. Après discussion, il a été décidé d’intégrer 6 personnes de la CRÉPUQ et 2 personnes du milieu socio-économique au lieu des 4 personnes des milieux sociaux afin de maintenir un équilibre des forces. Nous avons réussi à changer le terme assurance-qualité pour qualité et évaluation de la formation, de la recherche et du soutien académique.

 
 

Samedi le 5 mai 2012

 
 

Les discussions tournent toujours autour du conseil provisoire. Au cours de la nuit, Martine Desjardins a des échanges corsés avec Luce Samoisette, présidente déléguée de la Conférence des recteurs.

Luce Samoisette : CREPUQ

Le ton monte, les recteurs se sentent attaqués. «Mme Samoisette m'a dit que je ne comprenais rien au fonctionnement des universités, raconte Martine Desjardins. Ça chauffait et Mme Courchesne a dû calmer le jeu.»

Martine Desjardins: FEUQ

Vers 1 heure 30
 

S'établit le profil d’une présidence qui pourrait faire consensus : soit une personne qui détient une certaine crédibilité dans le domaine de l’éducation supérieure et auprès du public.

De préférence une personne qui connaît les rouages de la fonction publique, du budget du Ministère de l'Éducation (MELS) et des universités et qui détient une certaine expertise en conseil et comités ministériels. Nous avançons que nous croyons que pour parler d’éducation et de la mission des universités, il pourrait être de mise que la personne détienne une expérience académique. Cela sera pris en compte.

Dès que nous nous sommes entendus sur les bases à donner au comité, Michelle Courchesne nous demande quel serait notre vision des frais et du comité. Léo Bureau-Blouin présente donc qu’il y a des économies substantielles à faire, ces économies peuvent mener à une réduction de la facture étudiante. En ce moment, on a la possibilité de faire des coupures avec l’approbation du milieu et du public, mais cela doit se faire avec un engagement au niveau de la contribution étudiante, sinon nous n’avons aucun avantage à appuyer les coupures.

Léo Bureau-Blouin: FECQ

Line Beauchamp: PLQ

Line Beauchamp tient à préciser qu’il doit davantage être question de réduire la contribution étudiante. Si la partie étudiante prouve qu’il est possible de trouver de l’argent dans la gestion des institutions universitaires dans le cadre du conseil provisoire il sera possible de réduire les frais.

Le débat finit donc sur la question des frais institutionnels obligatoire (FIO). ( ou frais d'administration ou frais afférents)

Cette question est mise de l’avant par les centrales syndicales. Elles font le constat que la création d'un comité ce n’est pas assez pour faire entrer les grévistes en classe. Michelle Courchesne tente de trouver une solution sans gagnant-e-s ni perdant-e-s et c’est le comité.

Fatigue et impasse

C'est beaucoup plus tard, au petit matin, quand les participants sont épuisés et au bord de l'échec, qu'apparaît l'idée d'un troc entre la facture des étudiants et les économies dans la gestion des universités. «Les parties se sont rendu compte, au petit matin, qu'elles ne pourraient pas convaincre l'autre de quoi que ce soit, raconte un témoin. C'est comme dans le jeu Serpents et échelles. On était retombé au bas de l'échelle.»

Les représentants syndicaux racontent que les étudiants étaient profondément convaincus qu'il y avait de l'argent à aller chercher dans le budget des universités. «Ils nous ont sorti deux pouces de documentation qui démontrait une mauvaise utilisation des fonds publics dans les universités», se souvient un participant.

Alors, on leur a dit : «Si c'est comme ça, pourquoi est-ce que vous n'acceptez pas l'idée de ce comité provisoire?» La FEUQ et la FECQ [Fédération étudiante collégiale du Québec] étaient d'accord avec ça, mais pas les deux autres. Alors, ils se sont dit: "Parfait, on va aller la faire, la démonstration, mais il ne faut pas que la hausse du premier septembre s'applique."»

Vers 4 heures

Le troc: les centrales font donc une offre avec un compromis possible.

C'est à partir de ce raisonnement que commencent les négociations afin que la contribution étudiante de septembre ne soit pas augmentée et qu'elle soit reportée à plus tard.

