«L’action publique en Afrique»
Objet de connaissance: Avancées, errements et contraintes

Auteur: Thierry BRUGVIN
Laboratoire de recherche sur la gouvernance
Paris XII

Publié par Attac-France
15 septembre 2009

Communication Pour le Congrès d’analyse politique sur l’Afrique Cinquantenaire du CEAN (1958-2008)
3-5 septembre 2008

 

  Sommaire  

 Introduction

Depuis plus de vingt ans, la mondialisation éloigne les citoyens des lieux de décision. Les citoyens français l’observent avec l’Union Européenne tandis qu’au plan international, le G8 impose son modèle politique dans le monde, à travers le Fonds monétaire international FMI, la Banque Mondiale et l’Organisation mondiale du commerce OMC en particulier. Au sein de ces différentes organisations, sous couvert d’un discours sur la « bonne gouvernance », les dirigeants libéraux privatisent les instances démocratiques en privilégiant le dialogue avec les entreprises au détriment des peuples, de leurs représentants, des ONG et en jouant la “société civile” contre les États.

Ces différents mécanismes relèvent généralement de la gouvernance inégale et non démocratique, mais restent pour une large part légaux. Cependant, il y a un autre champ qui lui est encore moins analysé, il s’agit de la dimension illégale de la gouvernance publique de l’Afrique. Ce sont donc les différentes formes de la gouvernance politique et économique non démocratique, inégale et aussi illégale que nous allons analyser ici. Nous n’analyserons pas l’action publique exercée par les seuls Africains, mais l’action publique mise en œuvre par les dirigeants d’Afrique, en interaction avec les organisations internationales et la France en particulier.

Comment les forces économiques influent-t-elles sur les décisions des pouvoirs publics, via les mécanismes de la gouvernance globale illégale, inégale et non démocratique ? Notre hypothèse est la suivante : il existe une influence, une relation dialectique, entre la force des idées (idées, acteurs et institutions), les pouvoirs publics et les forces économiques (institutions, acteurs capitalistes, capital financier, forces productives (moyens de production, techniques, connaissances, forces de travail). Cependant les forces économiques exercent une influence dominante sur les pouvoirs publics africains et la force des idées, par le biais de la gouvernance globale. Or, une part non négligeable de cette gouvernance africaine et globale est exercée de manière illégale, et non démocratique.

Nous aborderons dix formes de gouvernance différentes et en interaction de l’action publique en Afrique, qui sont des formes de gouvernance non démocratique et parfois illégale :gouvernance par le pouvoir financier : banques, dette et paradis fiscaux -la production et du commerce par les transnationales - le contrôle et la violence - les organisations internationales publiques (BM, FMI, ONU, OMC...) - les concurrences nationalistes (impérialistes) - l’État et la justice - le pouvoir relationnel - le pouvoir idéologique -la privatisation non démocratique de la régulation publique - la dimension psycho-identitaire (ou psychosociale).

LA THÉORIE DE LA DÉMOCRATIE ET DE LA GOUVERNANCE

Les acteurs et les structures, l’économique et le politique : facteurs de carences démocratiques

Robert Cox a développé une économie politique critique en prolongeant la pensée d’Antonio Gramsci au plan international. Cox distingue aussi « trois forces fondamentales : les forces matérielles, celle des idées, et celle des institutions. Mais, il n’y en a pas une parmi ces trois qui puisse exercer une action unidirectionnelle, car elles sont en interaction » (Cox 1996 : 96-99). Susan Strange (1196) ajoute à la tripartition de Gramsci et de Cox, un quatrième forme d’autorité, la sécurité (militaire, sociale, économique).

Définition de la gouvernance non démocratique et illégale Il y a un secteur qui est équitable et légal et démocratique (le visage officiel des relations Nord-Sud), cependant, celui-ci est lié à un pouvoir (la gouvernance) global - inégal - illégal, - et non démocratique. La gouvernance globale non démocratique de l’Afrique signifie donc un pouvoir (la gouvernance par les entreprises, les pouvoirs publics, l’armée...) inégal, illégal et non démocratique par des acteurs de nationalités multiples visant à perpétuer la domination et l’exploitation économique et politique en Afrique, (et non du monde).

On observe dans la réalité un continuum sans véritable rupture entre les pôles opposés que sont les gouvernances légale et illégale, démocratique et non démocratique, privée et publique. Provisoirement, nous définirons aussi la démocratie comme la participation du plus grand nombre possible d’acteurs légitimes à une décision favorisant l’intérêt général. Nous y reviendrons plus en détails dans la suite. La gouvernance s’inscrit dans le cadre plus général de la distinction démocratie représentative libérale (anglo-saxonne) et républicaine (française), telles que les définit Offe (Offe : 1997). Il s’agit respectivement d’une démocratie fondée sur la participation des corps intermédiaires, à l’opposé d’une démocratie fondée sur la souveraineté populaire par ses représentants élus (ou nommés : les technocrates). La gouvernance s’inscrit essentiellement du côté de la démocratie libérale, mais elle est plus participative que représentative.

Nous définirons donc la gouvernance comme un processus décisionnel (la décision de créer ou la décision d’appliquer une règle formelle ou non), par des acteurs de nature multiple (économique (et/ou) militaire, société civile, pouvoir public), réalisé à des niveaux (verticaux et horizontaux) multiples. La gouvernance est donc un processus décisionnel multi-acteurs et multi-niveaux dont “l’action subit les pressions et les contraintes des structures historiques, mais qui ne sont pas déterminées mécaniquement » comme le précise Cox (Cox : 1987).

La gouvernance non démocratique relève (et/ou) :

- de la gouvernance légale (et/ou) -non transparente (occulte) par des acteurs non légitimes du fait de leur nature, car non indépendants économiquement, non élus démocratiquement et dont les décisions sont insuffisamment participatives;

- de la gouvernance illégale, c’est-à-dire ne respectant pas l’État de droit (les lois);

- de la gouvernance inégale ne permettant pas l’égalité des conditions (Tocqueville), c’est à dire en termes bourdieusiens une égalité au niveau du capital économique, social (réseaux, origines....), culturel (connaissance, éducation, temps disponible pour cela...), capital symbolique (diplômes, titres, statuts...) (Bourdieu). En résumé la gouvernance non démocratique est une gouvernance illégale (et/ou) inégale, non transparente, menée par des acteurs non légitimes.

La démocratie ne peut être effective si l’on relève notamment : L’inégalité dans la propriété et la gestion de l’appareil économique et financier, (pouvoir capitaliste) - L’inégalité du temps pour se former et pour militer (Braibant, 2005) - L’inégalité des niveaux d’éducation - L’inégalité des conditions (de vie et de biens) Tocqueville (1948) qui entraîne : une inégalité dans la capacité à supporter les conséquences des lois du fait d’inégalités économiques -Une différence de priorité politique (égalité contre liberté) dans le vote des lois du fait de l’inégalité des conditions de vie (Norberto Bobbio).

En effet, l’égalité juridique n’est pas réelle sans l’égalité économique et sociale (conditions de vie, possibilité de mobilité sociale) car l’exploitation économique capitaliste engendre la domination et l’aliénation des travailleurs.

La gouvernance légale mais inégale et la gouvernance légale non démocratique

Une grande partie de ce qui est décrit par FX Verschave, concernant ce qu’il nomme la « Françafrique », relève du légal. Par contre, il s’agit de situations légales et en même temps inégales selon les partisans des politiques sociales. Par exemple, lorsque Elf-Total va sous- payer des ressources, tel le pétrole au Congo-Brazzaville (Verschave, 1999), une partie de ces transactions économiques s’inscrivent dans le champ légal, mais sont inégales.

A un second niveau, on peut porter l’analyse sur le plan légal et non démocratique. Les dirigeants du G8, tels les présidents français Mitterrand, Chirac ou Sarkozy, ont généralement considéré que la gouvernance nationale et celle des organisations internationales sont légales et démocratiques. Dans une démocratie représentative, les dirigeants sont élus, donc il s’agit d’une démocratie. Cependant, un certain nombre d’auteurs, Castoriadis (1996), Rosenvallon (1998) et d’associations telle Attac estiment qu’une démocratie représentative, si elle est bien légale, n’est pas véritablement démocratique. Sans démocratie participative, les citoyens ne peuvent participer aux décisions qu’une fois tous les 5 ans, durant le renouvellement du mandat municipal ou présidentiel. De même, le suffrage est censitaire au niveau de la Banque Mondiale et du FMI (George, 1994).

La gouvernance illégale : le non respect de l’État de droit est non démocratique

A un troisième niveau, on peut analyser la gouvernance entre les Pays en voie de développement PED et les pays développés sous l’angle de l’illégalité. Le non respect de la loi généralisé signifie l’absence de l’État de droit. Nous retiendrons la définition première et minimum de l’État de droit, il s’agit d’un système institutionnel dans lequel les pouvoirs publics sont soumis au respect du droit . Ce n’est donc pas une démocratie parfaite, mais un minimum à atteindre pour pouvoir approfondir les autres dimensions.

L’illégal est l’un des aspects du non démocratique. Car la démocratie suppose le respect de la légalité, c’est à dire de l’État de droit, mais aussi de la transparence, de la légitimité des représentants, de la participation, etc. La définition de néo-patrimonialisme de Jean-François Médard (1995 : 325-339) vient souligner que la notion de légalité dépend aussi de la culture d’un pays. Cependant, dans un régime républicain occidental fondé sur le respect de l’État de droit, sur le respect des lois, sur une séparation claire entre les biens publics et privés, les pratiques néo-patrimoniales relèvent de l’illégalité. Les élus du peuple qui s’y adonnent devraient donc être punis par la justice, or c’est rarement le cas et lorsqu’ils sont inculpés, cela donne lieu souvent à des non-lieux ou à des légères peines, qui ne sont mêmes pas systématiquement appliquées. Concernant le procès Elf, quelques semaines après son incarcération, André Tarallo (le monsieur Afrique d’Elf), "en sortait pour raisons médicales" et ne devait plus jamais y retourner. M. Tarallo avait fait appel. Un an plus tard, en mars 2005, le jugement était encore plus sévère : sept ans d’emprisonnement ferme et toujours la même peine d’amende, 2 millions d’euros. Or, cette forte amende n’a toujours pas été acquittée (Robert, 2007).

Le pire est atteint lorsque la situation est inégale, illégale et non démocratique. C’est le cas lorsqu’un service secret (CIA, DGSE) ou une transnationale finance des mercenaires pour fomenter un coup d’État, comme ce fut le cas d’Elf au Congo-Brazzaville (Verschave, 2001).

