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Les gens du golfe du Mexique, deux ans après la marée noire
causée par la pétrolière BP

BP accepte un règlement hors cour dans la poursuite des victimes de la marée noire. Un soulagement pour les victimes, mais ceci ne règle en rien les poursuites de l'État de la Louisiane, des comtés, villes et districts. La compagnie ne semble pas encore avoir appris de l'expérience et trépigne à la possibilité de recommencer les forages au même endroit.

Sources: L'Express de France et

 

Choix de photos, mise en page, références, titrage et traduction d'une partie du texte : JosPublic
Publication : 6 mai 2012

Le 20 avril 2010, la plate-forme Deepwater Horizon explosait. La fuite de pétrole ne fut colmatée que le 19 septembre.

Deux ans après l'explosion de la plate-forme du géant pétrolier BP, au large des côtes de Louisiane, l'économie locale ne s'est toujours pas relevée du désastre. Seul horizon des pêcheurs condamnés à l'inactivité : les indemnisations... et la reconversion.

De sa véranda défraîchie, Jesse Verdin peut garder un oeil sur le Captain Toby, son bateau qui dort dans l'eau sombre du canal. La coque blanche, repeinte pendant ces deux années mortes, affleure la berge comme un jouet géant, et ses gros filets verts n'attrapent encore que la brise humide de Louisiane. Mais le Captain Toby, c'est l'espoir d'une vie.

Ici, à deux heures de La Nouvelle-Orléans, entre le bourg de Houma ( 01 ), base arrière des crabiers et crevettiers, et les tréfonds des marais - les bayous cajuns -, plus de 50 chalutiers immobiles pourraient raconter la même attente. Mais nous connaissions Jesse pour l'avoir rencontré au coeur du désastre, quand le pétrole pourrissait la grande baie Timbalier et Port Fourchon ( 02 ) ; quand, faute de crevettes, le pêcheur espérait louer ses bras et son bateau à BP, pour jeter des barrières flottantes et écumer la pire marée noire de l'Histoire.

"Comme beaucoup d'autres, j'ai pu travailler trois mois pour eux, se souvient Jesse. Et puis, plus rien. D'un côté, mes demandes d'indemnisation sont restées sans réponse, de l'autre, la pêche de 2011 a été désastreuse. Alors la saison qui commence... c'est celle de la dernière chance."

Deux années, depuis l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010, n'auront pas suffi à dissiper les 800 millions de litres de brut jaillis en trois mois du puits éventré, un flot 60 fois supérieur au seul précédent américain connu, le désastre de l'Exxon Valdez sur les côtes d'Alaska en 1989 ( 03 ). En quelques semaines, le geyser sous-marin a ravagé une économie entière, 300 000 emplois, au bas mot, sur plus de 2 000 kilomètres de côtes de Louisiane, d'Alabama, du Mississippi et de la Floride.

 

BP toujours plombé

 
 

Tony Hayward, ( 04 )

Le départ de Tony Hayward, directeur général de BP, démis de ses fonctions trois mois après la catastrophe, n'aura pas suffi, loin s'en faut, à solder l'héritage désastreux de Deepwater Horizon (05) pour le troisième pétrolier mondial.

Malgré la cession de 30 % de ses actifs depuis avril 2010 et une facture pour l'instant contenue autour de 40 milliards de dollars, le groupe n'a pas regagné la faveur des investisseurs.

Sa capitalisation reste toujours en deçà de son niveau d'avant l'explosion et son image affectée. Un nouveau livre, publié après deux ans d'enquête par le journaliste américain Abrahm Lustgarten, Run to Failure (la course à l'échec), ( 06 ) incrimine la frénésie de croissance de BP, la réduction des dépenses de sécurité, les carences de communication interne dans une série de bévues qui ont causé, en vingt ans, la mort de 45 employés et justifié trois procès à l'entreprise.

Le 12 avril, lors de l'assemblée annuelle du groupe à Londres, l'annonce du salaire (6,8 millions de dollars annuels) de l'actuel patron, l'États-unien Bob Dudley, a provoqué le siège du centre de convention par des manifestants.

Dudley peut certes se targuer d'une hausse de 38 % des bénéfices l'an dernier, mais il doit encore tirer les leçons des accidents en chaîne qui avaient précédé la marée noire du 20 avril 2010.

Bob Dudley ( 07 )

Et convaincre qu'un tel drame ne se reproduira plus. Une tâche difficile, à l'heure où les forages se font de plus en plus profonds, et donc de plus en plus risqués, comme en témoigne la fuite de gaz survenue sur un puits de Total en mer du Nord voilà trois semaines.

