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La Commission de révision permanente des programmes et la privatisation du rôle de l'État
Québec: Les coûts en santé nous rendent-ils malades?

Depuis quelques décennies, on tente de nous faire croire que le vieillissement de la population va générer des coûts tellement élevés que le système de santé va exploser.  Pour l’instant, nous ne voyons pas tellement les traces de ce phénomène et cela pour plusieurs raisons. 

De plus, on tente de nous faire accroire que les québécois consomment trop de soins de santé.  Ils passeraient leur temps dans les salles d’attente des urgences, bloquant ainsi le système.  Évidemment, nous savons tous que ces lieux de haut confort ne peuvent qu’avoir un pouvoir d’attraction inouï pour tous ces « BS » en mal de rencontres pour meubler leur vie oisive entre deux chèques.  Moi qui croyais que tous les « BS » passaient l’hiver en Floride.  C’est dire comment on peut se tromper dans la vie!

 

 

Texte par Gaétan BRETON
Dr en Science comptable

 
 

Extrait du Manifeste des Lucides

La population québécoise s’accommode de cette situation de blocage parce qu’elle y trouve son aise.  Les Québécois travaillent moins que les autres Nord-Américains; ils prennent leur retraite plus tôt; ils se paient des programmes sociaux plus généreux; dans leur vie privée comme collective, ils s’endettent jusqu’à la limite de leur carte de crédit.  Tout cela n’est qu’humain; nous recherchons tous la vie la plus agréable possible.  Mais il faut aussi être réaliste.  D’ici quelques années tout au plus, nos rêves – en fait, pas les nôtres, mais ceux de nos enfants - seront brutalement interrompus par des coups sur la porte : les huissiers ! - Source: Manifeste des Lucides  consulté le 10 octobre 2015 ( 01 )

 

Les lucides aussi pensaient cela.  Les québécois sont des paresseux, gâtés, pourris.  C’est encore un recours à la culpabilisation pour faire admettre aux québécois qu’ils doivent en donner plus aux riches s’ils veulent que quelques miettes tombent de leur table.  Or, la table des riches est de mieux en mieux protégée et la concentration de la richesse de plus en plus importante. 

Donc, c’est peine perdue pour les pauvres de croire aux miettes éventuelles.  Il vaudrait mieux tirer un bon coût sur la nappe et prendre le dîner au complet.  Mais, on nous dit qu’alors les plats nous tomberaient sur la tête pour nous assommer et que nous serions pires qu’avant. 

Et, bien sûr, nous le croyons, car ceux qui le disent disposent de tous les moyens pour transformer leur propagande en vérité.  Comme est réputé avoir dit Joseph Goebbels, si un mensonge est répété un nombre suffisant de fois, il devient une vérité.  Alors quand on possède les médias… 

Essayons de comprendre les fondements de cette propagande sur le vieillissement de la population et les coûts en santé.

 
 

1. Le vieillissement de la population est-il un problème ?

 
 

Fondamentalement, il y a deux aspects au supposé problème du vieillissement de la population.

Le premier est le manque de main d’œuvre quand trop de gens prennent leur retraite et que les jeunes ne suffisent plus à la tâche.

Le second aspect porte sur l’idée que le prolongement de la vie crée un prolongement des périodes de maladie et surtout de la période au cours de laquelle le soutien aux personnes âgées dépend des plus jeunes.

Voyons un peu ce qu’il en est. 

1.1 Manquons-nous de main d'oeuvre?

 
 

Le vieillissement de la population devient un problème quand la proportion de personnes âgées, c’est-à-dire sortie des rangs des producteurs, devient de plus en plus grande sans que la structure du processus de production ne soit modifiée.  Le soutien à ces personnes « à charge » devient alors de plus en plus lourd. Cette sortie du rang des producteurs, toute chose étant égale par ailleurs, crée une pénurie de travailleurs, ce qui augmente le coût de la main d’œuvre tout en diminuant la production.

Cependant, le phénomène de vieillissement auquel nous assistons est accompagné d’une présence moins importante des jeunes, mais surtout, dans la situation actuelle, d’un important chômage chez ces jeunes qui sont réputés être devenus les soutiens de cette société de vieillards « indignes » qui passent leur temps à flamber leur REER, plutôt que de mourir comme ils le devraient s’ils avaient une once de savoir vivre. 