Une typologie et non la description générale d’un système de gouvernance

Précisons tout d’abord qu’il s’agit, dans un premier temps, de présenter une typologie de la gouvernance illégale et non démocratique. Ce n’est donc pas une description de l’étendue de la gouvernance illégale. Cela ne signifie aucunement que les citoyens des PED, n’aient aucune responsabilité et que la dimension illégale de la carence démocratique soit dominante. En effet, pour décrire le pouvoir (effectif) d’une forme de gouvernance illégale et non-démocratique sur la société, il faut être en mesure d’en établir :

  • Quel est le nombre et le pourcentage des décisions ?

  • Les décisions illégales sont elles fondamentales ou secondaires ?

  • Ces actions sont elles structurelles ou conjoncturelles ?

  • Ces actions sont elles intentionnelles ou involontaires ? (Quel est le degré d’intentionnalité des décisions ?)

Il ne s’agit donc ni d’en conclure que les formes d’illégalité telle la corruption sévissent partout et tout le temps ni à l’inverse d’en conclure que nous n’avons affaire qu’à un phénomène marginal. Les dirigeants politiques et économiques, qui observent le système capitaliste, repèrent les erreurs du système, mais ne les corrigent pas toujours, en particulier lorsque les dysfonctionnements (les injustices) les avantagent. Par exemple, le développement de la sous-traitance a contribué à affaiblir le syndicalisme. Il n’a pas été pensé pour cela au début, mais a été utilisé pour cela ensuite.

Une majorité des acteurs appartenant aux classes dominantes ont des intérêts communs. C’est pourquoi, il n’est pas nécessaire qu’ils s’organisent systématiquement et qu’ils se téléphonent, pour fédérer des intérêts convergents. La gouvernance capitaliste globale fonctionne majoritairement ainsi dans sa dimension légale. Cependant, certains types d’actions illégales tels les coups d’États, les élections truquées, eux, sont généralement pensés dès leur origine.

Est ce un système structuré, ou des décisions éparses et sans liens entre elles qui sont le fruit des hasards de la conjoncture et donc disposant d’une importance secondaire ? On relève que les pratiques de la françafrique durent au moins depuis la décolonisation, donc depuis plus de 50 ans. Pierre Péan, Smith et Glaser, François Xavier Verschave (Françafrique (1999), Noir Silence (2000), ou Noir Chirac (2003)) notamment, montrent à travers leurs différents ouvrages, qu’il y existe un système structuré concernant certains aspects de la gouvernance illégale (le mercenariat, la corruption, le détournement des matières premières...). Cependant, cela ne signifie pas pour autant, que l’ensemble de la gouvernance de l’Afrique, relève de l’illégalité. ...). Mais un faible nombre d’actions illégales, si elles déterminent l’orientation à long terme d’une politique nationale, deviennent alors fondamentales.

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LA PRIVATISATION NON DÉMOCRATIQUE DE LA RÉGULATION PUBLIQUE

Bidonville de Lagasok au Nigeria

La "bonne" gouvernance : la théorie hégémonique de la Banque Mondiale

A la Banque Mondiale, l’idéologie néolibérale est hégémonique, c’est donc dans le cadre de cette politique qu’elle entend exercer ce qu’elle nomme une “bonne gouvernance”. « La "bonne gouvernance", pour la Banque mondiale est aussi synonyme de bonne gestion du développement” (World Bank, 1992). Marie Claude Smouts la qualifie “d’outil idéologique pour une politique de l’État minimum” (1998). Cependant, si cette politique se limite aux fonctions régaliennes, cela ne signifie pas un État faible. Il s’agit en réalité d’un “État gendarme” visant théoriquement à faire respecter les règles d’un marché concurrentiel et les libertés individuelles. Derrière la politique de “bonne gouvernance”, la Banque Mondiale cherche aussi à contraindre les pays à bas salaires à mener une bonne gestion, c’est-à-dire à appliquer les plans d’ajustement structurel (privatisations, restrictions des budgets sociaux...), basés sur une politique économique néolibérale. Ainsi, du fait du principe de conditionnalité auquel sont soumis les États pour recevoir des prêts de la Banque Mondiale, ceux-ci perdent la souveraineté sur leur politique nationale (George, 1994 : 184). Cette entorse à la souveraineté du peuple est camouflée par les qualificatifs “d’empowerement” (la participation) et de “consensus" avec la société civile (Hidouci, 2003 : 6). On observe en effet une lutte idéologique, autour du concept de société civile, visant notamment à gagner “la bataille” pour une nouvelle forme de direction politique démocratique mondiale. Tandis que pour le grand public, la société civile signifie généralement les ONG, pour les organisations internationales telle l’OMC, il s’agit aussi des représentants des entreprises tel le MEDEF ou l’UNICE.

La corruption limite la démocratisation des États. Pourtant, les institutions financières internationales (IFI) agissent peu contre la corruption des dirigeants ,lorsque les prêts qu’elles octroient sont détournés (Gueye 2003 : 38).

La libéralisation et la privatisation de la régulation internationale Au cours du Forum Mondial de l’Économie de Davos, le 31 Janvier 1999, Kofi Annan, le Secrétaire Général des Nations Unies, a proposé au monde des affaires, de mettre en oeuvre le Global Compact (le pacte global). Plus de 3 700 entreprises venant de 120 pays différents, adhéraient en 2007 au Global Compact. Parmi les dix principes du Global Compact, deux concernent les droits de l’homme, quatre sont destinés aux droits des travailleurs, trois concernent l’environnement et le dixième porte sur la lutte contre la corruption. Rappelons que le Global Compact est une forme de code de conduite élaborée par les pouvoirs publics internationaux. Les transnationales, telle Nike, Nestlé, ou Total qui l’ont adopté s’engage volontairement à le respecter, mais il n’est prévu de dispositif de vérification, ni de sanction. Les Nations Unies ont autorisé les ETN Nike et Shell notamment, à adhérer au Global Compact, alors qu’elles enfreignent régulièrement leurs propres codes de conduite et les normes sociales et environnementales. Le choix consiste à déléguer, aux acteurs économiques privés, certaines des fonctions traditionnellement dévolues au service public (service des eaux, retraitement des déchets, production énergétique..). D’une part, cela représente une orientation de politique économique très spécifique. Mais d’autre part, cela transforme la nature même des organisations internationales publiques qui deviennent des partenaires des entreprises privées, plutôt que des autorités de régulation au service du peuple et de l’intérêt général (Brugvin, 2007). La gouvernance globale s’est développée à partir de la gouvernance d’entreprise (Leach, Percy-Smith, 2001). Dans la gouvernance on observe "une normalisation technique envahissante" (Hidouci, 2003 : 7) qui tente d’évacuer la dimension politique sous le discours de la neutralité, en se cachant dernière le langage de la gouvernance des entreprises. La gouvernance conduit à substituer les normes juridiques (décidées par les pouvoirs publics représentant le peuple) par des normes techniques (créées par des intérêts privés) : codes de conduite, labels, normes comptables privées, normes ISO.... Tandis qu’une partie du code du travail est en partie votée par ce dernier, les codes de conduite liées aux conditions de travail ou les normes ISO sont souvent créées par des entreprises privées.

Par ailleurs, L’OMC est le fer de lance du libéralisme économique, moteur d’une idéologie et d’un pouvoir politique hégémoniques au plan mondial. Le mandat de l’OMC réside dans la suppression des obstacles au commerce. Comme pour la Banque mondiale et le FMI, cela conduit à une privatisation de la société qui engendre progressivement des inégalités sociales, économiques et politiques nuisibles à la démocratie. Par exemple, l’OMC a pour mandat la libéralisation des échanges commerciaux, ce qui a pour conséquence qu’elle impose les intérêts économiques des transnationales au détriment des droits sociaux des travailleurs et de la souveraineté politique des États.

Les pouvoirs publics tiennent leur légitimité de l’élection par le suffrage populaire et doivent donc être présents, pour garantir, théoriquement, les intérêts du peuple dans les décisions qui concernent celui-ci. Les pouvoirs publics disposent de la plus forte légitimité pour décider des règles, normes et lois, à portée générale, qui relèvent du droit positif. Les entreprises privées ne disposent pas de cette légitimité élective, ni de l’indépendance économique. Par conséquent, elles ne disposent pas de la légitimité à décider des orientations générales de la société, à légiférer.

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LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE PAR LE POUVOIR FINANCIER : BANQUES, DETTE ET PARADIS FISCAUX

La dette : instrument de domination des pays riches

Contrairement à ce que l’opinion publique pense généralement, les flux financiers les plus importants vont donc du Sud vers le Nord. C’est finalement les plus pauvres qui aident les plus riches. En 2003, l’APD l’élevait à 54 Mds $ et le remboursement à 436 Mds, soit 8 fois plus (Ziegler, 2005).

"Au moment de l’indépendance du Gabon en 1960, la Banque Mondiale a transféré à ce pays les dettes précédemment contractées par la France pour la colonisation du Gabon, ce qui est en violation complète des règles du droit international. Depuis, la mainmise des dirigeants français sur l’économie gabonaise ne s’est jamais démentie : Omar Bongo en est avant tout le garant. Une dette constituée dans ces conditions est illégitime et n’a pas à être remboursée" (Toussaint, 2006).

Concernant la Bolivie par exemple, selon Patrick PIRO « aucun économiste n’est dupe de ce miracle, c’est bien grâce à la coca et à la cocaïne que le pays n’a pas volé en éclat. Le trafic de la drogue a donné au pays des devises nécessaires au paiement de la dette » (Piro, 1994 : 8)

Boisgallais évalue, entre 1 à 5%, l’aide publique bilatérale qui parvient réellement à la population, le reste partant en direction de construction d’infrastructures destinées à servir nos intérêts. Moins de 1% de l’APD bilatérale est consacrée aux ONG (Boisgallais, 1994). Selon Politis, le reste de l’aide bilatérale française se répartit globalement ainsi : -30 à 40% environ, pour les opérations de rééchelonnement de la dette ou révision des taux d’intérêts et parfois annulation partielle de dette - 20 à 25 % pour le salaire des coopérants pour des projets techniques, scientifiques, ou culturels, avec un salaire moyen de 4500 à 23 000 euros par mois. On comptait 3 250 coopérants en 2001 - 15 à 25 % pour la promotion de la francophonie - 5 à 10 % pour l’aide financière aux projets pour l’étude et la réalisation d’équipements, d’infrastructures des transnationales françaises - 5 % destinés à l’armée, l’aide budgétaire, et le soutien aux plans d’ajustement structurels (Politis, 1998).

