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La réforme scolaire: le début d'une ère nouvelle en éducation
(1946-1975)

Le Québécois de 1946 a une existence bien différente de son compatriote du milieu du XIXe (19e) siècle. En 1851, 13,5% des citoyens vivaient en milieu urbain, comparativement à 63,4% en 1941. Durant cette même période le nombre d'agriculteurs diminua au profit des travailleurs spécialisés oeuvrant dans les secteurs d'activités économiques secondaire (fabrication et construction) ou tertiaire (service et commerce). L'enseignement qu'on dispense dans les écoles véhicule toujours les valeurs conservatrices chères à l'Église bien plus que les idéaux de la société moderne. Néanmoins, des changements révolutionnaires sont à l'horizon pour le peuple québécois.

 
 
 

Une ère nouvelle en éducation

 
 

Dès l'aube du XXe (20e) siècle, ce peuple qui depuis son arrivée en terre d'Amérique s'était restreint à la pratique d'activités économiques de type primaire (agriculture) aborde rapidement l'ère industrielle et technologique. Devant ce constat, il devenait impérieux pour les dirigeants de l'époque d'adapter le système scolaire à ces nouvelles réalités de la société contemporaine, ce qui fut réalisé partiellement et inégalement.

1950, une classe de l'école Lanaudière

Malgré tout, la culture traditionnelle a encore des racines profondes au sein de la société québécoise dans cette période d'après-guerre. Peu de citoyens francophones se destinent aux études supérieures; parmi ceux qui y accèdent une majorité s'oriente vers les professions libérales et les vocations religieuses.

L'enseignement qu'on dispense dans les écoles véhicule toujours les valeurs conservatrices chères à l'Église bien plus que les idéaux de la société moderne.  

Néanmoins, des changements révolutionnaires sont à l'horizon pour le peuple québécois. Reportée au pouvoir, l'Union nationale de Maurice Duplessis échafauda, dès septembre 1946, les prémisses de la grande réforme de la décennie 1960 par l'addition d'un volet jeunesse au ministère du Bien-être, créé en 1944, sous l'administration d'Adélard Godbout.

Les responsabilités dédiées à la section jeunesse étaient d'assurer la gestion de la Loi de l'enseignement spécialisé et des écoles professionnelles et des institutions qui en dépendaient.  De plus, la nouvelle unité ministérielle détenait la responsabilité d'administrer le programme gouvernemental de bourses d'études qui a pour objectif de permettre l'accessibilité des jeunes défavorisés aux études supérieures.

Le ministère du Bien-être et de la Jeunesse, qui avait déjà juridiction sur les écoles de protection de la jeunesse, intégra à ces structures les maisons d'enseignement soumises jusque-là au Secrétariat provincial. Quant aux écoles des Beaux-Arts et des Hautes études commerciales, le statu quo demeura à leur égard.

En 1958, le ministère de la Jeunesse acquiert le statut d'unité autonome. L'innovation que ce nouveau ministère introduisit c'est qu'il contribua à freiner le processus de fragmentation du système scolaire entre plusieurs administrations.

Maurice Duplessis (1890-1959)

Adélard Godbout (1892-1956)

Cette initiative constitua un progrès important qui présageait de la centralisation du système au sein d'un organisme unique et préparait la population à la création d'un ministère de l'Éducation.

Dans la volonté de soutenir le développement économique, l'État se devait d'encourager le processus d'industrialisation et d'urbanisation enclenché au début du 20e (XXe) siècle.

En 1946, le Parlement du Québec adopta la Loi pour assurer le progrès en éducation.

École type: Maison école de rang en 1948

Par ses dispositions, elle instituait un fonds d'éducation d'une valeur de vingt millions de dollars dont l'objectif était d'appuyer le financement des commissions scolaires, des institutions d'enseignement spécialisé et d'encourager la construction de nouveaux établissements scolaires.

Cette “caisse de l'éducation” était constituée de capitaux émanant d'un impôt prélevé sur les richesses naturelles, d'une part émanant de la taxe à la consommation et d'une cotisation annuelle d'Hydro-Québec (La commission hydroélectrique du Québec ( 03 )).

La loi constitua une bouée de sauvetage pour les commissions scolaires. En raison des subventions infimes que les gouvernements précédents mettaient à leur disposition, les corporations avaient été amenées à emprunter des sommes importantes qu'il leur était de plus en plus difficile de rembourser à leurs créanciers.

L'État québécois décida d'assumer ces dettes, mais en réciprocité il institua un contrôle permanent sur les finances scolaires. Les commissions devaient dorénavant soumettre l'approbation de leurs budgets et de leurs emprunts au gouvernement afin d'éviter un nouvel endettement massif.

D'une conférence fédérale-provinciale à une autre, Maurice Duplessis se fait remarquer par ses positions autonomistes. Il arrivait souvent qu'il quitte une réunion avant qu'elle ne soit ajournée lorsque les représentants de l'État canadien rejetaient certaines idées qu'ils jugeaient trop nationalistes.

1952, institutrice corrigeant les travaux des enfant de l'école de rang de Saint-Henri de Lévis

Mais les demandes du Premier Ministre étaient généralement légitimes. Il exigeait des autorités fédérales qu'elles respectent la Loi constitutionnelle de 1867 qui stipule que les états de la fédération canadienne détiennent une juridiction exclusive dans certains champs de compétences.

Le Québec, en matière fiscale, avait à cette époque un grand désir, soit de diminuer sa dépendance face aux subsides fédéraux.

Thomas Tremblay (1895 – 1988)

Les différends entre le Canada et le Québec s'accentuant, le gouvernement créa, le 12 février 1953, la Commission Tremblay dont le mandat était d'enquêter sur les problèmes constitutionnels. ( 01 ) La Commission remit trois ans après sa création un volumineux rapport en plusieurs tomes. Les principales conclusions qui en ressortent sont que le Québec n'est pas une province comme les autres, étant le foyer national des francophones d'Amérique.

Les commissaires recommandent l'élargissement des pouvoirs du Parlement québécois dans les domaines suivants: l'impôt, l'éducation, la culture, la santé, etc.

Jusqu'à son décès qui surviendra en 1959, Maurice Duplessis refusa à partir de 1953 toutes les subventions que le gouvernement central versait aux institutions universitaires canadiennes suite à une recommandation émise en ce sens par la Commission sur l'avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada.

Même s'il avait accepté ces subventions en 1951 et 1952, le “Chef” changea d'idée la troisième année, alléguant que ce geste constituait une entorse sérieuse au partage des juridictions au sein de la Fédération canadienne.

