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Besoin de 8 heures de sommeil ! Vraiment ?

Ce que nous enseignent la science du sommeil ainsi que l'histoire est que nous ne dormons pas vraiment comme avant. En particulier, le sommeil quasi-continu d'une durée de 8 heures serait peu naturel.

Fiche: Santé

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Combien parmi nous ont l'angoisse de se réveiller pour de bon au milieu de la nuit ?

Au début des années 90, un psychiatre du nom de Thomas Wehr a réalisé une étude peu orthodoxe : pendant un mois, des personnes volontaires étaient plongées dans l'obscurité totale quatorze heures par jour (cela correspond à une journée sans lumière artificielle). Les volontaires ont mis un peu de temps à voir leur sommeil se réguler. Toutefois, après 3 semaines, on retrouvait un mode de sommeil généralisé. Les volontaires dormaient durant 4 heures environ, restaient éveillés durant une heure ou deux, puis, las, se rendormaient pour environ 4 heures supplémentaires environ.
 
Cette étude a frappé les spécialistes, mais l'idée de dormir 8 heures en continu reste dans les esprits.

Ce n'est pas tout, en 2001, un historien américain du nom de Roger Ekirch a conclu après 16 ans de recherches historiques que la grande majorité des humains avaient pour habitude de dormir en deux étapes successives.

C'est le résultat de déclarations dans des agendas personnels, dans les livres médicaux et la littérature. En général, les gens s'endormaient deux heures après la tombée de la nuit, se réveillaient durant une ou deux heures, puis s'endormaient à nouveau.

Que faisaient les gens durant ce réveil au beau milieu de la nuit ? Ils restaient au lit, dormaient, écrivaient ou priaient (il y avait même des livres pour les prières à réaliser à ce moment.

Bien entendu, plusieurs en profitaient pour parler avec le conjoint ou faire un « gros câlin sous la couette ».

Un manuel de médecin du seizième siècle affirmait justement que c'était le moment le plus naturel pour faire un enfant.

Cette gravure datant de 1595 par Jan Saenredam montre la division
des temps du sommeil

Les mentions de ces deux périodes de sommeil ont commencé à disparaître à la fin du dix-septième siècle, d'abord dans les hautes couches sociales en Europe. Cela s'est ensuite généralisé et correspond à l'arrivée de l'éclairage artificiel et à l'ouverture de cafés tard dans la nuit.

Bientôt, de la sorte, les gens ont eu des activités sociales durant la nuit. En 1667, les grandes rues de Paris furent allumées grâce à des bougies. Lille suivit puis Amsterdam ; vinrent alors les lampes à huile. A la fin du siècle, plus de 50 villes européennes étaient éclairées la nuit.

Passer beaucoup de temps allongé dans le lit devint progressivement une perte de temps dans la tête des gens. Une ville relativement petite comme Leipzig en Allemagne donnait du travail à 100 hommes pour veiller sur les 700 lampes. La révolution industrielle a accru cette notion de rendement du temps éveillé.

Un journal médical de 1829 exhortait les parents à ne plus faire dormir leurs enfants en deux fois. 

Si aujourd'hui la grande majorité de la population s'est adaptée à sa nuit de 8 heures, les chercheurs croient que notre corps possède toujours une préférence naturelle pour le sommeil fragmenté. Cette préférence pourrait être à l'origine des insomnies, lorsque nous nous réveillons la nuit et que nous ne parvenons pas à nous rendormir. Ce symptôme apparaît justement pour la première fois à la fin du XIXème siècle (15e), alors que le sommeil fragmenté disparaissait.

Le psychologue du sommeil Gregg Jacobs dit justement à ce sujet que « l'idée que nous devons dormir d'une seule traite pourrait être dangereuse, si elle rend les gens qui s'éveillent la nuit anxieux, cette anxiété peut alors les perturber dans leur sommeil comme durant le reste du temps ». Russell Foster, docteur en neurologie spécialisé dans le rythme circadien, en arrive aux mêmes observations. Il affirme en outre que 30% des problèmes médicaux auxquels sont confrontés les médecins ont une origine directe ou indirecte liée au sommeil.

