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Hydro-Québec annonce ses profits pour 2015

En 2015 le profit déclaré d’Hydro-Québec se maintiendra au-dessus des 3 milliards$, ce qui lui permettra de verser un magnifique dividende de 2,4 milliards$ dans les coffres de l’État. ( 01 )   D’abord il faut savoir qu’une annonce de profit n’est pas le rapport annuel.   Ce ne sont que quelques chiffres qui sont lancés aux journalistes qui se font un plaisir de les relayer comme on les leur donne.   Quand le rapport annuel sortira, on n’en entendra pas parler, car la nouvelle aura déjà été traitée.   Notez que le même processus est appliqué pour les entreprises privées cotées à la bourse. 

es profits d'Hydro-Québec - Analyse par Gaétan Breton - Profits d'Hydro-Québec - Gaétan Breton doc en science comptable - Prélèvements des profits d'Hydro-Québec par le gouvernement

Texte par Gaétan BRETON

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Des taux de profits inégalés au Canada

 
 

Si, en attendant les chiffres complets de 2015, nous prenons les chiffres de 2014, on voit qu’Hydro-Québec réalise alors un profit de 3 380 millions$ sur des ventes de 13 638 millions$.   Selon le Globe and Mail, en 2014 ( 02 ), le classement des entreprises privées les plus profitables au Canada se présentait ainsi.

 

Entreprises les plus profitables au Canada en 2014

Noms

Profit en milliards $

Chiffres d’affaires en milliards $

Profit en %

1- Banque royale

8,3

35,9

23

2- Banque T-D

6,6

30,7

21

3- Banque de NE

6,4

28,8

22

4- Banque de Montréal

4,2

20,8

20

5- Suncor

3,9

42,4

9

6- CIBC

3,4

17,1

20

7- Manulife

3,1

18,9

16

8- Imperial Oil

2,8

32,9

9

Hydro-Québec

3,4

13,6

25

 

Si Hydro ne se classait qu’au 7ème rang en terme de profit exprimé en dollars, elle se classe première en terme de taux de profit avec un pharamineux 25%.   Même les banques, qui sont toutes au haut de l’échelle des entreprises profitables, n’atteignent pas ce taux.   En terme de pourcentage, Hydro se classe première en avant des banques et des compagnies d’assurances.

 

Quand on arrive aux entreprises pétrolières, on voit qu’il faut des chiffres d’affaires énormes pour arriver à ces niveaux de profit.

 

Des prélèvements en douce

 
Les profits d'Hydro-Québec - Analyse par Gaétan Breton - Profits d'Hydro-Québec - Gaétan Breton doc en science comptable - Prélèvements des profits d'Hydro-Québec par le gouvernement

Mais ce n’est pas tout.   Si la plupart de ces entreprises présentent de beaux profits pour intéresser les investisseurs (ne vous inquiétez pas pour l’impôt, il y a la T2sch1 et les fiscalistes pour s’en occuper ( 04 ))Hydro-Québec cache les siens.  

Le gouvernement impute à Hydro et à Hydro-Québec seulement, 656 millions$ de redevances hydrauliques.  

Comme nous savons tous qu’Hydro-Québec n’est pas la seule entreprise à utiliser l’eau, il faut comprendre que c’est une façon de sortir de l’argent de la société d'État en douce et de diminuer un profit scandaleux réalisé sur une clientèle captive qui n’a aucune alternative.   De plus, à une époque où la Loi constituant Hydro-Québec l’empêchait de verser des dividendes parce que son taux de capitalisation était en bas de 25%, le gouvernement détournait cette Loi en imposant des frais de garantie pour la dette, qui s’élèvent en 2014 à 205 millions$.  

Sans ergoter plus avant, le vrai profit d’Hydro est donc de 861 (656 + 205) millions$ plus élevé que ce que disent les états financiers en 2014.    Cet ajustement nous mène à un profit de 4,2 milliards$ ce qui place Hydro ex-æquo avec la Banque de Montréal en terme de dollars de profit, mais loin devant tout le monde en terme de taux, avec 31% de profit sur le chiffre d’affaires, un taux que seulement les pharmaceutiques atteignent dans le monde.  

Toute une pilule à avaler.

Disons, en passant, qu’il existe d’autres façons pour le gouvernement d’extirper des sommes d’Hydro.   Prenons l’exemple des arts et des sports.   Hydro-Québec finance une proportion importante des activités artistiques au Québec.   Partout les programmes remercient Hydro pour son aide.  

Conséquemment, on se demande ce que le ministère des affaires culturelles peut bien faire de ses journées.  

On s’étonne que le gouvernement ait engagé des spécialistes pour gérer l’intervention de l’État dans les activités culturelles mais que ce soit un conseil d’administration sans compétences affirmées et sans mandat dans ce domaine qui décide où va aller l’argent.  

Évidemment, la lecture du rapport annuel ne permet pas de connaître l’ampleur du phénomène.   Notons que le gouvernement se sert aussi de Lto-Québec de la même façon.

 

Écraser la clientèle la plus captive

 
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Je sais que les Gérald Fillion de la planète et autres mercenaires du pouvoir financier vont applaudir à ce mode de financement de l’État.   Réalisons qu’en additionnant les dividendes plus les redevances et les frais de garantie, c’est près de 5% du budget de l’État québécois qui vient d’Hydro.   Il faut toutefois réaliser que le financement de l’État à partir d’Hydro-Québec est assimilable à une taxe régressive.