Il motiva son refus en invoquant que l'acceptation de ces fonds était une reconnaissance de la centralisation au palier fédéral de l'éducation, ce que Duplessis ne pouvait accepter.

Dessin de A. Turgeon caricaturiste de l'époque du ministre Sauvé

Malgré les changements que l'administration de l'Union nationale apporta au système scolaire, ceux-ci s'avèrent fragmentaires et insuffisants. Ce régime conçu au XIXe siècle ne correspondait plus aux attentes de la société québécoise du XXe siècle.

Dès le début de la décennie 1950, des critiques véhémentes fusèrent des milieux intellectuels afin que soient remises en question les structures sociales traditionnelles et qu'une réforme complète du régime scolaire, qui était devenu au fil des ans un fouillis indescriptible de structures et de programmes, soit entreprise.

Jean-Paul Desbiens ( 02 )

Ne songeons qu'à Jean-Paul Desbiens qui dénonce vigoureusement dans un livre-pamphlet "Les Insolences du Frère Untel" l'état pitoyable du système scolaire québécois, le faible taux de scolarisation des francophones et l'indifférence des gouvernants politiques et religieux face à cette situation. 

Le 7 septembre 1959, après avoir régné 19 ans sur le Québec, le premier ministre Maurice Duplessis meurt dans la ville nordique de Schefferville.

Paul Sauvé lui succède tout en continuant de cumuler le poste de Ministre de la Jeunesse. Il se veut un réformateur du régime scolaire et entreprend de corriger certaines lacunes qui deviennent évidentes, notamment en raison de l'explosion des effectifs scolaires à tous les paliers.

Malheureusement en janvier 1960, Sauvé décède moins de quatre mois après son assermentation comme Premier Ministre. Même s'il ne resta qu'une centaine de jours au pouvoir, le gouvernement Sauvé proposa au Parlement une série de mesures législatives qui ont eu pour effet d'introduire la réforme de l'éducation.

Par ces mesures, l'administration Sauvé s'engageait à rembourser les emprunts qu'avaient contractés les institutions universitaires dans le dessein de se doter de nouveaux pavillons d'enseignement pour recevoir une clientèle qui se faisait de plus en plus nombreuse.

Paul Sauvé (1907-1960)

A tous les échelons du système scolaire, les subventions furent plus équitables et généreuses, tandis que les commissions scolaires ont été encouragées à se fusionner sur une base régionale dans l'intention de rationaliser leurs activités.

Cette dernière éventualité, qui était offerte aux corporations, fut dictée par la volonté de réduire les gouvernements scolaires locaux -- il en existait environ deux mille au début des années 1960-- pour encourager la formation de structures fortes et capables de dispenser des services de qualité.

Le 8 janvier 1960, le ministre du travail, Antonio Barrette, accepte à la demande de ses pairs d'assumer la succession de Paul Sauvé. Il se contente d'administrer le quotidien en ne proposant aucune réforme majeure du système scolaire. Quelques semaines après son assermentation, le premier ministre demande au Lieutenant-gouverneur la dissolution de la Chambre et la tenue d'une élection générale pour le 22 juin 1960.

Antonio Barrette (1899-1968)

 
 

Le Parti libéral et son chef Jean Lesage proposent aux citoyens du Québec un éventail de réformes sociales, économiques et politiques majeures.

 
 

Jean Lesage (1912-1980)

Le programme électoral consacre une part importante de ses promesses au secteur de l'éducation qui deviendra d'ailleurs la grande entreprise collective des années 1960. La gratuité, l'égalité des chances en éducation, la centralisation des pouvoirs décisionnels et un meilleur financement du système sont promis. Le soir du scrutin, l'équipe libérale est portée au pouvoir par l'électorat québécois qui aspire à une régénération des structures sociales, politiques et économiques du Québec.

Désormais, l'éducation devenait une priorité au Québec. Dans ce secteur les changements seront dès lors très rapides. Symbole de la révolution tranquille, en moins de dix ans le visage du système scolaire est entièrement repensé et bonifié.  Au lendemain de la prise du pouvoir, les nouveaux dirigeants ne demeurèrent  pas inactifs longtemps en tentant de palier au plus urgent. Une série de lois connues sous le nom de Grande charte de l'éducation sont approuvées par le Parlement du Québec à partir de juillet 1960.

Elles ont pour fonction d'étendre l'âge de la fréquentation scolaire obligatoire jusqu'à seize ans, de rendre l'accès à l'école gratuite, d'obliger toutes les  commissions scolaires à dispenser le cours secondaire et, finalement, tous les parents obtiennent le droit de vote lors des élections scolaires.

La philosophie sous-jacente à la Grande Charte de l'éducation est de privilégier la démocratisation de l'éducation en favorisant l'accès de tous les jeunes Québécois à un enseignement de qualité, nonobstant son statut social ou sa localisation géographique. Elle se veut une réponse aux aspirations de changement issues de la collectivité québécoise qui veut s'octroyer des instruments dans l'intention de gérer ses destinées.

Un des objectifs fondamentaux ayant présidé à l'adoption de cet ensemble de mesures législatives était de soutenir dans une perspective nationale l'établissement d'un système scolaire qui minimiserait les disparités interrégionales jusque-là persistantes et qui furent si dommageables pour le progrès du Québec.

Dorénavant, les citoyens des régions périphériques pourront recevoir une formation comparable à celle dispensée à leurs confrères des agglomérations urbaines, grâce à une répartition plus équitable des équipements et des ressources dédiées à l'éducation.

Sur le plan administratif, des réformes de la structure archaïque de financement des commissions scolaires sont entreprises. Jusqu'à l'avènement des dirigeants libéraux, la distribution des octrois gouvernementaux s'effectuait sur une base purement discrétionnaire et politique. Dorénavant, tous recevront des subventions permanentes, régulières et équitables, alors que les universités peuvent désormais accepter les subsides versés par le gouvernement du Canada.

1960 petite école Sainte-Marie de Côteau-Rouge (en 2014 se nomme Longueuil) en Montérégie

Par l'amorce de la réforme scolaire, le nouveau gouvernement venait de mettre en place un des éléments constitutifs de la révolution tranquille. Parallèlement, de nouvelles institutions gouvernementales sont instaurées pour moderniser le Québec, comme le ministère de l'Éducation qui a été l'instrument étatique pour l'implantation des réformes.

Les changements que connaît le système scolaire ne constituent qu'un des aspects de cette vaste entreprise à laquelle est partie prenante le peuple québécois.

Le Québec s'ouvre sur la scène internationale en inaugurant sur le continent européen des délégations, sortes d'ambassades de la nation québécoise.

