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Golfe du Mexique - Marée noire
Le pétrole poursuit inexorablement sa contamination
de la chaîne alimentaire de la vie
Interloqués, plusieurs découvrent que l'ancien président Bush avait fait adopter un
plafond fixé à 75 millions de dollars pour certains dommages

Sources

Sous-titres
(1 mai au 5 mai 2010)

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Propos par JosPublic
pour MétéoPolitique.com
En ligne le 5 mai 2010  

Impact économique

Impact environnemental

Impact politique

Impact sociologique

Opération sécuritaire

Outil technologique

Perspectives d'avenir

Conclusion temporaire

Références

 

Le PDG de BP, Tony Hayward, a déclaré à des médias états-uniens que la pétrolière a cessé d'embaucher des pêcheurs pour les opérations de nettoyage en échange d'une promesse de ne pas poursuivre la compagnie. Il dit que les premiers contrats utilisés par la firme étaient des contrats réguliers. Les utiliser dans le contexte actuel était un « faux pas », admet-il.

Intervenants personnes

Allen, Thad - amiral chargé de coordonner les opérations

Blackwell, Brandon - responsable des garde-côtes USA

Buovolo, Emmanuel - chargé de la campagne Océans chez Greenpeace

Crist, Charlie - gouverneur de la Floride

Dosemagen, Shannon - responsable du Louisiana Bucket Brigade

Howard, Dick - professeur à l'Université de New York USA

Jindal, Bobby -  gouverneur républicain de la Louisiane

Markey, Edward - président démocrate d'une sous-commission sur l'Environnement à la Chambre des représentants

Napolitano, Janet , ministre de la Sécurité intérieure,

Nelson, Bill - sénateur de la Floride USA

Obama, Barak - président des USA

Salazar, Ken - secrétaire états-unien de l'Intérieur

Schwarzenegger, Arnold - gouverneur de la Californie USA

Smith, Dony - pêcheur

Stupak, Bart - président de la commission de Surpervision et d'Enquête de la Chambre

Suttle, Doug - chef des opérations de BP

Symons, Jeremy - le vice-président de la fédération nationale de la vie sauvage

Impact économique

Par un communiqué de presse, la compagnie pétrolière britannique BP annonce qu'elle paiera tous les frais relatifs au nettoyage des dégâts provoqués par la marée noire dans le golfe du Mexique.

Par ailleurs, BP s'engage « à payer toutes les demandes d'indemnisations légitimes et objectivement vérifiables pour des pertes et dommages liés à la marée noire », en citant notamment les dommages aux biens, les atteintes aux personnes et les pertes commerciales.

Selon l'agence d'évaluation financière Fitch Ratings, le nettoyage de la marée noire dans le golfe du Mexique pourrait coûter de deux à trois milliards de dollars

BP responsable

Défendant son administration critiquée pour la lenteur de sa réaction, le président Barak Obama a incriminé en revanche la compagnie BP, qui exploitait la plate-forme Deepwater Horizon, à environ 70 km des côtes. Que les choses soient bien claires : BP est responsable de cette fuite. BP paiera.— Barack Obama

Pêche interdite

Les autorités ont imposé une interdiction de pêche de dix jours dans la zone affectée par la marée noire. La zone concernée se situe « essentiellement entre les eaux de l'État de Louisiane, à l'embouchure du fleuve Mississippi, et celles de la baie de Pensacola en Floride. » La Louisiane représente environ un tiers de la production ostréicole du pays et les eaux du golfe du Mexique sont riches en poissons, crevettes et crabes.

Quelles conséquences pour BP?

Une dizaine de plaintes ont déjà été déposées contre BP et des entreprises responsables de la plate-forme pétrolière par la conjointe d'un membre d'équipage disparu, des professionnels de la mer, du tourisme et de l’immobilier, pour «négligence» et «pollution».

Quelles conséquences pour les pêcheurs?

Les pêcheurs de Louisiane tentent de sauver leur marais

Ils sont environ 200. Les pêcheurs de Saint-Bernard ont décidé d’unir leurs forces pour tenter de protéger leur marais. Ils entassent des barrages flottants - sortes de gros boudins de plastique orange - et partent les installer à l’entrée du bayou, malgré les conditions météo parfois difficiles. Ils bouchent les criques, les ouvertures du marais, pour éviter que l’immense nappe de pétrole ne s’y engouffre.

"On doit tout faire pour sauver les marais" explique Dony Smith, l’un des pêcheurs. "La pêche, c’est mon gagne-pain."

Une fois que le pétrole sera entré dans le marais, il n’y aura plus rien à faire. Ici, pas de rochers, pas de plages, juste une immensité verte emplie de roseaux. Il sera impossible donc de nettoyer la zone si elle est souillée. "Quand le pétrole sera là, le marais va l’étouffer" raconte Jeremy Symons, le vice-président de la fédération nationale de la vie sauvage, une association très influente. "La nature va être affectée pendant des années".

L'entrée du marais de Biloxi
dans le comté de Saint-Bernard tout au sud de la Louisiane à l'est du delta du Mississipi

 

Embauchés par BP, les pêcheurs de la région posent des barrages flottants
pour tenter de contenir la nappe de pétrole

L'indemnisation des victimes pourrait prendre de cinq à dix ans

"Le recours aux assureurs extérieurs n'est pas considéré comme économiquement rentable pour une société comme la nôtre. C'est pourquoi nous prenons nous-mêmes en charge les pertes opérationnelles" : fidèle à ce précepte publié dans son rapport annuel, exercice après exercice, le géant pétrolier britannique BP s'est engagé à indemniser les victimes 'légitimes' de la marée noire.