 
 

Ces deux éléments, vieillissement de la population et chômage des jeunes, devraient avoir des effets désastreux sur la situation économique du pays.  La première question qui est subsidiaire de celle que nous avons posée dans le titre porte donc sur le niveau de production nationale.  Est-ce que le fait d’avoir de plus en plus de personnes âgées sorties de la production et de moins en moins de jeunes qui, de plus ne se trouvent pas d’emploi, a diminué la production nationale?

1.2 Avons-nous les moyens de soutenir les vieux ? 

 

Si la population vieillit, plusieurs vont se retrouver à la retraite et ainsi la force de travail nationale devrait diminuer. 

C’est la vieille rengaine du nombre de jeunes qu’il faut pour soutenir un vieux. 

Cette situation devrait rendre de plus en plus difficile de soutenir les personnes âgées, qui vivent de plus en plus vieux, avec une capacité de production amputée d’une partie des producteurs.

Dans cette situation, le PIB, mesure de la production nationale, devrait diminuer per capita. Le tableau 1 nous montre que ce n’est pas le cas.

 

Tableau 1

Évolution du PIB et de la population au Québec depuis 1990

Années

PIB

(000 000)

Population (000)

PIB/Hab

% de croissance

2013

362 846

8 154

44 499

0,6

2012

357 431

8 084

44 215

2,4

2011

345 732

8 007

43 179

3,9

2010

329 670

7 929

41 578

3,4

2009

315 531

7 844

40 226

3,4

2008

313 595

7 762

40 401

-0,4

2007

305 876

7 693

39 760

1,6

2006

290 779

7 632

38 100

4,4

2005

280 447

7 581

36 993

3,0

2004

271 553

7 535

36 038

2,6

2003

259 545

7 485

34 675

3,9

2002

249 021

7 442

33 462

3,6

2001

238 396

7 396

32 233

3,8

2000

230 623

7 357

31 347

2,8

1999

216 102

7 323

29 510

6,2

1998

201 009

7 296

27 550

3,8

1997

193 119

7 275

26 546

4,3

1996

184 474

7 247

25 455

1,4

1995

181 229

7 219

25 104

3,7

1994

174 043

7 192

24 200

6,3

1993

165 239

7 257

22 770

0,4

1992

161 221

7 110

22 675

1,6

1991

157 786

7 067

22 327

0,2

1990

155 919

6 997

22 284

 

           Source : Statistique Canada, sauf pour la dernière colonne qui est le chiffre de l’année de la colonne 4  divisé par le chiffre de
           l’année précédente.

Comme on le voit, indépendamment de leur statut : retraité, jeune, handicapé, chômeur etc.  Nous n’avons jamais produit autant de richesse par habitant en dollars courants, mais aussi en dollars constants si nous nous référons aux taux d’inflation officiels.  Si nous faisons la moyenne des taux de croissance, nous arrivons à 2,91 pour la période couverte dans le tableau 1.

Si nous prenons l’IPC (indice des prix à la consommation) sur le site www.Inflation.eu nous obtenons une moyenne d’inflation de 1,98 pour les années couvertes.  Donc, le PIB réel par habitant aurait augmenté de (2,91 – 1,98) 0,93 par année durant les 23 années finissant en 2013.  Alors, la production augmente et le PIB par habitant augmente aussi à chaque année, ce qui implique que le système de production ne fonctionne plus comme avant et que le ratio jeune/vieux n’a plus l’importance qu’il avait. 

Qui plus est, alors qu’on nous projette toujours l’image de ce pauvre jeune travaillant comme un fou pour soutenir ses quatre ou cinq retraités, on assiste au contraire à un chômage des jeunes qui est devenu un problème majeur dans la plupart des sociétés occidentales.

La technologie semble avoir remplacé la force de travail. 

La question ne serait donc plus de savoir combien de jeunes nous avons pour un vieux, mais combien de machines nous avons, et si le gouvernement prend ses revenus au bon endroit.

