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La fin du nucléaire médical dans le domaine de la Santé
Est-ce possible? Oui répondent les scientifiques

Isotopes médicaux, tests pathologiques, scanner, nucléaire, isotopes médicaux, nucléaire, scanner, santé

Médias: L'Express du Pacific, Rue Frontenac, Société Radio-Canada, Revue du Conseil national de la recherche du Canada, Coalition pour que le Québec ait meilleur mine

Publication: 20, 24, 25 janvier, 8 avril 2011,

Fusion des textes, commentaires JosPublic
Publication ici: 21 mai 2011

   Regard

 
Isotopes médicaux, tests pathologiques, scan, nucléaire, isotopes médicaux, nucléaire, scan, santé

Avec la fermeture annoncée en 2016 du réacteur nucléaire de Chalk River en Ontario, leader mondial en matière de production d’isotopes médicaux, le gouvernement cherche à créer de nouvelles sources d’approvisionnement, sans utiliser d’uranium hautement enrichi.

Le technétium-99m est utilisé lors des examens de scintigraphie, une technique d’imagerie médicale utilisant des substances radioactives injectées en quantité infime à l’intérieur d’un organisme. Elles ont la propriété de se fixer sur les organes ou les tissus du patient et permettent de diagnostiquer des maladies osseuses ou encore certains cancers.

De plus en plus utilisés, ces tests diagnostics permettent de détecter de façon précoce plusieurs types de tumeurs. En tout, 30 millions d’examens basés sur le technétium-99m sont réalisés chaque année dans le monde. La demande en radio-isotopes médicaux augmenterait de 5 % chaque année.

L’arrêt en mai 2009 du  réacteur de Chalk River, pendant quinze mois, après une panne, avait provoqué une pénurie mondiale de technétium-99m. Selon l’Institut Canadien d’information sur la santé, environ 25 % de patients n’ont pas pu avoir accès à des diagnostics en médecine nucléaire en raison de cette crise.

En 2008 déjà, les conclusions d’un rapport d’expert commandé par le ministre fédéral de la Santé, Tony Clement, réclamaient la construction de nouvelles installations capables de fournir le pays en isotopes médicaux.

Cette crise a poussé le gouvernement du Canada à injecter, fin janvier 2011, 35 millions de $ pour trouver de nouveaux moyens de production, sans réacteur, et ainsi disposer d’un approvisionnement de Tc-99m plus fiable. Parmi les quatre projets retenus, dont celui concernant Vancouver, deux s’appuieront sur des cyclotrons, et les deux autres utiliseront des accélérateurs linéaires.

« Tout simplement BRAVO ! »

Lance la Coalition Québec meilleure mine ! à la suite de l’annonce de l’octroi d’une bourse de recherche de 5 M$ au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Cette bourse s’inscrit dans le cadre d’un programme fédéral de plus de 35 M$ visant à soutenir la production d’isotopes médicaux sans la filière du nucléaire. « C’est un pas de plus vers la production d’isotopes médicaux sans mine d’uranium et sans centrale nucléaire, qui génèrent toutes deux d’importantes quantités de déchets radioactifs. On ne peut donc que s’en réjouir ! Bravo aux chercheurs québécois qui ont eu la vision de travailler à la mise sur pied de cette technologie propre au Québec ! », rajoutent les membres de la coalition Québec meilleure mine !

Pour la Coalition, cette nouvelle tombe à point et défait l’un des mythes véhiculés par les lobbies du nucléaire, mythe selon lequel les mines d’uranium et les centrales nucléaires seraient essentielles à la production d’isotopes médicaux. « Au contraire, cette annonce confirme qu’il est tout à fait possible et souhaitable de produire des isotopes médicaux sans la filière du nucléaire et sans les nombreux impacts environnementaux et socio-sanitaires qui y sont associés », affirme Ugo Lapointe, porte-parole de la coalition.

Ugo Lapointe

« La production d’isotopes médicaux sans la filière du nucléaire présente également l’avantage d’être moins coûteuse et plus sécuritaire. La mise sur pied d’un réseau pancanadien de centres de production d’isotopes médicaux ne coûterait qu’une fraction des milliards de $ qu’il en coûte généralement pour la construction ou la réfection d’une seule centrale nucléaire. De plus, un tel réseau permettrait de diversifier les sources d’approvisionnement en isotopes médicaux, et serait donc plus résilient et plus sécuritaire à moyen terme. » ajoute Michel Duguay.