Dans le domaine économique, on se donne un ensemble d'outils pour stimuler l'indépendance du pays dans certains secteurs d'activités stratégiques pour son avenir: ne pensons qu'à Hydro-Québec, à la Société générale de financement (S.G.F) ou à la Sidérurgie du Québec (Sidbec). ( 04 )

1965, façade de la Délégation du Québec à Paris

Les premières modifications fondamentales apportées à la haute administration du système scolaire furent entreprises quelques semaines après l'assermentation du gouvernement Lesage.

Télévision en classe en 1960

En juillet 1960 dans le dessein de se donner des moyens pour gérer cette oeuvre nationale, le gouvernement décréta que le département de l'Instruction publique relevait dorénavant aux fins administratives du ministère de la Jeunesse, malgré le fait qu'il conservait sa pleine et entière indépendance face au gouvernement.

Ce geste confirmait la volonté de l'appareil gouvernemental de rapatrier intégralement, sous le giron politique, les leviers de décisions en matière scolaire.

Le titulaire de ce ministère, Paul Gérin-Lajoie, se vit confier par le Premier Ministre le mandat de regrouper progressivement sous sa juridiction, les institutions d'enseignement québécoises.

Les pouvoirs du ministre sont bonifiés par le regroupement ou la création de nouvelles entités administratives, telles l'enseignement spécialisé, l'aide financière aux étudiants et l'éducation populaire. 

Gérin-Lajoie reçoit également le mandat de procéder à des corrections urgentes pour adapter le système scolaire aux exigences de la vie contemporaine. Dans l'intention de soutenir le développement de l'enseignement universitaire, le ministre créa une direction générale des Services de l'enseignement supérieur.

Son mandat était de gérer les subventions versées par l'État à ses institutions et d'effectuer certaines recherches. 

Malgré ces gestes qui révolutionnaient le système scolaire, Jean Lesage, dès le début de son administration, avait opté pour une position ferme qui ne contrastait guère avec le discours de ces prédécesseurs quant à l'intervention gouvernementale dans ce secteur.

En 1961, dans une allocution prononcée à l'université de Montréal, le premier citoyen québécois déclara que tant qu'il serait au pouvoir, aucun ministère de l'Éducation ne serait créé. Les conclusions du Rapport Parent allaient modifier radicalement ses intentions, d'autant plus que la population québécoise favorisait ces réformes.

Par ailleurs, il devenait évident qu'une révision sérieuse des structures existantes s'imposait en raison de l'arrivée sur les bancs d'écoles des nombreux enfants ayant vu le jour dans la période de l'après-guerre, et de l'évolution des mentalités face à l'organisation traditionnelle de la société québécoise.

Classe typique mixte dans une école de 1962

L'année suivante, le Parlement modifie la Loi de l'instruction publique. Les amendements accordent des pouvoirs fondamentaux au ministre de la Jeunesse en ce qui concerne le financement du système scolaire québécois. Les commissions scolaires ont l'obligation de fournir chaque année un rapport budgétaire de leurs activités, lequel doit être agréé par le ministère de la Jeunesse.

Suivant le principe que le gouvernement distribue à ces organismes locaux des subsides importants, il veut en retour exercer un contrôle sur l'usage qui en est fait.

Par la Grande Charte de l'éducation, le gouvernement avait tenté de régler à court terme les failles majeures du système.

Dans la volonté de trouver des solutions permanentes aux problèmes que connaissait le régime scolaire et en harmonie avec les lacunes que la Commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels avait relevées, le 24 mars 1961, l'Assemblée législative approuve la Loi instituant une commission royale d'enquête sur l'enseignement.

Mgr Alphonse-Marie Parent (1906-1970)

Familièrement appelée la Commission Parent du nom de son président, Mgr Alphonse-Marie Parent, ce groupe d'enquête avait reçu la mission d'étudier l'organisation et le financement de l'enseignement au Québec. Pendant deux ans les commissaires effectuent des voyages d'études en Europe et en Amérique du Nord afin d'analyser la mécanique structurelle sous-jacente à d'autres systèmes scolaires.

Les membres de la Commission Parent:

Au centre : Mgr Alphonse-Marie Parent, président;  M. Gérard Filion, vice-président;  Mme Jeanne Lapointe,  M. Paul Laroque;  M. John McIlhone;  M. David Munroe;  M. Guy Rocher;  Soeur Marie-Laurent de Rome de la congrégation de Sainte-Croix;  M. Arthur Tremblay

La Commission effectua une tournée pan-québécoise pour recueillir les centaines de mémoires présentés par divers groupes.

En avril 1963, le premier volet du Rapport Parent sur l'organisation administrative supérieure du système est divulgué au public. Les commissaires recommandent la création d'un ministère de l'éducation dont la fonction sera d'encourager et de coordonner l'ensemble des composantes du système scolaire. Par ailleurs, un Conseil supérieur de l'éducation devrait succéder au Conseil de l'instruction publique. Le rapport notant la confusion et l'état lamentable dans lequel se trouvait le système scolaire québécois, réclame de toute urgence l'intervention étatique afin de faire maison nette dans ce secteur.  

Quatre autres tomes seront publiés entre 1963 et 1966 ( 05 ). Les membres de la commission invitent le gouvernement à adopter de nouvelles approches pédagogiques, de nouveaux programmes d'études adaptés à la réalité du Québec contemporain et à développer à cet effet de meilleurs services éducatifs.

Fort de l'appui de la population, des forces vives de la société et des recommandations du Rapport Parent, Paul Gérin-Lajoie présenta le 26 juin 1963, le projet de loi no. 60 instituant le ministère de l'Éducation.

La loi constituait un ministère de l'Éducation par la fusion du ministère de la Jeunesse et le département de l'Instruction publique. Amendé partiellement dans le dessein d'adapter la proposition gouvernementale aux pressions émanant de l'Assemblée des évêques et de certains groupes  d'intérêt traditionalistes, la loi fut finalement adoptée le 19 mars 1964 après de vifs débats sur la question.

L'union des deux entités administratives fut consacrée le 13 mai 1964.

Dans la même vague, un organisme consultatif, le Conseil supérieur de l'éducation ( 06 ) était créé pour donner au nouveau ministère des avis sur la législation déléguée qu'il doit lui soumettre, sur les programmes d'études, les examens, de le conseiller et de mener diverses études sur toutes questions relatives au secteur de l'éducation.

Le ministre Paul-Guérin Lajoie visite une école d'Abitibi durant
 l'Opération 55

De plus, chaque année le Conseil doit remettre à ce même ministère un rapport sur la situation de l'éducation au Québec.

