Les spécialistes restent prudents sur
l'interprétation à donner à la mutation du
virus pandémique H1N1 détectée dans trois
cas en Norvège, et se disent confiants dans
l'efficacité des vaccins. Pour le
virologue Bruno Lina, directeur du Centre
national de référence des virus de la grippe
pour le sud de la France, la mutation du
virus n'est pas «une surprise». «C'était
attendu, c'était annoncé. Et ça recommencera»,
a-t-il dit samedi à l'Agence
France-Presse. «Ça ne change rien par
rapport à la prise en charge thérapeutique
et par rapport aux vaccins», a-t-il
affirmé. Aux États-Unis, une responsable des
Centres fédéraux de contrôle et de
prévention des maladies (CDC), le Dr Anne
Schuchat, a assuré que la mutation «n'avait
aucune conséquence sur l'efficacité du
vaccin ou des antiviraux». Outre la
Norvège, des cas de mutation du virus ont
également été détectés depuis avril au
Brésil, en Chine, au Japon,
au Mexique, en Ukraine et aux
États-Unis, selon l'OMS qui a
annoncé les trois cas de mutation en Norvége.
Le directeur général de la Santé, Didier
Houssin, a lui aussi estimé que les
vaccins restaient efficaces. «L'immunogénicité
(capacité du vaccin d'induire une réaction
immunitaire) n'est pas modifiée par cette
mutation, donc les vaccins restent sûrs»,
a-t-il déclaré sur Europe 1. «C'est
d'ailleurs parce qu'on craignait une telle
mutation qu'on a fait en sorte qu'un certain
nombre de nos vaccins soient des vaccins
avec adjuvant», a-t-il expliqué. Les
adjuvants permettent notamment d'élargir le
spectre d'efficacité des vaccins, pour
qu'ils puissent agir contre un virus qui se
serait légèrement modifié.
Dans le cas observé en Norvège, le virus «présente
une modification dans un endroit très
particulier, la zone qui se lie au récepteur»
sur les cellules humaines, a expliqué le Pr
Lina. Cette mutation pourrait
potentiellement permettre au virus de
s'attacher à des cellules présentes au
niveau des alvéoles pulmonaires,
c'est-à-dire en profondeur du poumon. «On
est pour l'instant à un stade purement
descriptif. Il va falloir vérifier si ces
virus ont acquis une caractéristique
particulière qui fait qu'ils seraient
capables potentiellement de donner des
formes pulmonaires plus facilement»,
a-t-il indiqué. Les formes pulmonaires sont
généralement associées à un facteur de
gravité. «Une mutation, ce n'est pas de
la dangerosité supplémentaire
systématiquement», a souligné le Pr
Lina. Reste aussi à déterminer si ce virus
mutant «va prendre le dessus par rapport aux
autres» ou au contraire restera un
épiphénomène.
Une mutation «préoccupante»
Le Pr Houssin a jugé cette mutation «préoccupante»,
parce qu'elle «peut permettre au virus de
s'implanter plus bas dans l'appareil
pulmonaire et donner une maladie pulmonaire
plus sévère». Mais cette mutation «ne
traduit pas la circulation particulière d'un
virus qui aurait complètement changé»,
a-t-il tempéré. Interrogé par ailleurs sur
des cas possibles de transmission
interhumaine d'une souche du virus
pandémique résistante au Tamiflu au
Pays de Galles, le Pr Houssin a
estimé que «c'est aussi un élément tout à
fait ponctuel et débutant».
«En Grande-Bretagne on a beaucoup
utilisé le Tamiflu», a relevé le Pr
Lina. Les quelques cas de résistance ne
mettent pas en péril la prise en charge par
Tamiflu, a-t-il estimé. «Ça signifie
juste qu'il faut qu'on utilise ces produits
comme il faut». En France, aucun cas de
résistance n'a encore été trouvé.
Le virus de la grippe H1N1 a fait environ 7
000 morts dans le monde, selon le dernier
décompte de l'OMS. En France, le bilan
s'établissait vendredi soir à 56 décès en
métropole, auxquels s'ajoutent 28 décès
outre-mer. Le Pr Lina a relevé une
augmentation très importante cette semaine
de l'activité liée à la grippe en pédiatrie
au CHU de Lyon, craignant que ce soit
«pire» ce week-end.
La préfecture de Paris a enfin
annoncé samedi que l'École élémentaire
Chernoviz, dans le XVIe arrondissement
de Paris, sera fermée la semaine prochaine,
près du quart de ses 482 élèves étant
atteints ou suspectés d'avoir contacté le
virus. 117 cas de H1N1 sont «annoncés, dont
61 cas confirmés et 56 cas suspectés».