Fuite de pétrole - En pleine marée noire
L’industrie pétrolière demande moins de réglementation
Et l’éthique bordel!

Éditorial de JosPublic

Publié le 4 mai 2010

 

Le golfe du Mexique se noie dans la marée noire. Une deuxième plate-forme vient de s’effondrer près du fleuve Mississippi. Un bateau chinois emprunte un couloir illégal et s’échoue sur la grande barrière de corail d’Australie déversant une nappe de pétrole longue de trois kilomètres. Les autorités camerounaises annoncent un important déversement pétrolier dans le sud du pays. Et le plus sérieusement du monde Imperial Oil a demandé au Canada en octobre dernier un allègement des règles de forage dans la mer de Beaufort, dans l'Arctique. Comme toutes ses semblables, la pétrolière s’esquive devant le devoir de forer un puits de secours ou ne croit simplement pas en son utilité. Trop cher pour les pauvres actionnaires! 

Qui est responsable?

Les événements actuels dans le golfe du Mexique démontrent non seulement l’attitude irrévérencieuse des multinationales, mais aussi toute la complexité juridique des responsabilités. Les pêcheurs sont leur cadet des soucis. Pour en saisir le topo, il faut situer l’ensemble des intervenants et des propriétaires. La plateforme «Deep Water Horizon» fore sous la bannière des Îles Marshall, un paradis fiscal, et appartient à TransOcean, une filiale de la compagnie texane Sedco Forex; son siège social  a quitté les Îles Caïman, un autre paradis mais trop près des États-Unis et des mesures de rétorsion annoncées par l’administration Obama, pour résider désormais en Suisse comme plusieurs groupes pétroliers. BP exploite le gisement et en bon entrepreneur, elle a engagé des sous-traitants sur qui elle pourra facilement imputer la faute de l’incident. En entreprise avisée, BP a aussi instauré une compagnie d’assurances de façon à satisfaire ses propres exigences et probablement aussi à éviter les contraintes des marges de sécurité. Dans l’imbroglio juridique il faudra tenir compte que BP détient 65% des actions du gisement; la compagnie états-unienne Anadarco en possède 25% et une firme japonaise Mitsui 10%. Assurément malgré les grands airs de contrition du PDG, la pétrolière attaquera tous ses partenaires durant de nombreuses années et se soustraira des revendications publiques. Mémoire, mémoire, aurais-tu oublié les événements d’Exxon Valdez? 

La sécurité des opérations

Devant cet enchevêtrement de contrats, et devant l’urgence de toujours rapporter plus d’argent plus vite, ces compagnies manifestent peu d’enthousiasme à respecter les règles de sécurité : apparemment il en coûte moins de pallier aux catastrophes, une bonne guerre d’usure. Qu’est-ce qui a poussé BP à rejeter, en septembre 2009, la demande de renforcement des règles de sécurité du Mineral Management Service ? Pourquoi ce ministère états-unien n’a-t-il pas persisté? BP a fait miroiter une solution de rechange dans l’éventualité d’une fuite du puits… qu’elle n’avait jamais testée! Le plan de sécurité s’avère être une prose de fiction. Résultat de son efficience : un écoulement continu de pétrole à 8 km des côtes louisianaises pour les trois prochains mois au minimum. Ces entorses aux règlements constituent des actes criminels et sont posés délibérément par la compagnie et ses dirigeants. D'ailleurs, leur souci d’économie a déjà entraîné des accidents tragiques sur deux de leurs sites aux États-Unis : l'explosion de la raffinerie de Texas City en 2005 et la pollution de Prudhoe Bay en Alaska en 2006.

Le refus symptomatique des pétrolières fait subir à nos eaux une moyenne d’un déversement mensuel, de quoi brouiller toutes les annonces réconfortantes de sécurité des opérations de forage en mer entretenues avec charme par cette industrie et nos politiciens québécois.

Les politiciens québécois.ses aussi dangereux

En pleine Assemblée nationale du Québec, M. Jean Charest du Parti libéral du Québec, Mme Pauline Marois du Parti Québécois et M. Gérard Deltell de l'Action démocratique, accompagnés de leur députation respective se sont ralliés à l’exploration gazifière et pétrolière dans le golfe Saint-Laurent. Lors du vote nominal, tous se sont engagés dans une démarche économique folichonne. On ne sait pas si au Québec on veut forer dans le golfe mais on demande une partie des redevances d’Ottawa du fait que Terre-Neuve, lui, fore dans le golfe! Seul
M. Amir Khadir  de Québec Solidaire a défendu les Madelinots, l'eau, la faune et la flore du golfe Saint-Laurent et a voté contre la résolution.

Comment ces trois éclairés peuvent-ils prétendre nous faire accéder à la principauté pétrolière en se basant sur leur foi infaillible en l’éthique de l’entreprise privée qui comme a chaque foi qu’il est question de profit, mène inexorablement le peuple vers la ruine et ne sert qu’à enrichir quelques-uns au détriment de l’ensemble de la population. Ne serait-il pas mieux de voter un moratoire sur la non-exploitation des fonds marins du fleuve Saint-Laurent et de son golfe?

Le nombre de permis d’exploration octroyés par le gouvernement du Québec démontre la courte mémoire de nos politiciens.nes. Qu’ont-ils retenu de la leçon de la plateforme terre-neuvienne Hibernia et de ses 84 personnes perdues en mer? Combien de plateformes écroulées dans nos eaux pour que se réveillent nos politiciens et politiciennes?

