Sylvie Morel
C'est ce
qui s'est passé à Malartic. « Osisko dit qu'elle a passé des ententes
convenables avec les résidants, mais en réalité, bien des gens se sont
fait avoir », affirme Nicole Kirouac. À 64 ans, cette avocate retraitée
de l'Aide juridique et native de Malartic s'est battue bec et ongles
pour que ses concitoyens soient mieux traités par la société minière et
mieux outillés pour négocier. « C'est illusoire de se dire que ce sont
des ententes d'égal à égal, dit-elle. L'État devrait au moins offrir de
l'aide juridique aux gens qui se trouvent dans cette situation. »
Pourtant,
Québec veut introduire ce type d'accord dit « de gré à gré » dans la
nouvelle loi.
En
épluchant les lois actuelles, Nicole Kirouac a été frappée par la
toute-puissance de l'industrie. Et si Osisko avait fait faillite pendant
qu'elle déplaçait les maisons ou avant de payer ses factures ? L'avocate
réclame que, pour de tels chantiers, la compagnie soit au moins obligée
de déposer des garanties financières, au cas où les choses tourneraient
mal.
Dans
l'industrie, Osisko est considérée comme une bonne société, qui a fait
beaucoup d'efforts pour minimiser les impacts de sa future mine. Malgré
quelques réserves, son projet a été jugé acceptable par le BAPE en
juillet dernier.
Sur
l'immense chantier, Jean-Sébastien David, vice-président au
développement durable, me montre les efforts que la compagnie déploie
pour réduire les nuisances au minimum, par exemple en enterrant le
concasseur afin de diminuer bruit et poussière. C'est une vraie
fourmilière ! Des centaines d'ouvriers construisent l'usine de
traitement du minerai, aménagent le pourtour de la future fosse et
déplacent des tonnes de terre et de roche pour élever les digues de
plusieurs kilomètres qui cerneront le parc d'entreposage des résidus.
L'installation sera carboneutre et masquée de toutes parts par des
écrans végétaux. Le chantier permettra en outre de restaurer un site
minier abandonné qu'Osisko a racheté à l'État pour y entreposer une
partie de ses propres résidus. L'opération devrait couper court au
drainage acide - comme l'espère Agnico-Eagle au site Manitou. Le
ministère des Ressources naturelles et Osisko partageront la facture,
évaluée à 23 millions de dollars.
Les
chiffres d'Osisko donnent le tournis. La fosse mesurera 2 km sur 1 et
fera 380 m de profondeur. Le tas de roche qu'on en extraira pourrait
recouvrir les quatre voies d'une autoroute reliant Montréal à Calgary...
sur 10 m d'épaisseur ! Pour récupérer l'or, Osisko broiera chaque jour
55 000 tonnes de minerai. C'est presque six fois plus que la plus grande
mine d'or actuellement en activité au Québec ! Les résidus de
l'exploitation s'empileront sur 6 km2.
Il faudra
10 ans à Osisko pour extraire cet or. Que restera-t-il après ? Dans l'industrie,
on considère qu'une aussi grande fosse est impossible à combler. Seule
solution : la laisser se remplir d'eau, ce qui n'en fera pas pour autant
un lac, à moins qu'on ne consacre les efforts nécessaires pour lui
donner vie. Quant à l'immense parc à résidus, il deviendra, au mieux,
une friche qu'il faudra surveiller pendant plusieurs années, histoire de
repérer des contaminations éventuelles, avant de pouvoir - peut-être -
lui donner une autre vocation. Et même si Osisko a fait don de trois
millions de dollars à un fonds pour la diversification économique de
Malartic, y a-t-il vraiment encore un avenir pour cette ville ?
Lorsqu'une
mine ferme, elle ne fait pas que des chômeurs. Elle laisse aussi des
terrains à décontaminer, qui, bien souvent par le passé, ont été
abandonnés par leurs propriétaires. Ils sont devenus des « sites
orphelins », sous la responsabilité de l'État. Un passif environnemental
que Jean Dionne, responsable de ce dossier au ministère des Ressources
naturelles, évalue à 328 millions de dollars.
Sur les
quelque 350 sites orphelins sous la responsabilité de Québec, une
dizaine sont considérés comme vraiment très problématiques. Manitou est
le plus vaste. Selon le spécialiste de l'UQAT Bruno Bussière, la
pollution qu'on y trouve est « de classe mondiale ».
À Manitou,
trois compagnies ont entreposé environ 11 millions de tonnes de résidus
générateurs d'acide de 1942 à 1992. En 2003, l'État a hérité du site à
la suite d'une entente à l'amiable avec la dernière propriétaire, la
québécoise Louvem, alors au bord de la faillite. Québec estimait que la
restauration coûterait 20 millions de dollars. Mais il n'a pu tirer que
3,6 millions de la fiducie de Louvem, censée servir de garantie
financière.
Selon la
dernière évaluation, couper court à la source de pollution de Manitou
coûtera plutôt dans les 50 millions de dollars, et il faudra des
décennies avant que le site soit débarrassé de l'acide généré par les
résidus. Quant à Louvem, elle est toujours en activité, mais débarrassée
de ce fardeau...
Depuis
1995, les sociétés minières sont tenues de verser à l'État des garanties
financières correspondant à 70 % du montant des travaux prévus pour
restaurer le site qu'elles s'apprêtent à exploiter. Mais le vérificateur
général a trouvé des failles dans cette partie de la loi et sa mise en
application. Par exemple, cette garantie financière ne couvre que les
parcs d'entreposage des résidus miniers. Pas les bâtiments, les chemins
d'accès ni même les trous. Le projet de loi prévoit que les compagnies
devront désormais verser des garanties équivalant à 100 % du montant des
travaux prévus, et ce, au cours des cinq premières années
d'exploitation de leur site. « Ce n'est pas assez : il faudrait que
toutes les garanties aient été données avant même que les travaux
débutent », estime Ugo Lapointe.
