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Élections au Venezuela: la démocratie face à la contrebande
 et la décence face au racisme de classe sociale

Il y aura des élections au Venezuela en décembre 2015.  Tous les partis politiques s'y préparent.  Sauf que certains se sont acoquinés avec des intérêts extérieurs au pays, d'autres avec des contrebandiers de haut niveau et surtout avec des cartels d'affaires de la Colombie.  Il y a aussi des liens avec des groupes internationaux d'extrême droite, cartel des médias des grandes familles sud-américaines, États-Unis qui manipulent des pays limitrophes pour créer des mésententes aux frontières en échange de subventions et d'occasions d'affaires. De plus, il faut toujours compter sur le racisme social des classes privilégiées.  Voilà qui ne fait pas un bon terreau pour la démocratie.   Malgré tout, les partis de vision bolivarienne ne sont pas que des représentants législatifs.  Ils sont impliqués sur le terrain autant à organiser avec les communautés locales la sortie de la pauvreté endémique, mais aussi à promouvoir la militance démocratique.  C'est une sauce difficile à faire prendre, mais les réactions de la majorité de la population sont positives.  Voici ci-dessous l'état de la situation.
                                                                                                          
- JosPublic

“Non, ne me filme pas le visage !”
Depuis la fermeture de la frontière, la population vivant du côté vénézuélien
commence à peine à rêver à la fin de la terreur paramilitaire

 

 
 

L'invasion du village "La Invasión" par les contrebandiers de la Colombie

 

Ce village est un terrible résumé de ce que fut et de ce qu’est encore aujourd’hui, la Colombie d’Alvaro Uribe

Sauf qu’il se trouve du côté vénézuélien, à 300 mètres de la frontière et qu’il est ironiquement baptisé « La Invasión »

« Je fuyais les paramilitaires et je panique car ici je retrouve mes bourreaux » raconte un réfugié colombien.

Avec ses caves secrètes pour cacher les victimes d’enlèvement, ses bordels où étaient violées des centaines de fillettes, “La  Invasión” est aussi une des nombreuses bases de la “para-économie” qui a phagocyté les 2.219 km de frontière entre les deux pays.

Depuis des années les réseaux de contrebandiers extraient chaque jour 30 % des produits subventionnés par le gouvernement bolivarien pour les revendre en Colombie au double, au centuple, avec la complicité de nombreux fonctionnaires des deux pays, militaires comme civils. 

Des millions de litres d’essence (alors que le Venezuela n’exporte pas de carburant en Colombie), des milliers de tonnes d’aliments, de médicaments, de véhicules et de pièces de rechange…  jusqu’aux billets de banque vénézuéliens eux-mêmes, vendus au-delà de leur valeur pour repartir acheter dans le pays voisin tout ce qui peut faire du bénéfice en Colombie. 

Un député colombien a dénoncé des hôpitaux de Bogota qui font main basse sur les médicaments à bas prix destinés aux patients vénézuéliens, pour les revendre à leurs patients au prix du marché.  Des millions d’habitants du nord de la Colombie vivent de la manne du socialisme bolivarien dont 70 % des habitants de Cucuta, ville-frontière qui engrange un bénéfice mensuel estimé à 9 milliards de dollars. ( 01 )

 « Alors que les accords avec la Colombie prévoient que toute marchandise sortie en contrebande sera rendue au Venezuela, la Colombie ne nous a pas rendu un seul paquet de riz » explique le vice-Président bolivarien Jorge Arreaza

Pour la ministre des Affaires étrangères de la Colombie 
María Ángela Holguín Cuéllar, le problème disparaîtra… dès que le Venezuela éliminera ses subventions aux produits de base en faveur des secteurs populaires.

 
 

La fermeture partielle de la frontière

 
 

C’est après que des paramilitaires ont fait feu sur les soldats vénézuéliens qui allaient les arrêter, le 19 août 2015, que le président Maduro a ordonné le démantèlement de “La invasión” et fait fermer la frontière de l’État du Táchira avec la Colombie. 

