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Jeudi le 3 mai 2012 |
Du côté syndical, il a été clair dès le départ que toutes les associations étudiantes devaient être représentées. Quand il a reçu l'invitation du gouvernement le président de la CSN, Louis Roy, a communiqué avec ces associations, en commençant par la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), pour s'assurer qu'elles étaient favorables à une telle table de discussion.
Le bureau du premier ministre les rappelle pour leur demander s'ils acceptent d'agir comme «facilitateurs». Les négociations doivent débuter vendredi le 4 mai 2012, à 16h. Les trois chefs disent oui.
Lors de leur rencontre de la veille avec Jean Charest, les présidents de centrales avaient tenté en vain de le convaincre de bouger sur les droits de scolarité. «Nous avions suggéré que le gouvernement maintienne sa hausse, mais qu'il la laisse de côté, le temps de faire des études sur le sujet». Peine perdue. C'est donc pleinement conscients que la rencontre de vendredi n'en serait pas une de négociation sur le fond du litige, mais simplement de sortie de crise, que les trois présidents des centrales syndicales se sont amenés à Québec
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L'invitation du gouvernement, à la veille du conseil général du Parti libéral, a d'abord suscité la méfiance au sein du mouvement étudiant. |
Line Beauchamp tenait à commencer les discussions le vendredi, estimant qu'elle perdrait son mandat de s'asseoir aux côtés de la CLASSE si les manifestations prévues à Victoriaville tournaient à l'émeute. Elle a demandé l'intervention des leaders syndicaux.
Philippe Lapointe, membre du comité de négociation de la CLASSE ( 06 ) reçoit un appel de la FEUQ pour lui demander si la CLASSE avait reçu un appel du ministère concernant une éventuelle rencontre avec le gouvernement.
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La CLASSE écrit: nous avons finalement reçu un appel de Pierre Pilote nous invitant à une rencontre vendredi. Il nous a même demandé si nous accepterions de négocier sans la FEUQ puisqu’elle préférait faire cette rencontre lundi plutôt que vendredi. |
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Finalement après plusieurs tractations, en fin de soirée les représentants de la CLASSE ont accepté la rencontre, mais à la condition que la FEUQ y participe, et que la tenue de ces négociations soit rendue publique. «Pas question, a-t-on expliqué, de jouer dans des scénarios secrets avec le gouvernement.» Ce n'est que vers 7h30 le vendredi matin que la FEUQ a confirmé sa présence, mais pour 16h au lieu de 13h, tel qu'il était demandé par le gouvernement
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Vendredi le 4 mai 2012 |
En plus de la CSN, la FTQ, la CSQ, à cette rencontre plusieurs personnes ont aussi été conviées. La CRÉPUQ ( 09 ), la Fédération des cégeps ( 10 ), Michelle Courchesne ( 11 ), Line Beauchamp, Alain Paquet
( 12 ) et Pierre Pilote.
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Vers 12 heures |
Le comité de négociation de la CLASSE quitte pour se rendre à Québec au lieu de Victoriaville où une manifestation doit se tenir devant l'hôtel où le Conseil général du Parti Libéral du Québec tient ses assisses. |
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Vers 15 heures |
La CLASSE rejoint les représentants syndicaux à l'Hôtel Hilton de Québec afin de voir le plan de match pour la ou les journées à venir. |
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Cette fois-ci dans les négociations il n’y a qu’une seule personne par délégation, sauf pour la CRÉPUQ qui a deux personnes et le gouvernement qui en a trois. |
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Vers 16 heures |
Les présidents de centrales syndicales arrivent au 16e étage de l'édifice de la Grande-Allée. Tous doivent montrer leurs papiers d'identité aux policiers. |
Réjean Parent s'énerve. «J'ai dit aux policiers: "Vous ne me reconnaissez pas! " J'ai failli virer de bord.» Puis il bougonne: «On n'est pas dans un aéroport à Tel-Aviv!»
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Enfin, la présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, ouvre la séance. |
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Vers 18 heures |
La question des événements de Victoriaville fait sourciller le gouvernement. |
Pendant la pause du souper les leaders syndicaux, seuls avec les étudiants, expliquent le b a.-ba de la négociation.
«Je ne voulais pas jouer au mononcle, raconte Michel Arsenault, mais je leur ai expliqué que négocier, c'est concéder. Ça prend un rapport de force que tu puises dans la mobilisation. J'appelle ça: monter le chat dans le poteau. Mais un jour, il faut être capable de redescendre le chat.»
Durant la rencontre M. Canon (du bureau de Mme Beauchamp) demande à parler à Louis Roy. Au début il voulait exclure LA CLASSE de la table de négociation (encore!) à cause des événements de Victoriaville, mais finalement, sous la pression des centrales syndicales, il demande que l’on fasse un appel au calme.
