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Ukraine: Le Canada contribue à discréditer le discours états-unien

Lorsque le Premier ministre du Canada ou John Baird le ministre des Affaires étrangères du Canada vilipende la Russie à propos du conflit en Ukraine, soyez assuré que le texte est écrit à Washington. ( 01 ) Le seul intérêt pour le Canada à se mêler à cette joute géopolitique entre les États-Unis, l'Union Européenne et la Russie est qu'il y a 1,2 million de Canado-Ukrainiens au Canada, constituant l'un des groupes de diaspora et blocs d'électeurs les plus influents au pays. Représentant moins de 40% des électeurs au Canada, le régime conservateur de Stephen Harper devrait éviter de parler avec tant d'assurance au nom de tous les canadiens. À moins, et cela semble être le cas, qu'il développe depuis quelques années une politique de clientélisme. Rien de bon à ce que je vois pour la démocratie canadienne.                                                                                                                - JosPublic

Stephen Harper, premier ministre du Canada élu par 39,6% des électeurs.trices canadiens en 2011

 

Texte par Thierry Meyssan
Consultant international

L’Empire anglo-saxon est basé depuis un siècle sur la propagande. Elle est parvenue à nous convaincre que les États-Unis sont « le pays de la liberté » et qu’ils ne livrent de guerres que pour défendre leurs idéaux. Mais la crise actuelle à propos de l’Ukraine vient de changer les règles du jeu : désormais Washington et ses alliés dont le Canada ne sont plus les seuls locuteurs. Leurs mensonges sont ouvertement contestés par le gouvernement et les médias d’un autre grand État, la Russie. À l’heure des satellites et de l’Internet, la propagande anglo-saxonne ne fonctionne plus

Depuis toujours les gouvernants tentent de convaincre de la justesse de leurs actes, car jamais les foules ne suivent les hommes qu’elles savent mauvais. Le XXème ( 20e ) siècle a été le théâtre de méthodes nouvelles de propagation d’idées qui ne s’encombraient pas de la vérité. Les Occidentaux font remonter la propagande moderne au ministre nazi Joseph Goebbels. C’est une manière de faire oublier que l’art de fausser la perception des choses fut développé auparavant par les Anglo-Saxons.

En 1916, le Royaume-Uni créa la Wellington House à Londres ( 02 ), suivie par la Crewe House ( 03 ). Simultanément, les États-Unis créèrent le Committee on Public Information (CPI) ( 04 ).

Considérant que la Première Guerre mondiale opposait des masses et non plus des armées, ces organismes tentèrent d’intoxiquer leur propre population tout autant que celles de leurs alliés et que celles de leurs ennemis.

La propagande moderne commence avec la publication à Londres du rapport Bryce ( 05 ) sur les crimes de guerre allemands, qui fut traduit en trente langues. Selon ce document, l’armée allemande avait violé des milliers de femmes en Belgique, les armées britanniques luttaient donc contre la barbarie. On découvrit à la fin de la Première Guerre mondiale que l’ensemble du rapport était une supercherie, faite de faux témoignages avec l’aide de journalistes.

George Creel ( 06 )

De son côté, aux États-Unis, George Creel inventa un mythe selon lequel la Guerre mondiale était une croisade des démocraties pour une paix réalisant les droits de l’humanité.

Les historiens ont montré que la Première Guerre mondiale répondait à des causes autant immédiates que profondes, la plus importante étant la compétition entre grandes puissances pour étendre leurs empires coloniaux.

Les bureaux britannique et états-unien étaient des organismes secrets, travaillant pour le compte de leurs États.

À la différence de la propagande léniniste, qui ambitionnait de « révéler la vérité » aux masses ignorantes, les Anglo-Saxons cherchaient à les tromper pour les manipuler. Et pour cela, les organismes étatiques anglo-saxons devaient se cacher et usurper de fausses identités.

Après la disparition de l’Union soviétique, les États-Unis ont négligé la propagande et lui ont préféré les Relations publiques. Il ne s’agissait plus de mentir, mais de tenir la main des journalistes pour qu’ils ne voient que ce qu’on leur montre.

Photo d'une propagande Léniniste:
Karl Marx, Friedrich Engels et Lénine

Alastair John Campbell

Durant la guerre du Kosovo, l’Otan fit appel à Alastair Campbell, un conseiller du Premier ministre britannique, pour raconter à la presse une histoire édifiante par jour. Pendant que les journalistes la reproduisaient, l’Alliance pouvait bombarder « en paix ».