L’été 1994, Lissouba, le président du Congo-B confie à Elf la responsabilité de gérer la dette pétrolière du pays. On observe un total manque d’indépendance de l’État. En effet, Elf devient ainsi à la fois client de l’État et gestionnaire de son budget. (Verschave, 2001 : 44). Une entreprise capitaliste privée a ainsi eu la main mise sur un État.

les paradis fiscaux l’accélérateur de la gouvernance libérale et des délits politico-financiers

Les paradis fiscaux et les chambres de compensation (Clearstream) sont un instrument majeur de la corruption politique et de la spoliation économique des citoyens. Selon l’office des Nations Unies pour le contrôle des drogues et la prévention du crime, en 1999, 50% des 4800 milliards de francs annuels dégagés par l’ensemble des activités criminelles du monde (trafics de drogue, prostitution, fausse monnaie...) seraient blanchis dans les paradis fiscaux. (ODCCP, 2000). La fraude et l’évasion fiscale représentaient, en 2003, environ 50 milliards d’euros pour la France, c’est à dire 17% du budget de l’État soit l’équivalent du déficit budgétaire (Attac, 2004). Pour les Pays en voie de développement PED, l’évasion fiscale conduit à un manque à gagner dans les recettes fiscales de 50 milliards de dollars. Soit l’équivalent de l’APD annuelle de l’ensemble des pays de l’OCDE (Foutoyet 2005).

La quasi totalité des grandes banques et entreprises européennes ou américaines a ouvert des succursales dans des paradis fiscaux. C’est par exemple le cas de la BNP Paribas, présente aux Bahamas et aux îles Caïman, idem pour le Crédit Agricole, la CIC, le Crédit Lyonnais, Natexis Banques Populaires, la Société Générale, etc. Total réalise la plus grande partie de ses bénéfices dans des filiales enregistrées aux îles Bermudes et autres territoires off shore, etc. (Foutoyet, 2005). Contrairement aux idées reçues, les paradis fiscaux ne sont donc pas un « sous-système » à la marge de la machine économique : ils en sont l’un des rouages. En effet, on estime que plus de la moitié des transactions financières internationales transite par les paradis fiscaux.

En 1991, le scandale international de la BCCI (Bank of Crédit and Commerce International), enregistrée au Luxembourg, a conduit à sa fermeture par la justice, montrant ainsi la liaison pouvant exister entre le trafic de drogue, le terrorisme, la haute finance et les services spéciaux (Verschave, 2003).

Le pouvoir des banques dans la gouvernance économique et politique La politique monétaire permet de jouer sur les importations et exportations. C’est un outil fondamental de la souveraineté, comme l’est l’indépendance militaire par exemple. Or, les États africains n’ont pas cette liberté d’action et donc cette indépendance économique et politique. La Banque de France et maintenant la Banque centrale européenne avec l’euro ont décidé des dévaluations et du moment où elles ont eu lieu.

Les banques et les propriétaires des grandes banques (Rockefeller, Rothschild, Morgan...) représentent l’un des pivots du pouvoir mondial. D’une part parce que ces propriétaires disposent de sommes énormes : le magazine Forbes décomptait 1125 milliardaires en 2008. (Kroll, 2008). Ceci leur permet d’acheter potentiellement absolument tout ce qui peut servir leur objectif de puissance : entreprises, médias, biens divers. Mais de plus, ils ont la capacité de corrompre les dirigeants politiques, qui sont susceptibles de se laisser soudoyer.

D’autre part parce que les banques sont les lieux de dépôt de l’argent et le lieu de transit des flux financiers qui sont l’énergie, le sang du système. Le blanchiment d’argent sale passait autrefois par les banques des pays développés notamment, à présent cet argent transite plutôt préalablement par les banques des paradis fiscaux (Andorre, Caïmans, Luxembourg, Jersey...) ou encore au sein de Clearstream (la banque des banques) comme le soutient Denis Robert (2001). Ce dernier a mis à jour une des techniques de blanchiment, dans son ouvrage « Révélation », en analysant le fonctionnement des banques Clearstream et Euroclear. Ces dernières, grâce à un « mécanisme de compensation », font ainsi disparaître certaines transactions douteuses. Concernant la BGPI, filiale du Crédit agricole Indosuez, il affirme qu’elle possède elle aussi un compte S0418 chez Clearstream (Robert, 2007).

De plus, quasiment toutes les grandes banques disposent de comptes dans les paradis fiscaux (Foutoyet, 2005). Ainsi, certaines, telle la FIBA d’Elf ont blanchi de l’argent, ou participé à l’évasion fiscale (Verschave, 2001 : 73).

Les banques suisses, luxembourgeoises, notamment, avec les paradis fiscaux, renforcent les dérives du capitalisme illégale et la corruption, en blanchissant de l’argent sale, notamment grâce à la culture du secret, au refus de faire la transparence sur l’ensemble des comptes présents et des virements qui s’y déroulent. C’est un accélérateur de la criminalité grâce au blanchiment de l’argent lié au trafic de drogue, à la prostitution, à la fabrication de fausse monnaie, au racket...

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LA GOUVERNANCE GLOBALE NON DÉMOCRATIQUE PAR LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES PUBLIQUES (BM, FMI, ONU, OMC...)

La dépendance financière des agences de l’ONU vis à vis de entreprises privées

En comparaison de l’étendue de la tâche qu’on lui attribue, ses ressources sont largement insuffisantes. En 1993, le total des ressources de l’ONU s’élève donc à environ 7,3 milliards de dollars. Les grandes déclarations proclamées à l’ONU, telle "la santé pour tous en l’an 2000," ne sont pas toujours associées de mesures suffisamment précises et de moyens conséquents. Ce verbalisme n’a alors pour but que de donner bonne conscience aux administrateurs représentant les différents pays membres et de satisfaire les attentes de l’opinion publique. De telles déclarations, lorsqu’elles sont irréalistes, aboutissent à jeter la confusion et à masquer l’impact réel des programmes mis en œuvre. Depuis la création de l’ONU, en 1945, les grandes promesses se succèdent, telle que la « santé pour tous en l’an 2000 », mais elles ne sont quasiment jamais réalisées. L’opinion est satisfaite par les promesses faites, à chaque sommet international, mais comme elle a peu de mémoire (les journalistes non plus), elle oublie les précédentes. C’est un cercle sans fin de manipulation de l’opinion publique, dans la mesure où ses dirigeants savent très bien qu’ils ne pourront atteindre les objectifs affichés.

Nous allons voir que l’ONU et l’OMS subissent parfois de graves dérives. Or, l’État français dispose d’une part non négligeable de responsabilité dans la mesure où il est représenté au sein du conseil d’administration de l’OMS et qu’il dispose du droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier s’avère l’organe le plus puissant de l’ONU, mais aussi le moins démocratique.

Malgré ses faiblesses, l’ONU est parvenue à de grandes réussites au service des plus pauvres. Pourtant, l’ONU, du fait de son influence, est l’objet de tentative de contrôle de la part des États dominants et de leurs transnationales, au sein du Conseil de sécurité et de chacune de ses agences. Christian Joly rappelle les positions des organisations de solidarité internationale vis-à-vis de l’OMS : celles-ci  "continuent à voir la main des multinationales dans divers programmes de l’organisation. La collaboration de l’OMS, avec les firmes multinationales, est considérée comme une soumission aux lois du marché, au détriment de la satisfaction des besoins des populations." Or, à la différence du financement par l’impôt, le partenariat et le mécénat des organisations internationales publiques par des intérêts privés, tel Rockefeller, portent le risque de fausser les décisions, au détriment de l’intérêt général, de l’indépendance des pouvoirs publics. Le 19 juillet 2002, l’UNICEF et la multinationale MacDonald’s ont annoncé leur collaboration dans la création de la première Journée mondiale des enfants de Mac Donald’s (Balanya, 2005 : 363). Le14 février 1946, l’Assemblée générale des Nations Unies avait également accepté les 8,5 millions de dollars qu’offrait John D. Rockefeller Jr. à l’organisation pour qu’elle puisse acheter le terrain où elle se trouve actuellement (ONU, 2008) : ainsi cette organisation fut installée de manière permanente aux États-Unis.

Le lobby nucléaire aux commandes de l’AIEA et de l’OMS

« Depuis la signature, le 28 mai 1959, de l’Accord OMS-AIEA (WHA 12-40), l’OMS paraît soumise à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), pour ce qui concerne les risques liés à la radioactivité artificielle, notamment dans l’étude des conséquences sanitaires de l’explosion de Tchernobyl. Professionnels de la santé » (www.Independentwho, 2/12/ 2007).

Cet accord du 28 mai 1959 contraint l’OMS, avant toute déclaration publique portant sur les problèmes de santé liés au nucléaire, à consulter auparavant l’AIEA, afin de « régler la question d’un commun accord » . L’article III « prévoit de prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de certains documents ». L’AIEA est elle même sous l’influence de l’industrie nucléaire civile (Areva) et militaire. « Pour les projets de recherche, "régler la question d’un commun accord" avec l’AIEA, conduit à censurer l’expression de l’OMS, dans le domaine des accidents nucléaires (Independentwho, 22/03/2007). Ceci explique qu’en 1995, l’AIEA contestait les morts et les cancers de la thyroïde chez les enfants vivant à proximité de Tchernobyl. Sous la pression des chercheurs et des associations, à partir de 1996, les chiffres officiels commencent à évoluer.

Les lobbies du tabac et de l’amiante mettent l’OMS sous pression Parallèlement aux lobbies nucléaires, les lobbies du tabac et de l’amiante ont exercé une influence considérable sur l’OMS. Gro Harlem Bruntland, lorsqu’elle dirigeait l’OMS en 2000, a demandé un rapport sur le rôle de l’industrie du tabac. Ce rapport, publié le 2 août 2000, accuse l’industrie du tabac d’être "active, organisée et calculatrice" de "saper son action pour la santé", de "subversion" de l’OMS. En effet, la liste des stratégies adoptées est longue. « L’industrie du tabac aurait donc tenté d’influencer les membres de l’OMS, en leur offrant des emplois et ainsi tirer avantage de leurs contacts avec l’Organisation pour influencer le contrôle du tabac par celle-ci, faire pression sur les budgets de l’OMS consacrés à ce contrôle, infiltration, espionnage, propagande, falsification, campagnes de dénigrement, financements philanthropiques pour gagner les faveurs de l’OMS, (ex : campagnes de vaccination), utilisation d’autres agences de l’ONU ou de la Banque mondiale pour obtenir des informations ou faire pression sur l’OMS » (Zeltner, 2000).

Il avait été scientifiquement démontré, depuis les années 60, que l’amiante est cancérigène et que ses victimes se comptaient par milliers. « Or, pendant les années 80 et 90, sous couvert de rapports « officiels » de l’OMS et du Bureau International du Travail (BIT), les « experts » de l’industrie vont tenter de faire accepter, comme vérité scientifique, un double message : l’amiante blanc (chrysotile) est peu ou pas toxique son ‘’usage contrôlé’’ est possible » (Thébaud-Mony, 2000).