Au
Forum régional sur le développement minier, tenu à Rouyn en mars
dernier, le géologue Daniel Bernard, ancien directeur de l'Association
de l'exploration minière du Québec (AEMQ) et député libéral, a donné
raison à Ugo Lapointe. Il a rappelé le cas récent de
First Metals, qui a commencé en mars 2008 l'exploitation de la mine
Fabie, près de Rouyn, puis s'est placée sous la protection de la Loi sur
les arrangements avec les créanciers en janvier suivant ! Entre-temps,
l'AEMQ lui avait décerné le titre de « meilleur développement minier »
de l'année...
Les
intervenants en conviennent, il y a dans cette industrie des « bons »,
des « méchants » et bien des « un peu des deux ».
« Par
rapport aux compagnies forestières, l'industrie minière est en retard
d'une révolution ! » dit Henri Jacob, président de l'Action boréale de
l'Abitibi-Témiscamingue.
Reste
qu'elle a fait beaucoup de progrès pour minimiser ses impacts
environnementaux, parfois sans que la loi l'y oblige. « On a de gros
efforts à faire en matière de communication », reconnaît Michel Leclerc,
président du conseil d'administration de l'Association
minière du Québec.
Pour
exploiter une mine au Québec, il faut respecter pas moins de 20 lois et
40 règlements, rappelle Jean-Claude Belles-Îles, directeur de
l'environnement de l'Association. Même si les lois pourraient être plus
sévères et les inspections plus nombreuses, l'industrie n'est assurément
plus la grosse méchante pollueuse insouciante du passé.
À
l'initiative du prospecteur André Gaumond, elle s'est même associée au
ministère des Ressources naturelles et à la société Makivik pour mettre
sur pied, en 2007, un programme de nettoyage de sites abandonnés au
Nunavik. Déjà, le
Fonds Restor-Action a permis de remettre dans un état acceptable 18
sites où déchets et bâtisses avaient été laissés sur place au cours des
décennies passées.
« On ne
peut pas tout mettre dans les lois, il faut aussi que l'industrie
s'autorégule », croit André Gaumond. Ce prospecteur milite en faveur
d'un système de certification des pratiques pour les entreprises
minières, comme l'industrie forestière l'a fait avec le label du
Forest Stewardship Council, qui distingue les forêts bien gérées.
Avec la
hausse des prix et la raréfaction des meilleurs gisements, des mines
comme celle d'Osisko, qui exploitent à ciel ouvert des gisements très
pauvres en métaux, risquent de devenir monnaie courante sur la planète.
Au Québec seulement, une demi-douzaine de projets de ce type sont dans
l'air. « Il n'y a rien dans la nouvelle loi pour encadrer ces mégamines
à ciel ouvert, qui représentent pourtant une intensification
considérable des impacts environnementaux, regrette Ugo Lapointe, de la
coalition. Est-ce qu'on va
devoir tenir des audiences publiques chaque fois ? Cela n'a aucun sens !
»
Depuis la
création du BAPE, en 1979, seuls quatre projets miniers ont fait l'objet
d'audiences publiques, l'État ayant estimé qu'en deçà d'une production
prévue de 7 000 tonnes de minerai par jour, consulter la population
n'était pas nécessaire. La nouvelle version de la loi ramène la quantité
à 3 000 tonnes et exige des compagnies qu'elles organisent des «
consultations communautaires ». « Il était temps qu'on fasse les choses
différemment », reconnaît Lucie Sainte-Croix, directrice de la gestion
du milieu minier au ministère des Ressources naturelles.
Mais à
Malartic, on se souviendra longtemps des audiences du BAPE, en juillet
dernier, pendant lesquelles certains participants ont vu défiler leur
maison par la fenêtre pendant que les commissaires examinaient le
bien-fondé du « projet » !
Autre objet
de préoccupation : les redevances... Le sujet est d'autant plus
important que les mines appartiennent de plus en plus à des sociétés
étrangères (voir l'encadré ci-dessous).
Les
compagnies devaient jusqu'ici verser 12 % de leurs profits à l'État. Le
budget Bachand fait passer ce taux à 16 %, ce qui rapportera 243
millions de dollars sur cinq ans.
Mais les
astuces comptables permettent facilement aux sociétés minières de
réduire leurs profits. De 2002 à 2008, 14 d'entre elles n'ont eu à
verser aucune redevance, alors qu'elles cumulaient des valeurs brutes de
production de 4,2 milliards de dollars, selon le vérificateur général.
La coalition réclame qu'on taxe les revenus bruts des compagnies
minières et pas seulement leurs profits. Et que l'État exige les sommes
dues ! Car en 2007, seules 3 des 14 entreprises productrices de métaux
au Québec ont payé la totalité de leur dû au ministère des Ressources
naturelles. En toute impunité.
« Les
stratégies des multinationales ne tiennent pas compte du niveau local,
elles gèrent leurs mines comme des pions à l'échelle de la planète »,
regrette Michel Jébrak, géologue, professeur à l'UQAM et spécialiste de
l'entrepreneuriat minier, qui prédit qu'Osisko sera bientôt rachetée si
ses affaires marchent.
Faudrait-il, comme l'ont fait le Chili ou l'Iran et comme le propose
Québec solidaire, nationaliser en partie l'industrie minière pour
rapatrier ses profits ? « Les structures publiques n'ont pas les
capitaux nécessaires pour mener à bien des projets miniers, qui sont en
outre toujours très risqués », estime Michel Jébrak.
S'il
continue sur sa lancée, le Québec minier est donc condamné à vivre au
gré des cours de la Bourse et à la merci de décisions prises loin d'ici.
Le seul moyen de limiter les dégâts, ce sont des lois solides,
équitables et respectées.
