Autorités sanitaires et scientifiques tentent de
répondre au scepticisme grandissant dans les
médias, notamment en France et en
Grande-Bretagne, sur l'ampleur réelle de la
grippe A(H1N1).
"Pandémie ? Quelle pandémie ?", s'interrogeait
cette semaine le journal britannique The
Independent, imité par d'autres organes de
presse en Europe qui laissent entendre
que le danger représenté par la grippe A(H1N1) a
été largement exagéré par les chercheurs et les
sociétés pharmaceutiques pour des raisons
budgétaires.
Dans leur réponse, les scientifiques mettent en
avant le principe de précaution.
Ils reconnaissent que le virus H1N1 n'est - pour
le moment - pas aussi virulent qu'on pouvait le
craindre mais affirment que le nombre
relativement faible de morts est justement à
mettre au crédit des mesures de prévention qui
ont été prises et de la campagne d'information
menée depuis plusieurs mois.
A
ceux qui suggèrent que la menace a été exagérée
afin de justifier une augmentation des fonds
publics destinés à la recherche, ils répliquent
qu'il est nécessaire d'en savoir plus sur le
virus pour le rendre inopérant et ajoutent que
le financement de la recherche doit rester une
priorité pour prévenir les pandémies à venir.
La
grippe A(H1N1) touche généralement une
population plus jeune que ne le fait la grippe
saisonnière - des adultes d'une vingtaine ou
d'une trentaine d'années et des enfants.
Jusqu'ici, plus de 6.000 décès ont été recensés
par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Chaque année, la grippe saisonnière touche
environ 20% de la population. Les experts
estiment que jusqu'ici moins de 10% de la
population, même en Grande-Bretagne, le pays
européen le plus atteint, ont été frappés par la
grippe A(H1N1).
PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Fred Hayden, ancien expert à l'OMS et
aujourd'hui responsable de recherche au
Wellcome Trust, juge que les mises en garde
et les mesures prises dès l'apparition de la
maladie ont payé mais veut rester prudent.
"Je ne veux pas parler de pandémie 'bénigne'
(...) Je pense qu'il serait prématuré de porter
un tel jugement", a-t-il dit.
Reste qu'une fois passé l'émoi des premières
semaines, le scepticisme s'est installé dans de
larges parts de l'opinion publique, notamment
sur la nécessité de se faire vacciner.
Le
quotidien Le Parisien a noté le décalage
entre les craintes affichées par les autorités
et une réalité bien moins dramatique.
Il
a rapporté un sondage CSA selon lequel
76% des Français n'avaient pas l'intention de se
faire vacciner, alors que la campagne de
vaccination du grand public contre la grippe
A(H1N1) débutait ce jeudi dans l'Hexagone.
La ministre française de la Santé, Roselyne
Bachelot, s'est même sentie obligée de
rappeler à l'ordre le président du groupe UMP
à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé,
qui avait laissé entendre qu'il ne se ferait pas
vacciner.
En
Grande-Bretagne, où les autorités avaient un
moment envisagé un scénario catastrophe
entraînant la mort de 65 000 personnes, on
évoque aujourd'hui le risque d'un millier de
décès, alors que le grippe saisonnière en cause
entre 4 000 et 8 000 chaque année.
Un
groupe de scientifiques qui a organisé cette
semaine une conférence de presse à Londres
pour annoncer un financement supplémentaire
de 7,5 millions de livres pour la recherche sur
le H1N1 a été assailli de questions par les
journalistes sur le réel impact de la maladie.
En
1997, la grippe aviaire provoquée par le virus
H5N1 avait commencé par infecter 18 personnes à
Hong Kong avant d'être stoppée grâce à
l'élimination de milliers d'oiseaux. Elle était
réapparue en Chine et en Corée du Sud
en 2003 et a fait quelque 245 morts dans le
monde.
En
1918, la grippe espagnole avait tué 50 millions
de personnes à travers le monde, dont 230.000 en
Grande-Bretagne.