Collusion dans la santé
Mourir de se soigner avec leurs médicaments
Contrôle des médicaments : le vérificateur critique Santé Canada

Avec environ 225 000 morts par an, les effets indésirables des médicaments d’ordonnance sont la quatrième cause de décès aux États-Unis. Qu’en est-il au Canada?

Ici, et en fond d'écran, il y avait  une illustration très pertinente au sujet, qui provenait de Google. Réalisée par Mme Christine Roy de l'Agent Illustrateur, elle refuse de la partager gratuitement avec vous. Chacun est libre de contribuer au partage bénévole de l'art et du savoir.  JosPublic a retiré l'illustration sous la menace de poursuite.

Le droit d'auteur: Autre sujet
Il y a aussi la firme Walt Disney qui a enregistré en droit d'auteur la chanson «Bonne Fête - Happy birthday to you». Pour la mettre dans un film, il en coute maintenant 10 000$ payable aux ayants droit du grand créateur de Mickey Mouse. Qui, vous le devinez bien, n'a jamais créé cette chanson. Un jour il faudra bien remettre en question certaines applications du droit d'auteur.  

Textes par: Marc-André GAGNON

professeur de politiques publiques à l'Université Carleton, à Ottawa, chercheur pour le Centre d'éthique de l'Université Harvard et le Consortium de recherche en politiques pharmaceutiques et

Valérie BORDE

chroniqueure de vulgarisation scientifique
Autre rédaction: Marie-Claude Bourdon
Sources:  Journal de l'Université du Québec à Montréal, l'Actualité, Radio-Canada

Titrage, choix des photos et mise en page: JosPublic
Publication ici le : 22 novembre 2011

 

Ceux qui croient que notre pays s’en tire mieux déchanteront en lisant Mourir sur ordonnance ( 03 ) écrit par le député conservateur Terence Young
( 04 ). Ce dernier a perdu sa fille à cause des effets secondaires d’un médicament contre le reflux gastrique.

Grâce à l’enquête détaillée qu’il a menée, on découvre que le système de pharmacovigilance canadien est bien pire que celui de nos voisins du Sud.

Notre système de gestion des risques des médicaments est scandaleux. D’abord, la plupart des essais cliniques pour évaluer les bénéfices et les risques des nouveaux médicaments sont faits par les firmes pharmaceutiques, qui cherchent à promouvoir leurs produits. Malgré toutes les demandes pour une plus grande transparence, leurs résultats restent des secrets commerciaux. Les firmes sélectionnent les données qu’elles veulent voir publier et dissimulent les résultats négatifs, biaisant complètement l’information disponible aux médecins.

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L’intérêt commercial d’abord

 
 

Marc-André Gagnon ( 01 )

Pour y parvenir, elles embauchent des agences qui rédigent des études «scientifiques» destinées à montrer leurs produits sous leur meilleur jour.

Elles rétribuent ensuite des médecins «indépendants» pour qu’ils les signent. On appelle cela du ghostwriting, mais il faudrait plutôt parler de la gestion fantôme de la recherche médicale par des intérêts commerciaux…

Des documents internes de Pfizer ( 05 ) révèlent que, entre 1998 et 2000, pas moins de 85 articles scientifiques sur la sertraline (l’antidépresseur Zoloft) ont été rédigés à l’initiative de la compagnie. À cette période, la littérature scientifique ne comptait que 211 articles sur cette molécule. Pfizer a ainsi produit une masse critique d’articles favorables au médicament, ce qui lui a permis de noyer les études négatives.

En janvier 2008, on a également appris que l’industrie avait systématiquement «oublié» de publier les résultats défavorables sur la nouvelle génération d’antidépresseurs (Prozac, Paxil, Zoloft, Effexor, etc.) ( 06 ). Une fois toutes les données compilées, on réalise que pour 70 % des gens qui en prennent actuellement le médicament n’offre rien de plus qu’un placebo ( 07 ). Mais un placebo n’a pas d’effets indésirables, au contraire des antidépresseurs.

