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À quoi s'attendre après la première rencontre entre Poutine et Trump à Hambourg?

La première réunion en face à face des Présidents Vladimir Poutine et Donald Trump a finalement eu lieu en marge du Sommet du G-20 à Hambourg le 7 juillet 2017.   L'attention du monde et même des autres participants du Sommet était tellement rivée sur la rencontre Trump-Poutine, et le programme du Sommet a tellement été chamboulé par cette réunion, que des langues astucieuses décrivaient un G-20 à l'ombre des pourparlers Poutine-Trump.  

Les deux grosses nouvelles émergentes des médias d'Amérique mettaient l'emphase sur a) la durée de la réunion entre les deux chefs d'État et b) Trump aurait soulevé la question de la potentielle ingérence russe dans la campagne présidentielle états-unienne de 2016, répondant ainsi à la demande hystérique de ses détracteurs et ennemis politiques à propos d'un "Russiagate".

 

États-Unis-d'Amérique

 
 
 

En effet, la réunion a duré deux heures et quinze minutes, par opposition à la plage horaire de 25 minutes prévue à l'avance par les fonctionnaires états-uniens.  Ils étaient six participants : les deux présidents, le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov, son homologue états-unien, le secrétaire d'État Rex Tillerson et les interprètes.

À propos des allégations de piratage de la Fédération russe et d'autres gestes d'ingérence dans les élections américaines, on nous dit que le sujet a pris 40 minutes, près d'un tiers de la durée des réunions.

Vladimir Poutine et Donald Trump lors d'une rencontre en marge du Sommet du G-20 à Hambourg, le 7 juillet 2017

Le New York Times affirme que la discussion était tendue et chauffée à blanc.   En réponse aux questions des journalistes après la réunion, Sergueï Lavrov et puis plus tard, Vladimir Poutine lui-même a exprimé sa confiance dans la qualité des arguments présentés qui réfutent toute implication du gouvernement russe.  

«Ils étaient convaincants et ont été acceptés».  Jusqu'à présent, l'équipe de Trump n'a pas révélé s'il en tirait les mêmes conclusions.

Malheureusement, l'attention très focalisée des médias américains a laissé sans couverture médiatique ce qui a été effectivement réalisé au cours de la réunion.  Évidemment, il n'y a pas beaucoup de substance, parce la substance exige une préparation à l'avance par des équipes professionnelles des deux côtés.  Ce qui ne pouvait se produire à cause de l'intense pression politique mise par les adversaires politiques de Trump et même par plusieurs de ses conseillers qui ne voulaient pas de réunion ou souhaitaient une réunion de confrontation mais pas d'une rencontre constructive comme elle le fut.

Cela étant dit, il y avait un élément concret et important rapporté par Lavrov dans sa conférence de presse: la création d'une centre américano-russe de "deconfliction" en Jordanie, où l'armée états-unienne a son centre de coordination des activités (théâtre des opérations, en langage d'armée), pour s'occuper de la mise en œuvre d'une pacification locale et permettre à la population de retourner à la vie civile dans la région du sud-ouest de la Syrie.   En outre, la supervision sur le terrain de cette "deconfliction" serait effectuée par la police militaire russe. 

Ceci semble être un développement très positif, s'ajoutant aux 6 domaines de "deconfliction" déjà établis à la Conférence d'Astana lors de réunions de toutes les parties en conflit en Syrie et qui sont sous la garantie de la Turquie, de l'Iran et la Russie.  

Ce serait encore mieux s'il y avait eu quelques avancées dans la zone plus dangereuse de l'Est et du sud-est de la Syrie le long de l'Euphrate.

Là où les forces de l'"Armée Syrienne Libre" soutenues par les États-Unis ont affronté les forces de Bachar el-Assad et où les États-Unis ont abattu un bombardier syrien il y a quelques semaines.  Dès lors les Russes qui combattent Daech ont coupé les communications (échange d'information à propos d'activités sur le terrain de la guerre) avec le commandement militaire états-unien et ont menacé d'abattre tout objet volant à l'Ouest de l'Euphrate, qu'il soit états-unien ou faisant partie de la coalition états-unienne.