Au Conseil s'ajoutent deux comités: l'un catholique et l'autre protestant. Le caractère biconfessionnel du système ayant été conservé, leurs fonctions est de veiller à l'encadrement religieux du réseau scolaire relevant de leurs compétences.

Composé de 24 membres (dont seize de foi catholique et quatre de foi protestante), incluant les présidents des Comités catholiques, nommés par le conseil des ministres, le Conseil supérieur de l'éducation se veut le pâle successeur du Conseil de l'Instruction publique. Il constitue la réponse du gouvernement afin d'atténuer les craintes anticipées par le clergé et les groupes catholiques quant à la perpétuation du caractère religieux des nouvelles structures.

Contrairement à l'ancien régime, son rôle est uniquement consultatif même si les comités édictent certains règlements relativement à l'enseignement religieux ou moral et contrôlent les aspects religieux des programmes d'études, du matériel pédagogique ainsi que du caractère confessionnel des écoles.

Opération 55

Cette même année, l'Opération 55 est mise en chantier par le ministère de l'Éducation, en vertu d'une des recommandations du Rapport Parent. Cette entreprise d'envergure nationale consistait à entreprendre, au moyen de fusions ou d'annexions, la régionalisation des commissions scolaires. De 1500, le nombre des commissions scolaires catholiques passe à 55 auxquelles s'ajoutent 9 commissions protestantes

Ces gouvernements scolaires régionaux avaient le mandat de dispenser l'enseignement secondaire sur un territoire regroupant plusieurs municipalités scolaires locales.

L'objectif de cette campagne était de constituer dans chaque région du Québec un réseau d'écoles secondaires polyvalentes aptes à dispenser des services éducatifs de qualité, par le biais de la concentration des ressources humaines et matérielles, au sein de grandes institutions qui donneraient une formation générale et professionnelle. L'opération est achevée en 1965 par la création de la Commission scolaire régionale de Tilly (région de Québec).

La toute première école polyvalente au Québec
Complexe de l'école secondaire Cité des jeunes à Vaudreuil en Montérégie

On assiste dès lors à la construction d'immenses polyvalentes pouvant accueillir jusqu'à trois mille élèves sous un même toit et qui devaient contribuer à la socialisation des citoyens de demain. Le transport scolaire se généralise, ce qui permet à des centaines d'enfants des régions éloignées de fréquenter les nouvelles maisons d'enseignement publiques.

Il est indéniable que l'amélioration des équipements scolaires et de la formation reçue ainsi que de la synergie qui s'exerce entre des élèves issus de milieux et de classes sociales différentes, sont des éléments positifs en faveur de ces polyvalentes.

Néanmoins, dès leur création elles ont engendré des effets controversés. Plusieurs petites écoles de quartier ou de village ont dû fermer leurs portes. L'immensité des nouveaux bâtiments et la population nombreuse qui évolue entre ces murs ont contribué à la dépersonnalisation de l'enseignement et des relations humaines.

Dans l'ambition de favoriser la rationalisation des structures et de bonifier leurs forces financières, la Commission Parent recommanda de procéder à la fusion des gouvernements scolaires locaux et régionaux. Elle optait pour des commissions scolaires qui intégreraient les écoles primaires et secondaires sous une même administration, nonobstant leur langue ou leur confession religieuse.

Pour l'Île de Montréal l'on suggérait de créer sept municipalités scolaires unifiées. Elles auraient juridiction sur les écoles primaires et secondaires de leur territoire sans distinction linguistique et religieuse. L'objectif de cette recommandation était de favoriser l'unification des ressources des commissions scolaires et de tenir compte de la pluralité religieuse qui se dessinait de plus en plus dans la métropole québécoise.

Ces mesures avaient également pour ambition d'aider à une meilleure répartition géographique des services éducatifs entre tous les citoyens, sans égard à leur condition sociale.

Daniel Johnson (1915-1968)

La révision du système se poursuit toujours en mai 1966, alors que le premier ministre Lesage annonce qu'un scrutin général aura lieu le 5 juin. L'Union nationale et son chef Daniel Johnson misent sur l'inefficacité des réformes libérales, tout en préconisant le retour à des valeurs plus traditionnelles.
Pris par surprise, les Libéraux perdent le pouvoir malgré qu'ils aient obtenu un pourcentage de votes plus élevé que celui de l'Union nationale qui remporte une majorité des sièges à l'Assemblée législative. Le nouveau gouvernement entre en fonction le 16 juin de la même année.

Malgré son discours électoral, Johnson poursuit les réformes scolaires amorcées sous le régime précédent et bonifie même le système scolaire de nouvelles institutions.

Par l'intermédiaire de son ministre de l'Éducation, le gouvernement unioniste commanda des études afin de résoudre la question du regroupement des commissions scolaires montréalaises, qui fut un des échecs de la réforme scolaire.

L'État québécois ne put faire progresser ce dossier en raison de l'opposition manifestée par certains organismes scolaires catholiques mais surtout de foi protestante, qui face aux nouvelles règles du jeu, voyaient leurs privilèges et leurs pouvoirs menacés.

Les divergences séparant les municipalités scolaires anglophones et francophones, quant à l'établissement d'entités administratives établies sur une base linguistique, ont eu pour effet de retarder la régionalisation des structures scolaires sur l'Île de Montréal.

Signalons qu'au début de la décennie 1970, il existait sur ce territoire treize commissions scolaires catholiques et deux de foi protestante.

Commercial & Technical High School. Ex-école des Beaux-Arts après 1955. Rue Sherbrooke à Montréal

Après deux tentatives législatives entreprises sous le gouvernement unioniste pour résoudre ce dilemme, le projet de loi no. 71 pour favoriser le développement scolaire dans l'Île de Montréal est sanctionné le 21 décembre 1972 par le Lieutenant-gouverneur.  

Plusieurs mois de discussions entre les intervenants des gouvernements scolaires de l'Île de Montréal et les représentants de l'État québécois ont mené à l'adoption d'un compromis devant être temporaire et qui perpétuait l'organisation des commissions scolaires sur la base de la division religieuse.

La loi prévoyait la fusion des 33 commissions scolaires existantes à l'intérieur de huit commissions scolaires intégrées, dont six de confession catholique et deux de religion protestante.  

De plus, la loi instaure le Conseil scolaire de l'Île de Montréal dont la fonction est de s'occuper du financement, de la planification et de l'organisation des services communs aux commissions scolaires qui en sont membres. Il a également le mandat d'établir un plan de restructuration de l'administration scolaire sur l'Île de Montréal afin de parachever l'intégration des structures existantes. 

Le rapport d'étude qui suggérait la création de commissions scolaires linguistiques et confessionnelles fut déposé en 1976 mais n'eut pas de suite. 