Car il
reste des canards boiteux. À Val-d'Or, ma chambre d'hôtel donne sur ce
qu'on peut imaginer de pire : un trou béant abandonné juste à l'entrée
de la ville, exploité par une société américaine qui paie ses
travailleurs seulement quand elle a de l'argent, viole les lois
environnementales et ne verse pas à l'État ses garanties financières. Il
a fallu qu'en novembre dernier Century Mining et sa présidente, Margaret
Kent, fassent l'objet d'un
reportage assassin à l'émission
Enquête, de Radio-Canada, pour que le
gouvernement s'en mêle. Serge Simard, ministre délégué aux Ressources
naturelles et à la Faune, avait alors annoncé qu'il suspendrait le
permis d'exploitation de la compagnie. Depuis, tout serait rentré dans
l'ordre, et Century Mining a même annoncé en janvier qu'elle
recommencerait bientôt à exploiter la mine Sigma. Les cowboys, comme on
surnomme les compagnies de ce genre dans l'industrie, font très mal à
l'image des mines.
Ils
montrent aussi à quel point il est encore facile de passer à travers les
mailles du filet.
DES MINES DE
PLUS EN PLUS ÉTRANGÈRES
Le Québec est
le meilleur endroit au monde pour exploiter des mines, selon
l’Institut Fraser. Reste que peu d’entreprises québécoises en
sont encore capables.
Noranda, grande
pionnière de l’Abitibi dans les années 1930, a fusionné avec
Falconbridge en 2005, avant d’être rachetée par le géant suisse
Xstrata l’année suivante. La même année, Iamgold, de Toronto,
avalait Cambior. En 2007, la compagnie Québec Cartier, géant du
fer de la Côte-Nord, est passée à la multinationale
ArcelorMittal, qui a un siège à Londres et un autre au
Luxembourg. En novembre dernier, Canadian Royalties a été
rachetée par une coentreprise formée de Jilin Jien, géant du
nickel appartenant à l’État chinois, et Goldbrook, de Vancouver.
Osisko a son siège social à Montréal, mais ses principaux
actionnaires sont torontois. La plupart des mines du Québec
appartiennent désormais à des sociétés de Toronto et de
Vancouver, ou de plus loin encore.
Les petites compagnies, qui se chargent d’explorer le
territoire, sont encore majoritairement québécoises. Mais ce ne
sont pas elles qui rapportent le plus, malgré les nombreuses
aides dont elles bénéficient. Sur 1 000 projets d’exploration,
un seul aboutira à une mine. |
204, rue Principale
Saint-Anselme, Qc G0R 2N0
tél.: 418 885-1525
Courriel: s.morel@videotron.ca
24 Mai
2010
La bataille de l'uranium
par Jonathan Trudel
Le Québec s’apprête discrètement à entrer dans le club
sélect des producteurs d’uranium, le combustible des centrales nucléaires.
Mais à Sept-Îles, la population se mobilise contre les prospecteurs. À tort
ou à raison ?
Photo : Sept-Îles Sans Uranium (SISUR)
L'année 2013 pourrait marquer l'histoire de l'industrie
minière au Québec. Si tout se passe comme prévu, une première mine d'uranium
entrera en activité parmi les épinettes noires des
monts Otish, à 275 km au nord de Chibougamau. La société
Ressources Strateco, de Boucherville, compte exploiter le gisement
jusqu'en 2020, créer 330 emplois, encaisser des profits nets d'un milliard
de dollars... et générer près de deux millions de tonnes de résidus
radioactifs.
Avec le
projet uranifère Matoush, le Québec ferait son entrée dans le club
sélect des producteurs d'uranium, aux côtés de la Saskatchewan, de
l'Australie, du Kazakhstan, du Niger et de la Russie. Faut-il s'en réjouir
ou s'en inquiéter ?
De l'Abitibi à la Côte-Nord en passant par la Baie-James
et les Laurentides, des centaines de prospecteurs d'uranium auscultent
aujourd'hui le Québec à l'aide d'un oscillomètre, petit appareil qui mesure
le niveau de radioactivité. Ils ont réservé des milliers de claims (titres
miniers), espérant profiter de la relance de l'énergie nucléaire dans le
monde.
Ils agissaient dans l'indifférence générale jusqu'à la
démission collective d'une vingtaine de médecins de Sept-Îles, l'automne
dernier. Ulcérés par les activités de prospection au lac Kachiwiss, à moins
d'une quinzaine de kilomètres de leur ville, les médecins ont menacé de
quitter en bloc la région si une mine y était exploitée. « On ne peut pas
hypothéquer les générations futures pour quelques emplois », dit le
pneumologue Bruno Imbeault, l'un des médecins qui ont réitéré récemment leur
menace de démission. Inquiet des effets de la prospection et de
l'exploitation de l'uranium sur l'environnement et la santé des résidants,
il réclame un débat de fond. « Je ne veux pas que la population soit placée
devant un fait accompli, dit-il. Une mine a une durée de vie d'à peine une
quinzaine d'années, mais génère des tonnes de résidus radioactifs qu'on doit
gérer pendant des milliers d'années. »
À Sept-Îles, la sortie des médecins a eu une incidence
considérable. Dans les rues, au café du coin, à l'épicerie, difficile de
trouver des habitants en faveur de l'extraction de l'uranium. Selon un
sondage, 91 % des gens y sont défavorables !
« L'industrie n'a pas à décider pour la population du
Québec », dit Marc Fafard, président de
Sept-Îles sans uranium (SISUR), un comité de défense qui surveille de
près les activités des sociétés minières à Sept-Îles et ailleurs sur la
Côte-Nord. « Si on veut se lancer dans l'aventure de l'uranium, en échange
de quelques jobs mais en laissant les profits aux compagnies, qu'on
le fasse au moins en connaissance de cause », dit-il de sa voix grave et
calme. Figure de proue du mouvement d'opposition, Marc Fafard est devenu la
bête noire des prospecteurs du controversé minerai.
