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Novlangue, néoparler, langue de bois: des outils pour vider les mots de leur sens usuel

Dans la nouvelle traduction de 1984, le roman dystopique de George Orwell, l’expression « newspeak » qu’on avait traduite par « novlangue » est maintenant traduite par « néoparler ».  L’écrivain visionnaire imaginait que dans un monde du futur, on parlerait une langue épurée au nom d’une idéologie.  Orwell aurait-il pu prévoir qu’en 2018, pour ne pas offenser les hommes transgenres, plusieurs organismes très sérieux proposent qu’on utilise les mots « trou avant » comme alternative pour désigner le vagin ?  En cette ère de réinvention du langage, allons-nous renommer la célèbre pièce de théâtre "Les monologues du trou avant ?"

 
 
 

Néoparler

 
 

La semaine dernière, on a appris que le site internet d’information médicale Healthline avait publié un guide à l’intention de la communauté LGBTQ« Pour le bénéfice de ce guide, nous ferons référence au vagin en tant que “trou avant” au lieu d’utiliser uniquement le terme médical “vagin”. C’est un langage inclusif qui tient compte du fait que certaines personnes trans ne s’identifient pas aux étiquettes que la communauté médicale attache à leurs parties génitales. »

L’information a fait boule de neige sur les médias sociaux, à tel point que Healthline a dû clarifier les faits, expliquant qu’ils n’avaient jamais proposé que « trou avant » remplace « vagin », mais simplement que c’était une alternative pour ceux qui se sentent offensés par le mot qui commence par un V.  Healthline a aussi expliqué que plein d’autres institutions ou des publications médicales utilisent aussi ce terme.

En lisant à ce sujet, je suis tombée sur une entrevue complètement surréaliste avec une sexologue qui expliquait qu’utiliser « trou avant » au lieu de « vagin » était un « accommodement raisonnable » pour la communauté LGBT, au même titre que des rampes d’accès le sont pour les personnes handicapées !

La Dre Lindsey Doe est une sexologue clinicienne américaine, qui est connue pour ses vidéos d’éducation sexuelle en ligne "Sexplanation".  Elle a expliqué au site The Daily Dot qu’il y avait d’autres mots qui posaient problème.  « Le mot ‘‘génital’’ aussi est un terme controversé. L’étymologie vient de ‘‘gene’’, donner naissance, ce qui implique que ce sont des organes de reproduction. Pour certaines personnes, c’est vrai, mais pour d’autres, ces organes ne servent pas du tout à la reproduction. Chaque mot qu’on utilise peut être offensant, il faut faire bien attention au contexte et à l’intention. »

Offensé. C’est le nouveau terme à la mode. Chaque mot peut être un déclencheur (« trigger »), l’autre mot à la mode.  Et les personnes offensées, qui ont été l’objet d’un déclencheur, ont besoin d’un espace sécuritaire (« safe space »), le troisième mot à la mode.

 

 
 

Marcher sur des œufs

 
 

Le magazine français Le Point vient de consacrer sa une à George Orwell, « Le penseur le plus utile pour aujourd’hui ».  On y apprend que Netflix a acquis les droits d’un autre classique d’Orwell, La ferme des animaux, parce que cette œuvre est d’une « extrême pertinence » aujourd’hui.

Vous savez ce que disait Orwell ?  « La liberté n’a de sens que si cela implique le droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre. »

Pertinent, non ?

Sophie Durocher

 

Source: Journal de Québec pour Québecor Inc.

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 28 août 2018

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