 

Troisième grande révolution

Après des années de prévisions optimistes et de faux départs, les nouvelles technologies d’ordinateurs et de communications ont finalement l’impact tant attendu sur le marché du travail et l’économie, jetant la communauté mondiale dans la troisième grande révolution industrielle. - Source (Rifkin, 1995, p. XV) (Notre traduction)

 

Si on se fie à ces chiffres, nous sommes collectivement plus riches que nous ne l’avons jamais été.  Il n’est donc pas question d’une faiblesse dans la production.  Si la production augmente quand le chômage augmente, c’est que la technologie compense avantageusement pour la diminution de la force de travail humaine.

 

Fin du travail ?

En 2015, pour la première fois, le travail humain est systématiquement éliminé du processus de production.
- Source:  (Rifkin, 1995, p. 3)

 

Si ce n’est pas un problème de production c’est un problème de répartition.  Le fait que les humains soient éliminés, en bonne partie, du processus de production impose des exigences nouvelles au système de répartition.  Le salaire ne pourra plus être la méthode privilégiée de répartition de la richesse dans une société et les impôts sur la masse salariale ne pourront plus suffire au fonctionnement de l’État.  

Dans le système que nous avons connu, le mode principal de répartition des gains de la production était le salaire.  Les états palliaient les déficiences inhérentes à ce mode de répartition en soutenant ceux qui n’avaient pas de revenus, ou très peu, et en offrant des services publics gratuits ce qui soulageait ceux dont le salaire était plus bas. 

Mais, si la richesse se produit avec beaucoup moins de main d’œuvre et souvent d’une autre catégorie (plus instruite, mieux payée, mais bien moins nombreuse), qu’arrive-t-il des gens qui ne sont plus nécessaires?  Il faut les soutenir quand même, mais une fiscalité qui est basée sur les gains du travail risque de produire un manque de ressources pour le gouvernement.

La production augmente sans cesse alors que les impôts sur les bénéfices de la technologie n’augmentent pas, voire diminuent.  Il va falloir aller chercher l’argent où il se trouve.

À ce stade-ci, il apparaît que nous ne sommes pas collectivement plus pauvres, mais que la distribution des revenus évolue vers une concentration de plus en plus marquée, voilà le véritable problème.

1.3  Le vieillissement augmente-t-il les coûts en santé au Québec ?

 
 

Notre seconde interrogation porte sur la croissance des coûts en santé dans notre société qu’on présente toujours comme singulière du fait même de la présence des « boomers ».  Cette frénésie procréatrice semble avoir été uniquement le fait des québécois.  Qu’importe d’ailleurs le vieillissement de la population si les jeunes sont au chômage.

Les coûts en santé auraient-ils augmenté indépendamment des autres coûts dans les dépenses gouvernementales?  Cela serait tout de même étonnant, puisque le degré de privatisation des soins de santé au Québec ne cesse d’augmenter.  Mais il s’agit d’un élément important à vérifier en se rappelant qu’il faut distinguer la dépense en santé globale dans une société de la dépense faite par le gouvernement.

Historiquement, le Québec a toujours dévolu une part plus faible de sa richesse à la santé que l’ensemble du Canada pour: (dans l'encadré)

 

Dépenses en santé stables

Les dépenses gouvernementales en santé se sont maintenues dans une fourchette de 30% à 34% des revenus du gouvernement du Québec depuis trente ans.  Les dépenses en services médicaux et hospitaliers ont diminué en proportion des revenus de 24% en 1975-76 à 22% en 2005-06.

Par rapport à l’Ontario, les dépenses gouvernementales en santé au Québec ont bien été contrôlées.  L’ICIS estime que la proportion des dépenses en santé sur les dépenses de programme est stable, à 30%, au Québec de 1980 à aujourd’hui, tandis qu’elle augmente de 30% à 45% en Ontario.  Ce résultat est en contradiction avec le Rapport Ménard, Garantir l’accès, et le MFQ qui insistent tous sur un accroissement des dépenses socio-sanitaires de 32% à 43% de 1985-86 à 2005-06. - Source (Béland, 2006)

En conséquence, Béland conclut :