« Les opposants à l'uranium font une campagne de peur,
dénonce Jean-Pierre Thomassin, directeur général de l'Association
de l'exploration minière du Québec. Ils n'ont pourtant qu'à aller en
Saskatchewan, le plus grand producteur d'uranium au monde, pour voir qu'on
peut exploiter une mine de façon sécuritaire. Là-bas, 85 % des gens appuient
l'industrie. Ici, c'est l'inverse. Il y a de la désinformation quelque part,
et selon moi, c'est à Sept-Îles. »
En décembre,
Terra Ventures a suspendu ses activités de prospection au lac Kachiwiss,
motivant sa décision par la chute des prix de l'uranium. « Tant pis pour les
gens de Sept-Îles, ils vivront de tourisme, raille Jean-Pierre Thomassin.
D'après moi, c'est fini l'uranium dans cette région. »
Marc Fafard n'en croit rien. Des activités de prospection
se poursuivent sur la Côte-Nord, dit-il. Si le prix de l'uranium fait un
bond - il est à 90 dollars le kilo, contre 300 dollars en 2007 et à peine 15
dollars en 2001 -, il prédit qu'il y aura une mine d'uranium d'ici cinq ans.
Pour calmer les esprits, le directeur de la Santé
publique de la Côte-Nord a mis sur pied un comité de travail pour examiner
toutes les étapes d'un projet uranifère, de l'exploration à la gestion des
résidus après la fermeture d'une mine.
« On ne fera pas de chasse aux sorcières, dit le
président du comité, le Dr Raynald Cloutier. Sur le plan de
l'exploitation, les règlements au Canada sont très stricts. Je n'ai donc pas
d'inquiétude pour la santé des mineurs. » La gestion des résidus miniers
radioactifs l'inquiète davantage. « Va-t-on fermer et clôturer une partie du
territoire pendant des milliers d'années pour protéger la santé de la
population ? Ce serait un non-sens. »
En Saskatchewan, la plupart des mines sont exploitées
dans le Nord, très peu peuplé, et il s'agit surtout de mines souterraines.
Alors qu'on projette des mines à ciel ouvert sur la Côte-Nord.
Le Dr Cloutier se donne deux ans pour boucler
les travaux du comité et émettre des recommandations. Jean-Pierre Thomassin,
de l'Association de l'exploration minière du Québec, juge cette opération
inutile. « Je ne comprends pas pourquoi on ne met pas ces études entre les
mains de gens qui ont les compétences nécessaires pour les mener à bien. La
Commission canadienne de sûreté nucléaire dit que l'extraction de
l'uranium ne comporte pas de danger si c'est fait correctement. On devrait
lui faire confiance ! » La population de la Côte-Nord vit déjà dans une zone
radioactive, dit-il. « Le meilleur moyen d'enlever la radioactivité, c'est
d'enlever l'uranium du sol. »
Un argument qui ne convainc pas les membres du comité
SISUR. « Si les endroits où on extrait de l'uranium étaient beaux et roses,
on le saurait », dit Marc Fafard. Ce à quoi le pneumologue Bruno Imbeault
ajoute : « On nous dit qu'il n'y a pas de danger. Je veux bien le croire,
mais il n'y a pas de technologie infaillible sur des milliers d'années. S'il
y avait un projet de mine d'uranium sur le mont Royal, comment réagirait la
population de Montréal, pensez-vous ? »
Selon sa collègue Isabelle Gingras, psychiatre à
l'Hôpital de Sept-Îles, les activités uranifères ont des répercussions «
bio-psychosociales ». « Ça peut être anxiogène. Y aura-t-il un problème de
contamination de l'eau ? Mes enfants seront-ils malades ? Ça compte. »
Comme les autres membres de SISUR, la Dre
Gingras réclame un moratoire sur l'exploration de l'uranium pour l'ensemble
du Québec. Le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard, a
déjà rejeté cette demande, mais les opposants promettent d'en débattre en
mai, à la commission parlementaire sur le projet de loi 79,
qui modifie la Loi sur les mines. L'industrie se défendra vigoureusement,
dit Jean-Pierre Thomassin. « Ce n'est pas vrai qu'un petit groupe de
Sept-Îles va contaminer le Québec en entier ! »
DÉPENSES D'EXPLORATION
MINIÈRE AU QUÉBEC (2009)
Métaux précieux (or, argent) :
212,6 millions $ (61,1 %)
Métaux usuels (fer, cobalt, nickel,
cuivre) : 54,3 millions $ (15,6
%)
Uranium :
43,6 millions $ (12,5 %)
Métaux ferreux :
13,8 millions $ (4 %)
Diamant :
11,2 millions $ (3,2 %)
Ensemble des dépenses d'exploration
minière : 347,9 millions $
(Source : Institut de la statistique du Québec) |
17 août 2010
Moratoire sur l'exploration d'uranium
Québec dit un non
catégorique
Mise à jour le mardi à 15 h 10
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Le gouvernement du Québec n'a pas l'intention d'imposer un
moratoire sur l'exploitation d'uranium comme le réclame un groupe
d'opposants qui campe devant l'Assemblée nationale.
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Plaquettes apposées par des prospecteurs
d'uranium. |
Le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard,
rejette carrément la requête de Sept-Îles sans uranium et de la
coalition Pour que le Québec ait meilleure mine. « Vous savez, la
population est capable de marcher et de parler en même temps. À
partir de ce moment-là, un moratoire pour être en mesure de penser.
Je pense qu'on peut avancer au niveau économique en s'assurant de
l'information, en s'assurant de la sécurité », a-t-il dit.
Le ministre croit qu'il est possible d'exploiter la ressource de
façon sécuritaire.
On ne prendra jamais de décision qui mettrait en péril la santé
publique et l'environnement, ça c'est très clair.
— Le ministre délégué aux Ressources naturelles,
Serge Simard
Le ministre Simard a aussi contesté le fait que les manifestants
puissent avoir acquis des titres miniers, dont les droits
d'exploitation permettraient d'explorer le sous-sol d'une partie des
plaines d'Abraham et de la colline Parlementaire.
Les membres de ces
deux organisations ont installé un simulacre de campement minier
devant le parlement pour tenter de convaincre Québec de stopper la
recherche d'uranium dans le sous-sol québécois pour les trois
prochaines années. Les opposants au développement de l'industrie
uranifère profitent des audiences de la commission parlementaire sur
la loi 79 qui viendra modifier le régime minier pour faire valoir
leur point de vue.
