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Coupe à blanc: forêt vierge du lac à Moïse et des massifs au Saguenay–Lac-Saint-Jean
L’industrie forestière a toujours le dernier mot

Forte de nouvelles données scientifiques, la Nation huronne-wendat revient à la charge et demande que la forêt vierge des lacs à Moïse, menacée par des coupes forestières, soit désignée comme une aire protégée. Dans l'intervalle, le grand chef Konrad Sioui demande au premier ministre François Legault « de calmer les ardeurs des compagnies forestières ».  De son côté l'éditorialiste du journal Le Devoir s'inquiète que l'industrie forestière aie toujours le dernier mot au Québec...
 Ne devrions-nous pas nous en inquiéter aussi ?
                          - JosPublic             

 

 
 
 

Les Hurons-Wendat pressent la CAQ de protéger une forêt vierge menacée

 
 

Le territoire ciblé de cette éventuelle aire protégée, le Ya'nienhonhndeh (les lacs à Moïse), est décrit par la Nation huronne-wendat comme l'un des derniers massifs de forêt boréale vierge au sud du 52e parallèle.  Il est situé à l'ouest de la réserve faunique des Laurentides et au nord de la réserve faunique de Portneuf.

Faisant 800 km2, ce grand espace a jusqu'à présent été épargné par les coupes forestières intensives, du moins en très grande majorité.  Les Hurons-Wendat espèrent qu'il en sera ainsi pour les générations futures.

Si le projet date de quelques années, la pression s'est accentuée quand le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a autorisé des coupes sur ce territoire dans son plan d'aménagement forestier 2018-2023.

Lettre au premier ministre

Après avoir interpellé le précédent gouvernement libéral, les Hurons-Wendat se tournent maintenant vers le gouvernement Legault. Ils estiment que leur projet au lac à Moïse cadre directement avec le projet de loi 46, présenté par la Coalition avenir Québec à la mi-novembre.

La loi vise à simplifier le processus de désignation d'aires protégées, en y tolérant notamment certaines activités économiques durables.  Le gouvernement espère ainsi atteindre la cible de 17 % d'aires protégées au Québec avant la fin de l'année 2020.

 

Vue aérienne de coupes forestières dans la réserve faunique des Laurentides.

 

Dans une lettre destinée au premier ministre François Legault, le 22 novembre, le grand chef Konrad Sioui présente le projet du Ya'nienhonhndeh comme une opportunité à saisir pour son gouvernement :  Une telle collaboration vous permettra d'augmenter la superficie d'aires protégées sur le territoire de la province.

M. Sioui réclame une réunion au plus tard le 31 janvier 2020 avec les représentants des ministères concernés.

Le premier ministre a répondu le 3 décembre, ouvrant la porte à une telle rencontre.

On veut développer [l'aire protégée] dans un esprit de partenariat. 

On a besoin d'alliés et j'ai interpellé le premier ministre dans cet esprit-là, a précisé vendredi M. Sioui dans une entrevue accordée à la société CBC/Radio-Canada.

Moratoire exigé


Sans attendre quelque loi que ce soit, le Bureau du Nionwentsïo du Conseil de la Nation huronne-wendat a procédé à des inventaires au cours de l'été afin de recenser la biodiversité du secteur convoité.

 

François Legault, premier ministre du Québec

Selon un document transmis à Radio-Canada, on affirme avoir découvert, notamment, trois espèces de mousses considérées comme ayant un très haut risque d'extinction.  Des forêts anciennes ont été observées et recensées, ajoute-t-on.

Forte de nouvelles données scientifiques, la Nation huronne-wendat revient à la charge et demande que la forêt vierge du lac à Moïse, menacée par des coupes forestières, soit désignée comme une aire protégée.

Le Conseil a obtenu un financement du fédéral, en août 2019, pour poursuivre ses travaux de recherche au cours des quatre prochaines années. Konrad Sioui réclame une suspension de toutes les coupes forestières le temps que ces études soient réalisées, soit jusqu'en 2023.

On veut entre autres vérifier la présence du très menacé caribou forestier de Charlevoix, ainsi que la composition de certains lacs encore jamais affectés par l'activité forestière.

Cadrer Le premier ministre doit calmer les ardeurs des compagnies forestières. [...] Nous, on tient à ce que ces études-là se fassent.

Au-delà de sa richesse naturelle, Konrad Sioui clame son importance historique, l'endroit étant possiblement le seul qui date du précontact et qui soit toujours intact, dit-il.

C'est d'une beauté inimaginable. Mes premières images quand j'étais jeune de ce territoire-là m'ont marqué pour toujours, a-t-il raconté, ajoutant que des sentiers de portage utilisés par ses ancêtres étaient toujours présents.

Différentes espèces de plantes et de mousses ont été inventoriées au cours de l'été, ce qui a permis d'attester la présence de certaines espèces rares ou en péril.

M. Sioui rêve de faire découvrir ce territoire aux plus jeunes générations et à tous les Québécois. Je pense que tout est en place pour que le gouvernement dise : "Ok, on le protège, on le garde, c'est à nous autres".

 

Le lac Batiscan et ses falaises fait partie de la zone projetée pour l'aire protégée.

 

Une dynamique unique

Si la Nation huronne-wendat est convaincue de l'importance de protéger cette forêt vierge, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs n'y a attribué aucun statut particulier.

Louis Lesage, biologiste et directeur du Bureau du Nionwentsïo, estime que les critères de désignation des écosystèmes forestiers exceptionnels mériteraient d'être revus.  Les critères de vieille forêt ne semblent pas tenir dans la sapinière à bouleaux blancs, explique-t-il.   M. Lesage propose une explication qui se tourne vers la tordeuse du bourgeon de l'épinette, très présente dans le secteur.