Cette loi constitua un exercice de démocratisation et de participation populaire. Dorénavant l'ensemble des postes de commissaires à la Commission des écoles catholiques de Montréal seront électifs, alors qu'auparavant ces sièges étaient comblés par des nominations du Lieutenant-gouverneur en conseil.

L'année précédente, le Parlement avait adopté la Loi concernant le regroupement et la gestion des commissions scolaires du Québec. Elle favorisait le regroupement d'environ mille corporations scolaires afin de réduire leur nombre à 189, dont 168 étaient de foi catholique et 21 de foi protestante.

De plus, la loi qui ne s'applique pas à l'Île de Montréal, précise certaines modalités relatives au fonctionnement de la gestion interne des commissions et du découpage territorial de la municipalité scolaire.

 
 

 Institution d'enseignement privée

 
 

1963 Étudiantes au laboratoire de chimie du collège Marguerite-Bourgeoys, Montréal, Québec, 1963

Jusqu'à maintenant, nous avons présenté les changements qui ont affecté le réseau scolaire public du Québec. Néanmoins, en vertu du préambule de la Loi du ministère de l'éducation, le droit des parents désireux d'envoyer leurs enfants dans une institution d'enseignement privée était reconnu. 
En 1968 le gouvernement, dans un geste d'ouverture à ces écoles, fit adopter la Loi de l'enseignement privé qui confirme leur place au sein du système scolaire québécois. En antinomie à la situation prévalant antérieurement, leur autonomie est réduite.

Elles doivent se conformer aux programmes officiels et aux règlements édictés par le ministère de l'Éducation. Le gouvernement instaure un système de financement pour les écoles privées. Les établissements dispensant l'enseignement élémentaire, secondaire et supérieur peuvent recevoir des subsides couvrant 80% du coût moyen par élève s'ils sont reconnus d'intérêt public ou de 60% si l'école est reconnue aux fins de subvention.

Les écoles spécialisées n'ont pas droit à ces privilèges.

Jusqu'au milieu de la décennie 1960, les efforts du ministère de l'Éducation s'étaient concentrés sur l'édification d'un réseau d'écoles primaires et secondaires, de même que sur la construction d'une structure d'encadrement répondant aux exigences de la société contemporaine. Le parachèvement de grande oeuvre collective, comme le suggérait la Commission Parent, exigeait que les cadres surannés et enchevêtrés de l'enseignement postsecondaire subissent une cure de rajeunissement.

Le Rapport Parent proposa la création d'un palier d'enseignement qui agirait comme trait d'union entre l'école secondaire et l'université et qui favoriserait l'accès des jeunes québécois aux études supérieures.

Dans les années 1970, le Séminaire de Chicoutimi devient le Cégep de Chicoutimi

Suite à ces recommandations, des discussions intenses s'amorcèrent au sein des milieux socio-économiques et scolaires québécois. Ce vaste processus culmina par la sanction d'un projet de loi encadrant l'existence des nouveaux collèges qui, signalons-le, ne s'affilient à aucune confession religieuse.

 
 

Collèges d'enseignement général et professionnel
Les CEGEP

 
 

Le 29 juin 1967, le Parlement vote la Loi des collèges d'enseignement général et professionnel. Dès lors s'amorce un long processus d'intégration et de fusion des anciens collèges classiques et des écoles spécialisées permirent à une douzaine de cégeps d'accueillir leurs premiers clients pour la rentrée de septembre.

Dans les années qui suivirent, d'autres collèges ouvrirent leurs portes partout au Québec. Avant la création des cégeps, le jeune ayant complété ses études secondaires dans une école publique n'avait qu'un choix restreint d'options de carrière. La situation était tout autre pour son confrère détenant un diplôme d'un collège classique qui pouvait accéder à toutes les facultés universitaires.

Le Cégep de Sorel-Tracy a occupé ce bâtiment dans les années 1970 avant de construire une nouvelle bâtisse. La partie arrière de la bâtisse sur la photo a été démolie depuis.

Les cégeps constituent un canal qui permet l'accès direct à l'ensemble des programmes universitaires. Ils ont pour mission de dispenser à leurs clientèles une formation générale ou professionnelle s'appuyant sur des connaissances qui seront nécessaires aux élèves désireux de poursuivre des études universitaires ou de s'insérer sur le marché du travail après avoir complété un diplôme d'études collégiales (D.E.C). 

Cette nouvelle institution répondait à un besoin réel de former dans un premier temps des généralistes qui poursuivront des études supérieures et des spécialistes ayant reçu une formation professionnelle dans un des programmes de techniques qui y sont offerts.

L'innovation des cégeps réside dans le fait que ces deux voies de formation jadis partagées entre des maisons d'enseignement différentes se trouvaient regroupées dans un même milieu.

Deuxièmement, ils ont reçu une mission régionale en devant contribuer à la scolarisation des citoyens résidant à l'extérieur des grands centres urbains.

La création des cégeps venait compléter et achever la rénovation du système scolaire québécois.

Cependant, certaines écoles spécialisées, en raison de la nature spécifique de leur enseignement, ne seront pas intégrées au réseau des cégeps et restent sous une juridiction autre que celle du ministère de l'Éducation.

Ainsi, les conservatoires de musique du Québec continuent de relever du ministère des Affaires culturelles et l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du ministère du Tourisme.

 
 

Programmes d'études

 
 

Mon premier livre de français par la lecture, [Soeur Sainte-Marie-du-Perpétuel-Secours (Marie-Luména-Berthe Jodoin)], Montréal, Congrégation de Notre-Dame, 96 pages, 1948

Au cours de la période 1946-1975, trois programmes d'études se succèdent. En 1948, la nouvelle plate-forme pour les écoles élémentaires est adoptée par le Comité catholique.

Il cherche à bonifier les acquis des réformes précédentes et à adapter la pédagogie aux méthodes les plus novatrices. Le contenu des apprentissages devant être dispensé aux écoliers ne diffère que très légèrement du plan officiel de 1939.

Ce programme repose sur une approche pédagogique novatrice (l'école active), qui cherche à rejoindre cinq grands objectifs fondamentaux:

1) d'être éducatif;
2) de s'harmoniser avec les besoins des écoliers;
3) de susciter l'apprentissage chez l'élève;
4) de le socialiser;
5) de tenir compte des particularités personnelles à chaque écolier.

Néanmoins, il devenait inévitable qu'une réforme majeure du programme des études de la huitième à la onzième année devait s'ensuivre. Toutefois, ce n'est qu'en 1956 que le département de l'Instruction publique entama ce processus en créant le cours secondaire d'une durée de cinq ans qui succède à l'enseignement élémentaire supérieur.

