Le GOUVERNE_MENT et GASTEM nous MENT

Par Raymond GAUTHIER
Îles de la Madeleine
21 novembre 2010

Le comité de travail sur les hydrocarbures des Îles de la Madeleine ( 01 ) recevait, le vendredi 19 novembre 2010, le Ministre du Développement Dommageable à l’Environnement ainsi que des Parcs (MDDEP), et responsable du Bureau d'audiences publiques sur l'environne_ment (BAPE).

Il venait apparem_ment rencontrer les Madelinots pour entendre les préoccupations du milieu dans le dossier des hydrocarbures et faire une annonce dans le dossier fédéral-provincial de l'Aire marine de conservation, dont il est question depuis 2004.

Il a effective_ment « entendu » les préoccupations exprimées par plusieurs membres du comité. Mais l’annonce tant attendue au sujet de l’Aire marine de conservation avait été annulée et, n’eut été d’une question à ce sujet, le Ministre n’en aurait tout simple_ment pas parlé. Rien de rassurant dans ses propos ; la langue de bois, comme d’habitude.

 

J’en déduis que le projet ne semble plus prioritaire pour les deux paliers de gouverne_ment. Quoi qu’il prétende, le Gouverne_ment du Québec, avec l’approbation du Ministre DDEP et de la Ministre Ressources naturelles et de la faune, n’a pas du tout l’intention de réviser les principaux irritants de la vétuste Loi sur les mines dans le futur projet de Loi sur les hydrocarbures : celle-ci continuera à avoir préséance sur toute autre législation, incluant notam_ment l’article 246 de la Loi sur l’Aménage_ment et l’Urbanisme.

Ça veut dire : TASSEZ-VOUS LE MONDE, ON S’EN VIENT VOUS SIPHONNER LE SOUBASSE_MENT !

Quant à l’entreprise Gastem, après avoir révélé que le prospecteur gazier qui s’apprête à venir forer aux îles, n’a encore pas demandé de permis d’exploitation et qu’il n’y aurait donc pas de projet au sens du BAPE, le Ministre a fait étonnam_ment une promesse : dès qu’il y aura un tel projet, il commandera une audience publique aux Îles.

Selon lui, la phase exploratoire ne comporte pas de risques. À l’entendre, il faut donc les laisser prospecter en paix et ne pas s’affoler. On croirait entendre les propos, non pas du responsable de la protection environnementale, mais les propos de la Ministre des Ressources Non-renouvelables et de la Faune (MRNF). Celle-ci eut été fière d’entendre son collègue prendre aussi légère_ment sa responsabilité, lui qui, de par son mandat, devrait plutôt se préoccuper des risques inhérents aux forages, en tenant compte de la fragilité extrême du milieu insulaire.

N’a-t-il pas laissé entendre publique_ment qu’il partageait le préjugé favorable de son gouverne_ment et qu’il y aura exploitation de gaz de schiste au Québec ? N’a-t-il pas donné un mandat restreint au BAPE actuel sur le gaz de schiste, juste_ment pour rendre acceptable l’inacceptable et éviter que ne se posent les véritables questions, telles que les risques pour la santé ou la sécurité de la population, l’intégrité des milieux naturels ou même la pertinence de développer, dans la précipitation, une telle industrie dans les Basses-Terres du Saint-Laurent ?

De son côté, la compagnie Gastem, qui a obtenu les droits exclusifs sur le sous-sol madelinien en juillet 2008, rencontre occasionnelle_ment, depuis le 15 décembre 2009, les membres du comité de travail sur les hydrocarbures.

Le chef de la direction de Gastem, Raymond Savoie, prétend que son objectif de trouver du gaz naturel, associé aux dômes de sel sous les Îles, est seule_ment de permettre de remplacer par un carburant moins polluant que le mazout lourd l’alimentation de la centrale thermique d’Hydro-Québec.

Raymond Savoie

Jusqu’au mo_ment où il a été démasqué, il a prétendu qu’il n’avait pas l’ambition d’une grande production pour fins d’exportation.

Monsieur Savoie a en effet dû admettre le contraire lorsqu’il a évoqué le meilleur scénario, soit celui de la découverte possible d’une quantité phénoménale de gaz naturel (l’Eldorado, quoi), auquel rêve tout prospecteur qui se respecte. L’industrie reconnaît d’ailleurs, lors des audiences du BAPE qui se déroulent présentement, qu’une exploitation gazière requiert de très grands volumes pour être rentable.

Lorsqu’il est question des risques pour la nappe phréatique des Îles liés à ce genre d’exploitation (utilisation d’une importante quantité d’eau, risques de contamination par les forages et infiltration de contaminants dans l’air, l’eau et le sol), Gastem cherche toujours à rassurer sur la faible quantité d’eau requise et à laisser croire qu’avec les précautions supplémentaires qu’ils vont prendre, les risques sont nuls (ce qui est évidem_ment faux.

D’autre part, on laisse croire qu’il n’y aura qu’un puits discret et qu’un pipeline acheminera directe_ment le gaz du puits à la centrale thermique. Mais le hic, c’est qu’il n’y a aucune entente d’approvisionne_ment avec Hydro-Québec et, selon les dernières informations, la Société planche sur d’autres alternatives mais ne parait plus aussi pressée à prendre une décision plus avantageuse et plus verte (ex. : câble sous-marin, couplage diésel-éolien, biométhanisation des déchets, etc.).

Ou bien Gastem devra abandonner son projet, s’il reposait vrai_ment sur ce seul client, ou bien il nous a menti pour commencer à installer sournoise_ment une industrie d’envergure sur les Îles, en vue d’une production massive destinée à l’exportation.

C’est la seule raison qui justifierait l’investisse_ment énorme que requiert un tel projet. Le cas échéant, même les Madelinots les plus favorables à la venue de Gastem – s’il en est – devront s’interroger avec l’ensemble de la population sur le dénoue_ment de cette intrigue : est-ce vrai_ment ce genre d’industrie que nous voulons voir s’installer sur nos Îles ? Il s’agit d’une industrie lourde, polluante et défigurante. Une industrie nette_ment incompatible avec notre milieu fragile, avec les industries qui nous font vivre et avec notre façon spécifique de vivre.

« Ce serait la fin des Îles. Nous autres, on n’aurait pas d’autre choix que de partir », comme me disait l’autre jour un concitoyen.

Notre gros bon sens d’insulaires nous dit : la seule urgence, c’est un Moratoire sur toute activité terrestre et maritime.

Quand on nous ment et qu’on s’en aperçoit, on n’est pas obligé d’avaler sans rien dire.

Référence:

01

Je participe, à titre de citoyen indépendant, à ce comité consultatif chapeauté par la Municipalité, qui regroupe plus d’une vingtaine de représentants des différentes instances locales

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