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Vers 20 heures |
Les négociations reprennent. Un fonctionnaire entre dans la pièce et tend un papier à Mme Courchesne. Elle le déplie, le lit rapidement, fait une grimace, puis le donne à Mme Beauchamp. |
Elles se lèvent, énervées, et quittent la salle. Elles convoquent ensuite les trois chefs syndicaux.
«Mme Courchesne nous a dit que le premier ministre voulait tout arrêter, raconte Réjean Parent. Il ne voulait plus négocier. Elle l'a convaincu de continuer, mais les leaders étudiants devaient condamner la violence. On s'est entendus pour qu'ils lancent un appel au calme».
«Jean Charest était en furie», affirme Michel Arsenault.
Martine Desjardins est énervée. Elle voit les images de Victoriaville, la bagarre entre les étudiants et les policiers, le chaos, la violence.
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«Line Beauchamp et Mme Courchesne étaient très fébriles, extrêmement tendues, se rappelle Martine Desjardins. Elles avaient peur. Moi aussi, j'avais peur. Nos gens nous appelaient, ils nous disaient qu'ils se faisaient arrêter. Des scénarios catastrophes tournaient dans ma tête.»
En 20 minutes, Martine Desjardins réussit à convaincre la CLASSE de lancer un appel au calme. Les leaders étudiants dévalent les 16 étages et donnent un point de presse éclair devant la porte de l'édifice où les journalistes sont agglutinés.
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Pour la CLASSE, ils appliquent le mandat de condamner la violence délibérée envers des individus et que qu'elle déplore la violence (celle des policiers de façon implicite et non celle des militantes et militantes) qui eut lieu à Victoriaville. Les négociations peuvent reprendre. Elles ne tenaient plus qu'à un fil. |
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Vers 21 heures |
Tous reviennent en réunion. Michèle Courchesne fait le premier pas, elle demande ce que comprend le cadre de gestion des universités. |
La représentante de la CRÉPUQ saute sur le ballon, elle parle de meilleure pratique, vous savez, suivre l’exemple américain et anglais… Elle enchaîne sur sa vision de la gestion des grands enjeux.
Michèle Courchesne fait un point d’ordre, leur coupe la parole et dit qu’elle veut du concret, pas que des grandes lignes floues comme meilleure pratique. On se met donc à parler des problèmes dans la gestion universitaire, encore une fois. Le problème de la délocalisation des campus, la reddition de comptes, la publicité etc. 25 minutes plus tard une pause est décrétée
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Vers 22 heures |
On parle de gestion universitaire, mais toutes les parties disent ce qu’elles aimeraient qu’il y ait dans le conseil provisoire et quelles sont les options de sortie de crise. Nous faisons une énumération, 14 points ressortent du truc que nous classons comme cela: |
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Vers 1 heure 30 |
S'établit le profil d’une présidence qui pourrait faire consensus : soit une personne qui détient une certaine crédibilité dans le domaine de l’éducation supérieure et auprès du public. |
De préférence une personne qui connaît les rouages de la fonction publique, du budget du Ministère de l'Éducation (MELS) et des universités et qui détient une certaine expertise en conseil et comités ministériels. Nous avançons que nous croyons que pour parler d’éducation et de la mission des universités, il pourrait être de mise que la personne détienne une expérience académique. Cela sera pris en compte.
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Dès que nous nous sommes entendus sur les bases à donner au comité, Michelle Courchesne nous demande quel serait notre vision des frais et du comité. Léo Bureau-Blouin présente donc qu’il y a des économies substantielles à faire, ces économies peuvent mener à une réduction de la facture étudiante. En ce moment, on a la possibilité de faire des coupures avec l’approbation du milieu et du public, mais cela doit se faire avec un engagement au niveau de la contribution étudiante, sinon nous n’avons aucun avantage à appuyer les coupures. |
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Line Beauchamp tient à préciser qu’il doit davantage être question de réduire la contribution étudiante.
Si la partie étudiante prouve qu’il est possible de trouver de l’argent dans la gestion des institutions universitaires dans le cadre du conseil provisoire il sera possible de réduire les frais. |
Cette question est mise de l’avant par les centrales syndicales. Elles font le constat que la création d'un comité ce n’est pas assez pour faire entrer les grévistes en classe. Michelle Courchesne tente de trouver une solution sans gagnant-e-s ni perdant-e-s et c’est le comité.
Fatigue et impasse
C'est beaucoup plus tard, au petit matin, quand les participants sont épuisés et au bord de l'échec, qu'apparaît l'idée d'un troc entre la facture des étudiants et les économies dans la gestion des universités. «Les parties se sont rendu compte, au petit matin, qu'elles ne pourraient pas convaincre l'autre de quoi que ce soit, raconte un témoin. C'est comme dans le jeu Serpents et échelles. On était retombé au bas de l'échelle.»
