Québec a boudé un projet d'éoliennes de 4,5 milliards

04 août 2006

Éolienne: Québec dit non à Siemens

Écrit par Pierre Couture
Pour le Soleil et la Presse Affaires de cyberpresse

24 mars 2007

La multinationale Siemens a finalement installé sa base industrielle nord-américaine en Iowa

Écrit par Louis-Gilles Francoeur
Pour le journal Le Devoir

 

La multinationale allemande Siemens aurait bien aimé construire un mégaparc d'éoliennes d'une puissance de 2000 mégawatts (MW) à la baie James, dans le Grand Nord québécois. Le gouvernement du Québec lui a toutefois dit non, a appris Le Soleil.

Le plan de 4 milliards $ du fabricant d'éoliennes a été présenté l'an dernier tour à tour au ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, au bureau du premier ministre Charest et à la haute direction d'Hydro-Québec. Il a toutefois été rejeté en bloc.

Selon nos informations, la proposition de Siemens comportait plusieurs phases de développement et la création de plusieurs centaines d'emplois en sol québécois. "C'était quelque chose de très gros et de très sérieux", a indiqué une source qui a suivi le dossier de près.

De peur de froisser ses relations commerciales avec Québec, on marchait décidément sur des oeufs hier chez Siemens. "C'est un dossier confidentiel", s'est borné à dire sur un ton prudent DL Leslie, le directeur des communications de la division canadienne.

Dans un premier temps, Siemens aurait aimé construire au Québec une usine de fabrication d'éoliennes, plus précisément dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. La multinationale en aurait d'ailleurs fait sa plate-forme industrielle et de recherche et développement (R&D), division éolienne, pour l'Amérique du Nord.

Une fois les éoliennes construites, elles auraient été acheminées dans le Grand Nord, où Siemens s'engageait à gérer à la baie James plusieurs parcs d'éoliennes. La proposition faisait alors état d'une première phase de 2000 MW avec la possibilité d'en ajouter 2000 autres.

Dans ses scénarios de faisabilité, Siemens se basait sur des études effectuées par Environnement Canada démontrant que le potentiel des vents est largement supérieur dans le Grand Nord québécois. On parle de vents pouvant atteindre 10 m/s à certains endroits.

Le montage financier du projet était largement assumé par Siemens. En retour, par l'entremise d'une entente de type gré à gré, Hydro-Québec s'engageait à acheter l'électricité produite par le géant industriel allemand.

Non catégorique

Au ministère des Ressources naturelles, on soutient avoir bel et bien pris connaissance de l'offre de Siemens.

"Cela ne cadrait tout simplement pas avec la vision que nous avons du développement de cette industrie au Québec", a expliqué au Soleil René Paquet, le directeur du secteur énergie éolienne.

Québec a ainsi poliment invité Siemens à participer au présent appel d'offres de 2000 MW d'énergie d'éolienne lancé l'an dernier par Hydro-Québec.

Chez Siemens, on dit depuis étudier la possibilité de participer à cet appel d'offres en bonne et due forme. "C'est quelque chose qui est envisageable", a laissé entendre M. Leslie.

 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le Québec a raté sa chance l'année dernière de voir un turbinier de calibre international s'implanter ici avec une usine consacrée au développement et à la production d'un nouveau modèle d'éoliennes nordiques. La multinationale allemande Siemens projetait en effet de construire cette usine au Saguenay-Lac-Saint-Jean, de même qu'un centre de recherche dans la région de Montréal, à proximité des grandes écoles d'ingénierie, dans le cadre d'un mégaprojet de 3000 MW dans le Grand Nord.

C'est ce qui ressort de la proposition soumise par Siemens le 20 avril 2005 au gouvernement, notamment au ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil, document dont Le Devoir a obtenu copie. Le matin même, Siemens présentait brièvement son projet au p.-d.g. d'Hydro-Québec, Thierry Vandal. Les 3000 MW auraient été produits autour du bassin hydroélectrique de LG-4, à la Baie-James, ainsi que dans la région de Manicouagan, sur la Côte-Nord. Ce projet aurait généré un investissement privé de 4,5 milliards de dollars et aurait produit neuf TWh, ce qui en faisait donc une véritable solution de rechange au détournement de la rivière Rupert, dont Hydro-Québec escompte tirer 8,5 TWh.

Québec a finalement refusé d'aller de l'avant avec ce projet même si la multinationale offrait en retour de faire du Québec son centre de production éolienne pour l'ensemble du marché nord-américain, lequel devrait tripler de volume d'ici 2020.