Comme bon nombre de multinationales, BP a créé sa propre société d'assurance, une 'captive' dans le jargon, pour couvrir ses risques. Reste que les responsabilités de la major dans l'explosion et le naufrage de la plate-forme Deepwater Horizon s'entremêlent avec celles d'autres entreprises de services.

Qui plus est, la plate-forme concernée était louée à Transocean, une compagnie suisse de forage basée à Houston, dont les équipes étaient chargées de la production et de la sécurité de la plate-forme, évaluée à 560 millions de dollars (421 millions d'euros). L'assurance contractée par Transocean doit couvrir non seulement le coût de remplacement du site d'exploitation, mais aussi la récupération et la destruction de l'épave.

DE 3 À 12,5 MILLIARDS DE DOLLARS

Trois sociétés parapétrolières états-uniennes pourraient également voir leur responsabilité engagée. Cameron International et Hydroil, une filiale de GE Oil, ont fourni les obturateurs anti-éruption destinés à protéger les équipements contre l'énorme pression en haute profondeur.

Par ailleurs, Halliburton a cimenté les appareils de sondage. Mais l'entreprise a estimé qu'il était 'prématuré et irresponsable' de spéculer à ce stade sur les causes de la catastrophe.

En général, les risques de la production pétrolière en mer comme à terre font l'objet d'une réassurance auprès des professionnels londoniens du département énergie de la Lloyds, première Bourse mondiale d'assurance. L'un de ses porte-parole indiquait, dimanche 2 mai, qu'il était trop tôt pour mesurer l'impact financier de la marée noire sur la compagnie

British Petroleum pourrait éviter certains des coûts engendrés par la marée noire. Une loi adoptée dans la foulée de la catastrophe pétrolière de l'Exxon Valdez, au large de l'Alaska, en 1989, prévoit que l'entreprise est responsable des coûts de nettoyage. Mais un plafond a été fixé à 75 millions de dollars pour les autres types de dommages. Des sénateurs démocrates proposent de faire passer ce plafond à 10 milliards de dollars, mais la loi ne s'appliquerait pas de façon rétroactive;

Le titre de BP dégringole

À la bourse de Londres, mardi, l'action de la pétrolière reculait de 17 %. BP estime que les opérations en cours dans le golfe du Mexique lui coûtent 6 millions de dollars par jour. Des analystes croient que la facture à terme dépassera le milliard de dollars. BP a déclaré un profit de 14 milliards de dollars en 2009.

Justifications et possibles poursuites

Des responsables de BP ont aussi annoncé le déblocage de 25 millions de dollars pour chacun des quatre États menacés pour lancer des opérations de nettoyage et de soutien. Néanmoins, le gouverneur de la Floride, Charlie Crist, a annoncé à la presse que son État se réservait le droit de poursuivre en justice BP pour les dégâts occasionnés au littoral par la nappe.

Tony Hayward, le directeur général de BP, et Lamar McKay, responsable de BP America, ont rencontré de hauts responsables de l'administration Obama, dont les secrétaires à l'Intérieur, à l'Énergie, à la Sécurité intérieure et le directeur de l'Agence de protection environnementale.
 

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Le président états-unien, Barack Obama, qui s'est rendu sur les lieux, a indiqué que la marée noire pourrait constituer un désastre sans précédent pour l'environnement.

Depuis l'accident, le 22 avril 2010, les autorités estiment que près de 800 000 litres fuient quotidiennement dans les eaux au large de la Louisiane.

La nappe de pétrole devrait atteindre sous peu les zones humides proches de Venice, en Louisiane. (photo)

La superficie de la nappe de pétrole est estimée à 10 000 kilomètres carrés.

Et la marée noire continue de s'étendre, malgré les moyens exceptionnels mis en place pour l'endiguer.

«Ce ne sont pas des sites propres»

Malgré la présence de pollution, des pêcheurs soutiennent que l'industrie pétrolière ne nuisait pas à leur travail? «Sans pétrole, il n'y aurait pas grand-chose. Pour aller en mer, il nous faut bien de l'essence», note un pêcheur. «Trois jours avant que le puits n'explose, juste au-dessous, j'ai pêché 7 magnifiques thons», raconte même un autre.

«Les plate-formes ne sont pas si mauvaises, elles créent un habitat pour les poissons», ose même le pêcheur. «C'est vrai», reconnaît Emmanuel Buovolo, chargé de la campagne Océans chez Greenpeace. Mais selon lui, «ce ne sont pas des sites propres» à conseiller aux pêcheurs, citant des fuites fréquentes sur ce type d'installations.

Menace sur l'écosystème


«En mer du Nord, on a chiffré les fuites d'hydrocarbures à 8 500 tonnes par an», a expliqué Emmanuel Buovolo.

 D'ailleurs l'idylle entre pêcheurs et pétroliers pourrait bien prendre fin. «Certains n'osent peut-être pas se plaindre pour être embauchés par BP par la suite», avance le chargé de campagne.

De fait, certains d'entre eux participent déjà au nettoyage et BP leur fait signer des documents quant aux futures poursuites, auxquelles ils doivent y renoncer.