Le story telling (conter une histoire) visait moins à mentir qu’à détourner l’attention.

Cependant, le story telling (trame narratrice ou le conte) est revenu en force avec le 11-Septembre 2001 : il s’agissait de concentrer l’attention du public sur les attentats de New York et de Washington pour qu’il ne perçoive pas le coup d’État militaire organisé ce jour-là : transfert des pouvoirs exécutifs du président Bush à une entité militaire secrète et placement en résidence surveillée de tous les parlementaires.

Cette intoxication fut notamment l’œuvre de Benjamin Rhodes, aujourd’hui conseiller de Barack Obama.

Barack Obama et Benjamin Rhodes

Stephen HARPER et Barack OBAMA
(photo montage)

Au cours des années suivantes, la Maison-Blanche installa un système d’intoxication avec ses principaux alliés: le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et bien sûr Israël.

Chaque jour ces quatre gouvernements recevaient des instructions, voire des discours pré-écrits, du Bureau des médias globaux pour justifier la guerre en Irak ou calomnier l’Iran ( 07 ) 

Pour diffuser rapidement ses mensonges, Washington s’appuyait, depuis 1989, sur le réseau de télévision CNN. Avec le temps, les États-Unis créèrent un cartel de chaines d’information satellitaires (Al-Arabiya, Al-Jazeera, BBC, CNN, France 24, Sky). En 2011, lors du bombardement de Tripoli en Libye, l’Otan parvint par surprise à convaincre les Libyens qu’ils avaient perdu la guerre et qu’il était inutile de résister encore. Mais en 2012, l’Otan a échoué à reproduire ce modèle et à convaincre les Syriens que leur gouvernement allait inévitablement tomber.

Cette tactique a failli parce que les Syriens ont eu connaissance de la manipulation effectuée par les chaînes de télévision internationales en Libye et ont pu s’y préparer ( 08 ). Et cet échec marque la fin de l’hégémonie de ce cartel de « l’information ».

La crise actuelle entre Washington et Moscou à propos de l’Ukraine a contraint l’administration Obama à revoir son système.

En effet, désormais Washington n’est plus seul à parler, il doit contredire le gouvernement et les médias russes, accessibles partout dans le monde via les satellites et Internet.

Le secrétaire d’État John Kerrya donc désigné un nouvel adjoint pour la propagande, en la personne de l’ancien rédacteur en chef de Time Magazine, Richard Stengel.  

Avant même de prêter serment, le 15 avril 2014, il occupait déjà sa fonction et, dès le 5 mars, envoyait aux principaux médias atlantistes ( 10 )  une « fiche documentaire » sur les « 10 contre-vérités » que Vladimir Poutine aurait énoncées sur l’Ukraine ( 11 ).

Il récidivait le 13 avril avec une seconde fiche présentant « 10 autres contre-vérités »  ( 12 )

John Kerry

Richard Stengel ( 09 )

Ce qui frappe en lisant cette prose, c’est son ineptie. Elle vise à valider l’histoire officielle d’une révolution à Kiev et à discréditer le discours russe sur la présence de nazis dans le nouveau gouvernement. Or, on sait aujourd’hui qu’en fait de révolution, il s’agissait bien d’un coup d’État fomenté par l’Otan et mis en œuvre par la Pologne et Israël en mixant des recettes des « révolutions colorées » et des « printemps arabes ». ( 13 )

Victoria Nuland

Urmas Paet

Les journalistes qui ont reçu ces fiches et les ont relayées connaissent parfaitement les enregistrements de conversations téléphoniques de l’assistante du secrétaire d’État Victoria Nuland, sur la manière dont Washington allait changer le régime au détriment de l’Union européenne, et du ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet, sur la véritable identité des snipers de la place Maidan.

En outre, ils ont pris connaissance ultérieurement des révélations de l’hebdomadaire polonais Nie sur la formation deux mois avant le début des événements des émeutiers nazis à l’Académie de police polonaise. Quant à nier la présence de nazis au sein du nouveau gouvernement ukrainien, cela revient à clamer que la nuit est lumineuse.

Il n’est pas nécessaire de se rendre à Kiev, il suffit de lire les écrits des ministres actuels ou d’écouter leurs propos pour le constater. ( 14 )

En définitive, si ces argumentaires permettent de donner l’illusion d’un consensus des grands médias atlantistes, ils n’ont aucune chance de convaincre des citoyens curieux. Au contraire, il est si facile avec Internet de découvrir la supercherie que ce type de manipulation ne pourra qu’entamer un peu plus la crédibilité de Washington.