Rien dans les données ne permet de conclure qu’au Québec l’évolution des dépenses gouvernementales en santé est insoutenable en fonction de la richesse nationale.  Ici, comme dans les autres provinces canadiennes, ce sont moins les dépenses gouvernementales en santé qui ont augmenté relativement au PIB que les dépenses gouvernementales de programmes qui ont diminué. Source: Béland, François, 2014, Les dépenses de santé au Québec: la bataille des chiffres, Mémoire déposé à la Commission des affaires sociales. 2006

 

 Si nous considérons la dépense totale en santé des ménages québécois, il ne serait pas étonnant qu’elle soit en hausse, car l’augmentation de la part du privé dans les soins de santé semble les faire augmenter et le degré de privatisation du système de santé québécois connaît une hausse constante. 

Si nous produisons plus de richesse par habitant, est-ce alors que les coûts en santé par habitant ont éclaté et que tout contrôle a échappé aux pouvoirs publics?

 

Tableau 2

Statistiques comparées des coûts de santé

 

Proportion du PIB

2011

Dépense per capita

2013

Dépense per capita

2009

Québec

11,8

5 531

4 734

Ontario

11,3

5 835

5 313

Canada

11,2

5 988

5 235

USA

17,7

 

9 552

    Source : Cirano.qc.ca, Le Québec Économique.

Le Québec semble dépenser une fraction légèrement plus importante de son PIB pour la santé, quoique en dollars, la dépense soit moindre.  La raison en est, sans doute, que le PIB du Québec n’est pas des plus élevés.  Celui de l’Ontario le dépasse et le nombre d’habitants de cette province lui confère un poids des plus importants dans les données touchant le Canada. 

Lucienne Robillard ( 02 )

Quand la bande à Lucienne Robillard prend l’Ontario et le Canada comme étalons de mesure, c’est assez redondant, car le PIB de l’Ontario aura forcément la plus forte influence sur le PIB du Canada.

Il faudrait alors prendre le PIB par habitant pour éliminer l’effet de taille. 

Mais, évidemment, ce serait une démonstration minimale d’honnêteté qui n’entre pas dans le mandat de la commission. 

On voit qu’aux États-Unis, en dépit du fait qu’une partie encore significative de la population soit laissée sans protection, la portion du PIB dévolue à la dépense en santé est beaucoup plus importante que ce qui se fait au Canada en général et au Québec en particulier.  Cette différence est attribuée par Cirano (2015) en grande partie, aux dépenses en assurance privée.  

L’inclusion d’autres pays, à titre comparatif, éclaire notre vision.

 

Tableau 3

Proportion du PIB dévolu à la santé

 

Pays

1995

2000

2005

2010

2011

2012

% 2012/95

Australie

7,25

8,05

8,48

8,94

9,16

9,13

1,26

Canada

9,03

8,84

9,82

11,37

10,92

10,93

1,21

Chine

3,55

4,63

4,68

4,98

5,15

5,42

1,53

France

10,36

10,08

11,02

11,68

11,64

11,75

1,13

R-U

6,75

7,02

8,27

9,55

9,41

9,44

1,40

PPTE

4,78

5,10

5,70

6,37

6,26

6,26

1,31

OCDE

9,57

10,12

11,35

12,51

12,39

12,61

1,32

USA

13,61

13,58

15,77

17,65

17,68

17,91

1,32

Norvège

8,57

9,13

9,53

10,34

9,94

9.00

1,05

     PPTE : pays pauvres très endettés.  Source : Statistiques de la Banque Mondiale

Le Québec se situe toujours près de la moyenne canadienne.  Le Canada, quant à lui, se situe assez près de la moyenne de l’OCDE, bien que la dépense en santé ait augmenté, en moyenne, plus rapidement dans les pays de l’OCDE. 

Le Canada ne donne aucun signal d’un besoin en santé plus grand que celui des autres pays développés. 

Les États-Unis, encore une fois, se démarquent sensiblement des autres pays. Quand on regarde la proportion de leur PIB dévolue à la santé et la croissance de ces coûts. 

Deux possibilités s’offrent alors à nous.

