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L’escroquerie des déchets toxiques-radioactifs:
le plan de SNC-Lavalin de transformer les déchets nucléaires en or… pour eux!

Le jour anniversaire du désastre nucléaire de 2011 à Fukushima au Japon, le journaliste d’enquête Paul McKay dévoile que le commerce des déchets nucléaires est en voie de devenir une opportunité d’enrichissement pour SNC-Lavalin et ses partenaires états-uniens. 

S'il est vrai que les déchets d'une personne peuvent être de l'or pour une autre, la multinationale montréalaise SNC-Lavalin et son nouveau partenaire américain, Holtec International, entendent devenir de grands acteurs mondiaux dans ce qui promet d'être une entreprise très lucrative à long terme: traiter les déchets nucléaires hautement radioactifs jusqu'à ce que des méthodes et des sites d'élimination permanente puissent être trouvés, approuvés et construits.

 
 

L'accumulation de ces déchets est un problème qui se fait pressant du fait que le volume de combustible irradié des réacteurs est à son pic aux États-Unis, au Canada, en Europe, en Chine, en Inde, en Russie et au Japon.  Il existe également des centaines de réacteurs fortement contaminés qui doivent tôt ou tard être ensevelis, démantelés, découpés par des robots, puis envoyés dans des conteneurs spéciaux et scellés vers des sites de stockage intermédiaires.

Mais aucun pays au monde n’a encore trouvé de solution permanente et éprouvée pour les 250 millions de kilogrammes de combustible irradié actuellement dans les piscines et réservoirs d’entreposage, sans parler des fours atomiques qui les ont créés.  Il existe actuellement environ 413 réacteurs civils opérationnels dans 31 pays et 50 autres en construction.

La physique nous dit précisément à quel point les déchets atomiques sont « toxiques ».  Chaque réacteur de puissance commercial - quel que soit son modèle, son type, son pays ou son propriétaire / exploitant - contient l'équivalent radioactif de nombreuses bombes atomiques enfermées dans son combustible usé, son coeur de réacteur, ses pompes, ses vannes et ses vastes circuits de refroidissement.

Pour illustrer cela, considérons que seule une petite fraction de l'inventaire des déchets de la fission nucléaire sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon s'est échappée lors du terrible accident de mars 2011.

Tous les réacteurs civils en exploitation créent et contiennent finalement plus de 200 éléments et isotopes «radioactifs».  Connus sous le nom d'éléments transuraniens, d'actinides et de produits d'activation, ils sont conformes aux lois de la physique mais défient les définitions ordinaires de danger, d'assurance technologique et même de temps calibré par l’homme.

Certains produits de fission se transmutent ou se décomposent en quelques jours, alors que d’autres (comme le plutonium 239) peuvent prendre 24 000 ans ou plus pour perdre la moitié de leur masse mortelle.  Lorsque cela se produit, des rayonnements alpha, bêta ou gamma sont constamment émis, ce qui peut directement endommager les cellules et les organes vivants.

Beaucoup de ces particules peuvent s'accumuler comme des assassins silencieux dans la chaîne alimentaire, puis frapper plus tard.

Pire encore, ils ont la capacité d'envahir le corps humain en imitant les minéraux nécessaires comme le calcium, le potassium, le magnésium ou le fer que nous trouvons dans le lait, la viande ou les légumes.  Pire encore, ils peuvent altérer les organes reproducteurs humains, en causant des dommages pour la santé et des anomalies génétiques intergénérationnelles.

Si elles sont exposées, les femmes adultes sont plus vulnérables aux radiations que les hommes, car elles ont une réserve d'ovules à vie, tandis que le sperme de l'homme se régénère au fil du temps.  Les enfants sont les plus vulnérables, car ils produisent des cellules particulièrement sans défense à un rythme torride à mesure qu'ils grandissent.

Enfin, l’inventaire «toxique» de chaque réacteur contient des éléments irradiés qui resteront létaux de manière latente pendant des centaines de siècles ou plus.

Chacun a sa propre signature d'émission et son propre taux de décroissance. L'isotope fissile Uranium 235, par exemple, perdra la moitié de sa masse après 700 millions d'années. Ce n'est pas spéculatif; c'est une question de physique fondamentale et de biologie.