L’influence des lobbies industriels, à l’ONU ne se limite pas à l’OMS ou au FNUAP. L’affaire « du programme pétrole contre nourriture » de l’ONU a éclaté, en janvier 2004. Dans son dernier rapport, le 7 septembre, la Commission d’enquête indépendante mise en place, en avril 2004, par Kofi Annan, a dénoncé une conduite « illicite, non éthique et corrompue » au sein de l’ONU et blâmé le secrétaire général Kofi Annan, lui-même, pour ses négligences et ses erreurs. « Notre mission était de chercher des fautes de gestion, dans le programme « pétrole contre nourriture » et des preuves de corruption au sein de l’ONU et par des entreprises sous contrat. « Malheureusement, nous avons trouvé les deux », a déploré son président, Paul Volcker (Rosett, 2005). « Dans un précédent rapport, en août, la Commission avait établi que le Chypriote Benon Sevan, lorsqu’il était responsable du programme « pétrole contre nourriture », avait empoché près de 150 000 dollars en pots-de-vin » (Mauriac, 2005).

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LA GOUVERNANCE NON DEMOCRATIQUE DE LA PRODUCTION ET DU COMMERCE PAR LES ENTREPRISES :

Exploitation, commerce illégal et violation des droits

L’exploitation légale par le capitalisme : premier facteur antidémocratique Marx explique que la pauvreté, l’exploitation des travailleurs permet leur domination et leur aliénation, qui limitent leur capacité à se former et donc leur capacité à tenir leur rôle de citoyen, c’est à dire à défendre la démocratie. Avant, de trouver d’éventuelles causes relevant de l’illégalité, il faut en effet chercher les causes de la pauvreté des pays en développement dans l’analyse marxiste notamment. Cette dernière explique les inégalités principalement par le rôle des infrastructures économiques, des rapports sociaux de production, les inégalités des termes de l’échange, la division internationale du travail entre le centre et la périphérie (Emmanuel, 1969, ). Cependant Gramsci, montre qu’il existe une interaction entre les infrastructures et les superstructures au sein "du bloc historique" et non un simple déterminisme des premières sur les secondes (Gramsci, 1975). Mais, en plus de l’exploitation inégale, il existe une exploitation illégale, que nous allons examiner.

Exploiter en menaçant les dirigeants politiques

Il existe plusieurs formes de menaces exercées par les dirigeants d’entreprises privés pour obtenir des lois servant leurs intérêts. Il y a notamment la menace de retrait des capitaux investis dans les entreprises ou dans les marchés financiers nationaux. Certains dirigeants d’entreprise influents expriment parfois leurs désaccords de manière catastrophiste : nous allons tous faire faillite ou perdre des marchés, cela va créer du chômage… Ce qui influe grandement sur les élus craignant de ne pas être réélus par leurs électeurs déçus.

Il y a ensuite les menaces de délocalisation, de lock out (même si on le fait relativement peu dans la pratique). Parfois, la menace de délocalisation est utilisée aussi par les dirigeants politiques qui savent que les délocalisations vers les PED ne représentent qu’une danger mineur, proportionnellement à la hausse de la productivité ou aux importations européennes (Wood, 1998).

Violation des droits humains, sociaux, du travail (syndicats), économiques

Les syndicats défendent les garanties permettant le respect de l’ensemble des droits des salariés, de la démocratie sociale (dans l’entreprise), et finalement de la démocratie politique. Or "dans de nombreux pays, les industries extractives ont été liées aux violations des droits humains et aux conflits civils" (Rapport de l’IERE, 2003 : 8). Très souvent les travailleurs sont payés sous le minimum légal et il n’y pas de respect des normes fondamentales du travail (Orcades, 03/2001).

Sous-payer les matières premières d’un pays

La production du pétrole en Afrique par les entreprises transnationales du pétrole permet d’engranger d’énormes profits, souvent au détriment du pays et surtout de la population. A ce sujet, l’exemple d’Elf Total, une autre entreprise du pétrole au Congo, est fort instructif. Le président Lissouba a bradé à Elf les parts que l’État du Congo-Brazzaville détenait dans Elf Congo. Le prix officiel de la vente était de 270 millions de francs mais les estimations de la valeur réelle de ces parts sont de 4 à 16 fois supérieures ! (LDC, 1997, 1998). Sous-évaluer la qualité du pétrole représente un autre technique, pour arriver aux mêmes fins.

Surfacturer afin de verser des commissions

Les dirigeants politiques élus, réussissent à s’enrichir en surfacturant les marchés publics et en échange ils octroient le marché à l’entreprise qui accepte ce marché. Ainsi, ils encaissent le surplus, pour eux ou pour leur parti politique. Ce système a été dénoncé notamment dans le cadre des marchés publics d’Ile de France (HLM, école...). La majorité des partis politiques dominants (RPR, UDF, PS, PC) étaient arrosés, leur silence étant ainsi acheté (Verschave, 2003).

Les « cargaisons fantômes » : la non déclaration de la production Le Floch Prigent ainsi qu’un ancien Ministre de l’Économie du pays ont reconnu que le Congo aurait bénéficié d’au moins deux « cargaisons fantômes ». Dans les faits, un tanker vient chercher du pétrole ; il repart chargé mais cette cargaison, qui échappe à toute comptabilisation, s’évanouit dans la nature au profit des compagnies pétrolières et des élites dirigeantes du pays. Il n’est pas rare que la cargaison change plusieurs fois de propriétaire pour échapper à toute traçabilité (Harel, 2006).

S’allier les services d’un élu grâce aux commissions et rétro-commissions

Loik Le Floch Prigent, affirme lui-même dans un livre intitulé “Affaires Elf, affaires d’État” (2001), faisant le bilan de son procès, que “l’activité industrielle classique s’accompagne nécessairement de mécanismes qui permettent le financement d’opérations opaques (...). Au sein du groupe (Elf) qui fait deux cents milliards de francs de chiffre d’affaires par an, le volume de ces opérations (occultes) varie de trois cents à huit cents millions de francs. (...) Elf dépensait notamment ces fonds pour obtenir “des permis de forage” dans les pays où la société n’était pas encore implantée.

L’ensemble de ces commissions versées aux officiels du pays, via des intermédiaires, était d’un certaine façon le prolongement de la politique étrangère de la France, notamment dans les pays africains et c’est la raison pour laquelle le président d’Elf en informait la présidence de la République (française) ainsi que les ministres des Finances et du Budget” (Prigent, 55-56). “Disons que le président d’Elf est à la fois le président d’une société pétrolière et ministre bis de la Coopération. Et c’est justement parce que cette société avait un objet politique et diplomatique en Afrique qu’elle a de tout temps financé les services secrets (...). Elf a servi au financement du parti gaulliste, et a même été créé pour ça...” (...). Puis ce fut le tour du parti socialiste. Certaines de ces affaires ont défrayé la chronique judiciaire (affaire Dumas, Deviers Joncourt, Sirven, Elf Thomson, avions renifleurs, affaires des frégates, etc. » (Prigent, 2001 : 54-55 et 63-64). “L’ensemble de la classe politique savait qu’Elf faisait du financement politique”. Les rétro-commissions servaient “à mettre sous influence celui qui les percevait. Au cas où une affaire comme l’affaire Elf leur péterait à la figure. Si tout le monde se sert du gâteau, plus personne ne plus rien dire.” (Prigent, 2001, 66-67).

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LA CONCURRENCE DES GOUVERNANCES NATIONALISTES (IMPÉRIALISME) ET LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE DE L’ÉTAT

Les intérêts des entreprises cachés derrière les guerres locales et nationales

Parallèlement à la lutte entre transnationales, se déroule une lutte entre États. Il s’agit de conflits déclarés (guerre) ou secrets (tels la guerre froide). Ce qui est en jeu, c’est le nationalisme, c’est à dire la volonté de puissance (Nietzsche, 1976), psychologique, politique ou économique, des dirigeants politiques, économiques et parfois même des peuples. Par leurs actions diplomatiques, militaires, politiques, les élus politiques viennent appuyer le développement des entreprises capitalistes nationales (soit un système l’impérialiste).

Derrière les conflits internes à une nation ou entre nations, il est rare qu’il n’y ait pas une quelconque influence d’un ou de plusieurs grandes puissances. En particulier, lorsqu’il s’agit des PED. Ne pas prendre en compte cette clé d’analyse limite considérablement la compréhension du conflit en présence. Par exemple, le soutien de la France aux Hutus dans leur action de génocide envers les Tutsi (Coret, 2005) se comprend mieux lorsque l’on sait que les Tutsi étaient soutenus par les États-Unis notamment.

De 1945 jusqu’en 1989 (la chute du mur de Berlin) la guerre froide a été l’une des causes importantes des conflits. Une majorité des conflits nationaux (Burkina Faso, Angola, Chili, Bolivie...) étaient renforcés, attisés ou créés par la lutte entre le camp occidental et le camp soviétique. Malgré le discours d’indépendance de la France envers les États-Unis, notre pays a soutenu régulièrement ce dernier, notamment en favorisant la diffusion de l’arme atomique dans le camp occidental (Israël, Afrique du Sud durant l’apartheid...) (Lorentz, 2001).

Le partage à l’amiable des zones d’influence fait aussi partie des instruments de contrôle. Durant la guerre froide, un accord tacite entre les États-Unis et la France a permis à cette dernière d’exploiter et de contrôler l’Afrique francophone, tandis que les États Unis s’octroyaient l’Afrique anglophone et l’Amérique du Sud (Verschave, 2003).

Le soutien des États aux intérêts des grands propriétaires capitalistes L’État sert les intérêts des ETN, notamment pour des raisons d’indépendance énergétique nationale. M. Dominique Perreau, directeur des affaires économiques et financières au ministère des Affaires étrangères, a déclaré que généralement "le ministre des Affaires étrangères use de son influence pour défendre les projets des compagnies françaises car l’État doit veiller à la sécurité des approvisionnements en pétrole et gaz naturel" (Aubert, 1999). Les présidents de la République jouent aussi le rôle de VIP pour les grandes transnationales de leur pays. Chirac était accompagné de plusieurs PDG, lors de son voyage en Chine, en octobre 2006. Nicolas Sarkozy fit de même et a ramené pour 20 milliards d’euros de contrats pour les entreprises françaises, lors de son voyage en Chine en 2007 (Les Échos, 26 :/11/2007). Une large partie du soutien de la cellule africaine de l’Élysée, vis à vis des dictateurs, des guerres, des déploiements de l’armée française, etc. vise à protéger les intérêts des entreprises françaises.