Nous avons également été informés que les États-Unis joueront désormais un rôle actif en faveur de la mise en œuvre de l'Accord de Minsk en vue d'un cessez-le-feu observé correctement et une solution politique en Ukraine.  En pratique, cela ne peut se faire qu'en appliquant une pression sur le gouvernement de Kiev afin qu'il respecte ses engagements - autant sur le vote dans le Donbass que sur la décentralisation….

Plus généralement, ce qui semble avoir été atteint à la réunion Trump-Poutine c'est d'abord un accord sur un processus pour démarrer une normalisation des relations bilatérales, y compris la nomination rapide des nouveaux ambassadeurs dans les deux capitales.  Aucun autre accord sur rien de précis, mais l'identification des questions en suspens et le début de l'affectation des responsabilités de part et d'autre avant d'entrer dans une discussion détaillée pour trouver des solutions. 

S'il y avait un suivi de ces premières démarches cela pourrait s'avérer être un tournant positif dans les relations entre les deux pays.

Avant la tenue de la rencontre, les journalistes et les experts étaient à la recherche de scénarios provenant de l'histoire politique récente qui pourraient caractériser l'émergence d'une relation de confiance entre les deux présidents. 

Les optimistes, en particulier, parlaient de l'importance énorme de l'exemple de Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan, qui a conduit à de très importants accords sur la limitation des armements et à la résolution de la cause sous-jacente de la guerre froide : la division de l'Europe en zones d'influence et sphères de contrôle entre les russes et les états-uniens. 

Les affirmations répétées par Donald Trump durant sa campagne électorale, à l'effet qu'il croyait que Poutine était quelqu'un avec qui il aurait pu faire des affaires, correspond aux vues qu'exprimaient Ronald Reagan et Margaret Thatcher à l'égard de l'ex-président Gorbatchev.

Mais je pense que cette conceptualisation de l'avenir est trompeuse et s'avère un cul de sac.  Aujourd'hui il n'y a pas d'Union Soviétique, pas d'empire russe en Europe et rien de la sorte à résoudre.  De plus, tous les effets négatifs pour la Maison-Blanche de Moscou provenant de la naïveté et la confiance injustifiée de Gorbatchev envers ladite bonne volonté et l'attitude dite équitable de ses interlocuteurs ont été bien analysés et cette référence au duo de l'époque est un éteignoir et n'incite pas le gouvernement russe à simplement faire confiance.

 

Henry Kissinger et Vladimir Poutine

 

Préférablement, je vois le cadre de référence pour ce qui est devant nous dans la relation Nixon-Brezhnev sur la détente durant la "guerre froide".  L'un des grands responsables de cette détente est Henry Kissinger, dont la stratégie de "real politik-la vraie politique" sous-tendait "L'Amérique d'abord".  

Kissinger lui-même a été très visible dans le cercle de conception de la politique étrangère de Trump.  Il était avec Trump lorsque ce dernier a reçu les russes, l'ambassadeur Kislyak et Sergueï Lavrov, dans le bureau ovale le 10 mai 2017.  Il était le messager de Trump à Poutine le 29 juin 2017. À son arrivé à Moscou il a été en tête-à-tête avec le président russe, une situation que la télévision d'État russe n'a pas de manqué de souligné comme étant une nouvelle importante.

La "détente" de l'ère Nixon concernait la coexistence pacifique entre les deux superpuissances poursuivant leurs propres intérêts nationaux, et non pas une confortable amitié.  

Nous n'avons pas aujourd'hui un clivage idéologique propulsant la compétition entre ces deux puissances, mais une augmentation de la malveillance d'où la compétitivité maligne peut se déchaîner à tout moment.

L'objectif est de convenir des intérêts nationaux des parties, une façon polie de dire l'innommable en politique états-unienne, les "sphères d'influence."    Au plus haut niveau d'abstraction, il s'agit d'un accord sur la gouvernance mondiale.

