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Le Canada en Libye: on assassine femmes et enfants en notre nom

Un Canadien contre Kadhafi

Le lieutenant-général Charles Bouchard, dirigeant de la mission de l'OTAN en Libye

Le titre est de la source Radio-Canada
Écrit par Luc Chartrand
Naples Italie

 

Le massacre de Sorman

Khaled el-Hamedi reçoit la médaille du courage des mains du Premier ministre Ismail Haniyeh de palestine.

Source Réseau Voltaire
Écrit par Thierry Meyssan
Tripoli (Libye) 1er juillet 2011 ( 01 )

Le Canada assassine femmes et enfants en notre nom en Libye, Le massacre dSorman, Un canadien boucher de la Libye

Le journaliste de Radio-Canada Luc Chartrand a rencontré le lieutenant-général Charles Bouchard pour faire le point sur la mission en Libye.

Cet officier canadien dirige la mission contre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à partir du centre de commandement de l'OTAN, à Naples, en Italie.

Après 37 ans de service dans les Forces canadiennes, le lieutenant-général originaire de Chicoutimi se préparait à partir à la retraite lorsque l'OTAN lui a confié cette mission. Le défi est de taille, puisqu'il faut diriger une coalition de 28 pays sous mandat des Nations unies.

La répression meurtrière du colonel Kadhafi contre les opposants à son régime, en mars 2011, est à l'origine de l'intervention. La Cour pénale internationale a d'ailleurs lancé cette semaine un mandat d'arrêt international contre Kadhafi pour crimes contre l'humanité.

Trois mois après le début des frappes aériennes de l'OTAN, Charles Bouchard estime que la protection des civils est aujourd'hui largement assurée. « À Benghazi, la vie est retournée à la normale. Les marchés fonctionnent et la vie retourne à la normale. Un peu plus à l'ouest, à Ajdabiya, alors que 70 % des familles étaient parties il y a 90 jours, maintenant, les familles commencent à retourner », révèle le commandant.

Si les forces pro-Kadhafi se sont repliées, elles ont aussi adopté une nouvelle stratégie, celle de se fondre parmi les civils.

Les forces pro-Kadhafi ont laissé tomber les uniformes, manoeuvrent très peu leurs équipements lourds, chars d'assaut, pièces d'artillerie. [...] J'ai vu une camionnette qui transportait des missiles style roquettes, conduisait dans un garage sous-terrain pour recharger ses armes et en même temps, sur le toit, il y avait une dame qui accrochait le linge avec un petit enfant avec elle. C'est le style de manoeuvre qui continue de se faire, de se cacher avec les civils.

— Le lieutenant-général Charles Bouchard

Cette situation complique les opérations. Le commandant Bouchard approuve personnellement toutes les cibles des bombardements et redoute à chaque instant de frapper des civils. « Toute perte de vie, on le regrette fortement. Moi, je regarde ça aussi dans le sens global de la mission. Nous avons une mission et si nous n'étions pas là aujourd'hui, il aurait des milliers de morts », témoigne le lieutenant-général.

Kadhafi continue périodiquement de défier l'OTAN par ses sorties théâtrales, entre autres ses tournées en voiture dans les rues de Tripoli, la capitale.

Plusieurs pays membres de l'OTAN, notamment les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont clairement indiqué qu'ils avaient pour objectif ultime le départ du dictateur.

Mais cela ne fait pas partie du mandat de l'officier. « Notre action a pour but d'arrêter la violence. La chute de Kadhafi, c'est une solution politique. Ce n'est pas une solution militaire », précise M. Bouchard.

Depuis quelques jours, les forces rebelles progressent sur le terrain, présage possible d'une offensive importante. « On voit maintenant qu'ils sont à quelque 80 kilomètres de la ville de Tripoli. 

Définitivement, il y a un succès 
», conclut-il.

Des rebelles libyens, lors d'une offensive à l'est de Misrata à la mi-juin 2011.

 

Pilotes canadiens participant à la guerre du Canada en Libye

 

Le ministre John Baird en rencontre en Libye avec le Conseil de transition pour préparer l'après régime Kadhafi ou il y aura désocialisation de l'État et la privatisation des services publiques où le Canada a bien l'intention de s'assurer que des services iront aux entreprises canadiennes: Référence: John Baird et Denis Coderre chambre des communes du parlement canadien 14 juin 2011

L’histoire de l’ingénieur Khaled K. Al-Hamedi. Une histoire faite d’horreur et de sang où l’OTAN incarne le retour de la barbarie.