Les gouvernements et les ministères sont parfois doublés par des officines parallèles. C’est le cas du réseau Foccart, travaillant pour Elf, qui dirigeait en sous-main tout la politique africaine de la France. Le soutien de l’État aux transnationales renforce leur capacité d’exploitation légale et illégale. La cellule africaine de l’Élysée, le Ministère des Affaires Étrangères, de l’Identité nationale et de la Coopération... qui devraient normalement fonctionner dans la légalité ne respectent pas toujours l’État de droit. Par exemple, les observateurs du Ministère de la Coopération qui ont cautionné les élections truquées au Tchad en mai 2006 (Survie, 2005).

S’appuyer sur les transnationales pour contrôler un État

Les États utilisent aussi leurs entreprises ou certaines ONG pour asseoir leur influence. En fait, les transnationales et les États s’appuient souvent l’un et l’autre, dans le cadre d’un échange réciproque. Elf-Total va tenter de contrôler les pays visés. Pour cela ces dirigeants vont entreprendre différentes actions illégales ou anti-démocratiques : corruption des dirigeants politiques, co-organisation de scrutins truqués, financement de polices politiques, de gardes dictatoriales... Dans le cadre la guerre froide, Elf-Total servira au gouvernement comme instrument pour éviter la propagation du communisme. Ainsi, des firmes françaises, telle Elf-Total chargée d’approvisionner la France en matières stratégiques, sont investies par les services secrets. De plus Elf-Total a aussi largement utilisé les services secrets et le lobby militaire pour aboutir à ses fins (Verschave, 2003).

De même la promotion de la langue nationale (la francophonie) est utilisée comme un instrument hégémonique et commercial. En effet, plus une langue est parlée dans le monde, plus l’influence politique et commerciale du pays peut s’accroître. Enfin, l’un des buts de la néo-colonisation est aussi de conserver un cortège d’États clients (un réservoir de votes) permettant à la France d’occuper une position importante dans les institutions internationales, telle l’ONU.

Défendre une politique et pratiquer le contraire Les politiques libérales mises en œuvre depuis les années 1980 dans les pays de l’OCDE, visent à ouvrir les frontières aux entreprises étrangères. Cependant, le discours et la volonté politique internationaux ne sont pas toujours en accord avec les pratiques nationales. Parfois les pratiques sont à l’inverse des discours politiques officiels. Tandis que le mandat de l’OMC vise aussi la libéralisation des obstacles aux commerces pour l’ensemble de ses membres, dans la réalité les pays industrialisés, telle la France, parviennent à faire voter des exceptions à la règle les concernant (les boîtes bleues ou vertes) pour l’agriculture, pour le textile... Ainsi, les PED ouvrent leurs entreprises aux pays industrialisés tandis que ces derniers conservent pendant de nombreuses années un droit au protectionnisme. Ce fut le cas pendant plusieurs années pour le textile (accord multifibre) (Rongead, 2000).

Placer un dirigeant fantoche, au service des nations dominantes Pendant la période coloniale, “l’indirect rule” a consisté à s’appuyer sur les pouvoirs locaux (chefs indigènes), pour permettre à l’administration coloniale de diriger. Bien que la colonisation soit terminée officiellement, cette pratique subsiste de manière cachée, donc non transparente et non démocratique.

Ainsi, placer des “hommes de paille” aux commandes permet de diriger un pays, discrètement. Ainsi, les “gouverneurs à la peau noire", les présidents des pays d’Afrique qui servent les intérêts des « blancs dominants ». Omar Bongo est le président du Gabon, (décédé en 2009) pendant de nombreuses années il a ainsi servi les intérêts des dirigeants de l’État français, mais aussi des transnationales françaises, telles Elf, Bolloré, Bouygues. Bongo détient à la fois les nationalités gabonaise et française et il a été membre des services secrets français (Verschave, 2001 : 34). Selon Loik le Floch Prigent, l’ancien PDG d’Elf, aucun président en Afrique n’était intronisé sans l’accord d’ Elf donc de Foccart, de Boncorse (chef de la cellule africaine de l’époque) (Prigent, 2001).

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LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE PAR LE CONTRÔLE ET LA VIOLENCE

(Pouvoirs de sécurité et de répression)

Non respect par les Polices d’État de l’état de droit

La police nationale a pour mission de faire respecter la loi et de défendre les citoyens qui la respectent. Or, parfois cette police profite de la puissance publique pour agir en fonction de ses propres intérêts idéologiques ou politiques, à travers des provocations, des tortures ou des assassinats. Le massacre des 200 à 300 manifestants algériens en France par la police à Paris sous les ordres de Maurice Papon, durant la guerre d’Algérie, le 17 octobre 1961, en est un exemple (Einaudi, 1991)

Désinformation par l’État et assassinats par la police

Des policiers disent que certains d’entre eux ont été tués et découpés à l’arme blanche à Ouvéa par des Kanaks (FLNKS) preneurs d’otages, afin d’obtenir l’indépendance de leur île. Le 22 avril 1988, Jacques Chirac, alors premier ministre, tient un discours pour dénoncer ces "sauvageries". En réalité selon Drevillon, la population Kanak a été agressée, tabassée, menacée de mort par la police, afin de trouver où étaient les preneurs d’otages. La vingtaine de preneurs d’otages ont alors tous été exécutés (balles dans la tête), donc assassinés sans combat. Or, ils disaient vouloir négocier (l’indépendance de leur île), mais le gouvernement français ne le voulant pas, ces représentants préfèrent les faire tuer par la police. Le 28 avril 1988, Mitterrand est encore président de la République et fait donc croire qu’il ne savait pas que le FLNKS voulait négocier (alors que le 20 avril c’était déjà dans les journaux) (Drevillon, 2008) .

Usage et camouflage de la torture par la police et l’armée L’usage de la torture figure parmi les moyens les plus puissants des dictatures, mais aussi des pays qualifiés officiellement comme étant démocratiques, tels les USA, ou la France : la torture durant la guerre d’Algérie par la France, les tortures infligées aux prisonniers de Guantanamo par le gouvernement états-unien, par les armées des dictateurs d’Amérique du Sud formées par la CIA, ou par les anciens militaires français tel le Général Aussares.

"Retourner" les opposants ou les assassiner

Une pratique fréquente dans les dictatures, mais qui existe aussi dans les pays dits démocratiques consiste à "retourner" les opposants ou à les assassiner. Un certain nombre d’opposants ont été assassinés ou ont été suicidés : Ben Barka en 1965 à Paris, Dulcie September en 1998 à Paris, André Kiefer en Côte d’Ivoire, le juge Borrel à Djibouti, Sylvanus Olympio en 1963, Thomas Sankara en 1988, Modibo Keita en 1968, Amani Diori en 1974, le ministre Robert Boulin à Rambouillet, Jean Claude Méry à Paris (Affaire des HLM d’Ile de France) officiellement suicidé comme beaucoup d’autres, etc.

Soutien militaire des grandes puissances dites démocratiques aux dictatures alliées

Les Républiques qui disent faire la promotion de la démocratie dans le monde, n’hésitent pas à appuyer les dictatures, lorsque leurs intérêts sont en jeu. Pendant les huit ans du règne Habré, la France n’a pas cessé d’accroître son aide financière et militaire à un régime qui préférait investir toutes les ressources du pays dans des dépenses militaires inconsidérées, à l’encontre des besoins fondamentaux de la population, comme la santé ou l’éducation. L’armée et l’administration "d’Hissène Habré engloutissaient chacune en moyenne 200 à 250 millions par an d’aide française. L’armée française a enfoui ses possibles états d’âme face aux 40 000 personnes exécutées, 50 000 personnes emprisonnées et 200 000 personnes dépossédées de leurs biens pour cause d’opposition au régime d’Hissein Habré” (Calatayud, 1992).

Cacher un coup d’État fomenté par un gouvernement étranger derrière une fausse révolte populaire nationale

En prenant l’aspect d’une rébellion classique, les mercenaires jettent le doute sur la légitimité de tel ou tel gouvernement et introduisent l’idée que le régime est précaire et n’a pas le soutien de toute la population et donc doit être condamné. Cela contraint donc le gouvernement à entrer en conflit et il devient alors l’agresseur aux yeux de la communauté internationale.

De nombreux putschistes et mercenaires sont financés par un État ou une entreprise étrangère, afin de servir leurs intérêts. Ainsi si le coup d’État réussit, ces derniers seront proches d’un pouvoir qui servira leurs projets économiques ou politiques. Si le coup d’État échoue, compte tenu du fait qu’ils ne sont pas les acteurs de ce coup de force, ils ont peu de chance d’être inquiétés. Lorsqu’un État A ne sert pas ou plus les intérêts des entreprises d’un État B, le gouvernement de ce dernier use parfois du coup d’État pour placer de nouveaux dirigeants au pouvoir, qui seront plus à même de servir leurs intérêts. Ce fut le cas avec le gouvernement français qui décida de mener un coup d’État, via des rebelles locaux et / ou des mercenaires, notamment au Tchad, au Comores (avec Bob Denard), en Côte d’Ivoire..

Là encore, l’État agresseur peut les utiliser sans être mis en cause, comme lors du coup d’État aux Comores en 1995 où Bob Denard arrive avec 33 hommes pour monter à l’assaut du palais présidentiel de Saïd Djohar. L’État français intervient et arrête les mercenaires qui seront emprisonnés sauf Bob Denard, évacué par un appareil de l’armée française (Caminade, 2003).

La guerre au service des intérêts des entreprises nationales

Officiellement, le départ pour la guerre contre une nation adverse est toujours légitimé par des mobiles vertueux, de hautes valeurs morales : la défense de la liberté, de la démocratie, de la justice. Mais derrière ces nobles motifs, les véritables motivations sont parfois moins claires.

Les guerres permettent de contrôler économiquement un pays afin de permettre aux entrepreneurs privés d’une nation de s’accaparer les richesses (pétrole, uranium, minerais...) ou humaines du pays, Le Chili aura été un terrain d’expérimentation des théories libérales de Milton Friedman consistant à mettre sous tutelle les pays producteurs de matière première (énergie, métaux, nourriture...) afin de garder la maîtrise de l’économie mondiale. Cela supposait de briser les gouvernements et l’économie de ce type de pays (Petras, 2001 : 114). La colonisation de l’Asie, de l’Amérique Latine et de l’Afrique sous le couvert d’apporter la civilisation visait d’abord cela. La traite négrière en Europe et en Amérique du Nord a servi cet objectif. La guerre des États-Unis contre l’Irak a permis à l’industrie pétrolière américaine de faire main basse sur les hydrocarbures du pays. Si la France s’est opposée à cette guerre, ce n’est pas seulement pour défendre l’État de droit mais aussi pour défendre les échanges privilégiés de ses industries avec l’Irak.