- La première serait que le PIB des États-Unis, par habitant, est beaucoup plus bas que celui des pays développés figurant dans le tableau 3.  C’est-à-dire que même en dépensant une bien plus grande proportion du PIB que les autres, l’effet par habitant reste très limité.  Ce n’est pourtant pas la bonne réponse.

- La seconde serait que le système de santé états-unien serait, de loin, le meilleur au monde car il reçoit beaucoup plus de ressources.  Ça ne semble pas non plus être le cas, sauf dans les délires de Denis Arcand.

Certains critères très simples sont utilisés pour évaluer les systèmes de santé : l’espérance de vie, l’espérance de vie à 65 ans et la mortalité infantile.  À ces critères, on peut ajouter l’espérance de vie en santé après 65 ans.  On comprendra toutefois que ce critère est plus flou, car qu’est-ce qu’être en santé?

 

2. Les systèmes de santé étrangers sont-ils meilleurs que le nôtre ?

 
 

Si ça ne coûte pas plus cher qu’ailleurs c’est peut-être que notre système est moins bon.  Il est tellement décrié dans tous les médias, et maintenant par le blitz de publicité fait contre la réforme Barrette, que la question se pose.

Cela dit, bien qu’il soit difficile de se faire une opinion pour l’instant sur la réforme Barrette ( 03 ) , notons les sommes folles dépensées par ses opposants en publicité télévisée, entre autres : la fédération des médecins spécialistes, l’ordre des omnipraticiens, l’ordre des pharmaciens, autrement dit, tous ceux qui profitent du système actuel.

La seule fois où les médias ont permis à une association de patients de s’exprimer, la voix semblait discordante dans le concert de reproches, mais elle est passée trop vite pour laisser des traces.

2.1 Mesurer la performance des systèmes de santé

 

Les données sur l’espérance de vie peuvent varier légèrement selon la source et l’année car cette espérance de vie augmente à vue d’œil dans plusieurs pays.

Cela dit elle commence à plafonner.

Si on se fie aux données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Canada et les États-Unis ne figurent pas en tête du palmarès de la longévité.

 

Tableau 4

Palmarès des espérances de vie les plus longues en 2012

Hommes

Âge

Femmes

Âge

Islande

81,2

Japon

87,0

Suisse

80,7

Espagne

85,1

Australie

80,5

Suisse

85,1

Israël

80,2

Singapour

85,1

Singapour

80,2

Italie

85,0

Nouvelle-Zélande

80,2

France

84,9

Italie

80,2

Australie

84,6

Japon

80,2

République de Corée

84,6

Suède

80,0

Luxembourg

84,1

Luxembourg

79,7

Portugal

84,0

         Source : OMS, 2014

À première vue, il sera très difficile de découvrir les conditions qui mènent à de tels résultats.  Nous avons des pays au climat rude ou plus facile, aux conditions politiques stables ou très perturbées et aux populations grandes ou petites, mais bien qu’intéressant en soi, ce n’est pas notre propos.  L’OMS nous dit aussi que l’espérance de vie augmente plus vite dans les pays les plus pauvres progressivement jusqu’aux pays les plus riches (OMS, 2014)

On peut penser que, dans les pays développés, à un moment donné, les conditions négatives (stress, pollution, etc.) vont contrebalancer les conditions positives (hygiène, qualité de la nourriture, systèmes de santé, etc.).  Notons aussi, que le Canada vient juste après les 10 premiers et que le Québec égale la moyenne canadienne.

La question de la prévention joue aussi un rôle important.  Dans les milieux de la santé, au Québec, on disait qu’un dollar investi dans la prévention en sauvait sept au niveau curatif. La lutte à la pauvreté est un de ces moyens de prévenir les problèmes de santé.  Toute la politique sociale est faite de vases communicants et doit être étudiée de façon systémique. 

L’espérance de vie au Canada a passablement augmenté depuis le début du 20ème siècle.  En 1920, par exemple, l’espérance de vie était de 59 et 61 ans respectivement pour les hommes et les femmes.

