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Attente aux urgences: Québec s'éloigne de son objectif

Globalement, la note pour l'ensemble des urgences du Québec a glissé de C+ à C- en 5 ans. Cette année, seulement 18 hôpitaux sont parvenus à améliorer leur performance.

La Presse
Québec - Canada
Publié le 27 mai 2010


 

Les patients n'ont jamais attendu aussi longtemps sur une civière au Québec. Ils séjournent en moyenne 30 minutes de plus dans les urgences que l'an dernier, soit 17h 36 min. C'est 2h12 min d'attente de plus qu'il y a 5 ans pour l'ensemble de la province. Une attente qui s'éloigne de plus en plus de la cible ministérielle de 12 heures.

Dans la région de Montréal, la situation est particulièrement préoccupante, avec une attente moyenne de 20h13 min. C'est toutefois à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, établissement marqué par la mort d'une femme qui avait passé quatre jours dans un couloir au cours de l'hiver, que l'attente sur les civières explose. Elle est maintenant de 34h6 min en moyenne. La situation n'est guère plus reluisante à Santa-Cabrini, autre établissement montréalais, où les patients passent en moyenne 33h36 min sur les civières.

Cité-de-la-Santé à Laval a aussi perdu du galon. Sa note passe de B+ à B-, pour une moyenne d'attente de 18h48 min sur les civières. Ce chiffre fait référence au temps de séjour aux urgences et représente la durée de l'épisode de soins. D'autre part, les hôpitaux Brome-Missisquoi Perkins, de Cowansville, et Saint-Eustache, arrivent au dernier rang du palmarès au même titre que le CHUM Notre-Dame, avec la note E+.

  Le palmarès en détails PDF 1 page

En principe et en tenant compte de moult critères aussi arbitraires les uns que les autres, un palmarès s’avère toujours être idiot

À défaut d'information pertinente du ministère de la Santé et des services sociaux, il faut à l'occasion tenter la démarche pour mieux comprendre le système

JosPublic

Globalement, la note pour l'ensemble des urgences de la province a glissé de C+ à C- en 5 ans. Cette année, 18 hôpitaux seulement sont parvenus à améliorer leur performance, dont 2 hôpitaux universitaires. Il s'agit du CHUQ Saint-François-d'Assise, à Québec, et de l'Hôtel-Dieu de Lévis, avec des notes respectives de D- et B+.

Des patients de plus en plus âgés

Les patients sont de plus en plus vieux, confirment aussi les données du gouvernement, avec une augmentation de 2,4% en un an de la clientèle de 75 ans et plus. Ils sont également de plus en plus malades. Et la lutte contre la pandémie de grippe A (H1N1) a porté un grand coup au réseau de la santé l'an dernier, indique le ministre de la Santé, le Dr Yves Bolduc.

Par ailleurs, grâce à la méthode Toyota (Lean Healthcare) appliquée au centre Cloutier-du-Rivage du CSSS Trois-Rivières depuis un an, la région de la Mauricie se démarque du reste de la province par ses bonnes notes cette année. À cet hôpital, le temps d'attente moyen est passé de 17h18 min à 5h19 min en un an. Une victoire pour le ministre Bolduc, qui compte étendre la méthode à l'ensemble du réseau de la santé.

Mais en attendant de ressentir vraiment les résultats des actions du gouvernement aux urgences, il faut sortir des grands centres pour espérer se faire soigner dans un délai se rapprochant de 12 heures.

À la lumière des données plus ou moins encourageantes selon les établissements de santé, la Dre Geneviève Bécotte, présidente de l'Association des médecins d'urgence du Québec, presse le gouvernement de nommer quelqu'un à la place du directeur national des urgences, le Dr Pierre Savard, qui a abruptement quitté son poste au cours de l'hiver dans la foulée de la crise dans les urgences de Montréal. Il est pour l'instant remplacé par intérim par le Dr Daniel Lefrançois.

«On a une absence de vision à long terme au gouvernement, déplore la Dre Bécotte. C'est frustrant. Les équipes sont épuisées dans les urgences et ça entraîne un important roulement de personnel. On voit qu'il faut du financement et des actions musclées, pas juste durant les crises comme celle que nous avons eue cet hiver et celle que nous allons fort probablement connaître de nouveau à l'été

Lise Denis, présidente de l'Association québécoise des établissements de santé et services sociaux (AQESSS), partage la même opinion au sujet du financement. Dans un contexte «difficile et fragile», elle tient à souligner que les hôpitaux font de grands efforts.

«Quand on regarde l'augmentation de la clientèle sur civière et l'augmentation des patients de 75 ans et plus, ça démontre qu'il faut travailler en amont, de même qu'en deuxième et troisième ligne. Il faut des médecins de famille qui contribueront à prévenir des maladies et des soins à domicile pour éviter les visites aux urgences. Il sera aussi important d'augmenter les ressources intermédiaires, notamment dans la création de centres de réadaptation», estime Mme Denis.

Deux nouveaux hôpitaux pour réduire l'attente
Le ministre de la Santé, le Dr Yves Bolduc, estime que les heures d'attente interminables dans les urgences seront bientôt révolues au Québec.

 Et afin de redresser la situation dans la région de Montréal, il confirme son intention de faire construire deux nouveaux hôpitaux, d'ici de cinq à sept ans. Le premier dans l'Est, qui aura pour effet de désengorger l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, et l'autre dans le secteur de Vaudreuil-Soulanges, où la clientèle explose.