Quant à Tony Hayward, qui avait assuré vouloir "retrouver une vie" après la catastrophe, il a lancé une société d'investissement énergétique à travers laquelle il a racheté, l'automne dernier, Genel Energy, une compagnie pétrolière turque prospectant dans le Kurdistan irakien.

Le géant BP ne s'y est pas trompé, en répondant au sinistre par une marée de billets verts : 37 milliards de dollars provisionnés pour prix de sa responsabilité, pour la mort de 11 employés calcinés sur la plate-forme, et les conséquences économiques, écologiques et humaines. 14 milliards ont été dépensés dans le seul nettoyage du golfe du Mexique par des armées d'intérimaires et des flottilles de pêcheurs. 6 milliards ont été versés à 200 000 plaignants, avant qu'une deuxième phase d'indemnisation ne débute sous contrôle judiciaire pour un montant de 7,8 milliards le 16 mai prochain.

Cependant, la compagnie pétrolière britannique n'a pas encore reçu la note la plus salée : le montant des dommages et intérêts dus au gouvernement fédéral et aux États riverains du golfe. La somme, qu'un tribunal civil fédéral doit déterminer lors d'un procès, devrait être indexée sur la quantité de pétrole échappée. 1 100 dollars par "gallon" de 3,8 litres, dans le meilleur des cas. 4 300 dollars si la négligence de BP est prouvée. Sans compter les détails : pour chaque animal mazouté classé parmi les espèces protégées, pour chaque pélican brun ou tortue rare, la facture s'élève à 50 000 dollars...

 

Des milliers de tonnes de produits chimiques répandus

 

Mais Jesse Verdin n'en a cure.

Quand bien même BP paierait 40 milliards, une estimation possible, de dommages punitifs, la sanction ne réparera pas les dégâts infligés au golfe, la source de 20 % des produits de la mer américains, le gagne-pain et l'avenir des pêcheurs riverains

"En Alaska, l'Exxon Valdez a coulé il y a plus de vingt-trois ans, et le hareng n'a toujours pas retrouvé son niveau d'avant la marée noire, grommelle-t-il sur son ponton. Alors ici, qu'est-ce qui nous attend ?"

À Leeville, aux confins des marais, l'herbe aquatique est devenue jaune paille, signe d'agonie du bayou. Le pétrole est remonté dans les lacs intérieurs, mais les dispersants, les milliers de tonnes de produits chimiques répandus par BP pour dissoudre et lester les hydrocarbures, ont ravagé plus encore les gigantesques viviers naturels.

Sur le canal, on ne braille pas les histoires cauchemardesques de poissons difformes et de crevettes à trois yeux, mais la catastrophe a souillé pour longtemps l'image des produits locaux, déjà écrasés par les importations chinoises.

"A Las Vegas, j'ai demandé bêtement dans un restaurant si mes fruits de mer venaient de Louisiane, raconte David Chauvin, un gros distributeur de crevettes du village de Dulac.  

Je revois encore le patron et cinq serveurs, main sur le coeur, me jurant que rien dans mon assiette n'avait été pêché dans le golfe du Mexique...

"
À la bibliothèque de Galliano, Tamy Blanchard, une mareyeuse, nourrit maintenant sa famille en tamponnant des livres au comptoir. "A chaque saison depuis vingt ans, nous rapportions pour 70 000 dollars dans la cale en six mois, jure-t-elle. L'année dernière, avec la hausse du coût du carburant, les prises et les ventes minables, c'était... 13 000 $."

Paul Chiquet, directeur du centre culturel local, transforme trois fois par semaine ses salles en lieu d'accueil et de conseil pour des pêcheurs menacés d'expulsion de leur logement ou tétanisés par la paperasse des demandes d'indemnités. "L'économie remonte lentement. Comme ailleurs aux États-unis, les jobs réapparaissent, concède ce septuagénaire, l'un des protestataires les plus virulents de la région. Mais pour qui ? Le temps est révolu où, avec l'école primaire pour tout bagage, on pouvait accéder à la middle class en jetant des filets puis retrouver un autre job."

 

La marée noire a nourri le business des avocats

 

La déchéance des villages ne saute pourtant pas aux yeux. "Comme le pétrole de BP, elle reste en profondeur, poursuit Chiquet. Le triste secret, ici, c'est que les vieux ont amorti le désastre économique en logeant et en nourrissant leurs enfants avec leurs dernières économies." Et ils touchent le fond à leur tour. "Allez voir sur le parking du supermarché Wallmart ! Ce sont maintenant des grands-pères qui rassemblent les Caddies pour 5 dollars de l'heure."