 

Tableau 5

Espérances de vie comparées

Lieu

Période

Hommes

Femmes

Ontario1

 

2012

79

84

Québec1

79

83

Canada1

79

83

États-Unis2

(Projection) 2015

77,4

82,2

         1 Source : Statistiques Canada.    2 Source : OMS

L’espérance de vie est un des éléments qui permettent de juger globalement d’un système de santé. Malgré qu’il coûte bien moins cher, le système de santé québécois performe mieux que le système états-unien sur ce critère.  Un autre critère important est le taux de mortalité infantile.  Il serait de 4 pour mille au Canada et de 6 pour mille aux États-Unis.  Encore là, le Canada performe mieux, avec moins.

Encore une fois, cependant, la statistique globale cache certaines réalités.  Par exemple, un noir états-unien à une espérance de vie plus courte que les gens dans plusieurs régions de l’Inde ou certains pays d’Afrique (Sen, 1999).

Une telle affirmation en dit long sur les oubliés de ce système le plus couteux au monde. 

La mortalité infantile est très positive. Elle se mesure en nombre de morts pour 1000 naissances.

 

Tableau 6

Mortalité pour 1000 naissances

 

1991

2001

2011

USA

9.5

7.1

6.8

Québec

7.0

5.2

5.2

         Source: Institut de la statistique du Québec 

Tableau 7

Différents taux de mortalité infantile

Région

Années

Taux

Québec

2013

4,8

 

2012

5,0

 

2011

4,5

Canada

2011

4,8

Ontario

2011

4,6

Alberta

2011

5,3

BC

2011

3,8

US

2012

6,0

France

2012

3,5

RU

2012

4,1

Australie

2012

3,3

Japon

2012

2,2

Suède

2012

2,6

Suisse

2012

3,6

Les statistiques pour le Québec sont meilleures que celles de l’Ontario et, partant, que la moyenne canadienne.  Évidemment, elles ne seront pas citées par Mme Robillard. 

On constate cependant que plusieurs pays ont atteint des taux bien meilleurs que ceux que nous voyons au Canada.  Il y a donc encore beaucoup de travail à faire. 

Ce travail ne semble pas se trouver du côté de la privatisation, toutefois, où le taux est le plus élevé des pays développés avec 6 pour 1000.

Bien sûr, les statistiques sur l’espérance de vie et la mortalité infantile n’intéressent pas Mme Robillard. Elle utilise comme mesure un sondage fait auprès de la population.  Il est évident qu’après quelques décennies de propagande négative au sujet du système de santé les résultats sont connus d’avance. C’est tout de même extraordinaire qu’elle se base complètement sur ce sondage pour appuyer son délire.

2.2 La dépense publique et privée

 
 

Le dernier élément de la question porte sur la répartition de la dépense entre le public et le privé. L’évolution de la dépense en santé au Canada est décrite ainsi : (dans l'encadré)

 

La dépense publique et privée

Les dépenses en santé du secteur public au Canada ont augmenté de 6,7 % par année de 2000 à 2011 (la dernière période pour laquelle les données sont disponibles). Selon les prévisions, le taux de croissance devrait ralentir en 2012 et 2013, pour passer à 2,7 % et 2,5 %, respectivement. Source: ICIS, 2014

 

Au Québec, le taux d’augmentation de la dépense publique (gouvernement) est de 5,4% par année en moyenne pour la période 2001-2013. D’après ces données, la dépense publique augmente moins vite au Québec que dans l’ensemble du Canada (6.7%).  Dans ce 6.7% trouvé au Canada, le vieillissement de la population compterait pour moins de 1%, alors que la plus grande part, 2,5% viendrait de l’inflation générale. 

Notons que Mme Robillard ne dit pas le contraire malgré ce qu’il en semble.  Elle dit que le PIB du Québec augmente moins vite que celui de l’Ontario.  Après, elle dit que la dépense gouvernementale augmente proportionnellement dans l’ensemble des dépenses du budget.  Évidemment, elle laisse le lecteur conclure que le Québec dépense plus, mais elle ne le dit pas vraiment. 

Dégrossissons un peu les données agrégées et regardons le comportement du budget de la direction nationale, comparé au reste du budget du ministère.