Ils déposeront leurs mémoires respectifs mercredi.
Réplique de l'industrie
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Opposition à l'exploration d'uranium à
Aguanish où Uracan possède un site d'exploration. (archives) |
Plus tôt en matinée, l'ex-député bloquiste Yvan Loubier, qui a
reçu de la firme National la responsabilité des communications
pour la compagnie d'exploration minière Uracan, a reproché aux
manifestants opposés à l'exploration d'uranium de colporter des
informations erronées. Selon Uracan, l'exploration et l'exploitation
de l'uranium ne représentent pas plus de danger pour la santé de la
population ou de l'environnement que tout autre secteur minier au
Québec.
L'entreprise endosse le nouveau projet de loi sur les mines et
veut, dans son mémoire, démystifier les mythes de l'industrie de
l'uranium. Le porte-parole d'Uracan fera valoir son point de vue,
mercredi, en commission parlementaire. Uracan, qui a des propriétés
dans le secteur d'Havre-Saint-Pierre, estime que son projet de mine
pourrait créer jusqu'à 500 emplois.
Quelque 100 sites uranifères, dont une vingtaine sur la
Côte-Nord, seraient en cours d'exploration au Québec.
Projet dans le Nord-du-Québec
Dans le Nord-du-Québec, cette prospection reçoit généralement un
accueil favorable auprès des populations. C'est dans cette région
que pourrait être exploité le premier gisement d'uranium québécois.
Le projet Matoush, de la compagnie Stratéco, est en préparation
depuis quatre ans. Quelque 70 millions de dollars ont été investis
pour mettre en valeur le site, situé à 275 km au nord de
Chibougamau.
Pour en savoir un peu plus sur cette industrie naissante, les
élus de la région de la Baie-James ont formé un comité indépendant
chargé de recueillir et diffuser l'information. Le comité, financé
par la Conférence régionale des élus (CRE) de la Baie-James,
remettra son rapport dans quelques mois.
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Mine d'uranium (archives) |
Déjà, le président de la Conférence régionale des élus de la
Baie-James, Gérald Lemoyne, admet que le comité se montre plutôt
favorable au développement de la filière uranifère.
Les élus se sentent notamment rassurés par les exigences imposées
aux entreprises qui veulent exploiter un gisement. Ainsi, Strateco
devra déposer 30 millions de dollars pour la restauration du site
avant même son exploitation et le montant sera réévalué pendant la
vie active de la mine.
Toutefois, le projet minier devra franchir plusieurs étapes avant
celle de l'exploitation. Il faudra encore quatre années de
développement au cours desquelles les consultations publiques seront
nombreuses.
Publié le 18 août 2010 à 16h57
| Mis à jour à 18h40
Uranium: le député Khadir accuse l'ancien bloquiste Loubier de
«trahison»
Agrandir
L'unique député de Québec
solidaire, Amir Khadir, a fait une leçon de morale politique à M.
Loubier. Il a soutenu qu'en tant que militant indépendantiste, il ne lui
viendrait pas à l'idée de joindre un secteur d'activité aussi
«colonialiste» que celui des mines.
Photo: Jean-Marie
Villeneuve, Archives La Voix de l'Est
|
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Martin Ouellet
La Presse Canadienne
Québec |
Le débat sur l'uranium s'est transformé en guerre
fratricide souverainiste mercredi lorsque le co-leader de Québec
solidaire, Amir Khadir, a accusé de «trahison» l'ancien député bloquiste
Yvan Loubier.
Devant la commission parlementaire sur le régime minier, M. Khadir
s'en est pris sans ménagement à M. Loubier, qui agit aujourd'hui comme
porte-parole de la société minière Uracan pour le compte du cabinet de
relations publiques National.
À de nombreuses reprises, le député de Mercier a demandé à M. Loubier
de révéler le montant d'argent qu'il recevait de la firme National pour
contredire les détracteurs de l'uranium et vanter les vertus de
l'extraction de ce métal radioactif pour l'économie du Québec.
«Il est important de savoir quel est le montant payé par la société
Uracan à la firme National pour nous accuser de faire de la
désinformation, pour accuser les médecins de Sept-Îles de mentir à la
population», a lancé M. Khadir.
«Combien êtes-vous payé par la firme National et donc les entreprises
minières?», a-t-il insisté.
Estomaqué, M. Loubier a refusé de dévoiler son cachet, et a répété
qu'il avait pour mandat de présenter au public une information «juste,
équitable et objective» sur l'exploitation éventuelle de l'uranium sur
la Côte-Nord et dans le nord du Québec.
«Je sais que vous, ça ne vous intéresse pas les investissements»,
a-t-il signifié au député de la formation de gauche.
Mais M. Khadir n'en est pas resté là. Il a aussi mis en doute le sens
moral de l'ancien élu souverainiste.
«Moi, comme souverainiste, comme indépendantiste, je ne me mettrai
jamais au service d'une compagnie minière, parce qu'il est dans le code
génétique et la culture de corporation de cette industrie de se
comporter en colonialiste», a-t-il soulevé.
L'insistance de M. Khadir a fait bondir le président de la
commission, le député péquiste Claude Pinard.
«Vous n'êtes pas devant un tribunal d'inquisition!», s'est-il objecté
avant de faire la leçon au co-chef de Québec solidaire: «ça n'a pas de
bon sens la manière que tu agis (sic)».
Alors que la tension montait, M. Pinard a brièvement suspendu les
débats.
Plus tôt dans la journée, pendant une manifestation regroupant
quelques dizaines de militants anti-uranium devant l'Assemblée
nationale, M. Khadir avait dit trouver «triste» qu'un souverainiste
comme M. Loubier se mette au service d'une industrie «qui ne laisse que
des déchets» au Québec.