Les représentants syndicaux racontent que les étudiants étaient profondément convaincus qu'il y avait de l'argent à aller chercher dans le budget des universités. «Ils nous ont sorti deux pouces de documentation qui démontrait une mauvaise utilisation des fonds publics dans les universités», se souvient un participant.
Alors, on leur a dit : «Si c'est comme ça, pourquoi est-ce que vous n'acceptez pas l'idée de ce comité provisoire?» La FEUQ et la FECQ [Fédération étudiante collégiale du Québec] étaient d'accord avec ça, mais pas les deux autres. Alors, ils se sont dit: "Parfait, on va aller la faire, la démonstration, mais il ne faut pas que la hausse du premier septembre s'applique."»
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Vers 4 heures |
Le troc: les centrales font donc une offre avec un compromis possible. |
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Vers 5 heures |
Retour de la pause |
Retour sur cette question de la hausse des frais de scolarité et de la baisse des FIO, la FECQ affirme que la contribution étudiante est un concept acceptable, mais il faut avoir des engagements clairs de la part du gouvernement comme preuve de sa bonne foi.
Selon eux, le comité devra avoir le pouvoir de déterminer comment ce sera remboursé. De plus, ils veulent un engagement clair, ainsi que des obligations de résultat.
Michelle Courchesne affirme alors que le comité aura de la latitude quant à ces décisions et que plusieurs des questions abordées en ce moment se feront par un décret ministériel après l'acceptation de l'offre par les associations étudiantes garantissant ainsi les résultats.
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Line Beauchamp maintient que les résultats seront motivés par le 125$ à aller chercher pendant les travaux. |
Line Beauchamp répond du bout des lèvres que cela pourra, si les économies dépassent les FIO, affecter les frais de scolarité, mais que ce sera au comité provisoire de trouver les modalités de remboursement. Elle ajoute aussi que toutes les offres annoncées auparavant seront maintenues: RPR, réduction de la contribution parentale, étalement, etc.
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La CRÉPUQ se pose alors comme question quelle sera la motivation des universités sur le comité si, trouvant des économies dans son propre budget, il n'y aura aucune avancée pour elle, mais seulement un bénéfice pour les étudiantes et les étudiants? Louis Roy, de la CSN, répond alors que le chantier sera ouvert sur le thème de la facture étudiante, que c'est eux qui ont posé le problème et amené les enjeux sur la table, mais que ce faisant, plusieurs débats seront à mener et qu'ainsi, la CRÉPUQ aussi bénéficiera d'un nouveau forum pour se faire entendre. |
Le soleil se lève, la nuit a été longue. Les acteurs autour de la table sentent que le débat a été écoulé quant à la formule et qu'il faut maintenant se concentrer sur du concret. Le gouvernement demande donc un moment de rédaction pour que l'on puisse travailler sur le texte final.
Le premier texte apporté comporte de nombreuses erreurs par rapport aux divers accords. Il y avait entre autre un mélange entre les mandats et les thèmes de sortie de crise, le document ne faisait que mention des FIO et non de la contribution étudiante, plusieurs flous subsistaient au sujet du comité et de l'application du paiement différé. Les associations étudiantes ont convenu de plusieurs modifications majeures et mineures.
Principalement, il était important pour la CLASSE que le libellé de la fin ne signifie pas qu'une signature oblige à recommander l'offre, de faire une trêve ou encore la fin immédiate de la grève.
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Négociations de corridor |
Le reste se passe malheureusement dans un jeu de couloir bourdonnant qui a principalement été fait auprès de Philippe Lapointe.
À la sortie du caucus étudiant, les syndicats avaient aussi certaines modifications similaires aux autres mais trouvaient qu'ils poussaient un peu loin après une consultation avec Justin Arcand.
Attendant la reprise des travaux, Martine Desjardins fut prise à part pour aller discuter. Philippe Lapointe, en se servant du café, se fit aussi inviter à discuter avec Pierre Pilote de nos modifications afin «d'accélérer les travaux». La porte ouverte, dans le local de négociation, avec Jean Beauchesne de la Fédération des Cégeps, il énuméra les modifications exigées par les étudiants et qui furent entièrement prises en notes et, en général, Pierre Pilote comprenait le bien fondé des demandes étudiantes.
Après cette longue discussion, Martine Desjardins entra avec Michèle Courchesne, elle avait fait le même travail avec la ministre qui semblait être d'accord avec les modifications, qui visaient principalement 3 points:
- Toutes les économies trouvées par la partie étudiante feraient en sorte de réduire l'ensemble de la contribution étudiante, et non seulement les FIO;
- Que le conseil puisse choisir les 2 membres de la communauté économique et son président par consensus afin d'assurer la parité et;
-Que le paiement différé s'applique sur 2 ans et soit renouvelable si nécessaire.
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Vers 13 heures |
Tous sont conviés à la table pour voir le texte final. |
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Samedi le 12 mai 2012 |
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À l'arrière à gauche Réjean Parent de la CSQ, au centre Louis Roy de la CSN |
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