 

Tableau 8

Dépense publique en santé (000 000)

Année

Reste du budget-santé

% de variation

Direction nationale

% de variation

2001

16 098

 

213

 

2002

17 198

6,8

209

-1,9

2003

17 921

4,2

225

7,8

2004

19 084

6,5

247

9,7

2005

20 112

5,4

263

 6,8

2006

20 873

3,8

268

 1,6

2007

22 453

7,6

286

 7,5

2008

24,115

7,4

365

 26,6

2009

25 696

6,6

374

 2,8

2010

27,467

6,9

492

 31,7

2011

28 514

3,8

483

 -1,9

2012

29 341

2,9

524

 8,33

2013

30 102

2,6

486

-7,2

Moyenne de croissance

 

64,5 / 12

5,4%

 

91,8 / 12

7,7%

        Source : ICIS

La dépense de la direction nationale augmente de 2.3% par année de plus que les autres dépenses.  Cependant les autres dépenses comprennent déjà des frais de direction régionale et locale.

Il est clair qu’à cette vitesse, les directions les plus éloignées des services s’engraissent pendant que, sur la ligne de feu on coupe des moyens de fonctionner.  Il me semble que ce n’est pas vraiment nouveau.

Une dernière comparaison pancanadienne donne une vision plus complète de la situation.

 

Tableau 9

Dépense totale de santé et répartition publique-privée pour les provinces canadiennes par habitant en 2013

Province et territoire

Dépense/

habitant

% du PIB

Publique

Privée

% privée

TNL

7 132

10,6

5 458

1 673

23,5

IPE

6 354

16,6

4 695

1 659

26,1

NE

6 514

16,1

4 456

2 059

31,6

NB

6 474

14,8

4 445

2 029

31,3

Qc

5 531

12,2

3 944

1 588

28,7

ONT

5 835

11,5

3 952

1 883

32,3

Man

6 633

14,1

4 888

1 745

26,3

Sask

6 626

8,9

5 034

1 592

24,0

Alb

6 787

8,3

4 951

1 836

27,1

C-B

5 775

11,8

3 978

1 797

31,1

Yn

9 979

12,6

7 994

1 985

19,9

TNO

10 686

9,0

8 838

1 849

17,3

Nun

13 152

20,9

12 204

947

7,2

Canada

5 988

11,2

4 200

1 787

29,9

      Source : ICIS, 2014, p. 47

 On voit rapidement que les provinces les plus pauvres ont une plus grande dépense par habitant.  Il est vrai qu’elles sont soit dans des conditions d’éloignement et de température extrême, soit assez peu peuplées, ce qui limite les possibilités d’économies d’échelle.  À ce niveau, nous retrouvons ce que nous savions déjà.  Mais, on peut constater que le Québec est une des régions canadiennes où la privatisation est la plus forte ce qui semble impliquer une dépense totale plus forte.

Mais la question qui nous intéresse maintenant tient à la proportion des dépenses de santé affectées aux personnes âgées.

 

Tableau 10

Évolution de la part des dépenses en santé des gouvernements provinciaux et territoriaux selon le groupe d’âge

Groupe d’âge

2000

2011

Moins de 1 an

2,9

2,9

1 à 64 ans

53,1

52,1

65 ans et plus

44,0

45,0

              Source: ICIS, 2014, p. 59

 

Cela devient de plus en plus évident que si on ne peut nier qu’il y ait un effet du vieillissement de la population sur les dépenses en santé, celui-ci se fait sentir très graduellement et d’une manière assez ténue.  

 

Tableau 11

Contribution du vieillissement à la croissance annuelle des dépenses de santé

 

Variation totale (%)

Variation due au vieillissement (%)

Hôpitaux

6,5

1,1

Médecins

7,5

0,6

Médicaments

7,6

1,1

Autres

5,5

2,2

           Source: ICIS, 2014, p. 60

Ce que cette avalanche de chiffres nous dit, c’est que le système de santé, au Québec, malgré la publicité négative continue qui lui est faite par les promoteurs de la privatisation, performe bien, comparé à l’ensemble des systèmes de santé dans le monde. 

La part du PIB qui est consacré à la santé demeure dans les limites reconnues comme normales dans nos sociétés et les résultats, selon les critères généralement utilisés pour juger les systèmes de santé, sont très bons.