Mais la marée noire pourrait avoir des effets désastreux sur la faune aquatique locale. «L'écosystème est complexe dans cette zone, prévient Emmanuel Buovolo. Et de nombreuses espèces y font leur migration, viennent se reproduire ou y pondre.» Et le pétrole, en les engluant, limitant leurs mouvements indispensables à leur oxygénation, voire en bouchant leurs ouïes, les menace.

Du pétrole dans les assiettes

«Sans parler des conséquences indirectes», complète le militant. Certains composants des hydrocarbures ont en effet, selon lui, des effets sur les systèmes reproducteurs et immunitaires des cétacés. Et s'ils ne tuent pas les poissons, le pétrole ou les produits chimiques employés pour disperser la nappe pourraient finir dans les assiettes.

«Ces produits se fixent sur le zooplancton, mangé par les poissons ou les crevettes», annonce Emmanuel Buovolo. Suffisant pour se retrouver dans la chaîne alimentaire? «Sans doute, à l'image de ce qu'on a connu pour le PCB quand il a contaminé le Rhône ou la Seine.» De quoi modérer l'indulgence des pêcheurs à l'égard des groupes pétroliers.

Quels risques écologiques pour les côtes américaines?

L’embouchure du Mississippi a été touchée par la marée noire. Celle-ci pourrait provoquer une catastrophe écologique majeure en raison des particularités de la région, qui concentre 40% des marais côtiers américains, des dizaines de réserves de faune sauvage et un secteur de la pêche florissant.

Toute fuite de pétrole en mer est destructrice, mais la géographie du delta du Mississippi, son écosystème fragile (poissons, crustacés, oiseaux maritimes et mammifères marins) et difficile d’accès, en font une région particulièrement vulnérable, estiment les experts.

« Ce pourrait être aussi un désastre écologique »

Les pêcheurs sont en colère. Et sur le bateau de l’un d’eux, la tournée des lieux avec le Captain Chris démontre que les marécages, la faune et la flore sont d’une richesse unique, et des millions de crevettes qui échappent aux filets des pêcheurs représentent aussi des millions de dollars noyés. « C’est un désastre économique, explique le capitaine. Toute la région dépend de la pêche. Mais ce pourrait être aussi un désastre écologique, si la nappe touchait cette zone si fragile. Le pétrole stagnerait et ici, c’est impraticable à pieds, donc impossible à nettoyer et ce seraient toutes les espèces animales qui seraient menacées. »

Plus de 600 espèces animales, en particulier le pélican brun et une tortue des mers déjà en danger - la tortue Kemp - sont menacées par la nappe de pétrole, selon des experts. Une tortue a été aperçue mardi engluée dans une plaque de pétrole à quelque 24 km des côtes par des membres de l'association National Wildlife Foundation.

 

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Que s’est-il passé?

C’est une pièce défectueuse qui a provoqué l’explosion et l’incendie le 20 avril 2010 de la plate-forme pétrolière «Deep Water Horizon», deux jours plus tard, l’édifice, qui contenait 2,6 millions de litres de pétrole et extrayait 8 000 barils de pétrole par jour, a coulé dans les fonds marins du Golfe du Mexique. Des fuites ont été détectées à 1,5 km de profondeur, libérant près de 5 000 barils de pétrole par jour, soit environ 800 000 litres, et provoquant une nappe de pétrole de 9 000 km².

Quelles sont les solutions envisagées pour colmater les fuites?

Plusieurs techniques ont été utilisées ou sont encore en cours d’utilisation depuis une semaine pour boucher les fuites ou empêcher la marée noire d’atteindre les côtes de Louisiane, sans succès: des robots sous-marins, des bateaux (3,8 millions de litres de pétrole récupérés), des barrages flottants, l’incendie de la nappe de pétrole, l’injection de produits chimiques pour disperser la fuite ou encore le détournement des eaux du Mississippi pour repousser la marée noire.

A plus long terme, la construction d’un gigantesque couvercle sous-marin destiné à contenir la fuite du puits de pétrole est en cours (photo ci-haut). BP a entamé également le forage de puits de secours pour faire diminuer la pression du conduit principal et y injecter un enduit spécial pour le boucher définitivement (30 à 90 jours de délai). Mais le temps presse. Si la tête de puits lâche, la fuite «pourrait dépasser les 16 millions de litres par jour», a averti l'amiral Thad Allen, chargé de coordonner les opérations.

En attendant un couvercle

Des travailleurs mettent la touche finale à la boîte en acier dans laquel se trouve le couvercle de confinement, à Port Fourchon, en Louisiane. En attendant British Petroleum tente toujours de contenir la nappe de pétrole qui menace les écosystèmes et les industries de la pêche et du tourisme des États côtiers du golfe du Mexique, soit la Louisiane, le Mississippi, l'Alabama et la Floride.

La marée noire, qui grossit à raison de 800 000 litres par jour depuis le 20 avril dernier, s'étend maintenant sur plus de 23 000 kilomètres carrés, ce qui équivaut à 50 fois la superficie de l'île de Montréal.

BP a amené sur les lieux de la fuite un «couvercle» de confinement, une boîte en acier de 98 tonnes et de 12 mètres, et les équipements nécessaires à son installation.

En théorie, les couvercles devraient permettre de récupérer 85 % du pétrole qui s'échappe du forage endommagé, mais BP n'a jamais installé une telle structure à une profondeur de 5 000 pieds et ne peut fournir l'assurance que l'opération va réussir.