Dans l'intervalle qui s'écoula, deux groupes déposent des rapports qui modifient la structure et les programmes postélémentaires.

En 1951, le Comité catholique créa un groupe d'étude sur l'harmonisation des ordres d'enseignement de la maternelle à l'université. Il constate des déficiences importantes quant à la formation reçue par les jeunes francophones, ce qui l'amène à recommander l'instauration du cours secondaire afin de favoriser un accès équitable aux études supérieures pour tous les Québécois.

Dans le même esprit, en déposant son rapport en 1956, la Commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels, augure des changements à venir.

Les membres de la commission recommandent notamment que:
1) chaque citoyen, nonobstant son statut social puisse poursuivre des études;
2) que le gouvernement du Québec se doit de prendre en charge le système scolaire par la création d'un ministère de l'Éducation.

C'est dans ce courant de réforme qu'est mis en vigueur le programme des écoles secondaires en mai 1956. L'implantation dura quatre ans et se termina par la révision des contenus de cours de la douzième année.

En 1960, le principe des voies optionnelles est introduit. Les filles peuvent s'orienter vers une des cinq options suivantes: générale, classique, scientifique, commerciale et arts familiaux, tandis que les garçons peuvent s'offrir un des choix suivants: général, classique, scientifique (sciences-lettres et sciences mathématiques), commercial, industriel et agricole.

Toutefois, la démocratisation du système scolaire n'est encore que fragmentaire, car les options générales et scientifiques ne permettent que l'accès à un nombre restreint de facultés universitaires, alors que le classique ouvre toutes les portes.

Suite aux déficiences constatées par la Commission Parent, le gouvernement adopte entre 1965 et 1971 des règlements qui ont eu pour effet d'appuyer la réforme des cadres pédagogiques et de préciser le contenu de certaines lois de l'éducation. Cette législation déléguée précise notamment que la durée du cours élémentaire est fixée à six ans, celui du cours secondaire à cinq années.

Élèves à la bibliothèque de l'école Notre-Dame-des-Sept-Douleurs avec sœur Estelle Laliberté (Saint-Mathias-Marie) et sœur Marie-Alice Vallée Montréal, Québec, 1966

 La promotion par matière est instaurée à ce dernier palier (règlement 1). Un second règlement précise que des épreuves devront être soumises aux élèves du primaire et du secondaire.

De plus, la note de passage est établie à 50% et chaque cours du secondaire réussi avec succès donne à l'élève des crédits, dont un nombre minimum sera requis pour l'obtention du diplôme d'études secondaires (règlement 2).

Le règlement 3 qui spécifie que les études collégiales débutent après la 11e année (5e secondaire) est adopté en 1966.

Finalement, en 1971 le règlement 7 précise et remplace certains articles des règlements adoptés antérieurement. Il aborde les questions relatives à la gestion pédagogique de la maternelle et des études primaires et secondaires. Il précise le nombre de journées de classe dans une année scolaire (180) et indique que les corporations scolaires doivent émettre périodiquement un bulletin scolaire.

Entre-temps l'accès à la maternelle est généralisé dans l'ensemble des écoles primaires du Québec en accord avec les recommandations de la Commission Parent.

Un de ses objectifs est de favoriser l'adaptation des jeunes à la vie scolaire.

Au début de la décennie 1970, de nouveaux programmes d'études sont progressivement mis en place aux paliers élémentaire et secondaire. Appelés programmes cadres, ils édictent de grands objectifs d'apprentissage relativement aux connaissances devant être assimilées par les élèves.

En raison du caractère général des buts de ces programmes, les maîtres disposent d'une grande flexibilité qui permet d'adapter leur enseignement aux besoins du milieu.

L’École normale Notre-Dame du Sacré-Cœur de Sherbrooke ouvrit ses portes en 1942 à toutes celles – de sexe féminin seulement, selon les pratiques de l’époque – qui se destinaient à l’enseignement.

Elle accueillit un total de 3734 élèves et dut fermer ses portes après la réforme recommandée par la Commission royale d’enquête sur l’enseignement, dite Commission Parent et mise en œuvre par le Gouvernement du Québec qui confiait aux universités la formation des maîtres. Plusieurs enseignantes FCSCJ migrèrent vers l’Université de Sherbrooke en même temps que leurs élèves.

 
 

Durant la période l'enseignement universitaire connaît des progrès fulgurants

 
 

Dès 1954 naît à l'instigation du clergé catholique, l'université de Sherbrooke qui est la première maison d'enseignement universitaire de langue française fondée en dehors des villes de Québec et Montréal.

Constatant les lacunes de la formation des maîtres, le ministère adopte en mars 1966 le règlement 4 relatif aux permis et brevets d'enseignement que doivent détenir les enseignants pour exercer leur profession. Le règlement institue qu'un maître doit détenir au moins treize années de scolarité et avoir obtenu un diplôme universitaire en pédagogie. Tel que le préconisaient les membres de la Commission Parent, les écoles normales furent intégrées aux universités à la fin des années 1960. Cela devait avoir pour effet d'améliorer les qualifications des futurs enseignants.

Dans une volonté de poursuivre la démocratisation et la déconcentration vers les régions périphériques du système scolaire dans l'objectif de soutenir et diffuser l'éducation supérieure au Québec, l'Assemblée nationale entérine le 18 décembre 1968 le projet de loi créant l'Université du Québec.

Cette décision politique marquait le parachèvement de la réforme des structures scolaires. De plus, elle favorisait l'émergence de pôles de développement scientifique, culturel et économique à l'extérieur des grandes agglomérations urbaines traditionnellement avantagées par les investissements gouvernementaux.

1955, Faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke

1996, Faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke

1965, Université de Montréal

Par ce geste, l'État québécois intervenait pour la première fois directement dans le secteur universitaire jusque-là laissé à l'initiative privée.

En 1970, l'université du Québec était composée de quatre constituantes situées à Montréal, Trois-Rivières, Rimouski et Chicoutimi. Dans les années subséquentes, d'autres composantes de l'université furent ouvertes afin de parachever ce réseau régional, soit à Rouyn (1973), à Québec et Montréal (École de technologie supérieure et École nationale d'administration publique).

Pour appuyer le développement de la recherche, l'Institut national de recherche scientifique (1969) et l'Institut Armand Frappier (1972) s'ajoutent à ce réseau universitaire.