Au départ, le gouvernement craint qu'une telle mesure ne soit perçue comme un recul sur le financement des universités. Les représentants des recteurs ont aussi des objections. «Si l'argent n'est pas déboursé, qui va payer en attendant? demandent-ils. Est-ce les universités ou le Conseil du trésor?»

Bien rompus à ce genre de situation, les représentants syndicaux demandent aux parties de se décider. Sont-elles disposées oui ou non à accepter un tel troc? «Ils sont repartis chacun de leur bord et ç'a été assez long comme discussion, raconte un syndicaliste. Les étudiants ont été les premiers à revenir avec un accord. Le gouvernement a demandé un autre caucus pour y réfléchir, et ç'a été assez long.»

De faire la suspension du paiement des frais à la hauteur de la hausse durant les travaux du comité. Le conseil provisoire pourra faire des recommandations sur la question des FIO et des droits de scolarité. Si nous trouvons dans ce comité des endroits pour aller chercher l’argent de la hausse. Cela serait donc comme un gel, mais sans être un gel.

Le gouvernement évalue la question, l'oriente vers les FIO plutôt que les frais. Le Comité de négociation se trouve bien embêté. L’État continue de se désengager dans l’éducation, mais concrètement sur la facture étudiante il n’y a pas d’augmentation tant qu’on trouve de l’argent dans le gras des universités.

Vers 5 heures 30

Martine Desjardins regarde par la fenêtre du 16e étage. Le soleil se lève, la vue sur le fleuve est magnifique.

Ils viennent de prendre une pause, car le ton montait et les gens s'énervaient autour de la table. Personne n'a fermé l'oeil de la nuit: Martine Desjardins, présidente de la FEUQ (universités), Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ (cégeps), Philippe Lapointe, négociateur de la CLASSE, les ministres Michelle Courchesne, Line Beauchamp et Alain Paquet, Pierre Pilote, homme de confiance du gouvernement, les trois chefs syndicaux, des recteurs et le président de la Fédération des cégeps.

Quatorze personnes enfermées dans une pièce depuis une douzaine d'heures à la recherche d'une solution pour sortir de la crise la plus longue de l'histoire du mouvement étudiant. Enfermés dans un édifice gris béton surveillé par des policiers. Au rez-de-chaussée, une armée de journalistes. Le climat est explosif, une émeute a eu lieu à Victoriaville. Près de 170 000 étudiants sont en grève depuis 12 semaines.

La crise, au lieu de se résorber, s'emballe.

Après avoir contemplé le fleuve une dernière fois, Martine Desjardins pose sa tête sur la table et s'assoupit, épuisée. Quinze minutes de sommeil agité avant que le marathon reprenne.

Vers 5 heures

Retour de la pause

Retour sur cette question de la hausse des frais de scolarité et de la baisse des FIO, la FECQ affirme que la contribution étudiante est un concept acceptable, mais il faut avoir des engagements clairs de la part du gouvernement comme preuve de sa bonne foi. Selon eux, le comité devra avoir le pouvoir de déterminer comment ce sera remboursé. De plus, ils veulent un engagement clair, ainsi que des obligations de résultat.

Michelle Courchesne affirme alors que le comité aura de la latitude quant à ces décisions et que plusieurs des questions abordées en ce moment se feront par un décret ministériel après l'acceptation de l'offre par les associations étudiantes garantissant ainsi les résultats.

Line Beauchamp: PLQ

Line Beauchamp maintient que les résultats seront motivés par le 125$ à aller chercher pendant les travaux.

C'est alors que l'on nous dit que la fin des travaux sera effective lors du dépôt du rapport du comité, que dans le décret, il sera spécifié que chaque dollar économisé sera investi dans la réduction de la facture étudiante.

Mais qu'arrivera-t-il si les économies dépassent les frais institutionnels?

Line Beauchamp répond du bout des lèvres que cela pourra, si les économies dépassent les FIO, affecter les frais de scolarité, mais que ce sera au comité provisoire de trouver les modalités de remboursement. Elle ajoute aussi que toutes les offres annoncées auparavant seront maintenues: RPR, réduction de la contribution parentale, étalement, etc.