BP «a réussi à boucher l'une des trois fuites (...) et nous travaillons désormais sur deux fuites», a dit un responsable des garde-côtes états-uniens, Brandon Blackwell.

L'affaire est loin d'être dans le sac. Un tel dispositif a déjà été utilisé avec succès ailleurs dans le monde, mais jamais à une telle profondeur. Si l'opération réussit, elle devra par ailleurs être répétée deux fois pour les deux autres fuites.

Entre-temps, quelque 2 500 répondants à bord d'environ 200 bateaux continuent de déployer des barrages flottants pour protéger les berges menacées. Quelque 90 kilomètres de barrages sont déjà à l'eau, mais les secouristes espèrent en déployer trois fois plus.

Entonnoir

Fonctionnant comme une sorte d'entonnoir, la structure doit permettre de pomper le brut vers un navire situé à la surface. Une telle opération, qui ne pourra pas débuter avant le week-end, n'a jamais été tentée à une telle profondeur.

BP a par ailleurs commencé à creuser un puits de secours afin de boucher le conduit d'origine et détourner définitivement le pétrole vers une autre plate-forme.

Par ailleurs, des équipes ont testé une nouvelle technique qui consiste à injecter du dispersant dans le pétrole dès qu'il se répand dans l'eau, avant même qu'il ne rejoigne la surface, «avec des résultats encourageants», selon l'administration états-unienne.

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Le président des États-Unis M. Barak Obama sur place pour calmer le jeu

Impact politique

L’étendue de la marée noire a mis le gouvernement Obama sur la défensive. Le président s’est rendu hier à Venice pour se rendre compte de la situation et tenter de rassurer la population. A son arrivée, Barack Obama est immédiatement allé à la rencontre des équipes qui tentent de freiner l’avancée de la marée noire.

L’étendue de la catastrophe écologique, provoquée par l’explosion de la plate-forme pétrolière appartenant à Transocean le 20 avril dernier, a mis le président dans une position délicate. A Venice, rares sont ses supporters. «Vous ne trouverez pas beaucoup de monde qui le soutient ici», prévient un marin de la région. A La Nouvelle-Orléans, bastion pro-Obama, la réaction de la Maison-Blanche est aussi critiquée. «L’administration Obama a été aussi lente que l’administration Bush au moment de Katrina», juge Leon Burke, un Afro-Américain de 54 ans.Un couvercle sous-marin

L’entourage de Barack Obama a défilé hier sur les chaînes de télévision américaines pour défendre la réponse du gouvernement à la catastrophe. Janet Napolitano, ministre de la Sécurité intérieure, a affirmé que la Maison-Blanche avait toujours considéré la disparition de la plate-forme pétrolière comme un désastre potentiel.

Défi présidentiel

Cette catastrophe écologique s'est transformée en un nouveau défi pour le président des États-Unis, Barack Obama, qui pourrait être contraint de revoir ses projets d'assouplissement du moratoire sur les forages marins. «La proposition du président d'autoriser de nouveaux forages en mer est morte», a affirmé le sénateur démocrate de la Floride, Bill Nelson, en s'engageant à s'y opposer. De son côté, le chef de la majorité démocrate, Harry Reid, est resté prudent sur la question en affirmant un peu plus tard: «Nous allons tous prendre du recul par rapport aux forages en mer jusqu'à ce que nous trouvions un meilleur moyen de gérer cela.»

Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, a annoncé qu'il retirait son soutien à une extension des forages au large de l'État. Cette volte-face survient alors que le gouverneur s'était prononcé pour de nouveaux forages destinés à faire entrer de l'argent dans les caisses de l'État, dont le budget présente un déficit de 20 milliards de dollars.

La Maison-Blanche s'efforce de rejeter toute analogie entre l'effroyable ouragan qui avait dévasté la Nouvelle-Orléans (Louisiane, sud) en 2005 et la gigantesque nappe de pétrole qui progresse aujourd'hui vers les côtes de la même région.

Mais la réponse totalement inadaptée du président Bush face à Katrina à l'époque fournit un point de comparaison irrésistible pour les médias américains, et les autorités du pays ont clairement tiré les leçons de ce véritable fiasco en termes de communication.

Politiquement, M. Obama doit absolument montrer que son équipe maîtrise la situation et agit avec fermeté pour limiter les dégâts.

En premier lieu, il incombe à son administration de superviser les opérations pour récupérer le pétrole qui s'échappe du puits au fond de la mer afin d'atténuer ce que le président a présenté comme une tragédie environnementale «potentiellement sans précédent».

Le président a répété à l'envi que le groupe pétrolier britannique BP qui exploitait la plate-forme était responsable de la catastrophe et devrait en payer les conséquences.

Mais ce coupable bien identifié, montré du doigt avec une légère touche de chauvinisme, permet aussi de focaliser l'attention du public ailleurs que sur son administration.

La visite du président sur place semblait aussi destinée à montrer une réponse unifiée de l'administration avec une collaboration sans heurts entre BP, les autorités locales, l'armée et les garde-côtes. M. Obama a même été vu donnant l'accolade au gouverneur républicain de Louisiane Bobby Jindal.

Après le passage de Katrina, qui avait fait près de 1 500 morts, la débâcle avait été amplifiée par un manque évident de communication entre Washington et les autorités locales.

M. Obama a lui-même un jour qualifié l'attitude de l'administration Bush à l'époque comme le signe d'une «incompétence exorbitante», des propos qui seront désormais examinés à l'aune de sa propre gestion de la marée noire.