«C'est une trahison des valeurs (du Québec), c'est certain. Je
regrette que M. Loubier soit forcé, pour gagner sa vie, d'être à la
solde d'une multinationale minière dans un dossier aussi dangereux pour
l'avenir du Québec», avait-il analysé.
De son côté, le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge
Simard, a continué mercredi de critiquer les opposants à l'exploitation
de l'uranium, au premier chef le porte-parole de la coalition
Sept-Îles sans uranium, Marc Fafard.
«Quand M. Fafard parle, on dirait que le Québec en entier est
derrière lui alors qu'en réalité, c'est une minorité d'individus qui
sont derrière lui», a-t-il fait valoir.
Le ministre Simard refuse de décréter un moratoire sur la prospection
de l'uranium, au grand dam des militants écologistes qui redoutent la
contamination radioactive de larges pans du territoire québécois
Mise à jour :
21/08/2010
10h13 LCN
Uranium et schiste
Le ministre fédéral a expliqué en entrevue sa position sur deux
exploitations controversées au Québec.
Mardi, à l'entrée de la Commission parlementaire sur la réforme
de la Loi sur les mines, au grand dam des représentants de la coalition
Sept-Îles sans uranium, qui avaient campé devant le parlement, le
ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard, avait déclaré
qu’il n’était pas question de décréter un moratoire sur la prospection
et l'exploitation d'uranium au Québec.
Christian Paradis, ministre des Ressources naturelles du Canada,
désigne les opposants à l’exploration et l’exploitation de gisements
d’uranium comme étant des gens à contre-courant.
«Lors du dernier discours du trône, nous avons assoupli les
règles pour permettre des investissements étrangers dans le secteur des
mines. J’arrive de Paris où se tenait un sommet sur l’exploitation des
minéraux et on a pu apprendre qu’en Arabie saoudite, ils viennent
d’acheter des réacteurs nucléaires, l’Inde s’en vient avec ça et
plusieurs autres pays. L’énergie nucléaire, c’est sécuritaire et ça ne
produit pas de gaz à effet de serre.»
Pour ce qui est de l’exploitation d’une mine d’uranium, le
ministre se veut rassurant en disant que ce secteur est très encadré et
réglementé par l’Agence de l’énergie atomique du Canada. M. Paradis
tient à préciser que l’exploitation des mines relève du gouvernement
provincial.
La découverte de gisements de gaz naturel enfermé dans de la
pierre de schiste est une excellente nouvelle pour M. Paradis. «On
pensait manquer de gaz dans les prochaines années et voilà qu’on pourra
en avoir pour 100 ans à venir au Québec et aussi en
Colombie-Britannique. Le potentiel d’exploitation est énorme et la
technologie est là.»
Actuellement au Québec, quatre entreprises effectuent des forages
exploratoires un peu partout dans les régions de Lotbinière, de
Saint-Hyacinthe et du Richelieu. La technique consiste à injecter à très
haute pression de l’eau et du sable à environ un kilomètre de profondeur
dans le sol. La pierre de schiste se fractionne alors et libère le gaz
naturel qu’elle renferme. Les futurs puits de gaz peuvent s’étendre sur
deux kilomètres à l’horizontale.
(Agence QMI)
Publié le
14 octobre 2010 à 14h15
| Mis à jour à 14h15
Une mine d'uranium sur le «pivot
hydrographique» du Québec
La première mine
d'uranium au Québec est en train de se frayer un chemin parmi les épinettes,
dans le Nord-du-Québec, sans faire de bruit.
PHOTO: ARCHIVES LA
PRESSE
|
|
Marie-Geneviève Chabot
L'auteure réside dans la région du Nord-du-Québec. |
On a beaucoup parlé de
la lutte des gens de Sept-Îles contre le projet de mine d'uranium sur leur
territoire. On parle actuellement beaucoup du débat entourant l'exploitation
des gaz de schiste. Pendant ce temps, à quelque 975 km de là, dans la région
du Nord-du-Québec, la première mine d'uranium au Québec est en train de se
frayer un chemin parmi les épinettes, sans faire de bruit.
Ressources Strateco,
une jeune compagnie uranifère basée à Boucherville, mais dont les deux
principaux actionnaires sont à Toronto et New York, met le paquet pour que
le projet Matoush devienne la première mine d'uranium au Québec, à l'aube de
2014. Le projet est actuellement à l'étape de l'obtention du permis
d'exploration, mais les forages de surface ont commencé depuis 2009.
Qu'est-ce que quelques
petits trous dans la terre et quelques tonnes de pierre remuées pourraient
bien déranger dans ce coin perdu, de toute façon?
Ce coin perdu, situé à
275 km au nord de la ville mythique de Chibougamau, est aussi le territoire
traditionnel de chasse des Cris. Il se trouve également à 15 km du futur
parc national Albanel-Témiscamie-Otish et à une centaine de kilomètres du
lac Mistassini, le plus grand lac d'eau douce du Québec. Le site est aussi
et surtout en plein coeur des monts Otish, «là d'où originent les eaux»,
comme disent les Cris.
C'est que les eaux
provenant des monts Otish alimentent la baie James et le fleuve
Saint-Laurent. «En effet, c'est au coeur de ces montagnes que prennent
source plusieurs de nos plus grandes rivières, soit les rivières Rupert,
Eastmain, La Grande, Péribonka, aux Outardes et Manicouagan.»
Donc, Ressources
Strateco projette d'installer sa première mine d'uranium sur rien de moins
que le «pivot hydrographique du Québec». Je dis première, car si cette mine
voit le jour, elle ouvre la porte aux autres mines d'uranium potentielles
dans le secteur.
Comme d'autres
résidants du coin, je suis inquiète. Pour me rassurer, les membres de la
Conférence régionale des élus de la Baie-James (CREBJ) ont pris la
responsabilité d'informer leur population en organisant des séances
d'information dites «objectives». Pour ce faire, ils ont entre autres invité
des experts de Genivar, une firme d'ingénieurs-conseils, qui compte
notamment Ressources Strateco au nombre de ses clients.