Michel Duguay, professeur à l’Université Laval et porte-parole du mouvement Sortons le Québec du nucléaire

  « Somme toute, ça nous apparaît être une solution gagnante-gagnante pour la société : moins d’impacts environnementaux et socio-sanitaires, moins de coûts et une plus grande sécurité d’approvisionnement en isotopes médicaux », conclut Ugo Lapointe.

La Coalition Québec meilleure mine ! félicite encore une fois les chercheurs québécois qui ont contribué à la mise sur pied de cette technologie propre et encourage les gouvernements à les soutenir davantage au cours des prochaines années. « Cela ne pourra que contribuer à accélérer la production d’isotopes médicaux sans la filière du nucléaire », soutient François Lapierre de l’Association de protection des Hautes-Laurentides, une région affectée par des travaux miniers d’exploration pour l’uranium. 

François Lapierre

Conteneurs en plomb pour transporter les seringues contaminées

Rappelons que les mines d’uranium et les centrales nucléaires génèrent d’immenses quantités de déchets radioactifs qui doivent être entreposés, à perpétuité, sur le territoire. À elle seule, la centrale Gentilly-2 au Québec a déjà généré plus de 2 500 tonnes de déchets hautement radioactifs depuis sa mise en opération.

Depuis 50 ans, les mines d’uranium de la Saskatchewan ont quant à elles généré des millions de tonnes de déchets miniers radioactifs. « Que ce soit pour les mines ou les centrales nucléaires, il n’existe encore aucune méthode éprouvée pour éliminer les risques de contamination que posent ces déchets à long terme », affirme Christian Simard de Nature Québec.

Le Québec ne compte actuellement aucune mine d’uranium, mais plusieurs régions sont affectées par des travaux d’exploration pour l’uranium, notamment sur la Côte-Nord, dans le Nord-du-Québec, en Gaspésie et dans les Hautes-Laurentides. Face aux risques et aux impacts de cette industrie, la Coalition répète sa demande de moratoire sur les mines d’uranium. La Coalition appuie également la demande de démantèlement de la centrale Gentilly-II près de Trois-Rivières, la seule centrale nucléaire au Québec.

La filière de production du Tc-99m au Canada

Des cibles d’uranium 235 très enrichi obtenues des États-Unis sont d’abord irradiées pendant une semaine dans le réacteur canadien NRU.

À la sortie du réacteur, les cibles radioactives sont dissoutes à la compagnie Nordion qui en extrait le Mo99. Cet élément est totalement exporté aux États-Unis où on le dispose dans des générateurs de Tc99m. (Ces générateurs servent à extraire le Tc-99m issu de la fission naturelle du Mo-99.) Les générateurs sont finalement réexpédiés aux hôpitaux canadiens où le personnel médical n’a qu’à y faire couler de l’eau salée pour récupérer le technétium.

 

On ne veut plus de réacteurs nucléaires

Les cinq réacteurs qui alimentent la planète en Tc 99m consomment tous de l’uranium hautement enrichi, avec lequel on pourrait aisément fabriquer des bombes.  Pour réduire les risques de détournement, les États-Unis ont  déjà annoncé qu’ils cesseraient de nous fournir cet uranium, quelque part entre 2016 et 2019.

Les réacteurs qui fabriquent des isotopes médicaux produisent aussi les mêmes déchets dangereux qu’une centrale nucléaire.  Contrairement aux isotopes que nous exportons, ces déchets demeurent chez nous.

Technologies alternatives

Le système de production d’isotopes médicaux actuel repose sur des réacteurs nucléaires en fin de vie, extrêmement coûteux à fabriquer. Le gouvernement Harper, après avoir envisagé une telle solution, a fait marche arrière en décidant de ne pas remplacer le réacteur ontarien, quitte à perdre son siège de leader mondial sur le marché des isotopes médicaux – il assure 40 % de la production mondiale et 80 % de la production canadienne. «Les réacteurs, pour lesquels on utilise de l’uranium hautement enrichi, coûtent environ 500 millions de $ à construire. En comparaison, un cyclotron "technologie alternative" va coûter 2,3 millions de $»,  explique Jean-Michel Poutissou, responsable du département de Physique nucléaire à Triumf, laboratoire national pour la physique nucléaire situé à Vancouver.

Le pays table donc sur d’autres solutions technologiques, moins coûteuses et moins radioactives. Principalement produit aux États-Unis, l’uranium hautement enrichi, utilisé par les réacteurs, sert de matière première dans la production d’isotopes médicaux. Or, pour des raisons de non-prolifération nucléaire, Washington entend cesser ces exportations.