L’unanimisme des médias atlantistes le 11 Septembre 2011 a permis de convaincre l’opinion publique internationale, mais le travail réalisé par des très nombreux journalistes et citoyens, dont j’ai été le précurseur, a montré l’impossibilité matérielle de la version officielle. Treize ans plus tard, des centaines de millions de personnes ont pris conscience de ces mensonges. Ce processus ne pourra que se développer avec le nouveau dispositif de propagande états-unien. En définitive, tous ceux qui relayent les argumentaires de la Maison-Blanche, notamment les gouvernements et les médias de l’Otan, détruisent eux-mêmes leur crédibilité.

Barack Obama parle bien. En réalité, le président Obama n’écrit pas lui-même ses textes et passe ses journées à lire sur des prompteurs des discours écrits pour lui. Pendant ce temps, d’autres gouvernent à sa place

Barack Obama et Benjamin Rhodes, John Kerry et Richard Stengel n’agissent qu’à court terme. Leur propagande ne convainc les masses que quelques semaines et contribue à les révolter lorsqu’elles comprennent la manipulation. Involontairement, ils sapent la crédibilité des institutions des États de l’Otan qui les relayent consciemment.

Ils ont oublié que la propagande du XXème (20e) siècle ne pouvait réussir que parce que le monde était divisé en blocs qui ne communiquaient pas entre eux, et que son principe monolithique est incompatible avec les nouveaux moyens de communication.

La crise en Ukraine n’est pas terminée, mais elle a déjà profondément changé le monde : en contredisant en public le président des États-Unis, Vladimir Poutine a franchi un pas qui empêche désormais le succès de la propagande états-unienne.

Stephen Harper un premier ministre qui joue à la guerre sans en avoir le mandat de la population canadienne

Source: Thierry Meyssan, Consultant international, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace.

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 28 avril 2014

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

01
 
 
 
 

Baird en guerre de mots avec la Russie - Sur Le Devoir, le 26 avril 2014

 
 
 
 

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02

 

La Wellington House à Londres (mieux connue sous le nom du Bureau de la propagande de la guerre) - Sur Wikipédia en anglais

 

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03

 
 
 

The Crewe House: la maison de Crewe était une Agence de propagande britannique pendant la première guerre mondiale dans le quartier de Mayfair, Londres. Il abritait également la direction de la propagande secrète dans les pays ennemis du premier ministère de l'information de l'Angleterre.

 
 
 

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04

 

Les États-Unis créèrent le Committee on Public Information (CPI) - Sur Wikipédia en français

 

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05

 

À propos du rapport de Lord Bryce, (Committee on Alleged German Outrages) lors de la première guerre mondiale (1915) et de ses faux témoignages - Sur Wikipédia en anglais

 

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06
 

La commission Creel et le viol des foules - Sur MétéoPolitique, le 10 novembre 2012

 

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07

« Un réseau militaire d’intoxication », Réseau Voltaire, 8 décembre 2003

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08

 

« L’OTAN prépare une vaste opération d’intoxication », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda , Réseau Voltaire, 10 juin 2012. - Sur Voltaire net

 

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09

« Le rédacteur en chef de Time Magazine, nouveau patron de la propagande US », Réseau Voltaire, 16 avril 2014.

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10

 

L’Atlantisme est l’idéologie dominante des sociétés européennes actuelles, celle qui aura sans doute le plus d’influence sur le devenir de nos destinées communes et pourtant elle est de ces idéologies presque cachées dont on ne parle ouvertement que dans le cercle restreint du monde alternatif.

Sont Atlantistes tous les collaborateurs européens de la vision hégémonique des États-Unis et de son idéologie propre qui répond au doux nom d’impérialisme. Autrement dit, l’Atlantisme est l’idéologie des exécutants serviles de l’idéologie impériale américaine ; elle lui est subordonnée et ne tire de sa soumission que les miettes de l’empire tombées à terre après le festin des empereurs. Pour la suite de ce texte...

 

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11

 

« Fiche documentaire du département d’État : 10 contre-vérités sur l’Ukraine », Réseau Voltaire, 5 mars 2014.

 

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12

 

« Note aux médias du Département d’État : 10 contre-vérités russes à propos de l’Ukraine », Réseau Voltaire, 13 avril 2014

 

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13

 

« Ukraine : la Pologne avait formé les putschistes deux mois à l’avance », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 17 avril 2014.

 

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14

 

« Qui sont les nazis au sein du gouvernement ukrainien ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 mars 2014.

 

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