 

Louis Roy: CSN

La CRÉPUQ se pose alors comme question quelle sera la motivation des universités sur le comité si, trouvant des économies dans son propre budget, il n'y aura aucune avancée pour elle, mais seulement un bénéfice pour les étudiantes et les étudiants?  Louis Roy, de la CSN, répond alors que le chantier sera ouvert sur le thème de la facture étudiante, que c'est eux qui ont posé le problème et amené les enjeux sur la table, mais que ce faisant, plusieurs débats seront à mener et qu'ainsi, la CRÉPUQ aussi bénéficiera d'un nouveau forum pour se faire entendre.

Le soleil se lève, la nuit a été longue. Les acteurs autour de la table sentent que le débat a été écoulé quant à la formule et qu'il faut maintenant se concentrer sur du concret. Le gouvernement demande donc un moment de rédaction pour que l'on puisse travailler sur le texte final.

Le premier texte apporté comporte de nombreuses erreurs par rapport aux divers accords. Il y avait entre autre un mélange entre les mandats et les thèmes de sortie de crise, le document ne faisait que mention des FIO et non de la contribution étudiante, plusieurs flous subsistaient au sujet du comité et de l'application du paiement différé. Les associations étudiantes ont convenu de plusieurs modifications majeures et mineures.

Principalement, il était important pour la CLASSE que le libellé de la fin ne signifie pas qu'une signature oblige à recommander l'offre, de faire une trêve ou encore la fin immédiate de la grève.

 

Négociations de corridor

Le reste se passe malheureusement dans un jeu de couloir bourdonnant qui a principalement été fait auprès de Philippe Lapointe.

À la sortie du caucus étudiant, les syndicats avaient aussi certaines modifications similaires aux autres mais trouvaient qu'ils poussaient un peu loin après une consultation avec Justin Arcand.

Attendant la reprise des travaux, Martine Desjardins fut prise à part pour aller discuter. Philippe Lapointe, en se servant du café, se fit aussi inviter à discuter avec Pierre Pilote de nos modifications afin «d'accélérer les travaux». La porte ouverte, dans le local de négociation, avec Jean Beauchesne de la Fédération des Cégeps, il énuméra les modifications exigées par les étudiants et qui furent entièrement prises en notes et, en général, Pierre Pilote comprenait le bien fondé des demandes étudiantes.

Après cette longue discussion, Martine Desjardins entra avec Michèle Courchesne, elle avait fait le même travail avec la ministre qui semblait être d'accord avec les modifications, qui visaient principalement 3 points:

- Toutes les économies trouvées par la partie étudiante feraient en sorte de réduire l'ensemble de la contribution étudiante, et non seulement les FIO;

- Que le conseil puisse choisir les 2 membres de la communauté économique et son président par consensus afin d'assurer la parité et;

-Que le paiement différé s'applique sur 2 ans et soit renouvelable si nécessaire.

Léo Bureau-Blouin de la FECQ insiste: chaque dollar économisé doit servir à diminuer la facture des étudiants. Et une fois les FIO épuisés, ce sera au tour des droits de scolarité de diminuer.  

Les négociateurs travaillent sur un texte d'entente, mais ils butent sur les droits de scolarité. Pas question d'écrire le mot «droits de scolarité», pas après l'émeute de Victoriaville, insiste Mme Courchesne.

Réjean Parent

Un consensus se dégage: on n'écrit pas «droits de scolarité», mais le sujet pourra être abordé au conseil provisoire. Une entente verbale.

Une pratique courante, explique Réjean Parent. Chaque partie se garde une marge de manoeuvre.

Et tout repose sur la confiance et la parole donnée.

Les représentant-es du ministère se sont retiré-es pour réécrire le document. Les négociateurs étudiants retournent voir leurs collègues, confiantes et confiants: «Les modifications ont toutes été acceptées.» Tous s'attendent à ce que la journée soit terminée, mais la journée est bel et bien commencée.

Retour à la table. Michèle Courchesne annonce qu'ils se sentent près d'une entente, le document a été envoyé au bureau du Premier ministre et ils attendent une réponse, ils nous demandent donc d'attendre jusqu'à 8h, moment où ils devraient avoir une confirmation.

Pendant l'attente, Philippe Lapointe se fait approcher à plusieurs reprises pour des modifications mineures (changer des mots tels que: l'entente sera sujette à approbation par l'entente sera soumise à approbation.) Il est ensuite question d'insérer une clause demandant une trêve pendant la consultation. Les étudiants refusent.