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Fausse revue médicale

 
 

Pour promouvoir son tristement célèbre Vioxx, un anti-inflammatoire qui a causé environ 30 000 décès aux États-Unis, Merck ( 08 ) avait monté une campagne de ghostwriting, omettant de mentionner la mort de certains «cobayes» durant les essais cliniques. La compagnie avait même créé une fausse revue médicale laissant croire que les articles étaient révisés par des pairs. En outre, des chercheurs indépendants qui soulignaient les risques liés au Vioxx ont même indiqué avoir été menacés par la firme.

Plus récemment, un rapport sénatorial américain a révélé que lorsque les représentants de GlaxoSmithKline ont découvert les risques cardiaques liés à leur antidiabétique Avandia ( 09 ), ils les ont camouflés au lieu d’en avertir les autorités. Ils ont aussi intimidé les chercheurs indépendants qui osaient divulguer des informations «négatives».

En janvier 2011, Santé Canada a tenu des audiences en vue d’améliorer la façon de réglementer les médicaments. Au nom de la modernisation, et sous la pression des firmes, le ministère a proposé de relâcher les exigences en matière de sécurité avant la mise en marché d’un nouveau médicament.

Député fédéral de la circonscription de Oakville de la province d'Ontario. Parti conservateur du Canada

Adieu principe de précaution! On accélère la mise en marché en espérant qu’il ne s’avérera pas dangereux…

Le député Terence Young était présent et a pris la parole. Il a qualifié le processus de «sinistre farce» et a quitté la salle avec toute la dignité d’un père qui se bat pour que sa fille ne soit pas morte en vain.

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Publicité

 
 
 
 

 
 
 
 
 

Aux États-Unis, les entreprises pharmaceutiques dépensent deux fois plus d'argent en promotion que pour la recherche et le développement ( 10 ). «Contrairement à ce que les compagnies pharmaceutiques laissent entendre, leur principale activité n'est pas la recherche, mais la promotion de leurs produits», disent Marc-André Gagnon et Dr Joel Lexchin, chercheurs associés à la Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie et au Collectif d'analyse de la financiarisation du capitalisme avancé. ( 11 )

Selon les estimations des auteurs, basées sur les données de deux firmes spécialisées en marketing pharmaceutique, les dépenses de promotion de l'industrie aux États-Unis étaient de 57,5 milliards de dollars en 2004, alors que les dépenses en recherche et développement étaient de l'ordre de 29,6 milliards.

Les résultats de l'étude, publiée dans le journal scientifique Public Library of Science Medicine (PLoS Medicine)
( 12 ), ont été largement repris dans les médias canadiens, dans les journaux, à la radio et à la télévision, en français et en anglais. Mais pas une ligne aux États-Unis : «Un journaliste à qui je mentionnais cette absence m'a fait remarquer que les médias américains n'ont peut-être pas voulu déplaire à d'aussi gros annonceurs», dit le chercheur.

Astuces publicitaires

Au Canada, la promotion des produits pharmaceutiques est beaucoup plus étroitement encadrée qu'aux États-Unis. Ainsi, la publicité directe au consommateur est en principe interdite pour les médicaments d'ordonnance et, en comparaison de ce que l'on voit au sud de la frontière, elle se fait plutôt rare.

Mais les compagnies pharmaceutiques utilisent de plus en plus une astuce qui permet de contourner la loi. «En fait, on a le droit d'annoncer le nom d'un médicament, comme on le fait dans les pubs de Viagra, par exemple, dit Marc-André Gagnon. Ce qui est interdit, c'est d'y associer le nom d'une condition médicale.» Mais qui a besoin de se faire dire que le Viagra soigne les problèmes érectiles pour comprendre une publicité de Viagra?

La publicité directe auprès des consommateurs ne constitue toutefois qu'une petite partie des dépenses promotionnelles des compagnies pharmaceutiques : environ 4 milliards sur 57 milliards de dollars aux États-Unis, selon les chiffres compilés par les auteurs pour l'année 2004. La promotion, c'est aussi les visites incessantes des représentants chez les médecins, les échantillons et les repas gastronomiques offerts lors des conférences de «formation continue» proposées par l'industrie. Selon les chiffres de l'étude, les dépenses promotionnelles aux États-Unis représentent 61 000 $ par médecin chaque année. «Si les firmes investissent autant dans la promotion, c'est que cela influence les pratiques de prescription», souligne Marc-André Gagnon.