Sa visite sur place était aussi cruciale symboliquement. Il aurait tout aussi bien pu être informé de la situation depuis Washington, mais a choisi de faire poser son avion à La Nouvelle-Orléans.

À l'époque de Katrina, le président Bush avait décidé de survoler la Louisiane sans se poser. Une photo le montrant en train de contempler la zone dévastée à travers le hublot d'Air Force One était devenue le symbole d'une administration déconnectée de la réalité.

Malgré les efforts de l'administration Obama pour se démarquer de Katrina, certaines voix se sont déjà fait entendre pour dénoncer la lenteur de la réaction de la Maison-Blanche après l'explosion de la plate-forme le 20 avril.

«Le président a demandé dès le début à ses équipes de faire tout ce qui est humainement possible avec autant d'énergie que possible pour faire face à cette situation d'urgence», s'est défendu dimanche le porte-parole de la Maison-Blanche Robert Gibbs.

La Maison-Blanche s'attèle aussi à éviter que le récit de la marée noire ne suive sa propre course dans la presse, l'administration inondant quotidiennement les journalistes avec des mises à jour sur l'état des opérations.

Jusqu'ici, l'administration semble avoir réussi à ne pas se faire éclabousser par la marée noire. Mais si les efforts mis en oeuvre pour stopper la fuite devaient échouer, le risque politique augmenterait avec chaque goutte de pétrole supplémentaire.
 

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Impact sociologique

Louisiane: L'étrange indulgence des pêcheurs avec les groupes pétroliers

Les conséquences de la marée noire sur leur activité et sur l'écosystème sont pourtant dramatiques...

«Cette marée noire, ça n'empêche pas qu'on a profité de l'industrie pétrolière.» Ce pêcheur de Louisiane, résume le dilemme qui le frappe, lui et ses collègues. La saison de la pêche vient de débuter, et a été suspendue sine die. Mais dans la région, pas si simple de s'attaquer au tout-puissant BP.

Car en Louisiane, les groupes pétroliers sont le principal employeur. Et les familles des pêcheurs travaillent pour cette industrie puissante, quand ils ne le font pas eux-mêmes. «L'hiver, beaucoup de pêcheurs travaillent pour le pétrole», raconte ainsi un local sur France Inter.

Sur place, les pêcheurs, ostréiculteurs et éleveurs de crevettes sont désemparés. Ils doivent faire face à la pollution des côtes. « C’est un grand désastre, explique Jude, qui produit de la crevette depuis 28 ans et s'inquiète d'une aide « très désorganisée » selon lui : Je me sens en colère, triste… Ça va nous coûter environ 2 000 dollars par jour. »

Pour autant, les habitants ne montrent pas de colère particulière à l’égard de la compagnie pétrolière BP. "Les accidents, ça arrive" relativise Kuzma Tesvich, un ostréiculteur, qui pense que l’économie du pays a besoin des plateformes pétrolières du golfe du Mexique. "Et puis, la Louisiane a déjà connu des ouragans, des tornades... On va survivre à cela".

« Comme pour Katrina, nous survivrons !

Tous ceux qui vivent de la mer craignent en effet les jours qui viennent. Ils fournissent 40% de la production états-unienne. Ray est pêcheur à Venice en Louisiane et il s'est vu proposé, comme tous ses confrères, de partir en mer pour aider BP à contenir la nappe. Certes, c'est une sacrée ironie de la situation que de travailler pour celui par qui ses ennuis arrivent, mais « nous devons nettoyer et repartir au travail, ajoute-t-il, triste. On ne sait pas comment ça va se finir, mais on va tous travailler ensemble. » Évoquant l’ouragan Katrina, il conclut : « nous y avons survécu, alors nous survivrons à cette crise, aussi ! »

Ronny Kennair a l’habitude de voir le soleil se lever au-dessus de la brume chaude du Mississippi.

Éleveur d’huîtres, installé près de Venice, en Louisiane, cet États-unien de 48 ans, au lourd accent du Sud, se lève avant l’aurore depuis trente-cinq ans. Mais hier, à 7 heures, il n’est pas allé vérifier ses casiers à coquillages. Casquette vissée sur la tête, il est allé déposer au bureau de la BP Oil, la compagnie pétrolière responsable de la gigantesque marée noire, sa candidature pour nettoyer la future pollution. Comme 400 autres pêcheurs de la région, qui seront rémunérés pour ce travail en fonction de la taille de leur bateau. « Moi, ce sera 2 000 $ les douze heures (1 500 €), et on sera trois sur le bateau, détaille Ronny, en scrutant son contrat. Mais ce n’est pas pour ça que les gens veulent participer. Ce que nous souhaitons, c’est retrouver notre activité le plus vite possible. Nous sommes les plus gros producteurs d’huîtres du monde ! » Depuis vendredi, son bateau, le « Galeb », n’a pas quitté le port situé à quelques miles de l’embouchure du Mississippi. Il ne bougera plus dans l’immédiat, les autorités ayant décrété une interdiction de pêche pour dix jours. « La plupart de mes cages se trouvent dans les eaux fermées à la pêche. Et je ne peux atteindre les autres à cause du vent. » Alors, pour ne pas se laisser envahir par la colère, Ronny nettoie son navire.