Fukushima a expliqué pourquoi atteindre même un taux de réussite de confinement de 98% avait des conséquences catastrophiques.  Le risque d'un tel échec pour les millénaires à venir est un passif inhérent à chaque réacteur de puissance en exploitation aujourd'hui et à son héritage de combustible usé.

Il faut donc se demander qui prend en charge les déchets les plus dangereux de la planète.

Les Canadiens reconnaîtront peut-être SNC-Lavalin, un centenaire, comme un vénérable géant du génie, mais les succès des dernières décennies en matière de technologie et de gravitas ont été ruinés par les scandales de corruption, de fraude et de corruption du 21e siècle et par les récentes condamnations d’employés et de dirigeants.

En 2013, à la suite de preuves sordides de corruption et de pots-de-vin de la Libye au Bangladesh, la Banque mondiale a interdit à SNC-Lavalin et à ses 100 filiales internationales de soumissionner pour des contrats pour une durée de 10 ans.

Photos d'activités et d'équipements faisant partie des opérations de démantèlements de centrales nucléaires et de la gestion des déchets toxiques radioactifs

La société fait également face à des accusations criminelles pour avoir tenté de remporter un nouveau contrat de construction d'hôpital à Montréal et une autre enquête criminelle liée à un contrat de pont à Montréal.  Une réputation qui était autrefois impeccable maintenant peut être irrécupérable.

SNC-Lavalin possède également une longue tradition de manipulation de politiciens québécois et fédéraux et d'obtention de subventions sans fin, de concessions, de prêts privilégiés et de traitements fiscaux et juridiques préférentiels sanctionnés par les premiers ministres libéral et conservateur.

En 2018, l’organe de surveillance des élections fédérales a annoncé que la société avait fait plus de 117 000 dollars de dons politiques illégaux (dont la plus grande partie revenait aux libéraux) en rassemblant en secret des dons d’employés et en les acheminant par des voies obscures.

 

En janvier 2019, Normand Morin, un dirigeant de l'entreprise disgracié a plaidé coupable d'avoir orchestré le stratagème de financement électoral illégal. 

Plus récemment, la ministre fédérale de la Justice et procureure générale, la plus haute autorité chargée de l'application de la loi au pays, aurait perdu son poste au Cabinet après avoir contrecarré les efforts du premier ministre Justin Trudeau et de ses principaux conseillers visant à obtenir qu'elle renonce à des sanctions pénales potentielles (ce qui empêcherait SNC-Lavalin de soumissionner pour des contrats fédéraux pendant 10 ans) en faveur d’amendes et de mesures anticorruption.  Cela faisait suite à une récente révision, passée sous le radar médiatique, du Code criminel fédéral pour permettre une telle clémence, à propos de laquelle SNC-Lavalin a fait pression à plusieurs reprises.

 

 

En 2011, sous l'ancien gouvernement Stephen Harper, SNC-Lavalin a réussi à acquérir la société d'État fédérale Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL) suite à sa privatisation.  La transaction comprenait des contrats clés dans le secteur nucléaire, la propriété intellectuelle et le personnel de la société d'État.  Le prix d'achat s'élevait à 15 millions de dollars canadiens (plus les éventuels paiements de redevances futurs à Ottawa) pour une entité dans laquelle les contribuables canadiens avaient coulé plus de 17 milliards de dollars au cours des six décennies précédentes.

Pourquoi la société canadienne d’ingénierie paierait-elle autant pour acquérir la société d'État, alors que la croissance nucléaire mondiale était à peine de 1% en 2108 et que les investissements dans la production d’énergie renouvelable (près de 300 milliards de dollars américains en 2016) représentent plus du double de ceux de la nouvelle génération à base nucléaire et fossile (charbon, pétrole, gaz) combinés?

Cette tendance fatale n’était-elle pas déjà évidente? Peut-être que ça l'était. 

Mais peut-être que quelqu'un à Montréal a aussi savamment calculé qu'il pourrait y avoir beaucoup plus d'argent à gagner pendant l'effondrement de l'industrie nucléaire mondiale, comme une entreprise spécialisée dans les démolitions dangereuses ou l'enlèvement de l'amiante.  Étant donné que le volume cumulé de déchets atomiques continue d'augmenter, et particulièrement depuis l'explosion de la
centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, les gouvernements et les services publics sont disposés à verser des sommes exorbitantes pour éliminer les déchets nucléaires de zones densément peuplées et les maintenir invisibles pendant des décennies ou plus.