L’objectif est de libérer la population de la terreur paramilitaire et de construire un territoire de paix :
« nous considérerons les cas des familles exploitées qui auraient besoin de logements sociaux.  Nous rouvrirons la frontière quand le gouvernement colombien fera cesser l’extraction illégale de nos produits vers son territoire et les attaques à notre monnaie ».

Trafic de billets de 100 et 50 bolivars vénézuéliens.  Le nord de la Colombie abrite une mafia composée de centaines de maisons de change, autorisées depuis 2000 par la Banque de Colombie, et de banquiers corrompus ayant fui la justice du Venezuela.  À travers le site Dólar Today, ce réseau fixe la valeur du dollar parallèle, facteur d’inflation au Venezuela.

« Il y a un an nous avons dénoncé le danger de l’intromission des paramilitaires colombiens au Venezuela. Aujourd’hui il se confirme que c’est une réalité » a twitté Ernesto Samper, Secrétaire général de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur) et ex-président de la Colombie. ( 02 )

Depuis 2006, près de six millions de colombien(ne)s ont fui leur pays pour chercher la paix et un travail au Venezuela.

Le plus récent exode a eu lieu lors de la grève paysanne de 2013 : quelque 150 personnes parmi lesquelles des femmes, des enfants et des vieillards fuirent au Venezuela par crainte des attaques continuelles de la Force Publique contre les paysans. 

De tous ces sans terre, déplacé(e)s, persécuté(e)s fuyant la misère, les massacres, les fosses communes, les “faux positifs” et les extorsions des paramilitaires, beaucoup furent légalisés sur l’initiative de Hugo Chávez pour qu’ils puissent bénéficier des programmes sociaux, du Droit au travail, de l’accès aux études supérieures.  Profitant de cette politique, des milliers de paramilitaires se sont infiltrés dans le pays d’accueil, allant jusqu’à chasser des familles vénézuéliennes de leurs logements sociaux pour y monter des bases du trafic de drogue et de contrebande vers la Colombie. 

De temps à autre, ces “cellules dormantes” reçoivent les instructions d’Alvaro Uribe pour épauler les violences de l’extrême droite locale (que les médias occidentaux transforment en “révoltes populaires”).

Le député Robert Serra

Souvent c'est pour commettre des assassinats sélectifs tels ceux de dirigeants communaux dans l’État de Lara ou du jeune député bolivarien Robert Serra et Maria Herrera sa compagne).  ( 03 )

María Herrera

La photo à droite nous montre les contrebandiers à l'oeuvre. Puerto Portete, un des ports sous contrôle exclusif des paramilitaires qui exploitent les Wayúu de la Alta Guajira pour charger et décharger les tonnes de marchandises pillées quotidiennement au Venezuela

Depuis la fermeture de la frontière, les forces armées du Venezuela ont arrêté une dizaine de chefs paramilitaires, remis aux autorités colombiennes.  Les assassinats ont cessé (on en comptait vingt par jour dans l’état de Tachira). 

Les pompes à essence et les supermarchés ont rouvert, et les files d’attente se résorbent malgré les menaces persistantes de la mafia contre les commerçants vénézuéliens.  C’est à Cucuta que les pénuries se sont déplacées avec les premières files d’attente d’automobilistes et l’envol des prix des denrées de base.  Forte de son monopole médiatique, l’oligarchie colombienne répond par une campagne “nationaliste” contre “le dictateur Maduro qui piétine nos droits comme colombiens”.

 
 

Où est passée la droite vénézuélienne ?

 
 

 Alors qu’elle comptait sur la guerre économique et l’internationale médiatique pour mettre à genoux le gouvernement bolivarien et remporter haut la main les élections législatives du 6 décembre 2015, la droite vénézuélienne vit les pires heures de son existence, en proie aux divisions, proche de l’implosion.

