Sables...

Chronique d'Hubert Reeves
Pour le Journal de Montréal
Publié le 17 janvier 2010


 

Si ce mot est écrit ou prononcé seul, de belles images de plages, de dunes sahariennes dont les reportages télévisuels nous montrent souvent l'immensité grandiose surgissent instantanément...

Et qui n'a pas joué dans son enfance dans un bac à sable pour y construire des châteaux? Qui n'a jamais marché sur le sable d'une plage? Que de beaux souvenirs! Et combien le marchand de sable nous est familier!

Bien sûr, les sables mouvants sont synonymes de danger... Et les tempêtes de sable noircissent le tableau... Quant au grain de sable, même seul et si petit, il peut coincer un rouage que l'on croyait bien huilé!

Mais tous ces périls ne sont rien à côté des sables bitumineux.

Ce mélange de sable et de bitume, c'est un cauchemar!

Seul le bitume est convoité. Quel est donc son intérêt pour qu'on le sépare à grands frais du sable ? Cette matière dense, visqueuse et noire est un mélange d'hydrocarbures et on comprend que plus l'enrobage du sable est épais, plus ce sera rentable.

L'objectif est: extraire le pétrole. De tels gisements existent ailleurs dans le monde, mais les renseignements qui me parviennent concernent d'abord le Canada et la province de l'Alberta.

Chercher l'origine de ces sables bitumineux est affaire de géologues, mais aujourd'hui, l'objet de cette chronique est plutôt ce qu'il advient des zones naturelles exploitées.

Des organisations écologiques dénoncent régulièrement et avec virulence l'extraction des sables bitumineux et leur traitement.

Les modes de gestion et de contrôle de cette industrie sont à revoir si l'on ne veut pas courir à une catastrophe pour les oiseaux et les poissons.

Le rapport Danger in the nursery: impact on birds of tar sands oil development in Canada's boreal forest indiquait une mortalité d'oiseaux élevée dans ces zones où forages, usines de raffinage et bassins de décantation détruisent les territoires et les polluent. Les estimations ne sont guère réjouissantes.

Une enquête récente intitulée Oil sands development contributes polycyclic aromatic compounds to the Athabasca River and its tributaries vient de montrer que la contamination des eaux est plus importante que prévu.

Menée par Erin Kelly et ses collaborateurs, de l'Université de l'Alberta, elle prouve que, dans la rivière Athabasca, les concentrations de polluants toxiques (des composés polycycliques aromatiques) ont plus que doublé.

Voilà donc de quoi donner des arguments aux associations qui contestent la politique énergétique en Alberta.

L'IMAGE DU CANADA EN PÂTIT

À Copenhague, le Canada a été montré du doigt. Et ce n'est pas la décision qui est tombée à la fin de l'année dernière qui va arranger les choses. L'entreprise PetroChina Company Limited, chinoise comme son nom l'indique, et Athabasca Oil Sands Corporation ont signé un accord permettant à la première l'exploitation de sables bitumineux en Alberta, approuvée par le ministre de l'Industrie Tony Clement.

Bien sûr, la transaction a inclus des accords sur les niveaux d'emploi, du moins pendant quelque temps...

Je me pose les questions suivantes :

-Cela survient-il après une consultation des communautés amérindiennes du secteur? Et qu'en est-il des arbres de la forêt boréale? Des tourbières sacrifiées? Et de toute la biodiversité locale?

-A-t-on froidement accepté le réchauffement climatique lié à ces émissions de gaz à effet de serre obligatoires pour obtenir ce pétrole synthétique?

-Est-ce que les compagnies et leurs soutiens politiques ont pensé que leurs propres enfants risquent d'en pâtir à long terme?