Mais le sommeil n'est pas très considéré dans la formation médicale et il n'existe pas de centres médicaux dédiés au sommeil. Par conséquent, encore peu de médecins admettent que le cycle de sommeil de 8 heures consécutives n'est pas naturel.

D'après Gregg Jacobs, la période entre deux phases de sommeil, si elle est utilisée à se relaxer, pourrait largement augmenter la capacité du corps humain à réguler son stress. L'historien Roger Ekirch retrouve justement dans des écrits que ce laps de temps était utilisé à méditer.


Grâce aux mesures de l'activité électrique du cerveau, nous savons aujourd'hui que notre sommeil est constitué de cycles eux-mêmes constitués de 4 phases distinctes.

On trouve en premier la somnolence, qui est la phase de l'endormissement, que nous ne ressentons jamais. Vient ensuite la phase de sommeil léger, qui constitue la majeure partie du temps de sommeil, où certains se sentent éveillés, alors qu'ils dorment sans le savoir. Puis on trouve le sommeil profond, nommé ainsi car il est difficile d'en émerger, et qui constitue les phases 3 et 4.

Après un nouveau passage de quelques minutes par la phase 2, on entre dans une période de sommeil paradoxal. C'est à ce moment que l'on rêve. Ces successions de phases constituent un cycle s'écoulant la plupart du temps entre 60 à 100 minutes qui se répète au cours de la nuit. Ces observations scientifiques seraient donc compatibles avec le scénario du sommeil fragmenté, étant donné qu'avoir un sommeil fragmenté ne perturberait pas ces phases.

N'essayez pas pour autant de revenir à ce rythme de sommeil, car d'autres études ont montré sur des souris que le rythme du sommeil se règle dès les toutes premières semaines de la vie.

Un mauvais réglage (apports de l'hormone sérotonine) produirait en outre des effets de trouble du sommeil semblables à ceux subis lors d'une dépression. Enfin, selon une autre étude de l'University of Stanford, avoir un sommeil fragmenté nuirait à la mémoire.

Nous avons donc la preuve que l'homme a subi une évolution sur une période rapide dont il sent encore qu'elle n'est pas achevée.

De nos jours, nous sommes souvent frappés d'insomnies et surtout, on se réveille en pleine nuit en pleine forme et en ayant du mal à revenir à un sommeil réparateur.

Le fait de vouloir dormir en une fois pourrait être l'origine du mal. On irait à l'encontre de notre physiologie naturelle, avant l'avènement de l'éclairage artificiel.

Ceux qui se réveillent en pleine nuit deviennent anxieux de ne plus pouvoir se rendormir.

30 % des problèmes que les médecins doivent résoudre ont une origine dans un sommeil perturbé, directement ou indirectement. Les médecins restent toutefois peu formés à ces problèmes de sommeil.

Fut une époque où les gens étaient heureux de se réveiller en pleine nuit pour méditer sur ce qu'ils venaient de réver.

On passe moins de temps à penser tranquillement (et pas à des choses stressantes).

De là, l'abus de substances et le bond des dépressions ?

Quand le sommeil segmenté était la norme

"He knew this, even in the horror with which he started from his first sleep, (commença son premier sommeil)  and threw up the window to dispel it by the presence of some object, beyond the room, which had not been, as it were, the witness of his dream." Charles Dickens, Barnaby Rudge (1840)

"Don Quixote followed nature, and being satisfied with his first sleep, (avec son premier sommeil) did not solicit more. As for Sancho, he never wanted a second, for the first lasted him from night to morning." Miguel Cervantes, Don Quixote (1615)

"And at the wakening of your first sleepe (votre premier sommeil) You shall have a hott drinke made, And at the wakening of your next sleepe (votre deuxième sommeil). Your sorrowes will have a slake." Early English ballad, Old Robin of Portingale

"The Tiv tribe in Nigeria employ the terms "first sleep" and "second sleep" (premier sommeil et second sommeil) to refer to specific periods of the night": extract study by Roger Ekirch, historian

  Dix mythes revisités sur le sommeil

Sources: BBC News Angleterre, GMA News et site "Sur la toile"

L'historien Roger Ekirch de l'Université Virgian Tech a publié en 2001 le résultat d'une recherche qui s'est prolongée durant 16 ans pour cette histoire du sommeil

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 12 novembre 2012

Sommeil par Salvador Dali

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