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Catastrophe nucléaire à la centrale Daiichi à  Fukushima au Japon
Si c'était la centrale Gentilly 2 à Bécancour serions-nous prêts?

Éditorial par
JosPublic
1er juillet 2011

Une version plus courte du texte est publiée dans le journal Le Devoir du 16 juillet 2011

Au moment ou je vous présente le dossier «La radioactivité de Fukushima rayonne maintenant sur le monde», la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a annoncé le renouvellement, pour une période de cinq ans, jusqu'au 30 juin 2016, du permis d'exploitation de la centrale nucléaire Gentilly 2 situé à Bécancour en Mauricie et «autorise également les activités reliées à la réfection».

Est-ce possible qu'un organisme règlementaire ne voit pas la poutre qu'il a dans l'oeil ?  Que faut-il de plus ?

Manifestants de Greenpeace
devant le siège social d'Hydro-Québec à Montréal

Emmener les responsables à Fukushima pour que les dirigeants japonais leur disent dans le blanc des yeux qu'eux aussi scandaient l'impossible accident? Si vous avez lu ou êtes en voie de lire les autres articles de ce dossier, vous découvrirez que le Québec n'est guère plus préparé que le Japon à affronter à une telle catastrophe.

Réalisez-vous que la centrale de Bécancour se situe à moindre distance de Montréal et de Québec que celle de Fukushima de Tokyo? Savez-vous que Gentilly 2 est construite sur une faille géologique propre aux tremblements de terre?  Ces insouciants ont-ils seulement prévu des exercices de secours en cas de fuite radioactive pour notamment les gens de Québec qui vivent sous les vents dominants et qui recevront la pluie empoisonnée sur leur jolie ville? 

Simulation de fuite radioactive
à Bécancour

Les autorités réglementaires, les politiciens et politiciennes se veulent rassurants au nom de l'économie, mais lorsque pour contrer les effets de la radioactivité sont distribuées régulièrement des capsules d'iode à chaque résidant et résidante de Bécancour et des environs, et que sont pratiqués des exercices de simulation de fuite radioactive, il me semble que le gros bon sens aviserait, genre oh! oh! danger! ( 01 )

Qu'est-ce qui les fait réfuter le fait qu'aucune méthode n'existe actuellement pour neutraliser les déchets radioactifs de la centrale de Bécancour, très dangereux pour des millions d'années ?

L'industrie nucléaire compte enterrer tous ces déchets hautement radioactifs dans un dépotoir géologique.  Au Canada, le coût d'un tel dépotoir est estimé à environ 26 milliards de dollars, incluant le transport par les routes.  L'industrie peut-elle seulement garantir la garde en toute sécurité de ces dépotoirs  géologiques?  Elle est incapable de planifier sur vingt ans, soit la durée potentielle d'une centrale nucléaire, imaginez sa capacité de prévoir pour 300 ou 1000 ans ? 

C'est dément !  C'est tellement fou, dangereux et surréel, que la population ne croit pas à cette histoire et nie la réalité.

Le plus cynique est que pendant qu'on banalise le danger éminent pour nous, le gouvernement canadien légifère pour protéger chaque propriétaire d'un réacteur nucléaire au Canada contre la responsabilité financière d'une telle catastrophe.  

Du même coup, les compagnies d'assurances refusent de couvrir les
dommages «collatéraux» aux citoyens si un accident nucléaire survenait parce que ces dommages seraient trop importants;  la charge en incomberait à l’ensemble de la population canadienne. Encore une fois, dans la magnanime pensée harperienne, la population financera l'enrichissement d'une compagnie privée à ses dépends, puisque le gouvernement conservateur vient de vendre à SNC-Lavalin une partie d'Énergie Atomique du Canada, une société d'État.

Si je comprends bien, ceux qui nous imputent le risque sur notre santé et notre vie au nom de
leur  enrichissement, se protègent eux contre le risque financier de leur propre jeu lotonucléaire.

Pénible constat que de voir des gens scolarisés, reconnus comme des sommités mondiales dans leur domaine scientifique, mépriser des confrères et consoeurs aussi qualifiés qu'eux, voire même plus compétents, qui ont relevé des failles lourdes de conséquence et impossibles à contrer dans l'exploitation du nucléaire. 

Cette insouciance grotesque m'incite à croire qu'ils aient pu être soit achetés par l'industrie, ou encore qu'il leur suffit d'arborer le bouclier des diplômes pour s'immuniser contre toute infaillibilité et catastrophe, ou que leur présomptueuse assurance acquise par leur classe sociale et leurs relations les rend hors d'atteinte personnellement, à l'instar de ces valeureux dirigeants de la Tepco. Depuis le cataclysme de Fukushima, ils envoient à la mort lente toutes ces personnes majoritairement pauvres, nommées liquidateurs, qui acceptent de risquer leur vie pour de l'argent mais aussi, comme le veut la culture japonaise, pour sauver la nation. Une catégorie de citoyens et citoyennes peu abondante au Québec et au Canada.

Derrière leurs grands airs, ces hauts gradés du commerce, de la science, de la politique savent que la technique nucléaire est extrêmement dangereuse. Leurs discours, loin d'être honnêtes et clairs, banalisent les impacts et risques d'accident, ridiculisent ceux qui s'inquiètent, et endorment la population avec la langue de coton.

Que tout cela est accablant !

Pendant ce temps de l'Univers on nous observe...