Dans l'apogée de la "détente", et même jusqu'en 1978, Brejnev avait offert à Nixon un condominium au sens figuré bien sûr: si vous acceptez, dit Leonid Il'ich, personne d'autre dans le monde n'osera soulever un doigt.  Les Américains n'achetèrent pas l'idée.  Nixon n'aurait pas accepté même s'il le voulait parce que le Congrès états-unien n'aurait jamais donné son accord.  Poutine n'offre pas une telle copropriété, mais plutôt un partage des responsabilités de la gouvernance par l'ONU et d'autres instances comme le G-20.

Peut-être, juste peut-être! Trump pourrait sauter sur l'occasion!

 
 

Un G-20 qui se termine sur l'image d'un G-19

En dehors de la réunion des présidents russe et états-unien il y eut l'isolement évident de la délégation états-unienne à l'issue du sommet quand les 19 autres membres se sont joints dans une déclaration commune réaffirmant l'engagement de leurs pays envers le traité de Paris sur le changement climatique. Traité duquel Trump et son équipe ont retiré les États-Unis.  

L'autre aspect principal du G-20 à Hambourg qui a capté l'attention des médias américains et européens a été la violence de certains manifestants qui, comme il est désormais de coutume lors de tels événements, étaient venus maudire la mondialisation et les accords de libre-échange auxquels les membres du G-20 ont toujours souscrit.

Plus de 100 policiers allemands ont été victimes de certaines actions des manifestants. (Note de JosPublic: les blessés chez les manifestants ne se comptent plus puisque pour le 1% des plus riches de la population mondiale, techniquement parlant, les autres humains ne sont même pas utile)

Une chose surprenante est que personne parmi les opposants à la mondialisation n'a pris connaissance d'un fait extraordinaire: Donald Trump est le premier président états-unien à avoir pris une position contre la politique de mondialisation.

Si la logique avait sa place dans ces luttes politiques, les manifestants auraient fait la file pour serrer la main de Trump, lui souhaiter bonne chance puisqu'il veut comme eux s'attaquer au démantèlement des ententes de libre-échange.

Mais la raison et la politique font souvent "lit à part".   Les manifestants ont fait ce qu'ils avaient à faire, sans jamais faire signe à leur allié à la Maison-Blanche états-unienne.

 

 

Source: Gilbert Doctorow est un analyste politique indépendant basé à Bruxelles. Son dernier livre «Est-ce que la Russie a un avenir?» a été publié en août 2015.  Son prochain livre «Les États-Unis ont-ils un avenir?» sera publié le 1er septembre 2017.

Choix de photos, mise en page, références, titrage et traduction de l'anglais par : JosPublic
Publication :  12 juillet 2017

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

   Comment les États-Unis fabrique des opposants à la direction des pays dont ils convoitent les richesses: en exemple "l’opposant russe Alexei Navalny"

Intervenir dans le choix des dirigeants d'un autre pays, les États-Unis le fait.  John Kerry secrétaire d’État états-unien confirme

Fiche: Guerre, révolution, espionnage et crimes contre l'humanité

 

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

Conférence d'Astana

 

Syrie: Astana, une conférence pour mettre tout le monde d'accord avant Genève?
Une nouvelle conférence sur la Syrie se tient ce jeudi à Astana au Kazakhstan.

 Cette rencontre entre le gouvernement et l’opposition syrienne est toujours parrainée par la Russie, la Turquie et l’Iran. Ces discussions se tiennent dix jours avant les négociations inter-syriennes de Genève, parrainées par les Nations Unies. Deux conférences internationales sur la Syrie, deux méthodes distinctes - Sur RFI Radio France Internationale, le 16 février 2017

 

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Les Accords de Minsk

 
 

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Gouvernement de Kiev

 
 

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Il était avec Trump

 

Rencontre avec Trump : Washington prêt à des relations «pragmatiques» avec Moscou, affirme Lavrov. Henry Kissinger était présent à cette rencontre. - Sur RT, le 10 mai 2017

 

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le messager de Trump

 
 

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