Sur le bateau voisin, un homme et son fils s’agitent. Ils peignent, nettoient… « au cas où la pêche ne soit pas interdite partout demain, lâche Bozidare, 62 ans, ostréiculteur lui aussi. Mais je suis pessimiste sur la pollution. Ici, la pêche est condamnée pour longtemps. » Son visage buriné par les années passées sous l’étouffant soleil du Sud se tourne vers son fils. « Il est en train de prendre ma succession. Mais je crois qu’il ne va plus rien lui rester… » Celui qui avait promis de ne pas s’énerver car « ce serait mauvais pour ma santé », élève subitement la voix.  « Je vais me porter volontaire pour nettoyer la pollution, mais franchement, est-ce vraiment à nous de nettoyer cette fichue nappe ? A quoi sert l’armée états-unienne ? »

Une voiture rutilante arrive dans le petit port écrasé d’une lumière laiteuse. Derrière la vitre qui se baisse et laisse s’échapper l’air frais de la climatisation, le visage de celui que les pêcheurs appellent « le plus grand propriétaire d’huîtres de la région » apparaît. Lui a décidé de ne pas participer au nettoyage. « Je vais d’abord récolter tout ce que je peux, confie-t-il. La moitié de mes parcs se trouvent dans la zone encore non polluée. Je ne récupérerai jamais tout, mais je vais faire du mieux possible. »

Eric Tiser sait que la marée noire est en train de l’étrangler. Lentement, mais sûrement. Le pêcheur de 47 ans qui a vécu toute sa vie à Venice, une petite ville à l’extrémité sud-est de la Louisiane dans le golfe du Mexique, lance un petit tas de terre en l’air. «Tu vois, le vent souffle vers nous», dit-il en montrant la terre qui est retombée à quelques centimètres de lui. «Le pétrole arrive. Il est déjà dans les marécages. Cette marée noire va nous affamer. C’est effrayant.»

Le bout de nez arraché du pêcheur témoigne de la violence de la vie dans cette localité à deux heures de voiture de La Nouvelle-Orléans, où s’est rendu hier Barack Obama. En temps normal, la population a deux options: la pêche ou le pétrole. Venice a sa rue Halliburton et la région accueille les raffineries des principales compagnies pétrolières. L’accident, survenu le 20 avril dernier sur la plate-forme appartenant à la société suisse Transocean et exploitée par BP, ne laisse cependant plus le choix aux pêcheurs. La survie passe par la marée noire. «Je n’ai plus de revenus», glisse Dustin Paz, 26 ans.

«J’ai quatre enfants, une femme, une hypothèque à payer. Alors si on me garantit un travail à plein temps à 10 ou 12 dollars de l’heure pour nettoyer le pétrole, je prends

«C’était Ground Zero ici»

La situation est d’autant plus dramatique que la région se relevait à peine du passage dévastateur de Katrina en 2005. «Katrina nous avait déjà bien foutus dans la merde», dit Eric Teiser en soupirant. «C’était Ground Zero ici. Katrina nous a volé nos bateaux, nos maisons. Ça nous a tout pris. Et maintenant nous avons la marée noire.»

Les forts vents et le mauvais temps à Venice ont paralysé ce week-end les efforts pour tenter de stopper la marée noire et ont renforcé ce sentiment de déjà-vu.

Alors que la nappe de pétrole poursuit son inéluctable avancée dans les marécages à l’embouchure du Mississippi, des centaines de personnes se pressent en ce dimanche devant les portes de l’école de Venice pour tenter d’obtenir l’une des places convoitées aux cours de sécurité dispensés par des employés de BP.

Cette classe d’une heure et demie est un passage obligé pour quiconque souhaite participer aux travaux de nettoyage. Dans la foule, David Hardy résume les sentiments mitigés qui animent les pêcheurs de crevettes. «Il faut faire face, dit-il. L’impact sur l’environnement est terrible, mais je reste convaincu qu’il faut continuer à forer. Nous n’avons pas le choix, car sinon le prix de l’essence augmentera et rendra la pêche invivable.»

Une chance aux chômeurs

Face à l’afflux de personnes qui semble intarissable, deux agents de police finissent par fermer les portes de l’école, provoquant la colère de nombreux pêcheurs. David Hardy fait partie des recalés, mais il annonce son intention de revenir pour tenter d’obtenir le précieux certificat. «Je me fiche de ce qu’ils me donnent comme travail, lâche-t-il. Tant que ça paie cash.» A l’intérieur de la salle de sport de l’école transformée en salle de classe, un employé de la compagnie pétrolière britannique lance sous les applaudissements des personnes réunies: «Nous avons besoin de votre connaissance de la région, de vos bateaux et de vos équipages.»

A plus de 100 kilomètres au nord de Venice, la marée noire qui menace les côtes proches de La Nouvelle-Orléans offre paradoxalement une chance aux chômeurs de la ville. Plusieurs centaines de personnes se sont enregistrées auprès d’une organisation pour tenter de décrocher un emploi lié au nettoyage du pétrole. «Tout le monde cherche un boulot», glisse Wilburn Poole, un Afro-Américain de 37 ans. «Avant, je travaillais dans une boulangerie, mais elle a fermé et je suis au chômage depuis quatre mois.» Les personnes qui font la queue en face d’un grand bâtiment, à l’abandon depuis Katrina, n’ont aucune expérience du pétrole. Mais ils rêvent des 12 dollars de l’heure qui sont proposés. «Il n’y a rien à faire ici, conclut Wilburn Poole. Et comme il n’y a rien à faire, il y a de la criminalité. Depuis Katrina, on nous a oubliés.»