C’était une fête de famille à la libyenne. Tous étaient venus célébrer le troisième anniversaire du petit Al-Khweldy. Les grands parents, les frères et sœurs, les cousins et cousines se pressaient dans la propriété familiale de Sorman, à 70 kilomètres à l’ouest de la capitale : un vaste parc dans lequel ont été construites les petites villas des uns et des autres, de sobres maisons de plain-pied.

Aucun luxe tapageur, mais la simplicité des gens du désert. Une ambiance paisible et unie. Le grand-père, le maréchal Al-Khweldy Al-Hamedi, y élevait des oiseaux —C’est un héros de la Révolution qui a participé au renversement de la monarchie et à la libération du pays de l’exploitation coloniale. Tous sont fiers de lui—. Le fils, Khaled Al-Hamedi, président de l’IOPCR, une des plus importantes associations humanitaires arabes, y élevait des biches. Une trentaine d’enfants couraient en tous sens au milieu des animaux.

On préparait aussi le mariage de son frère Mohammed, parti sur le front combattre les mercenaires étrangers encadrés par l’OTAN. La cérémonie devait avoir lieu ici aussi dans quelques jours. Sa fiancée était déjà radieuse.

Personne n’avait remarqué que, parmi les invités un espion s’était infiltré. Il faisait mine d’envoyer des twitters à ses amis. En réalité, il venait de déposer des balises et il les reliait par le réseau social au QG de l’OTAN.

Le lendemain, dans la nuit du 19 au 20 juin 2011, vers 2h30 du matin, Khaled rentre chez lui après avoir visité et secouru des compatriotes qui fuient les bombardements de l’Alliance. Il est assez proche de sa maison pour entendre le sifflement des missiles et leurs explosions.

L’OTAN en tire huit, de 900 kilos chacun. L’espion avait placé les balises dans les différentes villas. Dans les chambres à coucher des enfants. Les missiles sont tombés à quelques secondes d’intervalles. Les grands parents ont eu le temps de sortir de leur maison avant qu’elle ne soit détruite. Il était déjà trop tard pour sauver enfants et petits-enfants. Lorsque le dernier missile a frappé leur villa, le maréchal a eu le réflexe de protéger son épouse de son corps. Ils venaient de franchir la porte et ont été projetés par le souffle de l’explosion une quinzaine de mètres plus loin. Ils ont survécu.

Quand Khaled arrive, ce n’est que désolation. Sa femme, qu’il avait tant aimée, et l’enfant qu’elle portait ont disparus. Ses enfants pour lesquels il aurait tout donné, ont été broyés par les explosions et l’effondrement des plafonds.

Les villas ne sont que ruines. Douze corps déchiquetés gisent sous les décombres. Des biches touchées par les éclats agonisent dans leur enclos.

Les voisins qui ont accouru cherchent en silence des preuves de vie dans les gravois. Mais il n’y a aucun espoir. Les enfants n’avaient aucune chance d’échapper aux missiles. On extrait le cadavre décapité d’un bébé. Le grand-père récite des versets du Coran. Sa voix est ferme. Il ne pleure pas, la douleur est trop forte.

Khaled Al-Hamedi sur les tombes de ses enfants et de son épouse.

À Bruxelles, les porte-parole de l’OTAN ont déclaré avoir bombardé le siège d’une milice pro-Kadhafi afin de protéger la population civile du tyran qui la réprime.

Nul ne sait comment la chose avait été planifiée par le Comité des cibles, ni comment l’état-major a suivi le déroulement de l’opération. L’Alliance atlantique, ses généraux tirés à quatre épingles et ses diplomates bien pensants, ont décidé d’assassiner les enfants des familles des leaders libyens pour casser leur résistance psychologique.

Depuis le XIIIe siècle, les théologiens et les juristes européens prohibent l’assassinat des familles. C’est un des fondements même de la civilisation chrétienne. Il n’y a guère que la mafia pour passer outre ce tabou absolu. La mafia, et maintenant l’OTAN.

Le 1er juillet 2011, alors qu’ 1,7 million de personnes manifestaient à Tripoli pour défendre leur pays contre l’agression étrangère, Khaled est allé sur le front apporter du secours aux réfugiés et aux blessés. Des snipers l’y attendaient. Ils ont tenté de l’abattre. Il a été gravement touché, mais selon les médecins ses jours ne sont pas en danger.

L’OTAN na pas fini sa sale besogne.

La demeure familiale des Al-Hamedi bombardée par l’OTAN. Photo Franklin Lamb

 

Commentaire de
JosPublic

Lorsque le titreur de Radio-Canada à écrit «Un Canadien contre Kadhafi» peut-être avait-il inconsciemment saisi la portée illégale des gestes du commandant Bouchard, de l'OTAN et du Canada.

La résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui permet d’intervenir en Libye ne parle pas de déloger Kadhafi, ni de passer d'un régime socialiste pour un régime capitaliste, il s'agit de protéger la population libyenne qui manifestait pacifiquement et sans armes, comme en Égypte, en Tunisie et en Syrie. Les gestes des dirigeants syriens et libyens sont inexcusables, mais doivent être compris comme faisant partie de la panoplie des armes du pouvoir. On n’oubliera jamais que les états-uniens ont tiré sur leurs propres citoyens et citoyennes à l’Université de Kent le 4 mai 1970.  

Les gestes de l’armée canadienne en Libye sont illégaux surtout lorsqu’ils ont trait à un assassinat ciblant femmes et enfants. Retenons que nous ne parlons plus de la population qui descend dans la rue pour demander un changement de régime, il est question ici des forces monarchistes, régionalistes, tribales de droite et affairistes, armées par l’occident pour s'assurer du pétrole et des bénéfices de la privatisation des services publics.

Dès les premiers jours de manifestations, ces forces déjà armées, étaient prêtes à intervenir pour déclarer la guerre civile au régime socialiste de Kadhafi.


Et ici, il ne faut pas sombrer dans le raccourci idéologique. Ce n'est pas parce que JosPublic qualifie la démarche canadienne en Libye d'illégale et d'immoraux les assassinats sélectifs par bombardements des familles, que l'on doit conclure qu'il approuve la vision oligarchique de Kadhafi.

JosPublic croit qu'il faut s'élever contre toutes les démarches qui mettent à mal le droit international. Car à chaque fois que ce droit est bafoué, que ce soit par notre pays ou un autre, c'est un risque que nous courons. De geste totalitaire en geste totalitaire appuyés sur l'adage que la fin justifie les moyens, nous nous rapprochons du moment où nous vivrons de facto dans une dictature.

En Libye présentement, la France, les États-Unis et le Canada dérapent quant à la résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Ça sent le pétrole et les privatisations à plein nez, l'appât du gain est trop grand pour même le cacher. Le ministre des affaires extérieures du Canada ne pouvant pas se retenir disait encore, il y a quelques jours, aux médias canadiens qu'il fallait se débarrasser de Kadhafi, ce qui est contraire à la résolution onusienne et rejeté par les pays de l'Union africaine.

Le ministre Baird a rencontré cette semaine à Ottawa un représentant du Conseil National de Transition (rebelles libyens). Il s'agit de l’homme d’affaires canado-libyen Sufyan Maghur.

Tous deux ont discuté de l’après-Kadhafi et de la levée des sanctions économiques imposées par l’ONU, incluant le gel des avoirs libyens au Canada qui s’élèvent à plus de 2 milliards $. Évidemment s'il y a privatisation des services publics libyens, le Canada voudra voir des compagnies canadiennes en profiter, voilà pourquoi le ministre Baird s'est rendu en Libye.

Les discours du Nouveau Parti Démocratique, du Parti Libéral et du Bloc Québécois ont été pitoyables en chambre. Incapables de s'élever au-dessus des arguties mensongères du gouvernement Harper, c'était à qui ferait le plus dans la démagogie.

Seule la représentante du Parti Vert Elizabeth May, a soutenu en chambre la position traditionnelle du Canada quant à ses interventions armées et sa politique pacifiste. Tout cela devrait nous rappeler la série de menteries à répétitions proférées par Stephen Harper dans le dossier de l'Afghanistan. Les documents commencent à sortir et le dévoiement de la classe politique canadienne à ce sujet est d'une indignité à faire vomir.

Quant à notre compatriote Bouchard, lorsqu'il dit dans le texte ci-dessus qu'il "approuve personnellement toutes les cibles des bombardements et redoute à chaque instant de frapper des civils". Alors que redoute-t-il lorsqu'il approuve lui-même les assassinats comme celui de Sorman ? Femmes et enfants n'étaient pas des civils, des humains?

Notes & Références:

01

 

L’International Organization for Peace, Care and Relief (IOPCR), organisme collaborant avec l'ONU, est particulièrement active en Algérie, en Iran, au Soudan et en Palestine. Elle porte secours aux victimes des catastrophes naturelles et des conflits armés. Son action exemplaire à Gaza et en Cisjordanie est saluée par tous. Ici Khaled el-Hamedi reçoit la médaille du courage des mains du Premier ministre Ismail Haniyeh. Il a identiquement été décoré par Mahmoud Abbas.

 

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