Triumf a obtenu 6 millions $ sur les 35 alloués pour le développement d’une technologie cyclotron. La laboratoire produit déjà 15 % des isotopes médicaux au Canada par le biais d’un partenariat commercial avec l’entreprise Nordion.

Centrale de Chalk Rivers

Avec l’arrêt imminent du réacteur de Chalk River, le temps presse. La commercialisation de ces nouvelles technologies est attendue pour 2014 et elles seront scrutées de près par la communauté internationale. Reste un problème de taille : elles ne permettront pas de produire autant d’isotopes qu’avec un réacteur. « Nous pourrons seulement satisfaire le marché national. Nous allons perdre le marché de la production des isotopes mais en gagner un nouveau avec la vente de cyclotrons que nous produisons ici à Vancouver », conclut Jean-Michel Poutissou.

Des isotopes médicaux à l’Université de Sherbrooke

Le Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke (CHUS) produira des isotopes médicaux utilisés pour établir des diagnostics médicaux et pourra ainsi venir en renfort au réacteur nucléaire de Chalk River.

Le ministre des Ressources naturelles du Canada, Christian Paradis, en a fait l'annonce à Sherbrooke, dans la capitale de l’Estrie. Une subvention de 35 millions de dollars sera alors accordée à l’établissement québécois et à deux autres au pays.

«

On prépare le terrain en vue de la mise en place d'une chaîne d'approvisionnement plus sûre, plus diversifiée d'isotopes pour les Canadiens, et cette chaîne va aussi permettre au Canada de demeurer un leader dans le domaine de la technologie des isotopes médicaux.

 Christian Paradis, ministre fédéral des Ressources naturelles

»

Le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke produit déjà des isotopes à l’aide d’un cyclotron, un accélérateur de particules qui ne fait pas de déchets nucléaires, pour plusieurs hôpitaux du Québec dont le CHUM et le Centre hospitalier régional de Trois-Rivières. «Mais ils ne peuvent servir que pour certains examens», explique la directrice des communications, Jacinthe Ouellette. En général, les isotopes peuvent être utilisés pour les tests d’imagerie du cerveau, de la thyroïde, du cœur, des poumons et du foie.

Avec l’aide d’Ottawa, le Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS pourrait augmenter de façon importante sa production d’isotopes et leur variété. Il pourra aussi approvisionner 50 % des hôpitaux du Québec. Le CHUS sera en mesure de lancer la production dans quelques mois.

Sa contribution permettra aux établissements de santé de ne plus dépendre du bon fonctionnement du réacteur nucléaire de Chalk River, qui avait entraîné le report de plusieurs tests servant à diagnostiquer les cancers et certaines maladies cardiaques lors de sa fermeture de 25 mois en 2009 et 2010, à cause d’une fuite d’eau radioactive. Le réacteur produit près de 40 % de l’approvisionnement mondial en isotopes médicaux.
 

Saskatoon: des chercheurs mandatés pour produire des isotopes sans nucléaire


Le Centre canadien de rayonnement synchrotron recevra 12 millions de dollars de la part des gouvernements fédéral et provincial afin de produire des isotopes médicaux sans utiliser de réacteur nucléaire.

L'équipe de chercheurs de Saskatoon prévoit utiliser la radioscopie à haute énergie pour créer des isotopes dans un accélérateur de particules.

Un automate de synthèse dans un cyclotron, une unité de production d'isotopes utilisés en diagnostic médical pour localiser les cellules cancéreuses.

Il s'agit de l'un de quatre projets du genre au pays qui visent à assurer une production fiable d'isotopes médicaux sans avoir recours à la technologie des réacteurs nucléaires utilisée habituellement.

Les autres projets sont réalisés en partenariat avec des centres de recherche en Colombie-Britannique, au Manitoba et au Québec.

Les dispositifs produiront l'isotope Technétium 99, utilisé dans plus de 5500 procédures médicales chaque jour au Canada, dont des examens d'imagerie médicale.

Mandat de 15 mois

Les chercheurs ont 15 mois pour trouver des solutions après quoi Ottawa espère mettre sur pied au moins deux différentes installations.

Le réacteur nucléaire de Chalk River en Ontario, qui produit pour l'instant des isotopes médicaux, cessera ses activités en 2016, année où il sera arrivé à la fin de sa vie utile. Ce dernier réacteur et un autre situé aux Pays-Bas avaient dû fermer simultanément pour des procédures d'entretien à la fin 2009 et au début 2010. Ces fermetures avaient causé une pénurie importante des précieux isotopes Technétium 99, et donc de nombreux retards dans les hôpitaux partout dans le monde pour des examens d'imagerie médicale.