Toujours informellement, la discussion se fait sur la question de la trêve entre Philippe Cannon du bureau de Mme Beauchamp, Pierre Pilote, et Philippe Lapointe et Justin Arcand, puis avec Réjean Parent et Louis Roy.

Le point est maintenu. Enfin, on s'entend pour dire que la CLASSE n'appellera pas à une manifestation sur la question de l'offre pendant la consultation des assemblées générales, vu que la CLASSE n'a pas de mandat sur l'offre. Ainsi, si les associations sont contre l'«entente», il pourrait y avoir une manifestation contre, puisque ce n'est plus une entente. Il a été bien spécifié que les associations locales sont exclues de cette clause et que chaque association locale peut faire ce qu'elle veut.

La FEUQ demande une pause avec pour objectif de quitter les lieux, d'aller faire une sieste, revenir frais et disponibles en prévision de la tempête médiatique qui suivra, mais aussi des derniers détails à mener. Cette pause est refusée par le gouvernement, les syndicats et la CRÉPUQ qui veulent en finir le plus rapidement possible.

L'entente finale doit s'écrire...

C'est Pierre Pilote, négociateur du gouvernement, qui couche sur papier l'entente de principe. Réjean Parent met les étudiants en garde. «Vous devriez vous en mêler, leur dit-il, car Pilote est un gosseux de virgules. Il écrit au profit de celui qui le paie.» Mais ils laissent le champ libre à Pilote. Une erreur, croit Parent.

Vers 13 heures

Tous sont conviés à la table pour voir le texte final.

Ce texte comporte encore quelques erreurs que tous demandent de modifier. Mais la lecture fut rapide. Le nouveau texte arrive, en ne regardant que si les dernières modifications ont été faites. Philippe approuve le texte et, devant l'ambiance générale de sentiment de fin des travaux, signe le document sans consulter le reste du comité de négociation.

La ministre Michelle Courchesne rappelle alors l'importance des communiqués de presse qui accompagneront la divulgation de cette entente. Elle fait valoir que le langage utilisé doit faire l'affaire de tout le monde, ne pas faire de gagnants ou de perdants. Elle insiste pour que les communiqués soient prêts en début d'après-midi

La signature

Tôt en après-midi, le communiqué de presse du gouvernement est remis aux étudiants. Peu avant 15h, le texte de l'entente arrive. Une première lecture fait dire aux étudiants qu'il y a encore des corrections à faire. Le négociateur Pierre Pilote acquiesce et revient 15 minutes plus tard avec un nouveau texte. Michelle Courchesne propose alors d'en faire la lecture à haute de voix. On lui répond que chacun va lire sa copie. Philippe Lapointe de la CLASSE suggère une dernière fois que l'entente s'applique aux droits de scolarité, et non pas seulement aux frais afférents. Étonnée, Line Beauchamp lui rappelle que cette demande, soumise à de nombreuses reprises pendant la nuit, n'a jamais été acceptée. La séance de signature débute.

La rupture des communications

C'est à partir de ce moment critique que surviennent les problèmes de communication qui vont mener aux dénonciations de cette entente quelques heures plus tard.

À 15h, seuls les signataires reçoivent des photocopies du texte final, ce qui exclut les syndicats. Constatant que les dernières demandes de corrections formulées par les étudiants semblent avoir satisfait tout le monde, les présidents des centrales ne vérifient pas le texte final. Ce qui amènera plus tard Louis Roy, de la CSN, à déclarer publiquement que ce texte n'est pas totalement conforme à ce qu'il avait compris de l'entente.

Mais ce n'est pas tout: avant même la séance de signature, les représentants du gouvernement n'ont toujours pas vu le communiqué de presse des étudiants. Michelle Courchesne intervient auprès de Michel Arsenault de la FTQ. «Michel, tu sais à quel point c'est important...», plaide-t-elle.

Arsenault fait venir Martine Desjardins, qui s'engage à ce que le communiqué soit prêt à 17h. «On savait qu'on se mettait en danger avec l'absence des leaders syndicaux, mais on les perdait de toute façon si on refusait. Ils voulaient s'en aller», raconte un membre de la délégation gouvernementale.