Les révélations sur ses liens avec la mafia uribiste n’ont rien fait pour améliorer son image ( 04 ).  Mais ce sont sa mise à l’écart de la nouvelle génération, sa misogynie et son racisme persistants, ses nominations autoritaires d’entrepreneurs blancs comme candidats aux législatives, qui ont fait se révolter une partie de sa base et fait voler en éclats l’unité de ses partis. ( 05 )

Ses manifestations se vident de militants et certains députés ont fait défection comme Ricardo Sánchez Mujica qui se présentera aux élections de décembre sous l’étiquette bolivarienne.

Une guerre économique à double tranchant

“Pa’lante queda lejos pero par’atrás queda más lejos aún” : « aller de l’avant, c’est loin mais retourner en arrière c’est encore plus loin ».  Ce graffiti de Caracas parle de ce qui reste la seule voie raisonnable pour une majorité.  Si le socialisme bolivarien reste en tête des intentions de vote dans les sondages de firmes privées, le salut de la droite ne peut venir que de l’abstention massive de secteurs populaires poussés à bout par la guerre économique. 

80 % des médias et de l’économie restent aux mains du secteur privé et à mesure que le temps passe, le mécontentement populaire face à des prix hors de contrôle grandit mais s’adresse autant aux mafias d’un secteur privé dominant qu’au gouvernement, aux incapacités et aux lenteurs de son action. 

Les gens savent que ce n’est pas le président Maduro qui organise les pénuries, fait monter l’inflation ou le dollar parallèle mais veulent une réaction forte et une solution rapide de la part de l’État. 

 Les mesures décidées récemment par le président comme la fermeture partielle de la frontière avec la Colombie, l’opération d’envergure lancée le 13 juillet 2015 pour démanteler les cellules paramilitaires, avec la restitution de logements sociaux aux familles dépossédées, l’organisation d’alternatives économiques avec les communes et l’accélération des investissements productifs, recueillent l’approbation d’une majorité de sondés. ( 06 )

Comment faire comprendre le storytelling ou la communication narrative à la population vénézuélienne ?

Bien sûr il ne faut pas sous-estimer la contre-offensive de la droite latino-américaine toujours à la recherche de nouveaux relais (courant droitier du mouvement indigène en Équateur ( 07 ), ONG's écologistes” opposées au canal interocéanique au Nicaragua, para-maras au Salvador, secteurs populaires déçus au Brésil, etc..). 

Mais le fait qu’elle doive jouer les cartes de la violence et la déstabilisation médiatique révèle l’absence de projet politique et la faiblesse sociale à long terme. 

D’où la nervosité des médias occidentaux qui de CNN au Journal Le Monde n‘hésitent plus à inventer l'histoire pour réaliser leurs désirs : “pillages au Venezuela”, “chute imminente de Dilma Roussef ou “forte mobilisation contre Rafael Correa”.

 
 

Le réel suivra-t-il les médias ? ( 08 )

 
 

Le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) fut lui-même surpris, en juin 2015, par l’affluence de ses propres partisans – en pleine guerre économique – à une simple élection primaire en vue de désigner leurs candidats, en majorité des femmes et des jeunes, au scrutin qui renouvellera l’assemblée nationale en décembre 2015.

Franco Vielma

Le sociologue Franco Vielma explique que « le pouvoir ancien s’était fait une spécialité d’éviter l’implosion des classes populaires, en démontant tout catalyseur qui nous mènerait au changement politique. La nature du pouvoir institué fut précisément cela : se préserver, tout préserver. C’est ce qui a changé au Venezuela. Les institutions ont accouché d’un Venezuela qui explose tous les jours. (..) Tous les jours il y a des escarmouches entre le pouvoir institué et le pouvoir émergent. Au Venezuela depuis deux ans la relation entre “entrepreneurs et consommateurs” a cessé d’être « harmonieuse » (comme on nous l’affirmait jadis). » ( 09 )

Il faut prendre en compte, aussi, l’étape nouvelle que représente la présidence de Nicolas Maduro. Hugo Chávez était pris par le vertige d’une transformation rapide, passionné par sa vision d’un Venezuela enfin réuni avec ses frères latino-américains, caraïbéens et africains, un pays préférant lire que regarder la télé, souverain, sans pauvreté, économiquement puissant, au point qu’il voulait être de toutes les batailles à la fois, et faire vite.