Ce fut le cas aussi de la Guerre du Biafra, dans laquelle la France soutenait les rebelles afin de récupérer le pétrole pour ses transnationales (Elf) (Verschave, 1999).

La guerre accroît les dépenses de l’État et les profits des entreprises La guerre permet la prédation des richesses d’une autre État, d’une autre région ou d’une autre ethnie. Le génocide des Juifs a permis au régime nazi de s’accaparer les richesses des familles déportées. La guerre des États-Unis contre l’Irak a accru les bénéfices de l’industrie privée d’armement des États-Unis notamment. Le financement des deux camps de la guerre civile par Elf au Congo-Brazzaville, en Angola a accru les profits de marchands d’armes (tel Falcone) (Verschave, 2001). La vente d’arme par la France et les États-Unis notamment aussi bien à l’Iran qu’à l’Irak, durant leur longue guerre, a permis aux vendeurs d’armes de s’enrichir (Verschave, 2003).

De manière générale, l’extension des conflits dans le monde profite aux vendeurs d’armes. Ainsi, la carrière politique de Jacques Chirac a été lancé par le marchand d’armes Marcel Dassault (Verschave, 2003).

Guerre extérieure menée vers un Etat étranger dans un but géostratégique

Les guerres ont parfois un motif économique et politique indirect. Lorsque les gains économiques ou politiques directs sont nuls, alors les opérations humanitaires par les armées sont quasiment inexistantes. De très nombreux conflits et massacres des populations sont commis dans des dizaines de pays, sans même que l’opinion publique mondiale ne soit informée.

S’il n’y a pas de motif économique, il est rare qu’il n’y ait pas un motif politique. Soutenir un pays, c’est aussi s’assurer un allié supplémentaire dans les organisations internationales, son vote à l’Assemblée générale de l’ONU et dans d’autres de ses agences. De plus, les guerres et le développement du terrorisme permettent aux puissances militaires dominantes (USA, OTAN, France...) de pénétrer des zones et de s’y installer durablement, afin d’y consolider leur influence et leur maîtrise.

Financer chacun des deux camps pour gagner à tous coups.

Cela peut se faire dans le cadre d’élections politiques ou bien durant une guerre en finançant les armes des deux camps, Elf finançait les deux parties en conflit dans la guerre civile angolaise qui opposait depuis 1975 le gouvernement et un mouvement rebelle, l’UNITA (Global Witness, 2003).

Le fait d’entretenir la guerre entre deux camps en leur vendant à chacun des armes, pour les diviser et les affaiblir va permettre au financeur de s’enrichir et d’asseoir son pouvoir, comme l’a fait notamment la France durant la guerre Iran-Irak (Vershave, 2003).

Faire la guerre par procuration grâce à des milices privées Lorsqu’une armée ne veut pas faire la guerre directement, elle peut s’appuyer sur différents moyens. En faisant appel à des milices privées ou des mercenaires, l’armée officielle ne peut être tenue pour responsable des actes illégaux commis (Renou, 2005). En France, pour les projets liés à la Françafrique, on privatise temporairement des membres de l’armée ou des services secrets, afin de dégager notre pays de ses responsabilités.

Le secret de la raison d’État : la boîte de Pandore contre la transparence démocratique

Au delà du financement pas toujours très légal des services secrets, les États, sous le motif de la raison d’État, classent « top secret » certaines affaires. Le fait qu’il faille parfois, pour des raisons de défense nationale invoquer le « secret d’État », engendre un biais très préjudiciable à la transparence de la démocratie. Si au départ, les motifs sont légitimes, ensuite, la pratique se développe et les élus, ou les administrateurs de l’État utilisent le motif de la raison d’État pour dissimuler des éléments dont leurs citoyens devraient légitimement être informés. En 1989, par exemple, sous les motifs officiels de ne pas inquiéter la population, les Français n’ont pas été informés à temps des retombées du nuage radioactif de Tchernobyl. En réalité, on peut supposer que le lobby militaro-industriel du nucléaire n’avait pas intérêt à laisser se développer une psychose autour du danger des centrales nucléaires.

De plus, l’on observe parfois une collusion entre les services secrets et les intérêts économiques privés. Maurice Robert était chef de la sécurité d’Elf et ancien chef des services secrets français en Afrique, pivot du réseau Foccart-Chirac (Verschave, 2001, 32). Par ailleurs, certains présidents africains ont été chaperonnés par un colonel de la DGSE, soi disant chargé de sa sécurité, et de multiples conseillers français. Par exemple, tous les conseillers du « président » ivoirien Houphouët Boigny étaient français (Verschave, 2000).

Créer de faux motifs pour lancer des actions agressives ou « répressives »

Les stratèges de certains gouvernements vont parfois jusqu’à créer des faux attentats ou de fausses preuves, afin de discréditer un individu, un État ou groupe d’opposants au régime en place ou pour justifier ce qu’ils qualifient de « guerre punitive », ou « préventive ». Le cas récent le plus connu fut les fausses preuves inventées (photos truquées sur des usines de fabrication d’armes nucléaires) du gouvernement des États Unis devant l’ONU, pour obtenir leur accord afin d’envahir l’Irak de Saddam Hussein. Ainsi, le pétrole irakien est-il passé sous le contrôle des États-Unis et l’Irak sous le pouvoir de l’armée.

Le contrôle des naissances et l’eugénisme contre l’arme démographique Les moyens de contrôle des individus, la « discipline des corps » telle que la qualifie Foucault dans Surveiller et Punir (1975) prend des formes variées : l’organisation du travail dans l’entreprise, la surveillance des prisonniers, le respect de la discipline par les soldats vis-à-vis de leur hiérarchie... « La discipline des populations » prend la forme du planning familial, du contrôle des naissances, des migrations, de la santé publique...

Selon Galton, le neveu de Darwin, il faut intervenir (l’eugénisme) pour favoriser la procréation des plus doués, c’est-à-dire de ceux qui réussissent - et, parallèlement, freiner la procréation des pauvres, c’est-à-dire de ceux qui échouent, qui ne devraient pas survivre (Galton, 1989). Cependant, comme Malthus, Galton ne remet pas en question les inégalités sociales. Leur conception s’oppose donc à une politique sociale de stabilisation démographique fondée sur une répartition des richesses, permettant l’accès à l’éducation, à l’emploi pour tous et à l’émancipation des femmes.

Sir Julian S. Huxley (1887-1975) a été vice-président de l’Eugenics Society de 1937 à 1944, puis Premier Secrétaire Général de l’UNESCO, de 1946 à 1948 et à nouveau président de l’Eugenics Society de 1959 à 1962. Il fut d’autre part le fondateur du World Wildlife Fund (WWF) (Cavanaugh-O’keefe, 1995). Ce dernier déclara au sujet des populations les plus pauvres que « bien trop fréquemment, ils doivent être assistés par des fonds publics, et deviennent un fardeau, pour la communauté (…), des tests d’intelligence et autres ont révélé qu’ils ont un Q.I. très bas ; (...) Ici encore, la stérilisation volontaire pourrait être utile » (Huxley, 1946).

Le rapport du National Security Council, préparé en 1974, sous la direction d’Henry Kissinger, fut déclassifié en 1980 et tenu secret jusqu’en 1989. Il visait à éviter le développement de la population des PED, considéré comme un danger pour la perpétuation de la puissance des nations blanches et riches. Kissinger y mentionnait ceci : « Les États-Unis sont-ils prêts à accepter un rationnement de la nourriture, pour aider les gens qui ne peuvent/veulent contrôler leur taux de reproduction de population ? » (Kissinger, 1974 : 82).

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LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE PAR LE POUVOIR RELATIONNEL ET L’IDÉOLOGIE

LE RÔLE DES RÉSEAUX ET DES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES Les associations professionnelles contribuant à l’élaboration des politiques internationales

Les associations professionnelles (lobbies) exercent une influence parfois plus puissante sur les élus, que les électeurs eux-mêmes. En effet, de par leur position sociale, “ leur capital économique, culturel, symbolique, social (le réseau des relations)", tel que le définit Bourdieu, certains de ces individus, groupes ou lignées, influencent de façon plus ou moins indirecte, une part des décisions politiques et économiques internationales. Quelques-uns sont des leaders politiques de premier plan. Mais la plupart d’entre eux sont généralement inconnus du grand public, bien qu’ils occupent des postes hauts placés dans le secteur professionnel ou politique. Parmi, ces différentes organisations on peut citer parmi les plus connus : CFR, Trilatérale, Bilderberg, WBRound Table, Bohemian Grove, Skulls&bones... Or ces réseaux exercent une influence parfois plus puissante sur les élus que les électeurs eux-mêmes.

Gramsci (1975) a souligné le rôle des intellectuels dans l’hégémonie idéologique et la puissance des think thanks. Ces derniers sont des sortes de clubs de réflexion qui diffusent des idées. Les think thanks les plus influents actuellement mettent la puissance de leurs idées et leurs meilleurs intellectuels au service de l’idéologie, des politiques des classes dominantes. Le sociologue français, Michel Crozier a ainsi réalisé, avec Samuel Huntington, un rapport en 1975, pour la commission trilatérale (Crozier) .

Les dirigeants de la CCI, tel Maucher, ceux de l’ERT, et, des ETN telles Nestlé, Shell ou Unilever participent régulièrement aux rencontres de Davos et du groupe Bilderberg (Balanya, 2003). C’est dans ces lieux que se forgent les idées néo-libérales au plan mondial que ces derniers se réunissent tous les ans (Gill, 1990 : 127).

Le groupe Bilderberg, fut créé en 1954, grâce à un cofinancement de Unilever et de la CIA. Selon le politologue Stephen Gill, Il a pour but “d’encourager des discussions ouvertes et confidentielles (...) entre les nations de l’axe atlantique" (Gill, 1990 : 127), en particulier les États-Unis et l’Europe de l’Ouest. Selon un ancien délégué du groupe, le consensus élaboré au sein de ce forum sert de base à l’évolution des politiques internationales. Bilderberg “compose la toile de fond des politiques qui sont mises en place par la suite. Ainsi, le Forum économique mondial à Davos en février, les rencontres Bilderberg et du G8 en avril-mai et la conférence annuelle du FMI et de la Banque Mondiale en septembre. Une sorte de consensus international émerge (...). Ce consensus devient la toile de fond des communiqués du G8 ; il inspire le FMI lorsqu’il impose le programme de réajustement à l’Indonésie, et la politique que le Président américain propose au congrès” (Armstrong, 1998).