À partir de 17h, c'est le silence radio du côté des étudiants qui ne répondent plus au téléphone. Leurs représentants reconnaissent aujourd'hui que ce délai dans les communications est l'une des causes de l'échec. Ils expliquent qu'ils auraient dû être accompagnés à Québec de leurs conseillers juridiques et de leurs responsables des communications, afin de pouvoir faire valider plus rapidement le texte de l'entente

L'entente est finalement signée. Quand Philippe Lapointe va rejoindre ses confrères de la CLASSE qui l'attendent dans une pièce adjacente, il se fait copieusement engueuler. Un des étudiants pète les plombs. Il engueule Lapointe et, furieux, il soulève une table à bout de bras et la jette à travers la pièce. Le bruit est assourdissant. Les policiers débarquent. Ils leur demandent de quitter les lieux. Ils partent. De toute façon, la négociation est terminée.

Mésentente sur le moratoire

Les communiqués de presse des quatre associations étudiantes n'arrivent qu'en soirée, peu avant leur conférence de presse de 20h. On y trouve les mots tabous pour le gouvernement: gel et moratoire. Des appels frénétiques sont effectués pour corriger les textes. Les mots décriés sont retirés, mais quelques minutes plus tard, ils sont repris par les leaders étudiants pendant leur conférence de presse de 20h. Line Beauchamp réagit en niant que l'entente équivaut à un moratoire sur les hausses de septembre. La controverse politique est relancée. Les étudiants accusent le gouvernement de triomphalisme.

 

Au sortir des négociations Michèle Courchesne, présidente du Conseil du trésor, Alain Paquet : Ministre délégué aux finances et Line Beauchamp, ministre de l'Éducation, des loisirs et des sports expliquent aux médias le résultat des négociations pour une sortie de crise

Analyse des événements par la CLASSE

Ce fut, il en conviendra par la suite, une erreur fatidique dont Philippe prend l'entière responsabilité. Le texte final n'était pas exactement celui convenu. Plusieurs éléments avaient été modifiés et il semble que la CRÉPUQ ait travaillé plus ardemment que les étudiants et les étudiantes dans les dernières modifications des détails. Le comité de négociation fut consterné de voir ce avec quoi revenait Philippe. Une grande tension s'est fait sentir au sein du comité. Nous nous sommes donc consulté, seuls, dans une salle pour en discuter. C'est amèrement déçu-e-s que nous sommes revenus à Montréal présenter ce document aux associations alors réunies en congrès.

S'il y a un constat à faire avec les stratégies gouvernementales de négociation c'est qu'ils ont isolé un représentant tout au long des négociations. Une personne alors prise dans un constant effort intellectuel et isolée du reste se concentre sur un seul enjeu, soit le comité provisoire dans ce cas-ci. Même si au départ nous n'étions pas convaincu-e-s de la pertinence du comité provisoire et voulions l'utiliser en échange d'une négociation véritable sur les frais de scolarité, le temps mis sur la question a «hypnotisé» le comité de négociation de façon à considérer que lorsque nous gagnions notre point sur certaines modifications cela représentait des avancées.

Au final, ce ne fut qu'un subterfuge qui nous ramenait sur un enjeu qui n'avait pas de rapport direct avec les frais de scolarité. En isolant le représentant, le gouvernement a aussi pu plus facilement l'introduire dans un état de fatigue et émotionnellement plus faible. Lors de la signature finale du document qui devait être référé à consultation, il était donc passablement moins éveillé, alerte et capable de sens critique. Après 22 heures de négociation entrecoupées de courtes pauses, nous aurions dû, en ce samedi après midi, exiger la suspension des travaux.

Le mouvement étudiant a fait 12 semaines de grève, une journée de fin de semaine de plus ou de moins n'aurait pas été catastrophique. Le sentiment d'urgence fut créé par le gouvernement qui, lui, avait besoin d'un règlement rapide.

 
 

Dimanche le 6 mai 2012
Le triomphalisme de Jean Charest et Line Beauchamp

 
 

À peine 24 heures plus tard. Au lieu d'observer un silence prudent, Jean Charest et Line Beauchamp multiplient les déclarations incendiaires.

