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Le Grand Nord a mauvaise mine
Dépotoir à ciel ouvert

Le Soleil
Actualités, samedi, 29 septembre 2007, p. 8
Dion-Viens, Daphnée

MERGANSER POINT, Nunavik - Des centaines de barils rouillés, des véhicules lourds abandonnés, des sols contaminés... L'industrie minière a laissé sa marque dans le Grand Nord québécois. Le Nunavik compte environ 300 anciens chantiers d'exploration minière, dont certains représentent une grave menace pour l'environnement et la santé de ses habitants. Mais le grand ménage a débuté...

La seule bâtisse qui tient encore debout abrite un vieux camion qui rouille sur place. À ses côtés, des morceaux de métal abandonnés, des déchets, de la ferraille. Un peu plus loin, des barils remplis d'huile menacent de s'éventrer. Bienvenue à Merganser Point, un des chantiers d'exploration minière de la compagnie Ungava Iron Ores, abandonné depuis la fin des années 50.

À cette époque, aucune loi ou règlement n'obligeait les compagnies minières à respecter l'environnement. Ces entreprises ont fait du Grand Nord québécois leur dépotoir, laissant derrière elles l'équipement et le matériel utilisé une fois les activités de prospection terminées.

300 chantiers

Selon une étude réalisée par des chercheurs et les autorités locales, il y aurait environ 300 sites d'exploration minière abandonnés au Nord-du-Québec, cette région située au-delà du 55e parallèle appelée Nunavik. De ce nombre, 18 ont été identifiés comme "majeurs", représentant une grave menace pour l'environnement et la santé publique. "C'est très inquiétant parce qu'on mange les animaux qui vivent près de ces sites et il y en a partout", dit Johnny Peters, responsable des ressources renouvelables à la société Makivik, une organisation qui représente les 9800 Inuits du Nunavik sur le plan politique.

Au pays de la toundra, le contraste est frappant. Les traces laissées par l'exploration minière apparaissent comme une sale tâche sur un tableau saisissant. À Merganser Point, les autorités ont recensé 125 m³ de sol contaminé, 270 barils, dont 15 remplis de carburant, 40 réservoirs de propane, cinq batteries de véhicules lourds, un transformateur électrique... la liste est longue.

L'industrie minière n'était pas la bienvenue ici. Johny Appahatuk, un résidant d'Aupaluk (le village situé à quelques kilomètres du site), en garde un mauvais souvenir. "Nous sommes allés les voir pour leur demander de nettoyer le chantier et ils nous ont envoyé promener", raconte l'homme de 67 ans. Sur le site, les trous de balles perforent la porte du camion où est inscrit le nom de la compagnie.

Inquiétudes

L'administration régionale Kativik (ARK) a commencé à s'intéresser à ces anciens sites miniers au milieu des années 90. Des aînés de Kangiqsujuaq ont fait part de leurs inquiétudes après avoir trouvé des barils de carburant dans des lacs où ils avaient l'habitude de pêcher, explique Michael Barrett, directeur des ressources renouvelables à l'ARK. Selon d'autres témoignages, des renards seraient morts après avoir grugé de la ferraille rouillée. Des produits toxiques se seraient aussi retrouvés dans les cours d'eau.

"Les Inuits sont devenus de plus en plus conscients des dangers environnementaux que ces sites représentent", affirme Gérard Duhaime, sociologue à l'Université Laval et coauteur d'une étude visant à répertorier les sites miniers abandonnés au Nunavik.

La grande majorité des compagnies minières qui ont pollué le Nunavik n'existent plus aujourd'hui. En 1975, les lois sont devenues plus restrictives en matière d'environnement et, depuis 1995, les compagnies minières sont obligées de remettre les chantiers dans leur état d'origine après leur passage.

Millions $ pour dépolluer

Après une dizaine d'années de discussion, c'est finalement le gouvernement Charest qui a accepté, il y a quelques mois, de délier les cordons de sa bourse pour nettoyer le Grand Nord québécois. Un peu plus de 4 millions $ seront octroyés pour dépolluer les 18 plus importants sites, une opération qui s'étirera sur cinq ans. Le nettoyage a déjà commencé sur quatre chantiers.

Cette somme a été versée dans le Fonds Explor-Action Nunavik, auquel participe aussi l'industrie minière. Une trentaine de compagnies y ont injecté 1,5 million $. "La nouvelle génération a voulu faire sa part pour nettoyer les erreurs du passé", indique André Gaumond, président de Mines Virginia et instigateur du projet.

Mais Johnny Peters, de la société Makivik, rappelle que ce n'est qu'un début et qu'il reste encore des dizaines de sites à nettoyer.

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