Cette énergie très personnelle (qui servit aux médias à fabriquer l’image d’un “caudillo”) et ce volontarisme paradoxal dans le désir d’accélérer la participation populaire, contrastent avec la méthode de Maduro.

Dès son élection à la présidence en avril 2013, celui-ci a dû assumer tous les fronts à la fois : insécurité, corruption, inflation, guerre économique, improductivité nationale, déstabilisation tous azimuts d’une droite excitée par la mort de Chávez. 

Le président Maduro rencontre des citoyens.nes

Mais dans sa recherche d’une réponse structurelle, le président a forgé sa méthode : mettre la population face à ses responsabilités, donner un rang présidentiel aux conseils de mouvements sociaux, attendre que ceux-ci formulent leurs propositions pour prendre les décisions “de commun accord”  ( 10 ).

Cet espace nouveau – que certains critiquent comme “faiblesse” de Maduro – implique une responsabilité plus collective, où les femmes et les jeunes en particulier, le monde du travail en général, ont leur place à prendre.  Après les fulgurantes étapes de montagne des années Chávez a commencé la marche en terrain plat, réputée plus difficile.

 
 

Marche populaire contre le paramilitarisme et pour la paix à Caracas le 27 août 2015

 
 

Nicolas Maduro était présent, à quelques heures de s’envoler vers le Vietnam et la Chine pour un renforcement du partenariat économique.  Pour déminer la xénophobie anti-colombienne qui se nourrit des exactions des paramilitaires, le président vénézuélien a brandi les drapeaux des deux nations, invité un musicien colombien à ouvrir le meeting et répondu à l’oligarchie de Bogota : « Nous ne sommes pas anti-colombiens. Nous sommes anti-mafia et anti-paramilitaires ».

Source: Thierry Deronne, Caracas, 30 août 2015. Venezuela Info

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 10 septembre 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander, et sur les caractéristiques de la contrebande locale: El Diputado Diosdado Cabello lo explicó. En Cúcuta venden los billetes de Bs. 100 aplicando la Operación Tres Patas

 
 
 

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02

 
 

Les incursions paramilitaires au Venezuela sont une réalité: Hace un año denunciamos el peligro la intromisión d paramilitares colombianos en Venezuela. Hoy se confirma es una realidad, le 20 août 2015

 
 

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03

 

Les clefs de la mort d’un jeune député bolivarien et de sa compagne - Sur Venezuela Info, le 3 octobre 2014

 

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04

 

“Venezuela : la presse française lâchée par sa source ?”  - Sur Venezuela Info, le 4 août 2015

 

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05

 

La misogynie de l’opposition vénézuélienne, par Lidia Falcón O’Neill - Sur Venezuela info, le 19 juillet 2015

 

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06

 
 

À propos du soutien de la population vénézuélienne aux opérations anti-paramilitaires Hinterlaces: 87% de la población respalda el Operativo de Liberación y Protección al Pueblo

 
 

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07

 

Sur le soutien de la CONAIE indigène par les partis néo-libéraux en Équateur, lire la récente analyse de Romain Migus - Sur Venezuela en vivo (2015)

 

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08

 

Sur les désirs frustrés des médias occidentaux  - CNN en Español reconoce haber mentido sobre supuestos saqueos en Venezuela - Sur Alba Ciudad 96.3 Fm

 

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09

¿Habrá un estallido social en Venezuela? - Sur Mission Verdad, le 11 août 2015

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10

 

La Commune, “coprésidente du Venezuela” - Sur Venezuela Info, le 17 septembre 2014

 

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