Alors à quoi sert ce déversement de prévisions catastrophiques sinon à nous faire accepter des régimes d’austérité qui n’empêchent pas l’argent de couler vers la supposée aide aux entreprises dont les résultats sont plus que discutables, mais très peu discutés.

 

3. CONCLUSION

 
 

Ça fait maintenant au moins une vingtaine d’années qu’on nous prédit la catastrophe du système de santé due au vieillissement de la population.  Cette prédiction servait à justifier un désengagement de l’État dans le système de santé et la privatisation graduelle que nous connaissons.

 

Selon la CSQ

« En 2009, ce n’est que 3% des personnes âgées de 65 ans et plus qui sont hébergées en CHSLD…  Ce n’est qu’après l’âge de 85 ans que l’option de quitter son domicile prend plus d’ampleur. »

« Le vieillissement n’est pas la principale cause de la croissance des coûts dans le secteur de la santé. (…) …depuis 10 ans provient principalement de la croissance des dépenses de médicaments (11,6%), des immobilisations (8,7%) et de la rémunération des médecins (5,5%) »

« L’utilisation accrue des services de santé … en moyenne, chaque canadien a reçu plus de soins de santé en 2007 qu’en 1998, quel que soit son âge, aussi bien à 40 ans qu’à 65 ans et plus. »

« La grande majorité des personnes âgées d’aujourd’hui sont autonomes, en bonne santé, socialement actives et économiquement indépendantes. » Source: CSQ.ORG 

 

Ces conclusions, qui sont tirées d’une série d’études (dont en avions déjà cité quelques-unes ( 04 )), montrent bien à quel point le discours officiel fonctionne à la propagande et que cette propagande fonctionne puisque tout le monde le répète à tort et à travers.  Des journalistes aux humoristes, on répète ce que le sondage du Commonwealth Fund ( 05 ) a trouvé et il a trouvé ce que ceux qui ont le pouvoir veulent nous faire croire. 

Il n’y a donc aucune raison de paniquer, et les chiffres qui mesurent la performance (comme dirait Mme Robillard) montrent qu’au Québec, le ratio coût/bénéfice est excellent.

Source: Gaétan Breton: Comptable de formation, il est titulaire de nombreux diplômes dont un Baccalauréat en Administration des Affaires de l'École des hautes études commerciales de Montréal et un doctorat en comptabilité de la City University de Londres. Il est également diplômé de l'UQÀM (Baccalauréat en études littéraires) et de l'Université de Sherbrooke (Maîtrise en études françaises).

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 17 octobre 2015

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Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Le Manifeste des Lucides en format pdf et qu'est-ce que Les Lucides sur Wikipédia

 

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02

 

Une des cumulardes de pensions et sangsue des fonds de l'État: Lucienne Robillard

 

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03

 

 

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04

 

Privatisation du rôle de l'État: le Québec sur le Ro-Billard, par Gaétan Breton - Sur MétéoPolitique

 

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05

 

Le Commonwealth Fund:

Le Commonwealth Fund est une organisation américaine à but non lucratif, dont le mandat consiste à soutenir la prise de décision dans le domaine de la santé par la production de recherches comparatives sur les systèmes de santé.

Le sondage international auprès de la population de 18 ans et plus a été réalisé par Harris Interactive Inc. pour le compte du Commonwealth Fund1.  Plusieurs organisations dans divers pays ont participé à cette étude : Australian Commission on Safety and Quality in Heath Care; Ontario Health Quality Council, Conseil canadien de la santé; Commissaire à la santé et au bien-être; Haute Autorité de santé; Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés; German Institute for Quality and Efficiency in Health Care; Dutch Ministery of Health, Welfare and Sport; Scientific Institute for Quality of Healthcare, Radboud University Nijmergen; Norwegian Knowledge Centre for the Health Services; Health Foundation; Swedish Ministery of Health and Social Affairs; Swiss Federal Office of Public Health.  Pour sa part, le Commissaire à la santé et au bien être a financé un suréchantillonnage afin de pouvoir comparer le Québec avec les autres provinces canadiennes et les pays participants.  Source: Le Commissaire à la Santé et au Bien-être. 

 

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