La cour intérieure de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM)

Un Conseil des universités est institué le 18 décembre 1968 par l'adoption de la Loi du Conseil des universités. Agissant comme organisme consultatif charnière entre les universités et l'État, il est composé de 17 membres désignés par le conseil des ministres et issus du monde universitaire, du monde des affaires et du travail. Sa fonction principale est de donner au ministre de l'Éducation des avis et des recommandations sur toutes questions relativement à l'enseignement et à la recherche universitaire. Le Conseil doit exposer ses avis sur tout plan gouvernemental relatif aux activités des universités, sur les budgets annuels de fonctionnement et d'investissements des universités, et sur les questions concomitantes reliées à ces dernières.

Cette même année, une entreprise de télévision éducative est mise sur pied par le gouvernement, c'est la naissance de Radio-Québec.

La mission de cette société d'état est de produire des émissions de télévision ayant un contenu éducatif et culturel et de les diffuser sur l'ensemble du territoire québécois.

 

La question linguistique

 
 

Comme jamais auparavant, la question linguistique a marqué cette époque. A la fin de la décennie 1960 et au début des années 1970, deux lois linguistiques --les premières à être adoptées au Québec-- sèment la controverse tant chez les francophones que chez les allophones et les anglophones relativement à la langue d'enseignement.

Le gouvernement québécois doit faire face au problème de l'école Saint-Léonard.

Depuis le début des années 1960, la Commission scolaire de Saint-Léonard offrait dans une de ses écoles un programme dit bilingue mais où la majorité des cours était donnée dans la langue anglaise.

En 1967, la corporation scolaire décida d'abolir graduellement ces classes pour transformer l'école Saint-Léonard en une institution dispensant un enseignement uniquement en français.

Réunion de parents francophones de Saint-Léonard
Région Île-de-Montréal, 1968

Des groupes ethniques, pour la plupart des Italiens, demandent que leurs enfants puissent continuer d'étudier dans la langue de Shakespeare. Des incidents entre allophones et francophones éclatent dans les rues de la municipalité de Saint-Léonard. Les francophones, dont le taux de natalité est en chute constante depuis le début des années 1950, demandent que des mesures soient prises par l'État pour contrer l'assimilation des immigrants à la langue de la minorité et assurer la survie du français au Québec.

Suite au décès prématuré de Daniel Johnson, Jean-Jacques Bertrand était devenu en octobre 1968 premier ministre du Québec, malgré l'insatisfaction de l'aile nationaliste qui considérait ses idées trop proches de celles des fédéralistes canadiens.

Quelques jours après son assermentation, voulant dénouer le problème de Saint-Léonard, le nouveau gouvernement présente à la Chambre le projet de loi no. 85, donnant le libre choix concernant la langue d'enseignement.

Jean-Jacques Bertrand (1916-1973)

Soulevant l'indignation de la population, de parlementaires et de membres de l'Union nationale, il fut abandonné à la veille de Noël 1968. Il accordait le libre choix aux parents en matière de langue d'enseignement.

En octobre 1969, le premier ministre revient à la charge avec la Loi pour promouvoir la langue française au Québec (loi 63), qui n'est autre chose qu'un projet de loi no. 85 déguisé.

Des protestations s'organisent. Le Front Québec français se constitue et une manifestation monstre a lieu face à l'Assemblée nationale. Malgré un vent de protestation généralisé dans la population québécoise, le 28 novembre les députés adoptent la loi mais le débat n'est pas clos.

Le Front commun du Québec français organise une grande manifestation devant le parlement de Québec

Le Lieutenant-gouverneur Hughes Lapointe (1911-1982) sanctionne en juillet 1974 la Loi sur la langue officielle qui consacre le statut du français comme étant la seule langue officielle du Québec.

La loi restreignait l'accès des Néo-Québécois à l'école anglaise, à moins qu'ils puissent faire la preuve d'une connaissance suffisante de la langue de la minorité.

Quant aux nouveaux arrivants qui ne maîtrisaient ni le français ni l'anglais, ils devaient s'inscrire dans une école dispensant un enseignement dans la langue officielle.

Cette loi adoptée par le gouvernement de Robert Bourassa, soucieux de ménager la chèvre et le choux, s'avère difficilement applicable.

Le ministère de l'Éducation avait laissé aux commissions scolaires la responsabilité de gérer les épreuves de connaissance du français.

Boycotté par les administrations scolaires anglophones, ce processus fut un échec. Les problèmes de l'intégration des immigrants demeuraient entiers et la loi 22 fut rejetée tant par les francophones que les allophones et les anglophones.

Elle fut également une des causes qui mena à la défaite du Parti libéral et à l'élection du Parti québécois lors du scrutin général du 15 novembre 1976.

Hughes Lapointe (1911-1982)

Robert Bourassa

Pour la première fois dans l'histoire du Québec, le gouvernement, par le biais de la loi 22, reconnaissait aux membres des nations amérindiennes et inuit la prérogative d'être éduqués dans leur langue. D'ailleurs, le Québec est une des rares nations américaines à avoir reconnu ces droits.

C'était l'aboutissement d'un long processus qui avait permis au gouvernement québécois de reprendre sa souveraineté sur l'éducation destinée aux autochtones de la région du Nord-du-Québec.

Cette souveraineté, sur les activités administratives de ce vaste territoire, avait été abandonnée au gouvernement fédéral en 1937 et c'est ce dernier qui avait ouvert au début des années 1950, les deux premières écoles de la région, soit celles des villages de Kuujjuaq et Inukjuak. Signalons que l'enseignement y était uniquement dispensé en anglais, ce qui explique le taux élevé d'anglicisation de ces communautés.

Dans l'esprit de la révolution tranquille, le gouvernement du Québec assura dès 1963 l'ensemble des services éducatifs sur ce territoire. En 1969, la Commission scolaire du Nouveau-Québec est créée ( 07 ), mais le gouvernement du Canada refusa l'intégration de ses maisons d'enseignement sous cette administration, ce qui compliqua l'extension du système scolaire québécois au nord du 49° parallèle.

Néanmoins, à l'exception des établissements du ministère canadien des Affaires Indiennes que doivent fréquenter les Amérindiens québécois, en vertu de la Loi constitutionnelle de 1867, le Québec a réussi à développer dans cette contrée un réseau d'écoles destinées aux autochtones, qui respecte leur culture et leur langue, tout en favorisant l'apprentissage du français.

Une des retombées importantes de la réforme scolaire c'est qu'elle aida à l'uniformisation et à la démocratisation des structures, nonobstant le statut linguistique et social de la clientèle. Qu'ils reçoivent un enseignement en langue française, autochtone ou anglaise, qu'ils fréquentent une institution privée ou publique, tous sont soumis désormais aux mêmes programmes officiels.