Trey Pique, jeune pêcheur de Venice, est sorti en haute mer sur son bateau. Il est revenu au port quelques heures plus tard.

Il a déposé sur le quai une bouteille de plastique qui contenait de l'eau. L'eau était aussi noire et opaque que de la boue.

«La marée noire est à 20 km», a-t-il dit.

Sur le quai, les vieux pêcheurs regardaient la bouteille, premier signe tangible de la marée noire, invisible de la côt
e.

«Je n'ai jamais vu une catastrophe semblable», a laissé tomber Peter Young, 65 ans, qui a passé sa vie dans la région.

La marée noire de 200 km de long sur 110 km de large a jusqu'ici épargné la côte américaine. Hier, le chef de l'exploitation de BP, Doug Suttles, a dit que le déversement devrait rester au large au moins durant les trois prochains jours, selon les prévisions. La nappe de pétrole prend de l'expansion au rythme de 800 000 litres de pétrole par jour.

Au large de Venice, des travailleurs postés sur une barge s'affairaient à dérouler des centaines de mètres de manchons destinés à stopper l'avancée de la marée noire. Leur progression était lente.

«Nous travaillons jour et nuit, a lancé un travailleur qui a simplement dit s'appeler Jeff. Si on pouvait protéger les marécages, ce serait une victoire pour nous.»

Les résidants de la Louisiane, du Mississippi, de l'Alabama et de la Floride suivent la progression de la marée noire de jour en jour, impuissants devant l'ampleur du déversement.

«C'est comme un jeu de roulette où personne ne veut être le gagnant», a expliqué Dave Cutler, pilote qui organise des sorties en bateau pour les pêcheurs amateurs. Plusieurs de ses clients ont appelé pour annuler leur séjour, même si la marée noire n'a pas encore touché les bayous riches en poissons du sud de la Louisiane.

«Les gens regardent les nouvelles à la télé et ils ont peur. Je les comprends. Ici, nous attendons de voir la suite. Si le pétrole touche les bayous, c'est la fin de la pêche dans la région pour un bon bout de temps», a-t-il dit.

Groupe de citoyens

Afin de tenter de donner une image plus claire du désastre, le groupe citoyen Louisiana Bucket Brigade recueille des informations envoyées par le public et les affiche sur un site web.

«Les gens nous envoient des photos, des messages textes, même des messages sur Twitter, explique Shannon Dosemagen, responsable du projet. Le public nous aide à monter une carte des répercussions de la marée noire
 

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Opération sécuritaire

BP n'était pas préparé au pire, dit un élu démocrate

Le groupe pétrolier BP, qui exploitait la plate-forme ayant provoqué une marée noire dans le Golfe du Mexique, n'était pas préparé au pire, a déclaré mardi à la presse Edward Markey, président démocrate d'une sous-commission sur l'Environnement à la Chambre des représentants.

«Je crois qu'il est plutôt clair qu'il n'y avait pas de préparation au pire scénario», a dit M. Markey après avoir reçu un compte-rendu de la situation mardi après-midi de la part de responsables de BP, de Transocean (propriétaire de la plateforme), et de Halliburton, sous-traitant sur la plate-forme.

M. Markey a précisé que les responsables lui avaient dit qu'il n'y avait pas de garantie de succès dans les opérations de lutte contre la marée noire.

A l'issue de la rencontre, l'élu a précisé que les responsables de BP n'avaient pas répondu à toutes les questions, notamment sur les opérations de lutte contre la marée noire.

«BP va devoir répondre à beaucoup de questions», a dit M. Markey en faisant allusion à plusieurs auditions devant le Congrès auxquelles les responsables de la compagnie pétrolière vont être convoqués.

Par ailleurs, l'élu a indiqué avoir demandé ce qu'il arriverait si le scénario le pire se produisait. «On m'a dit que la quantité de pétrole (qui s'échappe du puits endommagé) passerait de 5 000 barils par jour à 60 000 barils».

M. Markey s'exprimait aux côtés du représentant Bart Stupak, président de la commission de Surpervision et d'Enquête de la Chambre, qui tiendra une audition la semaine prochaine sur la «pertinence des mesures de sécurité et de réponse d'urgence à l'incident».

«Une des questions sur lesquelles nous allons enquêter est de savoir si le dispositif anti-explosion sur la plate-forme Deepwater Horizon a été testé et entretenu correctement», a expliqué M. Stupak dans un communiqué.

Les élus se pencheront également sur les dispositifs de réponse à la marée noire. «Les réponses à ces questions seront vitales pour mettre en place les protections nécessaires pour empêcher une telle tragédie de se produire à l'avenir», a conclu M. Stupak.

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Perspectives d'avenir

Le secrétaire américain de l'Intérieur, Ken Salazar, a déclaré dimanche sur les ondes de NBC qu'il faudrait peut-être trois mois avant de contrôler le problème.

Ronny Kennair pêcheur « J’en veux énormément à cette compagnie, peste-t-il. Le pire aurait pu être évité s’il y avait eu des conditions de sécurité plus strictes. Mais ce qui me fait le plus peur, ce sont les conséquences à long terme… Apparemment, rien ne sera jamais plus comme avant. L’environnement va être détruit pour des décennies, tout ça par la faute de l’homme. Katrina au moins, personne n’en était responsable

L’ouragan, qui a frappé la Louisiane il y a cinq ans, reste un terrible souvenir pour le pêcheur : son bateau était resté six mois empalé sur un poteau de téléphone… « J’aime cette région plus que tout… mais on ne peut pas dire qu’on ait beaucoup de chance », soupire-t-il.

