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La braderie de l'île d'Anticosti
La protection a pris fin en 2009 pour favoriser les pétrolières

Le gouvernement de Jean Charest a levé presque toute restriction à l’exploration pétrolière et gazière sur l’île d’Anticosti afin de permettre à des entreprises privées de mener leurs travaux librement. Cette décision, prise en 2009, tranchait nettement avec la volonté de protection de la plus grande partie du territoire respectée par Québec depuis qu’il avait acquis l’île dans les années 70.

 

La ministre des Ressources naturelles et de la Faune de l’époque, Nathalie Normandeau ( 01 ), a ainsi levé « la soustraction au jalonnement, à la désignation sur carte, à la recherche minière ou à l’exploitation minière » de la majeure partie du territoire de la plus grande île du Québec. L’objectif des libéraux était alors de « rouvrir certains terrains à l’activité minière », selon ce qu’on peut lire dans un arrêté ministériel publié dans la Gazette officielle du 2 septembre 2009.

Mais Québec n’a pas ouvert le territoire à toute forme d’exploration et d’exploitation minière. En fait, l’arrêté précise que « seuls le sable, le gravier, les roches utilisées comme pierre concassée, le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs souterrains peuvent faire l’objet de recherche et d’exploitation minière ». Il faut savoir qu'en 2012 la recherche d’hydrocarbures et leur éventuelle exploitation sont toujours encadrées par la Loi sur les mines. Il n’existe actuellement aucune législation propre à cette filière au Québec.

En ouvrant la quasi-totalité d’Anticosti aux entreprises qui recherchent des sources d’énergie fossile, les libéraux se sont trouvés à annuler un arrêté publié en mai 1974 par le gouvernement du Québec. Le document en question stipulait que tout le territoire de l’île était soustrait à toute forme d’exploration minière. À l’époque, le gouvernement - qui venait de racheter l’île d’Anticosti à l’entreprise Consolidated Bathurst pour un montant de près de 25 millions de dollars - comptait notamment transformer ce territoire en réserve faunique.

Des travaux forestiers ont cependant été permis et certaines zones restreintes ont fait l’objet de travaux d’exploration pétrolière, surtout de la part de la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec. Entre 2002 et 2007, la société d’État y a investi 9,8 millions de dollars, sans succès. Selon ce qu’a précisé une porte-parole, quatre forages ont été réalisés avec l’autorisation du ministère des Ressources naturelles.

Pour le privé

La décision du gouvernement Charest d’ouvrir résolument la porte aux pétrolières était nécessaire afin de permettre aux entreprises Pétrolia, Corridor Resources et Junex ( 02 ) de mener leurs travaux d’exploration. L’arrêté ministériel en question a d’ailleurs été signé par Mme Normandeau en août 2009, quelques mois à peine après que Québec eut délivré des permis d’exploration à Corridor Resources et Pétrolia, respectivement le 1er janvier 2009 et le 28 avril 2009.

Ces deux entreprises ont mis la main sur tous les droits qui étaient détenus par Hydro-Québec en janvier 2008, en échange d’une « redevance prioritaire » sur une éventuelle exploitation dont les détails n’ont jamais été rendus publics. Selon ce qu’on peut constater sur une carte préparée par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune dès avril 2008, les permis contrôlés par Pétrolia et Corridor Resources se situent essentiellement sur les zones ouvertes à l’exploration privée en août 2009.

Selon la plus récente évaluation disponible, le sous-sol visé par les permis détenus par Pétrolia et Corridor Resources pourrait renfermer pas moins de 30 milliards de barils de pétrole. Les deux entreprises paient un total de 61 956,40 $ par année pour conserver leurs droits d’exploration, selon ce qu’on peut constater dans le registre des permis du ministère des Ressources naturelles du Québec. Quant aux permis détenus par Junex sur Anticosti, ils pourraient contenir pas moins de 12,2 milliards de barils de pétrole. Au total, le sous-sol renfermerait donc plus de 40 milliards de barils, selon une estimation préliminaire.

Junex, qui a réalisé des levés sismiques au cours des derniers mois, compte forer cinq puits verticaux d’une profondeur maximale de 2000 mètres chacun en 2013. Il n’est pas question, pour le moment, de procéder à des forages horizontaux et à des travaux de fracturation. Junex et Pétrolia ont toutefois indiqué à plusieurs reprises que le sous-sol de l’île pourrait plutôt renfermer du pétrole de schiste, qui devrait être extrait par de telles opérations.

L’exploration pétrolière sur Anticosti suscite d’ailleurs des critiques. Certains, dont des résidents, redoutent l’arrivée de cette industrie lourde sur une île située en plein coeur du fleuve Saint-Laurent et qui ne possède pas les infrastructures nécessaires pour le transport de pétrole ou le traitement des eaux usées des pétrolières. Et selon les données officielles du gouvernement du Québec, près d’une vingtaine d’espèces animales et végétales en péril se retrouvent sur Anticosti ou dans le secteur la ceinturant. Sans oublier qu’il s’agit d’un site géologique unique en Amérique du Nord.

Une pétition d’opposition lancée sur le site avaaz.org a recueilli jusqu’à présent 21 825 signatures.

Source: Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc.

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 13 décembre 2012

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Gaz de schiste/shale et Pétrole au Québec: qui tire les ficelles?

Anticosti: Hydro-Québec
aurait cédé un trésor

  Fiche: Pétrole

Notes & Références encyclopédiques:

01

Qui est Nathalie Normandeau ? - Sur MétéoPolitique

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02

Qui sont Pétrolia, Corridor Resources et Junex ? Sur MétéoPolitique

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Note

Hydro-Québec, ici c'est Thierry Vandal, président d'HQ et ancien membre de la commission politique du Parti Libéral du Québec, Pierre Corbeil, ministre des ressources naturelles du Québec et Jean Charest, premier ministre. L’entièreté de l’île d’Anticosti a longtemps été une aire protégée, mais l’ex-ministre de l’Environnement Claude Béchard a dézoné la vaste majorité de ce territoire, en février 2007. Source journal Rue Frontenac 17 février 2011

 

Note

Dans les années 1970, Québec comptait transformer le territoire d’Anticosti en réserve faunique. Consulter une carte des permis d'exploitation pétrolière et gazière sur l'île d'Anticosti (PDF) - Sur Le Devoir, 2011

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                                                         Étang aux castors - Île d'Anticosti