S'il y a peu de rivaux dans ce secteur des «déchets toxiques-radioactifs», tant mieux, car cela permettra d'obtenir davantage de contrats à des prix plus élevés. 

Alors la fortune favorisera les effrontés.

Un tel modèle commercial semble également plaire à Holtec International, basé aux États-Unis.  Il n'a pas conçu, financé ou construit de centrales nucléaires typiques.  Au lieu de cela, il a créé une entreprise mondiale de sous-traitance fournissant des pièces, équipements et services de remplacement pour les constructeurs et producteurs nucléaires.  Depuis deux décennies, une activité principale consiste à fournir des caissons en béton pour le stockage de combustible usé.

Au cours de cette période, Holtec a payé une amende de 2 millions de dollars US après avoir été reconnu coupable d'avoir corrompu un gestionnaire public.  La compagnie a aussi fait l’objet d'un rapport cinglant suite aux examens de sécurité menés par un ingénieur d’assurance qualité états-unien, qui fut plus tard congédié sous la suspicion d'être un divulgateur (alerteur public).

Le Dr Ross Landsman, est un spécialiste fédéral de la sûreté nucléaire dans le domaine des caissons. Il est retraité de la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis mais avait reçu un mandat d'inspection de son ex-employeur.  Il a conclu en ces termes: «Holtec ne présente aucune assurance de qualité en ce qui me concerne. Ses dirigeants mènent le même type de réflexion qui a conduit au désastre de la navette spatiale de la NASA. ». 

De plus, le 26 juillet 2015, le Dr Landsman et le divulgateur Oscar Shiranti ont déclaré conjointement que les caissons d’huiles usagées et radioactives de Holtec : « sont des canisses (ou bidons) de déchets ayant des failles de conception, des failles de soudure, des failles de fabrication et ils sont dangereux pour le public résidant à proximité »

Plus récemment, Holtec a poursuivi son plan d'achat de réacteurs états-uniens désuets, pour les vider et déchiqueter leurs entrailles radioactives, puis envoyer les déchets ainsi que le combustible irradié dans une propriété de 1 000 acres acquise dans l'État du  Nouveau-Mexique. 

Mais le site proposé fait face à une opposition publique et politique féroce, car Holtec prévoit également d'y stocker les déchets de nombreux réacteurs à la retraite.

Présentation d'une image holographique par Holtec International qui propose un  lieu nommé "Hi-Store" pour la consolidation intérimaire de déchets toxiques radioactifs dans le sud-ouest de l'État du Nouveau-Mexique

En 2014, Holtec a reçu des promesses de 260 millions$ (argent états-unien-USD) de subventions de l'État du New Jersey pour déplacer son siège social à 12 km au sud de Camden et moderniser un édifice d'un vaste chantier naval au coût estimé à 320 millions USD. Les subventions sont conditionnelles à la création de 320 emplois permanents qui doivent être d'une durée de 10 ans.

En septembre 2018, la police a formé une barrière de protection à l'entrée de l'usine après que le fondateur de Holtec, Krishna P. Singh, se soit plaint à un journal économique: « Il n'y a pas de tradition de travail dans les familles [de Camden].  Ils ne se présentent pas au travail. »

Ils ne peuvent pas se lever le matin et venir au travail tous les jours.  Ils ne l’ont pas fait et ils n’ont pas vu leurs parents le faire.  Bien sûr, certains d'entre eux font dans les drogues et autres affaires.

Donc, c’est difficile.

Revenons au Canada, où SNC-Lavalin dirige un consortium réuni à Ottawa pour nettoyer le premier site de recherche nucléaire et de réacteurs nucléaires du Canada à Chalk River, en Ontario.  Les «déchets toxiques-radioactifs» comprennent des bâtiments, des instruments, des tuyaux et des vêtements contaminés.  Les réacteurs de Chalk River et de Rolphton à proximité attendent leur inhumation.