Si les marins et les citoyens sont inquiets pour l'avenir, les gens qui travaillent dans l'industrie du pétrole et du gaz naturel le sont également. Ben Waring, consultant pour plusieurs multinationales du pétrole, dit que l'image de son industrie est sérieusement atteinte.

«Avoir des plate-formes de forage dans le golfe du Mexique sera toujours une activité risquée. C'est inévitable que des accidents se produisent. Mais notre société utilise le pétrole. Je crois qu'il faut apprendre de nos erreurs, mais nous allons avoir encore besoin de pétrole demain matin.»

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Conclusion temporaire

Marée noire : un accident qui tombe à pic ?

Par Valérie Borde

L’explosion sur la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon pourrait provoquer ce que le président Obama qualifie déjà de pire marée noire de l’histoire des États-Unis.

À long terme, pourtant, cet accident aura aussi des conséquences salutaires à l’échelle de la planète.

D’abord, il met sur le devant de la scène le résultat des négociations entre États et compagnies pétrolières pour établir les normes de sécurité dans l’industrie.

On apprend ainsi que BP, qui prend toute la responsabilité de l’accident, s’est déjà battue pour empêcher l’adoption de normes concernant les valves de sécurité pouvant être actionnées à distance.

La marée voire va forcer les autorités états-uniennes à remettre le nez dans leurs normes pour s’apercevoir que, surtout sous la présidence de George Bush, elles ont laissé beaucoup trop de marge de manœuvre à l’industrie.

Deepwater Horizon n’était pas une vieille plate-forme pourrie, elle avait été construite en 2001 par une compagnie innovante, Transocean, qui détient 19 des 23 records de forage en profondeur établis par le passé.

Comme il n’est pas question d’interdire le forage (on a bien trop besoin de pétrole pour ça !), on va sûrement voir un certain resserrement des normes, comme cela s’est passé après le naufrage de l’Exxon Valdez en 1989.

Six mois après cet accident, les États-Unis adoptaient l’Oil Pollution Act (01) qui a obligé les navires à se doter d’un double fond, pour diminuer le risque de déversement accidentel.

L’Europe, elle, a décidé d’interdire le transport de pétrole dans les navires à simple coque après les naufrages de l’Érika et du Prestige.

Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà mieux. On peut toujours viser le risque zéro, mais c’est une illusion.

Le Canada a aussi des leçons à tirer de cet accident. Il n’y a pas encore de forage pétrolier dans l’Arctique, mais ce n’est qu’une question de temps. Or, BP et d’autres compagnies sont déjà à l’œuvre pour assouplir les normes.

L’Office national de l’énergie, (02) chargé de réglementer l’exploration et l’exploitation du pétrole et du gaz, annonçait en février 2010 qu’il s’apprêtait à examiner la politique de forage de puits de secours dans la mer de Beaufort. (03) L’accident de Louisiane va peut-être influencer positivement les négociations.

Car dans le Nord, ou dans un territoire maritime confiné comme le golfe du Saint-Laurent, un déversement pétrolier majeur ferait plus de ravages que sur les côtes de la Louisiane, car les bactéries qui dégradent les résidus pétroliers y seraient bien moins actives que dans les eaux chaudes du golfe du Mexique.

L’accident va aussi avoir un gros impact sur la politique états-unienne relative au forage pétrolier, dont je vous parlais récemment. Vendredi, le président Obama a demandé à son administration de surseoir à toute autorisation de nouveau forage pétrolier offshore. Disons que cela va devenir difficile de ne pas parler des risques environnementaux…

Les états-uniens vont devoir faire face à un dilemme : continuer à dépendre du reste du monde pour assouvir leur soif de pétrole, ou supporter le risque écologique dont ils vont maintenant bien comprendre ce qu’il signifie.

Espérons qu’ils vont prendre conscience qu’il existe une troisième option, plus durable et moins risquée  : mettre fin à l’incroyable gaspillage de pétrole qu’engendre leur mode de vie…

En attendant les résultats de l’enquête, gardons-nous cependant de condamner en bloc l’industrie pétrolière ou même la compagnie BP pour cet accident.

Répétons-le, le risque zéro n’existera jamais, même avec toutes les précautions du monde. L’important, c’est que le risque ait été évalué correctement, en incluant les catastrophes environnementales et humaines que pourrait entraîner un accident, et que les mesures de sécurité aient été prises en conséquence. Y a-t-il eu négligence avec cette platef-orme ? Rien ne le prouve jusqu’à présent.

On va maintenant voir si BP va faire honneur à son sigle, en prenant à sa charge les dégâts causés. Savez-vous que depuis 2000, BP ne signifie plus officiellement British Petroleum mais « better people, better products, big picture, beyond petroleum » ? Et si on ajoutait… Big Problem ?

Note de JosPublic: cette conclusion est importante car elle démontre la naïveté dont souffrent bon nombre de commentateurs politiques ou scientifiques dans nos médias.
 

Références:
01 Oil Pollution Act, adopté par les États-Unis-d'Amérique

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02
 
L’Office national de l’énergie, du Canada, chargé de réglementer l’exploration et l’exploitation du pétrole et du gaz
 

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03 La politique canadienne de forage de puits de secours dans la mer de Beaufort

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