La forêt se rajeunit, les arbres meurent à cause de la tordeuse, ce qui fait qu'on a pas beaucoup, voire très très peu d'arbres qui ont plus de 200 ans.

La forêt ne répond donc pas aux critères d'une « vieille forêt », alors que le lieu même n'a jamais été touché.

 
 

L’industrie forestière a le dernier mot

Par Robert DUTRISAC
Éditorialiste au journal Le Devoir 10 décembre 2019

 
 

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Pierre Dufour, a aboli la protection administrative dont jouissaient trois massifs au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour favoriser la survie des caribous forestiers, une espèce menacée. 

C’est quelque 46 000 hectares de forêt qui seront livrés à l’industrie afin qu’elle procède à une coupe intensive.

Le MFFP a justifié sa décision en indiquant que le système de suivi — on se sert de colliers télémétriques pour localiser les cervidés — n’avait pas montré la présence de caribous forestier dans ces secteurs.  Or des scientifiques doutent des constats du ministère, d’autant plus que ce ne sont qu’une minorité des caribous qui sont munis de tels colliers et que ces bêtes se déplacent d’année en année.

Le MFFP n’a pas fait la démonstration, qui s’appuierait sur une solide méthodologie scientifique, que les caribous ne fréquentent pas ces massifs ou qu’ils ne le feraient pas dans un avenir prochain si ces milieux propices à leur survie n’étaient pas détruits.

La vraie justification, c’est que l’industrie a fait pression pour faire main basse sur ces forêts inexploitées et que le gouvernement caquiste, au nom de « la vitalité économique du Québec et de ses régions », a répondu favorablement à cette exigence.  En campagne électorale en 2014, le chef du Parti Libéral du Québec (PLQ) Dr Philippe Couillard avait déclaré qu’il « ne sacrifiera[it] pas une job dans la forêt pour les caribous forestiers ». Le gouvernement Legault agit dans le même esprit.

 

Caribous forestier

 

Il y a près de 20 ans, le gouvernement fédéral a placé le caribou forestier sous la protection de la Loi sur les espèces en péril.  Mais comme le cervidé se retrouve essentiellement sur des terres publiques au Québec, c’est à l’État québécois que revient la responsabilité de protéger l’espèce.

En 2017, Environnement Canada avait conclu que le Québec, à l’instar des autres provinces, avait failli à sa responsabilité de protéger le caribou forestier.

Le gouvernement Couillard avait planché sur un plan de rétablissement de l’espèce.  On visait à faire passer la population actuelle — entre 6 000 et 8 500 têtes, selon les évaluations — à 11 000 individus. Ce plan, qui devait conduire à l’élaboration d’une stratégie d’ensemble, n’avait jamais été approuvé par le Conseil des ministres.

En avril 2019, le gouvernement Legault, par la voix de son ministre Pierre Dufour, a annoncé que l’élaboration de la stratégie était reportée en 2022 et sa mise en oeuvre, en 2023.  Les consultations entourant cette stratégie impliqueront essentiellement l’industrie forestière et les communautés autochtones.  Le ministre n’a pas fourni les raisons qui expliqueraient ce report.

La décision de livrer les trois massifs à la coupe à blanc est donc prématurée.  En l’absence de plan, on ne peut évaluer l’importance ou non de préserver ces forêts et comment elles pourraient compléter les aires protégées de plus grande ampleur dans le Nord québécois.

Le caribou forestier est une espèce particulièrement sensible aux perturbations causées par l’exploitation industrielle du territoire.  Les chemins forestiers, par exemple, qui demeurent après le passage des abatteuses, constituent une menace à la survie de l’espèce parce qu’ils facilitent le déplacement des prédateurs, notamment le loup.

Comme le rapportait le journal La Presse la semaine dernière, dans Charlevoix, on abat davantage de loups dans le but de ralentir le déclin des populations de caribous.  Or l’abattage des prédateurs est pratiqué en Gaspésie depuis des décennies sans que l’espèce cesse de péricliter.  Pour les experts, la vraie solution consiste à conserver intactes des vieilles forêts, ces milieux propices à la vie du caribou, et à diminuer les perturbations dont est responsable l’industrie forestière.

Le problème, c’est que le MFFP poursuit des missions contradictoires, celle de favoriser l’industrie forestière et celle de préserver la biodiversité.  Alors que le ministre Dufour évoque sa « volonté de trouver un juste équilibre », c’est l’industrie qui a le gros bout du bâton.

Arbitraire, la dernière décision du ministre, qui devra nous dire qu’il n’est pas le simple pion de l’industrie, illustre une autre fois quels intérêts défend le ministère.  Et comme nous l’avons déjà écrit, les caribous ne votent pas, contrairement aux travailleurs forestiers.

 

Notes & Références encyclopédiques:

Si le projet date de quelques années, la pression s'est accentuée...
 

 

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leur projet au lac à Moïse cadre directement avec...
 

 

Communiqué de presse à propos du Projet de loi modifiant la Loi sur la conservation du patrimoine naturel  
Le gouvernement du Québec agit pour accroitre son réseau d’aires protégées et assurer la protection de l’île d’Anticosti - Gouvernement du Québec, le 14 novembre 2019.
Projet de loi no 46

 

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Dr Philippe Couillard avait déclaré qu'il....
 

 

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Sources: Société Canadian Broadcasting Corporation (CBC)/Radio-Canada pour le gouvernement du Canada: Le Devoir pour SPEQ Le Devoir inc.

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 10 décembre 2019

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