David Rockefeller fut le fondateur du Bilderberg puis de la Commission Trilatérale. "Ces deux lobbies sont les véritables architectes de la mondialisation néo-libérale” selon M. R. Jennar (2005). D. Rockefeller a déclaré à Newsweek international, “quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire” (Rockefeller, 1999). “Ce même personnage avait déclaré huit ans plus tôt devant la Commission Trilatérale : la souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est préférable au principe d’autodétermination des peuples” (Jennar, 2005 : 17). Certains auteurs, tel Fritz Scharpf, estiment que la légitimité par l’élection peut nuire au résultat, puisque le peuple n’est pas un expert (Scharpf, 2000), qu’il est versatile et émotif. Scharpf privilégie une gouvernance fondée surtout sur les outputs, c’est-à-dire la légitimité par un résultat notamment économique, plutôt qu’une légitimité issue de l’élection par les peuples. C’est sur ce type d’argument, fondé sur la légitimité par le résultat, que se sont appuyés les régimes autoritaires pour justifier leur autoritarisme, souligne Hermet (2003 : 21). C’est donc, pour leur éviter de commettre des erreurs nuisant à l’intérêt du peuple lui même, que les élites proposent d’ériger la gouvernance, par les seuls experts et les élites économiques et politiques.

La vision de Nietzsche illustre bien celles de certaines élites, tel Rockefeller. Pour Nietzsche, la démocratie est un fléau pour l’humanité, car elle inaugure le pouvoir de la masse, du peuple ignorant (Nietzsche, 1976). Spencer, un contemporain de Darwin, considérait que la loi du plus fort était une loi naturelle, qui devait s’appliquer aux sociétés humaines. Ne favoriser que les élites est préférable pour le développement de l’humanité, car c’est le sens de l’évolution naturelle, la sélection naturelle du plus fort sur le plus faible. Par conséquent, l’aide sociale, les services sociaux, l’école publique sont nuisibles à l’humanité, car ils viennent gaspiller des ressources nécessaires pour développer les qualités des élites (Spencer, 1889).

Romano Prodi figure notamment parmi ces élites. En 2006, il dirige l’Italie, or il a été auparavant membre du comité de direction du groupe Bilderberg. Avec Pascal Lamy, actuel directeur de l’OMC et autrefois représentant de l’UE à l’OMC, ils ont à participer aux réunions du groupe Bilderberg en 2001 et 2003.

Tous les ans, les représentants de BP, Exxon, Shell, Unilever se rendent à la réunion annuelle du groupe Bilderberg (Balanya : 2005 :292). En 1997, son comité de direction était notamment composé de Peter Sutherland (ex-directeur du Gatt), du PDG de BP, d’Henry Kissinger, de James Wolfensohn (ex-directeur de la Banque Mondiale), d’Etienne Davigon...Ce dernier illustre l’omniprésence de ces réseaux privés et de ces élites non-élues dans l’élaboration des politiques internationales par les pouvoirs publics. Il présidait le Groupe Bilderberg en 1999 et était membre du comité directeur en 1997 (Balanya, 2005 : 293-292). Il a été membre de l’ERT (European Roundtable) et commissaire européen à l’Industrie de 1977 à 1994 (Balanya, 2005 : 68).

En 1973, David Rockefeller, présidait le Conseil pour les relations extérieures (Concil Foreign Relations (CFR)) qui regroupe des dirigeants d’entreprise des États-Unis qui “contrôle plus de la moitié des richesses du pays” (Korten, 1995).

Selon Stephen Gill, les membres de la Commission Trilatérale cherchent aussi à y déterminer les politiques économiques qui seront adoptées aux niveaux national et international par les dirigeants politiques. Or, les entreprises à vocation nationale et les organisations de travailleurs y sont sous-représentées (Gill, 1990). Précisons cependant que le pouvoir des réseaux et des lobbies, n’est pas si important que certains voudraient le penser. S’ils disparaissaient, cela n’aurait qu’un impact relatif, dans la mesure où il ne sont qu’un aspect d’une bonne dizaine d’autres formes de gouvernance non démocratique.

La puissance des réseaux contre la démocratie ?

Après sa victoire aux élections présidentielles, Nicolas Sarkozy invite au Fouquet’s, un palace parisien, les membres les plus proches de son réseau. On y trouvait notamment B. Arnault, Bolloré, Dassault, Decaux, Bouygues (Parrain d’un de ses fils), Desseigne (Barrière), Bernheim (Generali), Desmarais (Power Corporation), Kron (Alsthom), Frère (Suez), Proglio (Véolia)... (Chemin, 2005). De même au mariage de la fille de Bernard Arnaud, le 22 septembre 2005, le magazine Paris Match rapporte que six ministres en exercice étaient présents. Michel et Monique Pinçon, dans leur livre sur les grandes fortunes, montre que la richesse ne repose pas seulement sur l’argent mais sur des réseaux sociaux et un capital de privilèges socioculturels transmis par des dynasties familiales (2006). Cet aspect dynastique n’est pas sans rappeler les pratiques de la noblesse et de la royauté. Les privilèges officiels de l’aristocratie ont disparu pour la plupart (excepté pour certaines familles royales), mais cette pratique dynastique se perpétue, au plan social, économique et souvent même sur le plan du sang (mariage entre nobles).

Parallèlement aux réseaux politiques, on trouve des réseaux économiques. Par exemple dans les relations entre la France et l’Afrique, les réseaux les plus influents sont ceux d’Elf-Total, Bolloré-Rivaud, Bouygues, Castel… Les réseaux religieux et ésotériques ont aussi leur place. Il y a notamment les groupes catholiques, le Vatican, l’Opus Dei, la Loge P2

Le réseau franc-maçon, en France et dans le monde, contribue parfois à limiter l’impartialité des juges. Le magistrat, Eric de Montgolfier, a dénoncé certains agissements, puis en janvier 2004, le magistrat Bernard Bacou décide de saisir lui-même le Conseil supérieur de la magistrature au sujet du doyen des juges d’instruction du tribunal de Nice, en l’accusant d’impartialité et de solidarité criminelle entre des prévenus et lui-même. En effet, ce juge était franc-maçon et jugeait une affaire dans laquelle l’accusé était lui même un « frère ». Or l’un des premiers serments de la franc-maçonnerie est le serment de solidarité (Etchegoin, 2004).

L’influence des puissances économiques sur les dirigeants politiques repose donc notamment sur des relations liées à l’importance de leur statut (capital symbolique) et consiste à négocier des accords ou des lois grâce à leurs poids économique (capital économique), à placer leurs anciens dirigeants dans les appareils politiques (capital social). Ou à l’inverse, les grands propriétaires capitalistes sont en mesure de s’acheter les services d’ex-hommes d’État, de se servir de leur image, de leur notoriété, de leur reconnaissance sociale (capital symbolique).

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LA PROXIMITÉ DES RÉSEAUX D’EXTRÊME DROITE ET DES ÉLITES INTERNATIONALES

L’idéologie fasciste : un capitalisme totalitaire

Parmi les hauts dirigeants économiques et politiques mondiaux, on relève une proportion importante de personnalités favorables aux idées d’extrême droite (royaliste, fasciste, nazie...). Ces dernières convergent autour de différents points communs. L’idée centrale repose sur une vision naturaliste, celle d’un darwinisme social , d’un monde naturellement hiérarchisé.

Ce serait une erreur de chercher, comme le font les communistes, à égaliser les conditions des hommes. Ainsi, ils estiment que les décisions ne doivent pas être prises par le peuple (suffrage universel, démocratie parlementaire) mais qu’il faut confier le gouvernement aux seules élites politiques et économiques (les grands capitalistes), qui disposent seules des compétences nécessaires (Pannekoek, 1998).

Chez les nazis, il a de plus l’idée d’une hiérarchie entre les races. La race blanche supérieure serait élue par Dieu, pour diriger le monde. D’où la nécessité de la recherche de la pureté du sang (droit du sang) pour protéger un groupe (dynastie monarchique, race blanche, race aryenne...), que l’on retrouve dans le noblesse (le sang bleu) et la monarchie... (Hitler, 1925).

Les réseaux d’extrême droite en France et dans le Monde Des commissions parlementaires ouvertes en Italie, en Suisse et en Belgique ont mis en lumière l’existence des réseaux Stay Behind (Gladio en Italie) crées par la CIA après la 2e guerre mondiale, afin d’exfiltrer les anciens nazis, tel Klaus Barbie, dont les compétences pouvaient leur être utiles (Erdman, 1991). Le très secret OPC (Bureau pour la coordination politique) des États Unis, dirigea différents réseaux dont les Stay Behind, provoqua la prise de pouvoir des juntes latino-américaines (généralement à l’idéologie d’extrême droite), utilisa les hautes instances franc-maçonnes notamment à travers la Loge P2 (dont fit partie Silvio Berlusconi), la mafia, le Vatican (Ganser, 2007). Le service action des services secrets français (le 11e Choc du Sdece) a chapeauté les membres du réseau Stay Behind français. Ce dernier a longtemps été commandé par le général Paul Aussaresses, dépendant en fait de l’OTAN, par le biais du colonel Foccard. (Verschave, 2003, 34).

On observe une convergence idéologique autour des idées d’extrême droite dans plusieurs organisations françaises. Le SAC (le Service d’action Civique) a été créé en 1959 par Foccart et Pasqua (dont il devient le vice-président en 1967) avec Etienne Léandri (Verschave, 2000, 418) et au service des intérêts de De Gaulle. Il a regroupé une large partie d’anciens collaborateurs de l’Allemagne Nazie tel Paul Touvier (Verschave, 2003, 34). Jean Charles Marchiani était au bureau du RPF (présidé par Pasqua), et a conduit un temps la liste du FN à Toulon (Nice Matin, 4 janvier 2000). Il est pro-Algérie française, catholique de droite. Il a été aussi membre de la DGSE jusqu’en 1969, préfet, conseiller de Charles Pasqua lorsqu’il était ministre de l’Intérieur (Verschave, 2000, 429). En 2008, il demande l’amnistie présidentielle pour échapper aux sanctions pénales qu’ils doit assumer (il est notamment accusé d’avoir reçu des commissions illégales dans les ventes d’armes (Thomson, Falcone).

La communication comme propagande

Les campagnes de dénonciation des mouvements sociaux se heurtent aux campagnes de communication et de relations publiques des entreprises qui s’appuient sur une expertise et des ressources financières largement plus conséquentes. Les relations publiques sont ainsi qualifiées, dans les années 1920, "d’industrie du consentement" (Richter, 2004 : 149). Les relations publiques des entreprises sont, selon Harold D. Laswell, un de ses théoriciens, "la découverte que la propagande est moins coûteuse que la violence, la corruption, et autres techniques de contrôle" (Laswell, 1935 : 524). Nous qualifierons pour notre part de communication marketing, les pratiques de communication des entreprises qui visent à organiser le consentement du public, en s’appuyant sur des campagnes publicitaires, le packaging des produits et les relations publiques pour atteindre leurs fins, c’est à dire la maximisation de leur profit.