Mathieu Saint-Amant, attaché de presse du ministre Corbeil, a déclaré au Devoir que le gouvernement et Hydro-Québec avaient préféré aller de l'avant avec un processus d'appel d'offres pour 2000 MW plutôt que de négocier l'exclusivité de la fourniture d'équipement en échange de l'implantation de cette multinationale au Québec. L'appel d'offres d'Hydro-Québec en éolien a été officiellement lancé le 29 juin suivant. Siemens n'y participera pas, selon nos sources.

En août 2006, la multinationale annonçait la construction de sa base industrielle nord-américaine en éolien en Iowa, à proximité d'un des meilleurs gisements éoliens après ceux du Québec. Le 10 janvier dernier, Siemens Wind Power révélait que son carnet de commandes en Iowa atteignait déjà 1400 MW pour une valeur de 1,7 milliard $US, ce qui se serait ajouté aux 400 à 500 machines prévues chaque année pour le projet nordique québécois.

Ce projet, qui misait sur la mise au point d'une éolienne capable de démarrer après des dizaines d'heures d'arrêt à des froids pouvant atteindre les -50 °C, aurait été totalement équipé de ce nouveau modèle «arctique». Siemens était prête à verser des royautés à Hydro-Québec pour la vente de ce modèle ailleurs dans le monde. Mais surtout, la multinationale offrait à Québec de diminuer le coût de revient de l'électricité éolienne à 6 ¢ le kilowattheure, ce qui est inférieur au coût de 6,5 ¢ le kWh obtenu lors du premier appel d'offres de 1000 MW éoliens, en 2002.

Pour Siemens, s'installer au Saguenay-Lac-Saint-Jean offrait deux avantages. D'abord, la proximité des plus grands gisements éoliens de l'Amérique du Nord lui aurait fourni une base d'affaires à long terme.

Ensuite, le transport des machines géantes aurait pu se faire par navires ou par barges à partir du fjord du Saguenay vers d'autres pays ou via l'autoroute bleue qui relie le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs au golfe du Mexique en passant par le Mississippi. L'usine intégrée saguenéenne, qui aurait produit sur place nacelles, tours et pales, serait donc devenue la vitrine technologique nord-américaine de Siemens et sa base en Amérique. La multinationale allemande prévoyait même de faire affaire avec d'autres entreprises québécoises de composantes d'éoliennes en raison des hauts niveaux de production envisagés, qu'elle situait entre 600 et 800 MW par année à sa nouvelle usine.

Ce projet, selon Siemens, aurait «confirmé la place du Québec comme leader nord-américain dans la production d'énergie verte», aurait généré des investissements de 4,5 milliards de dollars, aurait assuré pendant sept ans un minimum de 600 emplois directs en région ainsi que 2000 emplois permanents dans des secteurs connexes et aurait placé le Québec en tête de la production éolienne en Amérique du Nord..

Un premier parc, d'une puissance installée de 1200 MW, aurait été construit à la Manicouagan. Deux projets auraient suivi dans la région du réservoir LG-4 à la Baie-James, soit un premier de 1000 MW et un second de 800 MW. Les vents de ces deux régions atteignent les dix mètres à la seconde, ce qui aurait permis d'escompter un taux d'utilisation minimal de 35 %, soit parmi les plus élevés au monde. En raison du couplage de l'éolien avec les réservoirs d'Hydro-Québec, gérés comme une seule et même réserve d'eau, la multinationale allemande estimait que le potentiel éolien du Québec pouvait être haussé à des niveaux très élevés.

Trois erreurs

Fernand Saulnier, un spécialiste en éolien d'Hydro-Québec aujourd'hui à la retraite, estime que Québec a fait trois erreurs dans ce dossier.

Première erreur: une proposition de 3000 MW avec un taux de production de 400 à 500 MW en usine lui apparaît comme un seuil aujourd'hui minimal pour inciter un turbinier d'envergure à installer une usine intégrée plutôt qu'une simple usine d'assemblage qu'on ferme à la fin des livraisons. Or non seulement Québec a réduit à 2000 MW son appel d'offres en cours, il le fractionne aussi par diverses règles — deuxième erreur —, de sorte qu'un seul turbinier ne peut pas ramasser la totalité des commandes et trouver motif à s'installer ici.

Dernière erreur, selon M. Saulnier, la «politique énergétique du Québec envoie aux grands turbiniers un très mauvais message parce qu'elle limite à 10 % la part de l'éolien. Cette limite sera atteinte avec l'appel d'offres en cours. La politique lance comme message qu'après 2011-12, on ferme le dossier même si on a plus de 100 000 MW de potentiel éolien au Québec. Il n'y a pas de vision à long terme».