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Contrôle des médicaments :
le vérificateur critique Santé Canada

                                source: Société Radio-Canada

 
 

Santé Canada est trop lent à réagir aux dangers posés par des médicaments déjà sur le marché, une situation qui crée des risques pour la santé des Canadiens, a relevé le vérificateur général par intérim du Canada dans son rapport déposé mardi.

John Wiersema a aussi noté que le défaut de Santé Canada de dévoiler suffisamment d'information sur les essais cliniques fait en sorte que des Canadiens pourraient participer sans le savoir à des tests de médicaments non autorisés par le ministère.

Bien que le ministère évalue activement l'innocuité des médicaments déjà sur le marché, il tarde à évaluer les problèmes potentiels qu'il relève, écrit M. Wiersema. Il lui faut parfois plus de deux ans pour réagir et informer la population d'un problème, blâme-t-il.

Par exemple, en août 2009, Santé Canada a évalué un médicament approuvé pour soulager les migraines. Il a recommandé que l'étiquette du produit de marque soit mise à jour pour avertir de risques nouvellement découverts d'anomalies congénitales chez les enfants des femmes qui prennent ce médicament. L'étiquette a été modifiée, mais les fonctionnaires responsables de s'assurer que les médicaments génériques subissent les mêmes modifications n'ont été avisés qu'en février 2011.

De plus, le ministère n'a pas intégré dans sa base de données les avertissements en provenance d'autres pays sur les effets indésirables des médicaments déjà sur les tablettes.

Pourtant, cette information pourrait contribuer à cerner des problèmes sur l'innocuité des médicaments, souligne le rapport. Compte tenu de la petite taille de la population canadienne, il est plus difficile d'avoir suffisamment de cas pour détecter les effets graves et indésirables des médicaments, mais les avis provenant de l'étranger pourraient pallier ce problème.

Des risques pour la sécurité des Canadiens sont aussi entraînés par des failles fondamentales dans l'octroi des visas aux étrangers, a aussi constaté M. Wiersema.

Selon lui, les directives données aux agents pour déterminer les visiteurs à risque élevé n'ont pas été revues depuis trop longtemps. Les contrôles médicaux visant à détecter le danger pour la santé publique ciblent la syphilis et la tuberculose depuis 50 ans, et cela, même s'il y a 56 maladies à déclaration obligatoire au Canada.

Ce problème est signalé par le bureau du vérificateur général depuis 20 ans, sans correctif, note M. Wiersema

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Un laboratoire pharmaceutique français
accusé d’avoir vendu un anticancéreux périmé

                                  source: le journal Le Parisien, TV5

 
 

Le laboratoire français Genopharm ( 13 ) aurait sciemment commercialisé un anticancéreux dont la date de péremption aurait été falsifiée. Ils ont été utilisés pour soigner certains cancers chez les enfants.

Une plainte a été déposée le 17 novembre 2011 par le laboratoire allemand Riemser ( 14 ), son fournisseur de la matière première de ce médicament.

Genopharm est une filiale du groupe allemand Alkopharma ( 15 ). Lla plainte stipule pour "faux et usage de faux, tromperie et falsification".

Riemser "accuse Genopharm d’avoir sciemment commercialisé des lots d’un puissant anticancéreux" qu’il fabrique, "le Thiotepan, après sa date de péremption".

D’après les éléments recueillis par Riemser, le médicament se trouvait encore sur le marché début 2011, alors que sa date d’utilisation arrivait à expiration en mars 2009.

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Collusion dans la santé: une étude accablante
                                                      texte de Valérie Borde

 
 

Une étude publiée dans le British Medical Journal ( 16 ) cette semaine montre que la majorité des experts qui élaborent les guides de pratique clinique ( 17 ) à l’intention des médecins au Canada et aux États-Unis, pour certaines maladies courantes, sont en conflit d’intérêt.

Jennifer Neumann ( 18 ), du Département de médecine préventive de la Mount Sinai School of Medicine ( 19 ) à New York et d’autres chercheurs américains ont analysé le profil des experts qui ont contribué entre 2000 et 2010 à l’élaboration des guides de pratique clinique, destinés à conseiller les médecins pour le dépistage ou le traitement de l’hyperlipidémie et du diabète ( 20 ) au Canada et aux États-Unis.

