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Bientôt Noël et les gens de Québec magasinent déjà leurs réfugiés syriens

Il ne faut pas croire les mauvaises langues qui répètent que la région de Québec n'aime pas les réfugiés.

Une famille de réfugiés syriens attendant d'être sélectionnée par l'ONU

 

 

Texte par Jean-Simon GAGNÉ
«

Dans quelques semaines, nous allons brailler sur l'esprit de Noël, la générosité, le ti-coeur de lutin.  Pour l'instant, nous sommes morts de trouille juste à l'idée de voir débarquer quelques centaines de musulmans.

»

Je vous parie que nous accueillerions à bras ouverts n'importe quel étranger blanc, catholique, docteur en biochimie, parlant 10 langues et détenant 23 brevets d'invention.  On lui pardonnerait même de ne pas s'être fait tatouer le Château Frontenac sur une fesse.

Mais bon. Avec les réfugiés syriens, ça devient plus compliqué. 

Nous voulons choisir. Comme au supermarché. Ou à l'animalerie.

Le rayon des réfugiés âgés?  Trop cher.  Le rayon des jeunes hommes célibataires?  Trop dangereux.  Le rayon des handicapés?  Trop compliqué.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a confié qu'il n'accueillerait que des orphelins si c'était possible.
( 01 )

Grand seigneur, il n'exigerait même pas qu'il s'agisse d'enfants surdoués.  C'est-y pas assez généreux, pis désintéressé?

Dans quelques semaines, nous allons brailler sur l'esprit de Noël, la générosité, le ti-coeur de lutin.

Pour l'instant, nous sommes morts de trouille juste à l'idée de voir débarquer quelques centaines de musulmans.  Avant même les attentats de Paris, nous avons adopté l'attitude du troupeau de pintades affolées, à la radio, sur les réseaux sociaux et peut-être dans les clubs de bingo.

Dès le mois de septembre 2015, la région a été submergée par les rumeurs entourant les réfugiés.  On se serait cru dans les couloirs d'une école secondaire, à la veille du bal des finissants.

On a soupçonné la construction d'une mosquée sur la base de Valcartier.  On a colporté des chiffres loufoques sur l'argent que toucheraient les réfugiés.  Sous prétexte que le risque zéro n'existe pas, on a déliré à pleins tubes.  Au conseil municipal, une citoyenne a prédit que les réfugiés réclameraient des mosquées et... de la viande kasher.

Des musulmans kasher, est-ce plus rare qu'un opposant politique en Corée du Nord?

Blague à part, il importe peu que les rumeurs soient souvent propagées par des gens incapables d'identifier un musulman à La Mecque, en plein pèlerinage annuel.

Seul le résultat compte.

Au début, il était question de 800 réfugiés.  Finalement, la région en accueillera 230.  Environ le même nombre que Sherbrooke et Drummondville.

Si vous pensiez habiter une ville décomplexée, vous êtes mûrs pour des vacances. Vous aurez plus de chance en démarrant une entreprise spécialisée dans la vente de produits servant à épiler les jambes de bois.

Qui déçoit le plus, je vous le demande?  Les politiciens locaux, qui s'aplatissent devant l'intolérance?  Ou le gouvernement du Québec qui a multiplié les maladresses à propos de la francisation nécessaire des réfugiés?

On dira qu'il s'agit d'une autre histoire, mais dès qu'il est question de langue ou d'identité, le gouvernement Couillard ne trouve jamais le ton juste du premier coup.  Il ressemble au nigaud qui aperçoit une pelure de banane au loin et qui s'écrie chaque fois : «Oh non, je vais encore tomber!» ( 02 )

***

Est-ce notre faute si la peur du réfugié musulman parle plus fort?  Plus fort qu'une guerre ayant fait 250 000 morts et 4 millions de réfugiés?  «La mort d'un homme est une tragédie. La mort d'un million est une statistique», analysait ce vieux salopard de Staline.

Ici et là, il se trouve des farceurs pour rappeler que si les Amérindiens avaient totalement contrôlé l'immigration, nous ne serions pas là pour discuter de réfugiés.  Après tout, comme disait le comédien Pat Paulsen : «Tous les problèmes de l'Amérique du Nord peuvent être liés d'une manière ou d'un autre à une politique d'immigration mal avisée de la part des Amérindiens.»

Mais qui a vraiment le coeur à rire, en ces jours sinistres?

En rappel, le mot de la fin du journaliste Henri Jeanson. «Jésus n'a jamais dit : "Aimez-vous les uns les autres." C'est une coquille. Il a dit : "Armez-vous les uns les autres."

Il a d'ailleurs été compris.

 

Source: Journal Le Soleil pour Capitales médias

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 28 novembre 2015

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Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Réfugiés syriens : Labeaume privilégie les orphelins et les familles - Sur le Journal de Québec, le 17 novembre 2015

 
 

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02

 

Les réfugiés syriens seront soumis à la loi 101, assure Québec.  Le ministre intérimaire de la Sécurité publique, Pierre Moreau, affirme que tous les efforts seront déployés afin de franciser les réfugiés syriens. Les enfants iront notamment à l'école en français, comme l'exige la loi 101.  - Sur Ici Radio-Canada, le 26 novembre 2015

 

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