On estime qu'un million de mètres cubes de déchets atomiques seront enterrés près de la rivière des Outaouais supérieure.  Même certains anciens scientifiques d'EACL ont condamné le méga-dépotoir prévu.

Le site se trouve à 200 kilomètres en amont de la colline du Parlement, où l’entente de 15 millions de dollars portant sur la vente d’actifs clés d’EACL a été approuvée.  Toutefois, SNC-Lavalin a été protégée des dettes découlant de cette transaction, ainsi le gouvernement fédéral conserve la propriété de Chalk River, des bâtiments et des matériaux contaminés.  Finalement, les contribuables fédéraux versent maintenant près d’un milliard de dollars au consortium privé pour la gestion et l’enterrement des déchets radioactifs à Chalk River, ainsi que pour l’exploitation de laboratoires de recherche nucléaire.

 

Une image du complexe nucléaire de Chalk River est projeté durant une conférence de presse avec Gilles Provost et le président du Regroupement pour la surveillance nucléaire Gordon Edwards à Ottawa.  Il faut arrêter de produire des déchets nucléaires d'ici à ce que nous puissions les rendre inoffensifs (ce qui est impossible) ou en disposer de façon sécuritaire.  Le 21 août 2018
Stop producing nuclear waste

 

La société controversée s’est également implantée dans le secteur de l’énergie nucléaire de l’Ontario grâce à l’achat des actifs d'EACL, et en l'utilisant comme un cheval de Troie.  Cette société d'État fédérale détenait des brevets clés sur la conception de réacteurs CANDU, ainsi que des décennies de calculs et de dessins techniques cruciaux, et utilisait des restes du corps irremplaçable de physiciens, chimistes et ingénieurs nucléaires nécessaires pour réparer, reconstruire et gérer le parc nucléaire de la province d'Ontario.

Une fois que SNC-Lavalin s'est délestée des dettes et a reçu les actifs d'Ottawa, elle avait les moyens de négocier des contrats lucratifs avec Bruce Power et Ontario Power Generation (OPG), garantissant ainsi une part importante des travaux liés aux coûts combinés de reconstruction de centrales nucléaires pour une valeur de 26 milliards de dollars durant la prochaine décennie. 

En vertu du contrat de remise à neuf de 13 milliards de dollars de Darlington, jusqu'à 93% des dépassements de coûts de projets seront à la charge de la province de l'Ontario (propriétaire unique d'OPG) , et non de SNC-Lavalin ou des autres entrepreneurs privés du consortium, ce qui donne à une grande entreprise d'ingénierie influente, sans concurrence identifiable, très peu d’incitatifs pour faire en sorte que le projet respecte le budget.

Ces deux contrats d'une valeur de 13 milliards de dollars impliquent le retrait et le remplacement de composants majeurs d'un réacteur CANDU. Cette expérience, à son tour, laissera la société dans une position privilégiée pour éventuellement mettre hors service le parc de réacteurs du Canada et gérer 5,4 millions de grappes de combustible usé prévues.  Ce travail coûtera 23 milliards de dollars supplémentaires (en dollars 2015), coûts que les exploitants de réacteurs seront tenus de collecter auprès des consommateurs d'énergie et de les conserver à cette fin.

En Amérique, Holtec s'est enligné sur d'incroyables "pots de miel financiers" dans le domaine «toxiques-radioactifs» encore plus attrayants puisque bien plus gros.  C’est parce que près de 100 réacteurs commerciaux aux États-Unis risquent d’être mis hors service, et les lois fédérales obligent les services publics qui en sont propriétaires à percevoir un flux constant de paiements des consommateurs pour couvrir les coûts de démantèlement de ces centrales toxiques et l’élimination du combustible usé.

Ces fonds "mielleux" de plusieurs milliards de dollars ont augmenté au fil du temps, mais les services publics états-uniens ne peuvent en tirer parti sans approbation réglementaire.

Il n'y a pas d'installations fédérales autorisées dans toute l'Amérique pour immobiliser et enterrer de manière permanente le combustible toxique et irradié présentement stocké dans environ 80 sites, et il y a qu'un seul site de stockage fédéral en Caroline du Sud qui accepte les deux catégories, soit les déchets d'armes nucléaires (y compris les réacteurs militaires) et quelques rares coeurs de réacteurs civils démontés.