 

Une solution à la crise canadienne des isotopes médicaux

Les chercheurs canadiens multiplient leurs efforts pour perfectionner une méthode sûre, propre, peu coûteuse et fiable permettant de produire les isotopes employés par les technologies d’imagerie et de diagnostic médicales. La nouvelle méthode ne recourra pas à un réacteur nucléaire et pourrait mettre fin aux futures pénuries de technétium-99m, l’isotope de plus couramment utilisé en médecine de nos jours.

Carl Ross montre comment on se sert d’un accélérateur linéaire pour obtenir du molybdène-99 à partir de molybdène-100

Que sont les isotopes?

Les isotopes sont des atomes du même élément dont le noyau ne compte pas le même nombre de neutrons.

Les isotopes stables sont immuables, mais les instables – aussi appelés radio-isotopes – se transforment en d’autres éléments au bout d’un certain temps, consécutivement à la désintégration de leur atome.

Pourquoi privilégie-t-on le technétium-99m en imagerie médicale?

Comparativement aux autres isotopes radioactifs, le Tc-99m se prête merveilleusement à l’imagerie médicale, car il émet un rayon gamma très puissant qui pénètre les tissus humains et est enregistré par des capteurs efficaces pour restituer une image nette. Sa demi-vie n’est également que de 6 heures, ce qui laisse amplement le temps au personnel médical de recueillir les données sans trop exposer le malade aux rayonnements. (La demi-vie est le temps que met une substance radioactive pour se désintégrer de moitié.)

Jusqu'à tout récemment, le réacteur national de recherche universel (NRU) de Chalk River fabriquait près de la moitié des isotopes médicaux employés dans le monde. Puis, en mai 2009, des réfections majeures en ont nécessité la fermeture. L’arrêt des opérations et plusieurs retards dans le redémarrage du réacteur ont engendré une pénurie mondiale d’isotopes. Bien que le réacteur fonctionne de nouveau depuis le mois d’août 2010, il est prévu qu’il cessera la production d’isotopes en 2016. En d’autres termes, le moment est venu de trouver d’autres moyens pour garantir un approvisionnement stable et sûr d’isotopes.

En juin 2010, le gouvernement canadien lançait un programme de 35 millions de dollars pour financer la recherche de nouvelles techniques de production d’isotopes médicaux. Avec l’aide du CNRC et d’autres collaborateurs, le Centre canadien de rayonnement synchrotron a présenté un des quatre projets qui ont été retenus dans le cadre de ce programme. Le projet établira s’il est techniquement et économiquement possible d’utiliser un accélérateur linéaire pour fabriquer du molybdène-99 (Mo-99) – l’isotope « mère » du technétium-99m (Tc-99m). Il s’inspire des travaux réalisés à l’Idaho National Laboratory et d’une suggestion de la Mevex Corporation, une entreprise d’Ottawa.

Les scientifiques de l’Institut des étalons nationaux de mesure du CNRC (IENM-CNRC) ont déjà testé toutes les étapes de la méthode de l’accélérateur linéaire. Les partenaires s’attendent à ce que cette dernière produise assez d’isotopes pour satisfaire entièrement aux besoins du Canada.

Selon Carl Ross, chef de l’équipe de l’IENM-CNRC, cette nouvelle méthode ne soulève aucune préoccupation en matière de sécurité ou de prolifération d’armes nucléaires parce qu’à l’inverse d’un réacteur, elle ne nécessite pas d’uranium comme celui employé dans de telles armes. En outre, elle n’engendre presque aucun déchet radioactif qu’il faudrait ensuite entreposer indéfiniment. « Avec l’accélérateur linéaire, on ne produit essentiellement que l’isotope désiré et la quantité de déchets est négligeable », déclare le chercheur.

« La méthode utilisant l’accélérateur linéaire est presque à coup sûr appelée à remplacer celle du réacteur, poursuit-il. La physique de son fonctionnement est solidement établie et on connaît bien le processus de séparation chimique. Je ne vois pas pourquoi cette méthode ne remporterait pas le succès escompté. »

Dans la nouvelle méthode, un accélérateur linéaire à haute énergie bombarde des disques de la taille d’une pièce de monnaie faits de molybdène-100, un isotope stable, avec des rayons X pour donner du molybdène-99. D’une demi-vie de 66 heures, le molybdène-99 se transforme rapidement en technétium-99m, dont on peut se servir tous les jours dans quelque 5 500 examens diagnostiques, au Canada. Le Tc-99m est séparé du Mo-99 grâce à une technologie mise au point par NorthStar Medical Radioisotopes, une entreprise américaine.