M. Rhéaume, physicien
et directeur de la division nucléaire chez Genivar, nous a expliqué la
question des résidus miniers de la façon suivante: «Après avoir extrait
l'uranium pur, ce qu'on retourne dans les résidus (les radioéléments), c'est
exactement ce qui était dans la nature. On les retourne, après avoir été
traités chimiquement dans l'usine de concentration.» Quasiment écologique.
Selon M. Rhéaume, «les risques ne sont pas là», en ce qui a trait à
l'exploration de l'uranium.
Je suis ressortie de
cette séance d'information avec l'impression que l'uranium était un produit
naturel comme les autres, au même rayon que le magnésium, le calcium et les
baies de goji. Dans le fond, l'uranium n'est pas plus toxique que d'autres
substances. Selon le Dr Plante, médecin et directeur de la santé et sécurité
à la centrale nucléaire de Gentilly-2, tout est une question de dose. Si on
contrôle la dose de radiation qu'on absorbe, tout est tiguidou.
Neutre ou contre
Peu satisfaits de cette
séance d'information à laquelle il manquait vraisemblablement une partie,
quelques-uns d'entre nous ont formulé le souhait de recevoir la visite
d'intervenants critiques et indépendants capables de nous présenter l'envers
de la médaille.
Ce à quoi les élus,
parmi lesquels le député Luc Ferland, ont répondu en choeur qu'ils
n'inviteraient pas d'opposants au nucléaire, mais seulement des
scientifiques neutres. La neutralité, c'est aussi ce qu'a évoquée Gary
James, directeur du Centre d'études collégiales de Chibougamau, en refusant
la venue dans son établissement de médecins critiques s'étant impliqués à
Sept-Îles, dont le Dr Isabelle Gingras et le Dr Notebaert, pour participer à
un débat sur l'uranium organisé par les enseignants. Neutre, M. James peut
difficilement l'être, en tant que président du conseil d'administration de
la Table jamésienne de concertation minière (TJCM), dont la mission est de
soutenir le développement de l'industrie minière dans la région.
Donc, si j'ai bien
compris, dans le débat sur le projet Matoush, on est soit neutre ou contre.
Dans le Nord-du-Québec, on ne veut pas entendre les spécialistes en défaveur
de l'industrie nucléaire. Même s'il s'agit de docteurs en physique nucléaire
renommés comme le Dr Michel Duguay ou le Dr Gordon Edwards, qui donne des
conférences dans le monde entier sur les risques du nucléaire. Pas de danger
qu'on les invite. Dans le Nord-du-Québec, on ne veut pas se faire gâcher
notre party. Malgré leur déguisement de neutralité, les élus sont favorables
au projet. Soit. Qu'ils trouvent que la création de tout au plus 300 emplois
pendant environ 12 ans (la durée projetée d'exploration et d'exploitation de
la mine) et des redevances de 2% à l'État valent les risques pour la santé
des populations cries et jamésienne et la contamination potentielle et
irréversible d'un site avec les résidus miniers radioactifs pour des
centaines de milliers d'années, c'est leur opinion. Mais qu'ils censurent
les intervenants ayant un avis divergent en leur refusant une tribune sur
leur territoire, c'est qu'ils ont oublié que c'est par la démocratie qu'ils
ont été élus.
Lors de la consultation
pour le projet de loi 79, modifiant la loi sur les mines, le ministre de la
Santé, Serge Simard, a demandé aux membres de la CREBJ s'ils envisageaient
de tenir un forum sur l'uranium dans le Nord-du-Québec, pour maximiser
l'information à la population. Ce à quoi la mairesse de Chibougamau, Manon
Cyr, a répondu que «nous, dans le fond, ce qu'on a fait, c'est un forum
perpétuel».
À part les trois
articles à saveur d'infopub sur l'uranium qui prenaient deux pages pleines
du journal local, et ce, le jour même de la première phase des audiences
publiques sur le projet Matoush à Chibougamau, je n'ai pas vu de forum.
Encore moins perpétuel.
La mairesse de
Chibougamau scande à tous les vents qu'ils ont fait leur job et que la
population de la région est très bien informée. Si madame la mairesse, qui
siège également sur le conseil d'administration de la TJCM, s'est chargée de
la neutralité de l'information que nous avons reçue, je ne suis pas
rassurée.
Comme elle l'a exprimé
devant la commission sur le projet de loi 79, «si vous mettez un moratoire
demain matin sur le développement de l'uranium, nous on est déçus.»
Moi, quand je suis
déçue, je ne suis pas neutre.
J'aimerais que les élus
pensent le développement de la région en visionnaires plutôt qu'en
opportunistes, qu'ils admettent qu'il y a beaucoup d'incertitudes
scientifiques entourant l'exploitation de l'uranium, et qu'ils reconnaissent
le droit de la population d'avoir accès à cette information. S'ils ont si
peur d'un débat ouvert sur la question, c'est peut-être justement parce
qu'il y a de bonnes raisons de ne pas rester neutre.
12 janvier 2011
COMMUNIQUÉ
Pour diffusion immédiate
Mission du Québec en Saskatchewan
URANIUM : INFORMATION OU DÉSINFORMATION ?
Québec, le mercredi
—
« Information ou désinformation ? », voilà la question que se pose la
coalition Québec meilleure mine !
concernant l’objectif réel de la mission québécoise, présentement en
Saskatchewan. « Lorsqu’on entend le ministre Serge Simard, à peine débarqué
à Régina, affirmer que « les mines d’uranium ne posent pas plus de risques
que les mines d’or » et ce, avant même d’avoir pris le temps d’en évaluer
les risques, on est en droit de se questionner sur la rigueur de la démarche
et les intentions réelles du ministre » dénonce la coalition
Québec meilleure mine !
« Cette mission
en Saskatchewan ne doit pas être instrumentée par le gouvernement et n’être
un maillon d’une campagne de relations publiques pour faire la promotion de
l’uranium. Elle devrait viser véritablement une meilleure compréhension des
risques et impacts de cette industrie » affirme Ugo Lapointe de
Québec meilleure mine !