 

Japon: déchets nucléaires dans des sacs de confinement temporaire
 non protégés des intempéries sur des centaines de terrains aménagés à travers le pays.

Pensez aux toilettes bouchées.  Pensez Fukushima, car le Japon n’a pas de site de stockage permanent de déchets nucléaires. Les grappes de combustible usé ont donc été empilées dans des piscines improvisées, en dehors de l'enveloppe de confinement cruciale ou pire dans des sacs de contention. 

Pensez à la centrale de Pickering, en Ontario, où des décennies de combustible irradié s'accumulent dans les piscines et dans des caissons à sec, car le Canada ne dispose d'aucun site d'élimination définitive approuvé pour les «déchets toxiques-radioactifs».

Centrale nucléaire de Pickering en Ontario: entreposage à sec des huiles usées et irradiés

Tous les acteurs du secteur nucléaire civil, des exploitants de réacteurs aux régulateurs, comprennent qu'il peut s'agir d'une panne de système de pompage prolongée, d'une panne de courant, d'un tremblement de terre, d'une tempête extrême ou d'une cyber attaque, ils ne sont jamais loin d'une catastrophe de santé publique. Ils ont désespérément besoin d'un sauveur pour que tout cela disparaisse.

 
«

Aucun pays au monde n’a encore trouvé de solution permanente et éprouvée pour les 250 millions de kilogrammes de combustible irradié actuellement dans les piscines et réservoirs d’entreposage

»
 

Revoilà SNC-Lavalin et Holtec qui reviennent en scène.  À l'été 2018, au lieu de rivaliser en tant que compétiteurs, ils ont créé une entreprise commune pour collaborer à l'obtention de contrats de gestion des «déchets toxiques-radioactifs» sur tout le continent.   Pour le plus grand soulagement des exploitants de réacteurs et des régulateurs, leur filiale Comprehensive Decommissioning International - CDI promet d’acheter des centrales nucléaires désaffectées, de démanteler les composants contaminés, puis de les expédier avec les grappes de combustible épuisé dans des bidons en béton sur sa propriété isolée de l'État du Nouveau-Mexique aux États-Unis.

Mark Morant,
PDG de CDI

Tous affirment que CDI, offre un prix et une rapidité que les services publics ne pouvaient espérer réussir seuls.  Pour les services publics américains, un tel accord permettrait de se débarrasser rapidement de leur passif financier (écriture au livre) et pire cauchemar en matière de responsabilité tout en améliorant leur résultat net, car CDI serait payé à partir des fonds dédiés que les services publics ne pourraient utiliser à aucune autre fin.

Pour les organismes de réglementation des services publics et la Commission de réglementation nucléaire du gouvernement fédéral, le problème serait résolu et caché dans une zone isolée de garrigue, située très loin dans le sud-ouest des États-Unis.

Emphase sur "un monopole"

Si le site de Holtec au Nouveau-Mexique reçoit l'approbation finale, l'entreprise commune CDI aura un accès exclusif au premier et unique établissement privé de ce type en Amérique du Nord.  Naturellement, la possession de la seule toilette en ville confèrerait un monopole effectif, donnant aux deux partenaires réunis suffisamment de poids pour remporter la plupart des futurs contrats de stockage nucléaire, tout en encaissant les profits comme des plombiers payés au prix de la platine.

Même si le projet proposé par Holtec au Nouveau-Mexique, représentant une valeur de 2,4 milliards de dollars, est autorisé et construit, et que la co-entreprise CDI exploite une entreprise florissante en envoyant des «déchets toxiques-radioactifs» sur quelque 80 sites répartis dans 35 États, le conseil avisé d'Ernest Hemingway « ne jamais confondre mouvement et action » s'applique ici.

Les installations du Nouveau-Mexique ne seront ni conçues ni autorisées en tant que site d'élimination permanente.  Les cartouches scellées de Holtec ne seront ni conçues ni autorisées à contenir des déchets nucléaires pendant plus de quelques décennies.  Et si les troubles récents en sont la preuve, certains pourraient ne pas durer un an, encore moins des décennies.