La puissance d’influences idéologiques de la Banque mondiale et la novlangue

D’après Susan George, les institutions de Bretton Woods cherchent à atteindre un leadership intellectuel. Le FMI et la Banque ont été utilisés comme les portes drapeaux du libéralisme. Elles ont une énorme puissance économique et médiatique, et au travers de la masse très importante de leurs publications, elles influencent une grande partie de la pensée des universitaires et des chercheurs. Elles recrutent les "meilleurs cerveaux" des grandes écoles et "exercent ainsi un effet "pervers" sur la rigueur intellectuelle", fait remarquer Susan George (1994 : 224), d’autant. que les "critères d’allégeance à la hiérarchie" et à l’autorité y sont fort développés (George, 1994 :152.).

Un autre instrument de leur hégémonie idéologique est leur aptitude à la récupération et à la manipulation conceptuelle. La Banque utilise "des mots solennels et des formules magiques pour transformer la réalité » (George,1994 : 207). Face aux défenseurs de l’environnement qui risquaient de mettre un terme à la philosophie de la croissance illimitée des intérêts privés, la Banque a réutilisé la notion de développement durable en instituant une politique de croissance durable.

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LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE ISSUE DE LA DIMENSION PSYCHOSOCIOLOGIQUE (SOCIO-IDENTITAIRE)

Le besoin psychologique de pouvoir contre la démocratie

On ne peut donc pas considérer que les problèmes politiques ne relèvent que de déficiences de nature sociale, ils relèvent aussi de faiblesses psychologiques donc individuelles. Plus les individus s’élèvent dans les structures du pouvoir économique ou politique, plus le besoin psychologique du pouvoir est susceptible d’être stimulé. Certains y succombent, d’autres non et d’autres préfèrent s’en écarter pour éviter ce type de difficultés. Ils s’en trouvent aussi qui restent pendant un temps à des postes de pouvoir sans succomber à ces vicissitudes. En effet, les problèmes d’ego et de pouvoir, d’agressivité, d’intolérance, etc. sont les premiers pas vers les pratiques anti-démocratiques, aussi bien au sein de la gouvernance globale non-démocratique, comme des mouvements sociaux d’ailleurs.

Alfred Adler (1870-1937) est l’un des trois pères fondateurs de la psychanalyse avec Freud et Karl Abraham. Il va élaborer une théorie de la psychologie individuelle, fondée sur le besoin de puissance visant à compenser un sentiment d’infériorité inhérent à tout être humain névrosé. C’est à dire tout le monde… Dans cette perspective, les meilleures lois, règlements et procédures promulguées par les organisations internationales, les États, les entreprises et même les associations ne suffiront pas à faire respecter la démocratie en leur sein et ni à l’extérieur. Car un comportement démocratique ne relève pas seulement d’un savoir-faire. En effet, le dialogue démocratique suppose aussi le dialogue et l’écoute sincère entre les personnes, une certaine éthique de la discussion, une volonté de dialogue de chaque individu, une ouverture à l’autre dans le respect de ses limites, de ses différences... En un mot un savoir être ne se limitant pas à un savoir faire. Il y a peu d’espoir de “faire de la politique autrement” sans cette prise en mains du premier niveau politique : la conduite de chacun par lui-même. N’oublions pas ce vieil adage, “la fin ne peut justifier les moyens”. Pour cette raison, l’autre pan de l’action politique relève de l’action de soi sur soi.

Les différences de respect des règles sociales aux trois étages de la société

Fernand Braudel a montré que, depuis les origines de l’humanité, se sont édifiés progressivement trois étages de l’économie, auxquels correspondent trois étages de la société. Les trois étages de l’économie se sont constitués à travers un processus d’éloignement. Au rez-de-chaussée, l’étage de fondement, se développe une économie non-monétaire, de survie, de subsistance familiale. Au premier étage, est pratiquée l’économie d’échange local, c’est l’étage de la régulation légale. L’étage supérieur, étant celui de l’économie-monde, celui de l’accumulation (des ressources et de la puissance), de la distance, de l’opacité... A cet étage, les acteurs font le contraire de ce qu’ils disent. Ils incitent à la pratique des règles du marché, mais grâce à leur puissance et à leur éloignement de l’opinion publique, ils cherchent constamment à constituer des monopoles. Braudel montre ainsi qu’il existe un étage intermédiaire qui pratique les règles du jeu ; un premier étage qui ne les pratique pas encore et un étage supérieur qui ne les pratique plus, tout en tenant un double langage.

Le même schéma se retrouve au niveau politique. Au rez-de-chaussée il y a le clan et la famille. Au premier étage, l’échange, le débat public, la démocratie locale et à l’étage supérieur la macro-politique qui pratique le double langage. Ainsi, au 3è étage de la pyramide, lorsque l’on appartient au groupe des élites ou de la même classe sociale, on peut être tenté de se considérer comme supérieur, comme au-dessus des lois. C’est ce qui explique que tant de dirigeants politiques et économiques, tels le PDG d’Elf, Roland Dumas ou Charles Pasqua, par exemple, dérapent et se retrouvent devant les tribunaux. Ils estiment qu’étant membres de l’élite, ils n’ont pas à fonctionner comme les autres, et qu’à la limite, s’ils le faisaient ce serait mauvais pour eux et pour l’intérêt général tel qu’ils le conçoivent. Ainsi, certains tels Rockefeller, se prononcent contre la démocratie car elle conduit à laisser le pouvoir à des ignorants et cela ne permet pas de prendre des bonnes décisions (Rockefeller, 1999). Ce sont les experts qui doivent décider. C’est pourquoi ils considèrent que les référendums par exemple, tel celui sur le traité constitutionnel européen, sont préjudiciables à l’intérêt général car les électeurs ne disposent pas de connaissances suffisantes pour voter en connaissance de cause.

La pression sociale et l’imitation contre la légalité

Beaucoup de citoyens ordinaires, s’ils étaient placés du jour au lendemain, aux commandes d’une transnationale exerçant des pratiques illégales ou d’une dictature, deviendraient probablement des dirigeants corrompus ou des tyrans. D’une part pour des raisons psychologiques, liées au besoin de pouvoir (plus ou moins refoulé), tel que l’analyse Adler (1918). D’autre part du fait de la pression sociale de leurs collègues et de l’imitation, par l’isomorphisme (Powel, DiiMaggio : 1983 : 152), afin de rester conforme aux pratiques de ce milieu, de cette culture et de ses codes. L’individu tend à reproduire les pratiques de sa classe sociale. C’est le phénomène de "reproduction" décrit par Bourdieu (1972). Comme l’explique Braudel, lorsqu’un dirigeant exerce au "3e étage de la société", au sommet des responsabilités nationales et internationales, il reproduit les règles sociales, les pratiques de ses pairs qui se sentent au dessus des lois créées pour la masse des citoyens. Ils se considèrent comme membres de l’élite, donc au-dessus de celles-ci. Les abus de pouvoir ne sont donc ni uniquement de nature psychologique, ni uniquement liés aux structures sociales, tel que l’explique Braudel. C’est donc une erreur de penser que tous les grands dictateurs sont des psychotiques (même si cela a pu être le cas parfois), même si souvent le « le pouvoir total rend totalement fou ». Il existe donc une relation dialectique entre le besoin psychologique du pouvoir et les structures de domination politique et économique, ce qui nuit à la démocratie. On doit donc considérer que les problèmes politiques relèvent aussi bien de déficiences de nature sociale, donc collective, que de faiblesses psychologiques donc individuelles.

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CONCLUSION

Essayons pour conclure de hiérarchiser les différentes formes de gouvernance de l’action publique en Afrique, qui sont responsables de la situation actuelle de la pauvreté et des inégalités. Finalement, la dimension psychologique, le besoin de pouvoir (Adler), la volonté de pouvoir (Nietzsche) semblent la cause première. En effet, lorsqu’un être humain normal, moyen, se situe dans une situation sociale qui ne limite plus son besoin d’omnipotence (l’enfant roi), alors il tend à se laisser aller à des actions et à prendre des décisions non démocratiques et parfois illégales.

Cependant, la cause seconde qui suit directement relève de la gouvernance psycho-sociale, du déterminisme social, c’est à dire de la pression éducative, professionnelle, sociale qui oriente un dirigeant dans ses décisions.

La troisième cause qui explique les inégalités sociales relève des déterminismes de la gouvernance économique, financière et idéologique. Gramsci (1975), puis Cox (1996) ont montré l’interaction entre les superstructures et les infrastructures, entre les forces productives et l’idéologie (de l’État, de la société civile..). Comme l’a montré Marx, les inégalités sont donc le résultat d’une lutte de classes, de l’exploitation, de la domination et de l’aliénation. Le capitalisme national et mondialisé reste donc la cause dominante, après la dimension psycho-sociologique, liée au besoin de pouvoir. Par conséquent, c’est autant le pouvoir et les causes politico-idéologiques que le pouvoir et les causes économiques qui peuvent expliquer les inégalités actuelles mondiales et non la seule dimension économique.

En particulier, c’est le pouvoir politique des propriétaires des biens économiques (finance et moyens de production aux mains des capitalistes) qui domine largement le pouvoir politique des dirigeants des pouvoirs publics. Donc, pour reprendre notre typologie, il s’agit de la gouvernance économique, financière, idéologique et de la gouvernance par les pouvoirs publics (nationaux et internationaux). Le 4e niveau du pouvoir ou de la gouvernance regroupe la gouvernance par la violence (policière, militaire...), le pouvoir relationnel (les réseaux) et la gouvernance nationaliste (impérialiste). La dimension illégale vient donc renforcer les carences de la gouvernance non-démocratique mais reste finalement secondaire, même si elle semble largement sous-estimée. En effet, les causes premières sont les insuffisances psychologiques (besoin de pouvoir égocentrique), les carences de la démocratie (politique, économique et sociale), puis les causes économiques (le capitalisme économique) et enfin l’illégalité.

De même, si le capitalisme économique et politique peut expliquer la situation mondiale actuelle d’inégalité extrême, le libéralisme avec son système de dérégulations ne vient que le renforcer, en accentuant encore les tendances vers le non respect des règles de certains des élites (la corruption). Ainsi, si le capitalisme libéral n’est pas la cause première des inégalités, il vient largement renforcer les faiblesses humaines (le besoin compulsif de pouvoir), le manque de démocratie et la tentation de la corruption et de l’illégalité.

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