Sur 288 spécialistes ayant siégé sur ces panels, 138 avaient déclaré des conflits d’intérêt avant la publication des lignes directrices.

Valérie Borde
chroniqueure scientifique
( 02 )

 12 autres qui avaient d’une manière ou d’une autre collaboré avec l’industrie pharmaceutique sur ces maladies ont omis de le faire ou n’ont pas eu à le faire parce que la question ne leur a pas été posée.

Globalement, 52% des experts membres des panels étaient en conflit d’intérêt.

Le panel d’experts sur la détection, l’évaluation et le traitement du cholestérol sanguin chez les adultes mis sur pied par le gouvernement américain détient la palme de la piètre indépendance, alors que 8 de ses 9 membres ont déclaré un conflit d’intérêt!

Au Canada, 87 %  des membres des panels de la Société canadienne de cardiologie ( 21 ) et 77 % de ceux de l’Association canadienne du diabète ( 22 ) ont déclaré des conflits d’intérêt, avec des compagnies telles que GlaxoSmithKline, Novo, Sanofi, Servier Canada, Astra Zeneca, Bayer, Eli Lilly, Merck, Pfizer, et Hoffman-LaRoche.

Aucun des conflits déclarés n’incluait cependant une compensation financière stricte des experts de la part de ces compagnies, selon les chercheurs.

Les médicaments contre l’hyperlipidémie et le diabète représentent un chiffre d’affaires mondial de plus de 70 milliards de dollars.

Les lignes directrices édictées aux États-Unis sont suivies à peu de choses près partout dans le monde et ce sont elles, plus que toute autre forme de marketing, qui influencent les ventes de médicaments, selon Edwin Gale, professeur émérite spécialiste du diabète ( 23 ) à l’université de Bristol, ( 24 ) en Angleterre, qui signe un sévère éditorial dans le British Medical Journal
( 25 ).

Selon ce spécialiste, les compagnies sont prêtes à tout pour influencer les experts qui dictent les lignes directrices, et il est clair que beaucoup d’argent passe sous la table.

On aura beau durcir la législation sur la déclaration de conflits d’intérêt, cela ne changera rien au problème, selon Edwin Gale, qui prône un changement de culture radical dans la manière d’évaluer les médicaments.

JosPublic se demande qui osera poser le premier geste et d'où il proviendra ?

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Notes & Références:

01

Qui est Marc-André Gagnon ?

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02

Qui est Valérie Borde ?

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03
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Mourir sur ordonnance

Un père enquête sur l'industrie pharmaceutique


Terence Young

Préface de J.-Claude St-Onge



ISBN 978-2-923165-75-2
352 p. - 29 $ - 22 euros
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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04

Qui est Terence Young ?

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05

Qu'est-ce que Pfizer ?

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06

Que sont Prozac, Paxil, Zoloft, Effexor ?

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07

Qu'est-ce qu'un placebo ?

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08

Que sont le Vioxx et Merck ?

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09

Que sont GlaxoSmithKline et Avandia ?

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10

C'est ce qui ressort d'une étude publiée en 2008 par Marc-André Gagnon, chargé de cours aux départements d'Économie, de Science politique et de Sociologie, et par le Dr Joel Lexchin, de l'Université York, à Toronto.

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11

Que sont la Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie et le  Collectif d'analyse de la financiarisation du capitalisme avancé ?

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12

Qu'est-ce que le Public Library of Science Medicine (PLoS Medicine) ?

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13

Qu'est-ce que Genopharm ?

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14

Qu'est-ce que le laboratoire allemand Riemser ?

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15

Qu'est-ce qu'Alkopharma ?

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16

Qu'est-ce que le British Medical Journal ?

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17

Qu'est-ce qu'un guide de pratique clinique ?

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18

Qui est Jennifer Neumann ?

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19

Que sont le Département de médecine préventive de la Mount Sinai School of Medicine de New York ?

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20

Que sont les traitements de l’hyperlipidémie et du diabète ?

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21

Qu'est-ce que la Société canadienne de cardiologie ?

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22

Qu'est-ce que l'Association canadienne du diabète ?

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23

Qui est Edwin Gale ?

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24

Qu'est-ce que l’université de Bristol ?

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25

Éditorial dans le British Medical Journal ?

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