 

Conteneurs scellés au complexe nucléaire de San Onofre

Holtec et la Commission de réglementation nucléaire du gouvernement fédéral ont maintenant pris conscience de l'intégrité de ses nouveaux conteneurs scellés au complexe nucléaire de San Onofre, à 90 km au nord de San Diego.  Il a été fermé en 2013, après des pannes et des coûts de réparation rendant son exploitation peu rentable.

À présent, le propriétaire de l’électricité prépare les réacteurs au démantèlement à un coût de 4,4 milliards de dollars et il reste environ 3,6 millions de livres de déchets de combustible irradié-actifs sur le site.  Cette année, la plupart des grappes de combustible San Onofre devaient être transférées d'une piscine intérieure à une morgue en plein air, où de nouveaux cercueils Holtec attendaient sur une crête surplombant l'océan Pacifique.

Cependant, Holtec a modifié la conception de ses fûts sans en informer le service public ou l’organisme de réglementation fédéral.  Quelques-uns déjà avaient été remplis avant que les travailleurs ne remarquent un boulon desserré qui pourrait coincer des grappes de combustible irradiés, percer le revêtement en tôle de métal ou empêcher de futures inspections ou le retrait du combustible irradié.

Les travaux ont été arrêtés pendant 10 jours et le CNRC a été informé.  À son tour, il a ordonné à Holtec de cesser de fournir des fûts dotés de la conception modifiée, mais beaucoup avaient déjà été livrés à d'autres sites de centrales nucléaires.

Ensuite, les transferts de carburant ont été interrompus à nouveau parce que des employés inexpérimentés de Holtec ont permis à un bidon Holtec de 50 tonnes, rempli de grappes de combustible usé, d'être dangereusement mal aligné, car il était soulevé par une grue et inséré dans une chambre forte du site de San Onofre.

Le CNRC a vivement réprimandé Holtec pour son entraînement peu rigoureux et sa supervision de l'incident.

Les épisodes illustrent les marges d'erreur extrêmement réduites dans le traitement des déchets nucléaires. Heureusement, aucune fuite ni accident ne se sont produits à San Onofre.

Mais le boulon errant en acier inoxydable de quatre pouces (et le changement de conception non autorisé du fût par Holtec) n’a été découvert que par hasard, alors que 43 fûts Holtec identiques attendaient d’être remplis à San Onofre.  D'autres avaient déjà été remplis sur des sites nucléaires de la Nouvelle-Angleterre à l'Alabama.

 

La létalité changeante des produits de fission «toxiques-radioactifs» et leur longévité immuable testent les limites non seulement de la technologie humaine, mais de la plupart des mesures de la conduite humaine.

Une fois créés, ces «déchets toxiques-radioactifs» exigent que toutes les entreprises impliquées soient à l’abri de la cupidité, de la corruption, de la réduction des coûts, de la dissimulation des défaillances du contrôle de la qualité ou des vérificateurs de sécurité trompeurs.

Cela nécessite des régulateurs vigilants, formés pour détecter les défauts et la complaisance, insensibles aux pots-de-vin ou à la contrainte, et qui accordent une priorité bien plus grande à la sécurité publique qu'aux performances des réacteurs, aux promotions de carrière, à la satisfaction du patron ou aux augmentations de salaire.

Cela exige des politiciens qui refusent de donner des faveurs, des subventions ou des excuses en série aux joueurs préférés et qui gardent toujours la létalité et la longévité des déchets nucléaires au centre de leurs préoccupations lorsqu’ils élaborent des politiques connexes.

Cette matrice de perfection, bien sûr, n’existe nulle part sur cette planète.

 

Il y a donc eu des accidents horribles tels que Chernobyl et Fukushima.  Des centrales nucléaires comme San Onofre ont été construites au-dessus de failles sismiques connues, à deux pas de l’océan Pacifique.  En France, il a été constaté que des cuves de confinement de coeur de réacteur massives étaient défectueuses - des années après le démarrage.

En 2016, l'autorité nationale de sûreté nucléaire française a constaté qu'une entreprise de forgeage appartenant à l'État avait falsifié les rapports de contrôle de la qualité pendant quatre décennies et fourni jusqu'à 400 pièces défectueuses.