Les bayous s'effilochent, imperceptiblement. Près de Dulac, un village proche des terres des Indiens Houma, la zone la plus pauvre du comté de Terrebonne, la petite délinquance a tant augmenté que des panneaux déconseillent aux automobilistes de prendre des auto-stoppeurs. D'autres bannières, jalonnant par dizaines la route n° 1, clament sur fond orange : "Mal indemnisé ? Pas indemnisé ?", en fournissant aussitôt un numéro de téléphone. Celui d'un gros cabinet d'avocats de La Nouvelle-Orléans, prêt, contre des honoraires égaux à 25 % des dommages intérêts possibles, à en découdre au nom des sinistrés avec le géant BP.

Si la marée noire a nourri un business, c'est bien celui des 390 lawyers (avocats) toujours chargés de 230 000 plaignants mécontents de la Louisiane à la Floride. La rançon d'un échec apparent du système de réparation à l'amiable mis en place en 2010. BP et le gouvernement Obama espéraient jouer la transparence en confiant la tâche à l'avocat Ken Feinberg, ancien chef de cabinet du sénateur Ted Kennedy, connu pour avoir présidé à l'indemnisation des victimes des attentats du 11 septembre.

Ken Feinberg, ( 08 )

Las, ses méthodes tatillonnes, son culte des justificatifs en règle et des dossiers léchés se sont heurtés à l'impatience et à la comptabilité souvent déficiente des prolos de la mer.

 

"BP n'a qu'une hâte : reprendre les forages"

 

"Tiens ta parole et crache ton fric !" lui hurlaient des pêcheurs de Matthews, Louisiane, lors d'une de ses 900 réunions publiques, à la fin du mois de mars 2011. Estomaqué, le "tsar des indemnités" devait, une fois de plus, se défendre de tout favoritisme, démentir la rumeur selon laquelle des strip-teaseuses de La Nouvelle-Orléans avaient reçu leur chèque pour dédommagement d'une mauvaise saison touristique en 2010, alors que les crevettiers du bayou étaient éconduits ou floués.

Feinberg, taxé de collusion avec BP, qui certes rémunérait son cabinet 1,25 million de dollars par mois, a passé la main en mars dernier, non sans avoir versé un premier acompte de 6 milliards $ à plus de 200 000 plaignants. 

C'était en 2011 et les habitants de la Nouvelle-Orléans célébraient le triste anniversaire de l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010, qui a fait 11 morts et déversé des millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique.

Le reste de l'argent, les 7,8 milliards $ promis par la compagnie, sera réparti par un juge fédéral de La Nouvelle-Orléans, au terme de tractations avec l'armée des lawyers... "BP lui-même n'a qu'une hâte : en finir, clore, peut-être au prix fort, un désastre qui lui pourrit l'existence, ironise Aaron Viles, l'un des dirigeants de l'organisation écologiste Gulf Restoration Network. Pour reprendre au plus vite les forages au même endroit..." la compagnie a reçu son premier permis d'exploitation depuis la catastrophe. Elle en brigue cinq autres, avant même qu'aient disparu les noirs souvenirs de Deepwater Horizon.

 
 

BP accepte un règlement hors cour un soulagement pour les victimes

 

Le règlement permet à des victimes de recevoir un premier paiement dès le 4 juin 2012. Il est question ici de 7,8 milliards $, un montant qui permet d'éviter un long et coûteux procès. Une décision importante du juge Carl Barbier à l'effet qu'il ne sera retenu aucun montant aux réclamants pour les frais légaux. 90 000 travailleurs et travailleuses qui ont ramassé la pollution de pétrole sur les plages et 105, 000 résidents des terrains adjacents à la mer, pourront faire payer leur frais médicaux liés à l'événement et recevoir gratuitement des examens médicaux à tous les trois ans pour les prochains 21 ans.

Le juge Carl Barbier de la cour du district

Il y a encore des causes dont les victimes ont déjà contesté les montants qui leur sont alloués et le juge devra revoir chaque groupe de causes similaires. L'entente ne couvre pas les poursuites déjà engagées par le gouvernement fédéral et toutes les autres instances locales. BP n'est pas sorti du trou qu'il s'est creusé.

 

Bayou louisianais

Ci-dessous: textes en lien direct avec le sujet

Marée noire de pétrole. Inquiétudes canadiennes

  Marée noire: dans le Golfe du Mexique. Et si c'était dans le Golfe Saint-Laurent?

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Notes & Références encyclopédiques:

01

Qu'est-ce que la ville de Houma en Louisiane États-Unis-d'Amérique ?

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02

Qu'est-ce que Port Fourchon ?

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03

Qu'est-ce que le désastre de l'Exxon Valdez ?

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04

Qui est Tony Hayward ?

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05

Qu'est-ce que Deepwater Horizon ?

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06
 

Abrahm Lustgarten

(la course à l'échec) Run to Failure

 
 

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07

Qui est Bob Dudley ?

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08

Qui est Ken Feinberg ?

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Danger pétrolier