«Le problème avec l'hôpital Maisonneuve-Rosemont de même qu'avec l'hôpital Notre-Dame, c'est qu'il nous manque un hôpital, soutient le ministre. Un agrandissement ne serait pas suffisant et serait trop coûteux. Quand on regarde la géographie de la région, on constate qu'il manque environ 300 lits dans l'est de Montréal, 225 lits pour la pointe ouest.»

Jean Charest et Yves Bolduc

L'augmentation du nombre de malades et le vieillissement de la population sont des facteurs qui, selon M. Bolduc, ont contribué à aggraver la situation dans les urgences de la province. À cela, il faut ajouter la grippe A (H1N1), dit-il. À ce chapitre, Yves Bolduc explique que les mesures pour diminuer les temps d'attente dans les urgences ont dû être détournées l'an dernier pour lutter contre la menace de pandémie.

Mais, insiste le ministre de la Santé, il n'y a «pas une détérioration du réseau. Il faut bien souligner qu'il n'y a pas eu de rupture de services dans nos urgences».

Séjours de 48 heures

Fort des mesures entreprises depuis janvier, M. Bolduc note une diminution de 15% au cours des 3 derniers mois, dans l'ensemble de la province, du nombre de patients qui passent plus de 48 heures sur une civière. Dans la région de Montréal, on parle d'une diminution de 32% comparativement à la même période l'an dernier, ajoute-t-il.

«J'avais demandé 3 ans l'an dernier pour réduire le nombre de séjours de plus de 48 heures et avec les dernières données, je suis à même de dire que l'objectif sera atteint cette année. Mais je ne veux pas crier victoire immédiatement. Il reste que la tendance est en train de s'inverser grâce à nos mesures. On a donc probablement atteint notre maximum l'an dernier», assure-t-il.

Le ministre Bolduc répète enfin que l'une de ses priorités est d'investir dans les soins de première ligne, en s'attaquant à la pénurie de main-d'oeuvre.

«Cette année, indique-t-il, le nombre de médecins qui va sortir des universités va augmenter parce qu'on a augmenté le nombre dans les facultés de 400 à 800. Ça prend 6 ans pour former un médecin et cette année, on va commencer à voir les résultats dans toutes les régions.»

Depuis cinq ans, le temps d'attente dans les urgences de la région de Montréal n'a cessé de croître, a révélé le palmarès des urgences publié hier dans La Presse. La durée moyenne de séjour a augmenté de 1,3 heure dans la métropole pour s'établir cette année à 20,3 heures.

L'hiver dernier, la situation catastrophique dans les salles d'urgences montréalaises a fait les manchettes.

La Presse avait notamment révélé que l'on y constatait chaque semaine des morts qui auraient pu être évitées. Certains médecins avaient accusé l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal de traîner les pieds.

Le président de l'Agence, David Levine, assure que ce n'est pas le cas: «La gestion des salles d'urgences est complexe, dit-il. On a essayé au fil des ans différents modèles d'amélioration, qui ont fonctionné, mais pendant une courte période. La difficulté, c'est de soutenir l'amélioration. Ça demande beaucoup d'efforts. Et si l'hôpital doit se concentrer sur autre chose, comme une pandémie ou une infection nosocomiale, les urgences débordent de nouveau.»

Depuis le mois de mars 2010, l'Agence de Montréal gère directement les 17 salles d'urgences de la métropole avec leur chef respectif. «Ça va bien. En avril 2009, il y avait en moyenne 74 séjours de 48 heures et plus aux urgences. Cette année, on parle de 41. C'est toute une amélioration», note M. Levine.

Il reconnaît toutefois que cela ne sera pas suffisant pour soulager les urgences de façon permanente. «Il faut continuer de développer les soins de première ligne. Nos 54 groupes de médecine familiale et cliniques-réseau n'ont pas le personnel suffisant actuellement pour répondre à la demande. Il faut renforcer ça», soutient M. Levine.

Maisonneuve-Rosemont en queue de peloton

Dans la région montréalaise, c'est à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont que la durée moyenne de séjour aux urgences (plus de 34 heures) est la plus longue. «Cela s'explique par la lourdeur des cas que nous recevons, explique le porte-parole de l'établissement, François Brochu. On a le plus haut taux d'hospitalisation au Québec. On dessert aussi un très grand bassin de population, soit plus de 500 000 personnes.» Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, affirme que des moyens sont actuellement mis en place pour remédier à la situation. «Là, ce qu'on fait, c'est qu'on déplace nos patients de longue durée dans d'autres établissements. On appelle ça le programme 68. Et on va utiliser ces espaces pour dégager des lits de courte durée. On est en train de le faire actuellement.»

Les urgences de Maisonneuve-Rosemont seront aussi rénovées.

Dans la région de Lanaudière, la durée moyenne de séjour aux urgences est passée de 17,8 à 26,6 heures en cinq ans. L'adjointe du directeur régional des affaires médicales à l'Agence de la santé et des services sociaux de Lanaudière, Jocelyne Cherry, explique cela par un facteur démographique: «Chez les 65 ans et plus, la population a augmenté de 25% comparativement à 13% pour le reste du Québec», note-t-elle.

Le ministre Bolduc reconnaît que le vieillissement de la population a des conséquences majeures sur la fréquentation des urgences. Selon lui, il faut que le réseau de la santé améliore ses activités en tenant compte de l'augmentation du nombre de patients de 75 ans et plus. «Pour les personnes âgées, par exemple, il faut améliorer les soins à domicile. On a annoncé un plan pour la région de Montréal, notamment à Repentigny, dans le sud de Lanaudière, une stratégie pour augmenter le nombre de ressources intermédiaires.» -