L'école s'ouvre également au milieu. L'éducation destinée aux adultes se développe pour soutenir le recyclage des travailleurs ou aider à la scolarisation de la population. Au cours de la décennie 1960, les commissions scolaires se dotent de services de l'éducation des adultes, tandis que, par le biais de la Télé-université fondée en 1972, l'université du Québec contribua à l'accès de ces effectifs aux études supérieures.

 
 

Changements radicaux

 
 

Dans les années 60, moins d’un Québécois sur deux terminait la 7e année.

L'étude des statistiques de l'éducation pour la période de référence révèle qu'en une décennie des changements radicaux sont survenus dans le système scolaire québécois. Pour la période à l'étude, la croissance démographique au Québec fut de 48,6%.

La population qui était de 4 055 681 en 1950, passe à 5 259 211 en 1961, pour se situer à 6 027 764 en 1971. Parallèlement à cette évolution, les effectifs scolaires explosent à tous les paliers du système.

La population scolaire de l'élémentaire et du secondaire augmente de 114,8%. Alors que 640 000 élèves fréquentaient les bancs d'écoles en 1950, ils étaient 1 158 000 à le faire en 1961 et 1 375 000 en 1971.

C'est le collégial qui bénéficia le plus de la démocratisation du système scolaire. Le nombre de collégiens augmente d'une façon fulgurante de 842,8%. Alors qu'ils n'étaient que respectivement 12 480 et 22 987 à fréquenter les collèges classiques en 1955 et 1961, 117 663 élèves étaient inscrits dans un cégep en 1971. Quant à l'ensemble des effectifs universitaires, il progressa de 260,7%, passant de 21 284 en 1950, à 43 156 en 1961, pour se situer à 76 774 en 1971.

Alors qu'en 1960, seulement 50% de la jeunesse québécoise se consacrait aux études, ils étaient plus de 80% à le faire une décennie plus tard. Ces chiffres démontrent l'impact qu'ont eu sur la fréquentation scolaire les réformes du système.

Dans le même sens afin de répondre aux besoins de cette clientèle, le nombre d'enseignants professant au Québec progresse à tous les paliers. Dans les écoles primaires et secondaires publiques leur nombre augmente de 168,3%. En nombre absolu ils étaient 26 651 (dont 20,7% d'hommes) en 1950, puis 49 586 (dont 21,8% d'hommes) en 1961 et 71 500 (dont 35,9% d'hommes) en 1971. Quant aux professeurs enseignant à l'université, leur nombre s'éleva de 214%, pour se situer à 2 185 en 1950, tandis qu'en 1961, ils étaient 2 730 et en 1971, 6 860. 

 
 

Le document de l'époque

 
 

Ce texte est extrait du volume trois (p.3) du Rapport de la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec (Rapport Parent).

Toute notre enquête et notre rapport, toutes les structures supérieures et le ministère, toutes les structures régionales et le régime financier, toutes les structures pédagogiques ont un seul objet: l'enseignement à donner aux enfants.

Cette vaste architecture d'ensemble est destinée à abriter la jeunesse du Québec, c'est-à-dire tous les enfants de la province, qu'ils soient riches ou pauvres, intelligents ou peu doués, promis à un brillant avenir ou appelés à jouer un rôle plus modeste.

 Ce qui importe d'abord, ce n'est pas de conserver ou de créer tel type d'administration ou de financement, telle catégorie de fonctionnaires, tel genre d'institutions, mais de protéger et développer chaque enfant; administrateurs, fonctionnaires, institutions, maîtres, système d'enseignement n'existent qu'à cette fin.

L'école n'est pas d'abord un lieu où règnent des administrateurs et des enseignants; c'est un lieu mis à la disposition de l'enfant pour qu'il y travaille à son apprentissage intellectuel et humain; l'école est l'atelier de cet apprentissage. Maîtres et orienteurs guident cet apprenti vers les instruments et outils intellectuels - cours, laboratoires, livres, principes de base, notions, connaissances - qui favoriseront cette évolution si intense, si active, si difficile parfois vers la maturité. L'éducation des jeunes et les progrès de l'enseignement doivent s'appuyer sur une constante attention naturelle à l'égard de l'enfant aussi bien que sur la recherche. C'est en fonction des besoins de l'enfant que doivent s'aménager les programmes d'études et tout le système scolaire
”.

Source: Histoire de l'éducation au Québec. Il est à noter que les données statistiques que l'on retrouve dans le texte  émanent des annuaires et rapports publiés par le Bureau de la statistique du Québec, par Statistique Canada, par le département de l'Instruction publique, ainsi que par le ministère de l'Éducation. Récit par Richard Leclerc février 1989.

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 22 avril 2014

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Notes & Références encyclopédiques: 

Photo de fond d'écran: Maison d'école du rang Cinq-Chicots à Victoriaville

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 

La Commission Tremblay : En plus de Thomas Tremblay, qui est juge en chef de la Cour des sessions de la paix, on y retrouve le révérend père Richard Arès, Esdras Minville, Honoré Parent, Paul-Henri Guimont et John P. Rowatt - Sur Université de Sherbrooke

 
 
 

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02

 
 
 
 
 
 
 

À propos de Jean-Paul Desbiens, alias Le Frère Untel

Frère enseignant, de la communauté des Frères Maristes, a joué un rôle de premier plan dans l'histoire du Québec au XXe siècle. Le livre qui le rendit célèbre, Les Insolences du Frère Untel, (1960) vendu à plus de cent mille exemplaires, fut l'un des événements déclencheurs de la Révolution tranquille au Québec. Ce Frère Untel, sous son vrai nom, Jean-Paul Desbiens, était appelé à devenir l'un des principaux artisans de la réforme de l'éducation...

 
 
 
 
 
 
 

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03

 
 
 
 
 
 

La Commission Hydroélectrique du Québec (Hydro-Québec) - Sur le site d'Hydro-Québec

 
 
 
 

 
 
 
 
 
 

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04

À propos de la Société générale de financement (S.G.F) ou à la Sidérurgie du Québec (Sidbec). - Sur les site de la Révolution tranquille de de l'Université de Sherbrooke

 

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05

 
 

Le 24 mars 1961, l'Assemblée législative approuve la Loi instituant une commission royale d'enquête sur l'enseignement, plus connue sous le vocable de Commission Parent, du nom de son président Mgr. Parent - Sur le site de l'Université du Québec à Chicoutimi

 
 

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06

 

Création de l'organisme consultatif, le Conseil supérieur de l'éducation - Sur le site du Conseil

 

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07

 

Histoire de la création de la Commission scolaire du Nouveau-Québec - Sur Commission scolaire Kativik

 

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