M. Charest dit qu'il n'a pas cédé devant les étudiants et Mme Beauchamp parle d'économies potentielles et non réelles.

Michel Arsenault n'en revient pas. «Quand tu attrapes un gros poisson et qu'une personne te demande où tu l'as pêché, tu réponds: dans le lac, ferme ta yeule. C'est la même chose au lendemain d'une négo, l'employeur se tait jusqu'à la fin du vote. C'est pas compliqué, tu fermes ta yeule!»

Réjean Parent en rajoute. «C'était une comédie d'erreurs. J'avais l'impression que Charest avait pris un fusil et avait tiré dans sa chaloupe. C'est comme s'il avait dit aux étudiants: "On vous a fourrés et on est bien contents."»

Lundi le 7 mai 2012, Michelle Courchesne appelle Réjean Parent. Il lui dit sa façon de penser. «Dans l'art de mal faire, vous avez atteint le comble! Vous avez tout fait pour faire péter ça. Vous venez de provoquer une crise encore plus profonde

Plus profonde? Oui, croit Réjean Parent. Les deux parties doivent absolument reprendre les discussions, il n'y a pas d'autre issue.

Mais quand la confiance est brisée, prévient-il, c'est difficile de la rétablir.

 
 

Samedi le 12 mai 2012
Ayant joué un rôle de facilitateurs, maintenant devant l'inaction du gouvernement
Les syndicats demandent un moratoire

 
 

À l'arrière à gauche Réjean Parent de la CSQ, au centre Louis Roy de la CSN
à l'arrière à droite Michel Arsenault de la FTQ

Le premier ministre Charest doit rapidement déclarer un moratoire sur la hausse des frais de scolarité jusqu'aux prochaines élections pour mettre fin à une crise sociale d'une grande ampleur, croit le mouvement syndical, uni derrière l'idée d'une trêve.

Selon Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Québec porte une grande partie de la responsabilité pour l'échec cuisant du plan de sortie de crise négocié la fin de semaine dernière à Québec. Il pointe notamment du doigt des déclarations «incendiaires» de Jean Charest et de Line Beauchamp.

Mais l'heure n'est plus aux accusations, dit-il. La paix sociale a mauvaise mine au Québec et la situation ne semble pas sur le point de se régler sans un coup de barre important.

«Dans le contexte actuel, après l'avortement de la semaine dernière, avec la méfiance qui s'est installée, on croit difficilement réconciliables les parties», a-t-il expliqué. «L'entente de la semaine dernière, ce n'est pas une entente qui réglait la question des droits de scolarité. C'est une entente qui permettait de régler la crise.»

 
 

Dimanche le 13 mai 2012
Line Beauchamp ouvre la porte aux discussions...

 
 

Au moment d'écrire ses lignes nous apprenons que la ministre Beauchamp et le négociateur Pierre Pilote sont en contact téléphonique constant avec les fédérations étudiantes, il y aurait même eu échange de textes.... À suivre

Ci-dessous: textes en lien direct avec le sujet

Étudiants.tes universitaires: le libre choix de carrière menacé par la dette étudiante

  Le mythe de "l'économie du savoir". Le meilleur programme pour lutter contre la pauvreté ne serait pas l'université?

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Éducation

Notes & Références encyclopédiques:

01

Qui est Michel Arsenault président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec FTQ ?

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02

Qui est Louis Roy président de la Confédération des Syndicats Nationaux CSN ?

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03

Qui est Réjean Parent, président de la Centrale des Syndicats du Québec CSQ ?

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04

Qui est Jean Charest ?

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05

Qui est Line Beauchamp ?

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06

Qui est Philippe Lapointe ? Il est étudiant à la maîtrise en science politique à l'UQÀM, secrétaire aux affaires académiques de la CLASSE (Coalition large de l’ASSÉ) et membre du comité de négociation printemps 2012

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07

Qu'est-ce que la FEUQ - la Fédération étudiante universitaire du Québec ?

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08

Qui est Pierre Pilote ?

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09

Qu'est-ce que la CRÉPUQ - La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec ?

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10

Qu'est-ce que la Fédération des cégeps ?

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11

Qui est Michelle Courchesne ?

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12

Qui est Alain Paquet ?

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18

Texte l'Assurance qualité par Philippe LAPOINTE publié dans Ultimatum de la CLASSE

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