La genèse d’un surnom
|
D’un ton calme et détaché, M. Lalonde a édifié tout le Québec en jouant la carte de l'homme d'affaires fair-play, équitable dans sa façon de voler le public. Sa maîtrise de la langue de bois lui permet de dire que les ristournes qu'il payait étaient des investissements pour l'entreprise. Son cynisme équivaut à celui de ses représentants à l'Ordre des ingénieurs conseil et de la Fédération des Chambres de commerce du Québec. |
En prévision des futures campagnes électorales, dont celle de 2009, M. Trépanier cherchait à assurer la pérennité du financement illicite du parti.
Toujours en 2004, il a donc proposé à M. Lalonde que sa firme de génie verse à Union Montréal 3 % de la valeur de ses contrats majeurs dans la métropole. L’ingénieur a accepté le marchandage. Il a versé son
« pizzo » à Union Montréal de 2005 à 2009. Le départ de Bernard Trépanier du parti, en 2006, n’a rien changé au stratagème. M. Lalonde lui versait toujours son 3 %, ce qui suggère que M. Trépanier s’est occupé des finances d’Union Montréal beaucoup plus longtemps que la formation est prête à l’admettre.
La collusion et le financement des partis politiques allaient de pair à Montréal. Les entrepreneurs ne marchaient pas seuls dans ces stratagèmes. Les firmes de génie, du moins Genius, marchaient dans le jeu et se montraient « accommodantes » avec les entrepreneurs qui réclamaient des extras. Lorsque les entrepreneurs étaient à court d’imagination pour trouver des dépenses imprévues, M. Lalonde n’hésitait pas à leur faire des suggestions.
En revanche, le quart de ces extras était « retiré en argent » liquide afin de financer les partis politiques, a dit M. Lalonde.
Ce système bien huilé n’était pas dépourvu de conséquences pour les contribuables montréalais. Ils payaient en moyenne « de 25 % à 30 % » plus cher pour l’exécution des travaux publics. Il n’y avait aucun compromis sur la qualité des ouvrages, assure cependant M. Lalonde.
Marché fermé
Les contrats de trottoirs, d’égouts et de pavage obéissaient à la logique du marché fermé.
|
Michel Lalonde n’était pas dupe de ces manigances. Au meilleur de son souvenir, Mivela (Nicolo Milioto), CSF et ATG se partageaient le marché de trottoirs. Catcan (Paolo Catania, le cousin), F. Catania Construction (Paolo Catania) et Garnier Construction (Joe Borsellino) faisaient main basse sur les travaux d’égouts. Soter et Simard-Beaudry (Tony Accurso) se partageaient les contrats de pavage. ( 08 ) |
![]() |
M. Lalonde a confirmé indirectement que Genius profitait de l’existence de ce marché fermé. La firme avait pour ainsi dire « des droits acquis » sur l’octroi des contrats à Pointe-aux-Trembles, en plus d’être « très présente » sur les territoires de Rivière-des-Prairies, Montréal-Est, Anjou, Ahuntsic-Cartierville et Saint-Laurent.
Cette domination s’est toutefois estompée après la création de l’escouade Marteau, qui a entraîné une frilosité des municipalités dans l’octroi des contrats. « Ça a commencé à avoir un impact qu’on sent dans le milieu municipal », a dit M. Lalonde.


