Dans le complexe nucléaire de Pickering, composé de huit réacteurs, situé dans le couloir de population le plus dense du Canada, le plutonium emprisonné dans des grappes de combustible épuisé est équivalent à celui contenu dans 11 000 armes nucléaires.

Centrale nucléaire Gentilly-2 : Le site IGDRS

Encore plus de déchets atomiques se cachent au complexe de huit réacteurs Bruce et à la centrale de Darlington à quatre réacteurs en Ontario, au complexe de Québec I et Gentilly II, ainsi qu'au réacteur de Point Lepereau au Nouveau-Brunswick.

La tragédie de Fukushima, la physique et la biologie nous disent que le seul taux tolérable d'infraction de confinement nucléaire est de zéro pour cent.  Pour toujours.

Pourtant, les «déchets toxique-radioactifs» continuent de s'accumuler, même s'ils menacent notre biosphère pendant des siècles.

Ce n'est pas juste tenter le destin.

C'est lui faire un doigt d'honneur.

 

Ce qui reste d'un équipement de train de banlieue, suite à la fonte du réacteur nucléaire de la Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et après que 80 000 personnes furent déplacées et perdent toutes leurs possessions pour éviter la radiation et éviter d'y laisser leur vie.

Source:  Paul MCKAY: l'auteur a remporté de nombreuses récompenses au Canada pour ses enquêtes, ses activités et ses reportages. Il est l'auteur de deux livres sur la technologie et la politique nucléaires. Ce rapport a fait l'objet de recherches et a été rédigé pro bono. Aucun financement d'aucune source n'a été recherché ou reçu. Source : The Energy MIX. Vérification de la traduction de l'anglais par JosPublic

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 20 mars 2019

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Le Canada est-il prêt pour l'ère des déchets nucléaires?

La fusion nucléaire de Fukushima ne faiblit pas en 2017 et la radiation pourrait se trouver dans votre assiette par Dr Helen Aaldicott

   Fiche: Nucléaire

Notes & Références encyclopédiques:

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

une petite fraction de l'inventaire des déchets de la fission nucléaire sur le site de....

 

Catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon - Sur MétéoPolitique

 
 

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les 250 millions de kilogrammes de combustible irradié...

 

Storage of nuclear waste a 'global crisis': report - Phys org, le 30 janvier 2019

 
 

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Il existe actuellement environ 413 réacteurs civils opérationnels...

 

The World nuclear industry. Status report 2018 - Par A Mycle Schneider Consulting projet, Paris, London, septembre 2018

 

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alors que d'autres comme le plutonium 239 peuvent prendre...

 

Backgrounder on Plutonium - U.S. NRC, le 1er mai 2017

 
 

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à la suite de preuves sordides de corruption et de pots-de-vin...

 

Durant le mandat de
Jacques Lamarre

World Bank Debars SNC-Lavalin Inc. and its Affiliates for 10 years - La Banque Mondiale bannit de ses contrats SNC-Lavalin Inc. et ses filiales pour 10 ans. - Communiqué de la Banque Mondiale le 17 avril 2013 - Texte en anglais

 

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accusations criminelles pour avoir tenté de remporter un nouveau contrat....

 

Arrestation du PDG Pierre Duhaime mais pas du Président Jacques Lamarre

Pierre Duhaime, le déshonneur corporatif de SNC/Lavalin,
sous le voile corporatif... la cachette des fourbes. Les actionnaires de SNC-Lavalin se sont fait voler par le conseil d'administration. - Sur MétéoPolitique, le 27 février 2013

 

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une autre enquête criminelle liée à ....

 

Michel Fournier, ex-PDG de la Société des ponts du gouvernement du Canada, une nomination de l'ex-premier ministre du Canada Jean Chrétien

 

Sous la gouvernement de Jacques Lamarre président de SNC-Lavalin

Incité à la corruption par SNC/Lavalin
Michel Fournier condamné à 66 mois de prison
.

Il avait été accusé, le 29 juin 2016, d'avoir accepté des pots-de-vin de la firme d'ingénierie SNC-Lavalin dans le cadre d'un important contrat qui avait été accordé à la firme d'ingénierie pour la réfection du tablier du pont Jacques-Cartier à Montréal. - Sur MétéoPolitique

 
 

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l'organe de surveillance des élections fédérales a annoncé...