Ironie du sort, le 1er avril 2010 le président
M. Barak Obama déclarait vouloir forer en mer, à l'intérieur du territoire états-unien donc près des côtes. Il est servi! Sans y renoncer, il hésite et joue du moratoire!!! 

Les "larmes de crocodile " de BP

Évidemment, comme Coca-Cola pour les puits artésiens contaminés en Inde, la viande dangereuse de Maple Leaf, Toyota et ses voitures piégées, les firmes de communication de ces entreprises recommandent toujours au P.D.G. d'avoir l'air triste et contrit. S'excuser devant les caméras est devenu un sport mondial des multinationales. Déjà pour sauver sa marque de commerce, British Petroleum avait adopté une nouvelle appellation; la connotation évocatrice de « l’époque de la colonisation » devait disparaître, en affichant BP, les deux lettres anodines s’assimilent tout simplement à la vente d’essence.

Avec la notoriété négative qu’apporte ce naufrage dans le golfe du Mexique il y a fort à parier que la compagnie changera encore de nom. C’est une constance chez les multinationales.

Avec ce même souci de faire oublier ses frasques, la Générale des eaux a changé plusieurs fois de nom en l'espace de 10 ans: de Vivendi à Veolia. Il semble que les consommateurs sont de bonnes bouilles en voie au pardon facile devant des excuses attendrissantes; les consultants en communication l’ont compris.

La mise en scène établie, les prochains gestes de la compagnie seront, d’une part, de payer ce qui paraît le plus évident pour sauvegarder son image publique et ses ventes à la pompe, et d’autre part contester par l’entremise de ses avocats toute application rigide des lois du pays s'appliquant à l’industrie. Au commentaire du P.D.G., " nous dédommagerons les requêtes légitimes", il faut savoir comment ces compagnies se sont comportées dans tous les cas de pollution. Comprenons que ce sont eux qui déterminent ce qui est légitime ou pas, et vous avez besoin d'avocats futés et de grosses sommes d'argent pour faire valoir votre requête. Qui va les faire payer pour les poissons, les coraux et les invertébrés de la mer qui n'ont pas accès aux tribunaux? Est-ce que la flore et la faune des berges poursuivront la compagnie pour avoir été tuées et empoisonnées? Il faut se rappeler que l'eau de mer et ses habitants font partie de notre chaîne alimentaire. 
   
Ceux qui ont suivi les cas de grande pollution, comme celui du bateau Erika impliquant "Totale", pétrolière européenne propriété majoritaire de Power Corporation donc de Pierre Desmarais, ou encore celui d'Exxon Valdez, ceux-là connaissent la saveur de cette guerre d’usure qui dépasse souvent dix ans avant d’atteindre un règlement gagné par lassitude et hors cour : une amende trop forte et la compagnie peut déclarer faillite ou changer de nom. Les administrateurs s'en sortent toujours, dissimulés sous le voile corporatif. D'ailleurs notre ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand vient de reconfirmer leur immunité dans la refonte de la loi sur les compagnies du Québec.

Dans le cas de l’Exxon Valdez, malgré les 20 ans de lutte des pêcheurs et la condamnation initiale de devoir payer quelques milliards en dédommagement, le Conseil d’administration d’Exxon en a appelé devant tous les tribunaux pour finalement triompher, par un dernier jugement de la Cour Suprême états-unienne, leur imposant une facture de 500 millions$ au lieu des milliards $ déjà déterminé par un tribunal avec jury.

Aujourd’hui dans le golfe du Mexique, qui paiera les dégâts? Aux dires du président des États-Unis, la firme devra rembourser tout ce qu'il en coûtera à l'État, nous pouvons en douter. Jamais cela ne s'est produit; aucun précédent ne démontre la ferme détermination d’un politicien.ne face à ce sujet. La compagnie dispose d’une plus longue longévité que les politiciens en poste. Évidemment, le consommateur sera quitte pour subir augmentation du prix du pétrole à la pompe, puisque la baisse de production fera augmenter le baril du brut à la bourse. Nous paierons tous pour leur irresponsabilité d’avoir refusé de suivre les règles de sécurité états-uniennes.
  
Ici comme ailleurs, les politiciens.nes passent, les chiens aboient et la pollution reste. Faudra-t-il leur élever un monument un jour pour se souvenir d’avoir fait du Québec un État pollué dans tous les sens du mot? Enfin, nous pourrions agir en souverains sur des catastrophes bien à nous. Ce n’est pas la première fois que nos élus.es nous jouent le coup de la petite séduction, le dernier projet dangereux se nommait Rabaska sur le Fleuve Saint-Laurent. Projet qui a échoué par désintéressement de la compagnie russe GazProm et non de nos béotiens planificateurs de nos avenirs... voilà un risque de catastrophe de moins, mais les ignorants restent.

Sans être pessimiste, il faut demeurer réaliste et soutenir les groupes et les personnes qui s’objectent à la venue de compagnies pour miner le fond du golfe Saint-Laurent. Dans un proche avenir, les pêcheurs de la côte Atlantique états-unienne pourraient très bien être ceux des Îles-de-la-Madeleine.

L'inconscience de nos élites politiques rime bien avec le système électoral du Québec. Si je ne me trompe pas, à ce jour, 12 imbéciles peuvent toujours battre 10 sages lors d'un vote, n'est-ce pas? 

Soyons attentifs et faisons le décompte de ceux et celles qui siègent au parlement avec le souci prioritaire de nous protéger.

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