Drill, Baby Drill !

Par Stéphane GENDRON
Collaboration spéciale
Chroniqueur Journal de Montréal
qui a mis ses journalistes en lockout
Québec - Canada
Publié le 4 mai 2010

 

C'est par ce chant grotesque et vulgaire que la Convention républicaine s'était déroulée en 2009 à St-Paul. Celle-là même qui devait désigner -oh ! malheur ! - Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence des États-Unis.

C'est d'ailleurs à ce rustique personnage que nous devons la publicité énorme de cette devise, devenue aujourd'hui la source de tant de cauchemars chez nos voisins du Sud. Pourtant, en 2008, le sénateur Obama avait pris l'engagement solennel qu'advenant son accession à la présidence, il maintiendrait le moratoire actuel sur l'exploration au large des côtes américaines pour des raisons de protection environnementale ( off-shore drilling). Puis, coup de théâtre, le 31 mars 2010, le président Obama levait le moratoire lors d'un discours en Virginie. L'indépendance énergétique des Américains passerait donc avant toute chose. L'avenir lui a donné tort.

Pendant que les États-Unis panseront leur plaie pendant les 20 prochaines années, bien peu de gens se souviendront que le Québec a aussi sa Sarah Palin en la personne de Palin Marois. Ainsi, c'est en juin 2008 que Marois donnait publiquement son appui aux opérations de prospection et de forage dans l'estuaire du St-Laurent au nom de la «souveraineté économique du Québec.» C'est ce que Marois déclarait à la presse tout entière alors qu'en tant que future présidente de la République, elle salivait déjà sur les quelque 50 milliards de revenus escomptés en provenance du sous-sol du fleuve St-Laurent et de son estuaire.

Avec sa nouvelle marotte sur la richesse, Marois n'hésite plus une seconde à avancer l'idée de l'exploration gazière et pétrolière au beau milieu du fleuve. Le 20 août 2008, Marois dénonçait l'attitude paresseuse de Charest en cette matière pour réaffirmer : «Ces milliards de dollars, les Québécois en ont besoin. C'est une source de richesse collective dont on ne peut se passer.» Dans leur plus récente fin de semaine de réflexion sur la richesse, les péquistes avaient à cogiter sur cette position de leur parti : «Les revenus tirés d'une éventuelle exploitation de ces ressources permettraient par exemple au Québec de réduire la dette publique. Ces revenus permettraient également à la nation québécoise de financer un grand chantier de développement des technologies et des énergies vertes.»

Au lieu d'attendre une demande formelle relativement au forage dans le fleuve, le gouvernement du Québec aurait intérêt à instaurer rapidement une commission scientifique chargée d'étudier la faisabilité environnementale et sécuritaire d'un tel projet. Servons-nous immédiatement du malheur des uns pour aborder cette importante question de choix de société avant que nos ennemis, les conservateurs fédéraux, revendiquent ce droit et nous l'imposent par soif fiscale.

Avant de prendre position et de lancer nos bulles pontificales à gauche et à droite, il est essentiel de faire le point de façon objective. De plus, cette même commission scientifique devra aussi aborder l'épineuse question constitutionnelle relative à la propriété des ressources naturelles puisées à même le sous-sol marin du fleuve St-Laurent. À quoi bon s'entredéchirer sur un tel projet si la propriété même de la richesse énergétique tombe sous le couperet de la juridiction fédérale ? Voilà l'essence même d'un contentieux qui risque davantage de provoquer une catastrophe au niveau politique si ne sont pas établies clairement les prétentions du Québec sur une telle richesse.

Pour une fois que l'on peut aborder la réalisation d'un projet majeur en s'évitant de réagir en poule sans tête comme ce fut le cas avec la rénovation «obligée» de Gentilly 2.