 

Gwyn Morgan président du conseil de direction de SNC-Lavalin en 2011

SNC-Lavalin a versé 118 000 $ en contributions illégales au PLC et au PCC entre le 9 mars 2004 et le 1er mai 2011. - source: Agence de presse canadienne (APC), le 8 septembre 2016 sur l'Actualité de Mishmash média pour Alexandre Taillefer.

 

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un dirigeant d'entreprise disgracié...

 

Normand Morin, un ancien vice-président de SNC-Lavalin a plaidé coupable. Il a profité d'une comparution de routine devant le tribunal, à la fin du mois de novembre 2018, pour plaider coupable à deux des cinq chefs d'accusation de violation des règles de financement électoral du Canada.

La Couronne a abandonné les trois accusations restantes. - La Société CBC/Radio-Canada pour le gouvernement du Canada, le 19 janvier 2019

 

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la plus haute autorité chargée de l'application de la loi au pays...

 

Jody Wilson-Raybould démissionne du cabinet Trudeau.

 La démission de l’ex-ministre de la Justice et procureure générale survient moins d’une semaine après que le Globe and Mail eut écrit que le bureau de Justin Trudeau aurait exercé des pressions sur elle dans le dossier SNC-Lavalin.  Selon le quotidien, la garde rapprochée du premier ministre aurait tenté de la convaincre d’intervenir afin d’éviter à la firme québécoise un procès pour fraude et corruption, en lien avec ses activités en Libye. - Sur Le Soleil de Groupe Capitales Médias (GCM) pour Martin Cauchon, le 12 février 2019

 

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sous l'ancien gouvernement de Stephen Harper...

 

Stephen Harper chef du Parti Conservateur du Canada privatise

Énergie atomique du Canada vendue à SNC-Lavalin. - Par Agence de presse canadienne (APC) sur le journal Les Affaires de Transcontinental média pour Rémi Marcoux

 

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Le Dr Ross Landsman, spécialiste fédéral états-unien de la sûreté nucléaire...

 

UNITED STATES OF AMERICA NUCLEAR REGULATORY COMMISSION BEFORE THE SECRETARY, on the 09-15-2005

In the Matter of Nuclear Management Company, LLC Palisades Nuclear Power Station Regarding Renewal of Facility Operating License No. DPR-20 for an Additional 20 Year Period.

Ross Landsman is a retired U.S. Nuclear Regulatory Commission Region III Nuclear Safety Engineer and inspected the Palisades Dry Cask.

Le 8 février 2018 Entergy accepte vend sa centrale Pilgrim Palisades à Holtec. (texte en anglais)

 

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Mais le site proposé fait face à une opposition...

 

Opposition gears up to nuclear waste disposal in New Mexico.  

An illustration depicts a planned interim storage facility for spent nuclear fuel in southeastern New Mexico as officials announce plans to pursue the project during a 2015 news conference at the National Museum of Nuclear Science and History in Albuquerque. The U.S. Nuclear Regulatory Commission held the first of three public meetings in Roswell on Monday as it considers the application filed by Holtec International. - Par l’Agence de presse Associated Press sur le Santa Fe & New Mexican journal, le 1er mai 2018

 

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Revenons au Canada, où SNC-Lavalin dirige un consortium...

 

Ottawa sélectionne un soumissionnaire privilégié pour Chalk River.

Ce consortium est composé de SNC-Lavalin, CH2M HILL Canada, Fluor Government Group Canada, EnergySolutions Canada Group et Rolls-Royce Civil Nuclear Canada. - Par la Société CBC/Radio-Canada pour le gouvernement du Canada, le vendredi 26 juin 2015

 

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le CNRC a été informé et a ordonné à Holtec de cesser de fournir des futs...

 

NRC files complaint against fuel cask-maker.

The Nuclear Regulatory Commission announced it was bringing enforcement action against the manufacturer of the steel and concrete casks used at the Vermont Yankee nuclear plant to store its high-level radioactive fuel. – Sur Brattleboro Reformer, le 27 décembre 2018.

 

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Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi un joyau de la technologie non maîtrisée par des ingénieurs