La coalition, qui
a accepté de bonne foi d’y déléguer un représentant, souhaite que cette
délégation puisse faire la lumière sur des questions aussi fondamentales que
les impacts cumulatifs de cette industrie sur l’environnement et sur la
santé depuis 50 ans en Saskatchewan, les incertitudes scientifiques qui
demeurent quant à la gestion à long terme des résidus miniers radioactifs,
et la facture totale qu’il en coûtera à la Saskatchewan pour restaurer les
mines d’uranium abandonnées.
« Si les dangers
et les impacts des mines d’uranium sont si petits, comme l’indique le
ministre Simard, alors pourquoi la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse
et l’état de Virginie ont-ils instauré des moratoires sur cette industrie ?
Pourquoi même avoir mis sur pied un comité aviseur de la santé publique du
Québec pour faire la lumière sur les dangers liés à cette industrie ? » se
demande Christian Simard de Nature Québec.
Lors de cette
mission, la coalition présentera une douzaine de questions pour lesquelles
elle souhaite obtenir des réponses (voir questions attachées). Le délégué
actuel de la coalition en Saskatchewan, Monsieur est Ramsey Hart de
MiningWatch Canada, et la coalition feront le bilan de la mission dans les
prochains jours.
-30-
Pour information:
-
Ugo Lapointe,
coalition Québec meilleure mine !,
514.708.0134
-
Christian
Simard, Nature Québec, 418.928.1150
-
Ramsey Hart, MiningWatch Canada, 613.614.9937
_____
La coalition
Pour que le Québec ait meilleure mine !
a vu le jour au printemps 2008 et est aujourd’hui constituée de plus d’une
quinzaine d’organismes représentant plusieurs milliers de membres au Québec.
La coalition s’est donnée pour mission de revoir la façon dont on encadre et
développe le secteur minier au Québec, dans le but de promouvoir de
meilleures pratiques aux plans social et environnemental.
Les
membres actuels de la coalition : Action
boréale Abitibi-Témiscamingue (ABAT) ▪
Association de protection de l’environnement des
Hautes-Laurentides (APEHL) ▪ Coalition
de l’ouest du Québec contre l’exploitation de l’uranium (COQEU) ▪
Comité vigilance Malartic (projet
minier Osisko) ▪ Écojustice
▪ Forum de l’Institut des
sciences de l’environnement de l’UQAM ▪
MiningWatch Canada ▪
Mouvement Vert Mauricie ▪
Nature Québec ▪
Professionnels de la santé pour
la survie mondiale ▪ Regroupement
pour la surveillance du nucléaire ▪ Réseau
québécois des groupes écologistes (RQGE) ▪
Sept-Îles sans uranium
▪
Syndicat de la fonction publique
du Québec (SFPQ) ▪ Société
pour la nature et les parcs (SNAP-Québec) ▪
Tous nouveaux membres sont les bienvenus.
Délégation du Québec en Saskatchewan
Questions de la coalition Québec meilleure mine !
1.
Existe-t-il, en Saskatchewan, des études qui confirment les
quantités de radon et d’autres matières radioactives dispersées dans l’air
par la ventilation de la mine et par les stockages de résidus miniers ?
Combien de kg par année ? Combien en 50 ans ? Quelle est la persistance de
ces contaminants dans l’environnement ?
2.
Quelle est la proportion de contamination radioactive dans
l’environnement autour des mines d’uranium provenant des activités minières
versus celle provenant de la contamination naturelle (rayon 1 km, 5 km,
20 km) ? Avez-vous des études statistiques qui soutiennent ces données ?
3.
Existe-t-il, en Saskatchewan, des études confirmant l’absence
d’effets à long terme des mines d’uranium sur la santé des populations
avoisinantes, incluant les populations vulnérables tels que les enfants et
les personnes âgées ? Est-ce que les densités de population autour des mines
en Saskatchewan sont suffisamment importantes pour que les données
recueillies aient une valeur statistique ?
4.
Existe-t-il, en Saskatchewan, des études confirmant l’absence
d’effets à long terme des mines d’uranium sur les populations animales
avoisinantes (mammifères, poissons, etc.) ?
5.
Combien d’infractions environnementales ou d’incidents
d’écoulement de contaminants compte-t-on en Saskatchewan au cours des
dernières années (Key Lake, etc.) ? Historiquement, depuis 50 ans ? Quelles
quantités de contaminants par incident ?
6.
Combien de cours d’eau ont-ils été contaminés en Saskatchewan
par des écoulements liés aux mines d’uranium ? Quel type de suivi est-il
fait concernant les écoulements dans les nappes phréatiques ? Existe-t-il
des études qui dressent un portrait global des impacts sur les eaux de
surface et sur les eaux souterraines ?
7.
Combien de mines d’uranium sont actuellement abandonnées en
Saskatchewan ? Combien sont pris en charge par l’État ? Quelle est la
facture totale estimée pour assurer la restauration complète des sites et
leur suivi à long terme ?
8.
Quel est le total des garanties financières présentement mises
de côté pour assurer la restauration environnementale des mines en
opération ? De quels types de garanties financières s’agit-il ? Que
couvrent-elles ? Que ne couvrent-elles pas ?
9.
Est-ce principalement l’industrie, la CCSN ou la province qui
fait les suivis environnementaux et sanitaires des mines d’uranium (donnés
statistiques à l’appui) ?
10.
Combien de redevances la Saskatchewan retire-t-elle de ses
mines d’uranium ?
11.
Quelle est la quantité totale de résidus miniers produits
chaque année par les mines d’uranium en Saskatchewan ? Quelles quantités
totales en 50 ans ? Quelle proportion et quelles quantités d’éléments
radioactifs demeurent dans les résidus miniers laissés derrière ?
12.
Quelle est la quantité totale d’eau et d’acide sulfurique
utilisée pour l’exploitation et le traitement de l’uranium ?