D’abord, Hydro a manipulé toutes les façons de compter pour faire tomber le plus lourd fardeau sur la clientèle domestique et aussi la clientèle commerciale et institutionnelle.   Évidemment, la Régie de l’Énergie et le gouvernement (de quelque couleur qu’il soit) ont approuvé ces tours de passe-passe.

Ensuite, la séparation en divisions supposément étanches permet à Hydro-Québec, sous l’œil bienveillant de la Régie, d’envoyer massivement les pertes dans la division distribution, celle qui fournit les deux clientèles que nous venons de citer, ce qui permet d’augmenter les tarifs en clamant que la division fait des pertes.   Quand une entreprise d’État fait 31% de profits et qu’elle ose encore demander des hausses de tarifs sur la base de pertes fabriquées de toutes pièces dans une division et que personne ne dit mot, on voit que la démocratie est rendue bien basse.

Une taxe régressive est une taxe qui ne tient pas compte de la capacité de payer des contribuables. Autrement dit, comme la taxe de vente qui est le même prix que vous soyez milliardaires ou sur l’aide sociale, le prix du Kwh est lui aussi le même quelle que soit la hauteur de vos revenus. 

Mais, les plus riches ont des moyens, parfois fournis par Hydro-Québec, pour diminuer leurs factures.   La biénergie en est un.   Mais, plus prosaïquement, les riches habitent des maisons bien isolées avec des fenêtres performantes alors que les pauvres habitent des logements mal foutus où l’air s’engouffre sans beaucoup d’obstacles pour l’arrêter.  

taxe régressive

Quand on transforme des impôts progressifs en tarifs d’électricité régressifs, c’est-à-dire quand on décide de passer d’une façon de financer l’État à une autre, on déplace l’assiette fiscale et, dans ce cas-ci, on fait payer les pauvres pour donner des baisses d’impôts aux mieux nantis.

Les pauvres ne peuvent pas avoir de baisses d’impôts, ils n’en paient pas, mais ils paient une série de plus en plus longue de taxes et de tarifs qui les maintiennent au fond du marasme.   C’est ça l’austérité qu’on nous prêche.  

En fait, c’est de la simplicité involontaire.

 
 

L’austérité certes, mais pas pour tous

 
Les profits d'Hydro-Québec - Analyse par Gaétan Breton - Profits d'Hydro-Québec - Gaétan Breton doc en science comptable - Prélèvements des profits d'Hydro-Québec par le gouvernement

Pendant ce temps, nous sommes supposément protégés par un conseil d’administration composé, puisque c’est la mode, d’administrateurs dits indépendants qui sont pourtant payés entre 4 000 $ et 5 000 $ la réunion.   Disons qu’à ce tarif, nous serions probablement tous très indépendants de notre employeur.   Le directeur général, quant à lui, gagne plus d’un demi-million par année, plusieurs fois le salaire du premier ministre qui ne dirige que la province après tout.

On ne peut pas se réjouir comme des actionnaires à la bourse, que l’entreprise qui nous appartient ait réalisé 31% de profits.  

On doit, au contraire s’en inquiéter, car cet argent sert, à travers l’État à redonner aux riches des avantages fiscaux financés par les tarifs d’électricité de tout le monde et surtout des pauvres.  

Ce n’était pas l’objectif de la création de la Commission Hydroélectrique du Québec (aujourd'hui Hydro-Québec) et ce ne devrait pas l’être devenu.

Quant aux profits à l’exportation, qui sont dans l’annonce et qui font maintenant l’objet d’une publicité à la télévision, tout dépend de la façon dont on les calcule.  

Hydro-Québec a d’énormes frais fixes, mais comparativement peu de frais variables.

De plus, elle dispose d’une ligne à courant continu pour amener l’électricité à la frontière qui coûte plusieurs fois le prix des lignes à courant alternatif.

Éric Martel a été nommé président-directeur général d’Hydro-Québec le 3 juin 2015. Auparavant, M. Martel était à l’emploi de Bombardier

De ce fait, une bonne partie des coûts des exportations est assumé par la clientèle domestique.   C’est facile alors de présenter de gros profits.   Mais, comme pour le reste, la vérité chez Hydro-Québec est secrète et il faut extirper au compte-goutte le peu qu’on réussit à obtenir.  Tout ça, entre autres, sous le fallacieux prétexte que ces informations sont sensibles pour la concurrence.   Au fait, pouvez-vous me nommer un seul compétiteur d’Hydro-Québec.

 

Offensive idéologique pour justifier les profits

 
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On justifie les profits énormes en disant qu’ils viennent de l’extérieur, donc c’est bien.   Ensuite, une autre publicité récente (bien qu’elle répète les vieux mantras) nous dit que nous payons le moins cher notre électricité.   D’abord, sachons que c’est une moyenne.  

Ensuite, pourquoi nous sentirions-nous coupables de payer le moins cher.   Personne ne vient nous subventionner pour ça.  

Nous payons moins cher parce que nous nous sommes donné une structure qui a permis ce résultat.  

Nous devrions nous en féliciter.   Mais non, on nous assène ça comme si c’était dans la même série idéologique disant que les québécois travaillent moins, ils consomment plus de soins de santé, etc.   Alors nous acceptons les hausses de tarifs comme une punition pour notre épicurianisme fondamental (latins et catholiques, il nous manque la rigueur protestante décrite par Weber, le puritanisme au fond.   Quant à moi, je le leur laisse avec plaisir) ( 03 ).   Nous devrions au contraire être fiers d’avoir construit cette entreprise et ne pas la laisser dériver sous la conduite de suppôts de ceux qui veulent la privatiser.

Utiliser Hydro-Québec pour financer l’État, ce n’est pas profiter de nos ressources pour nous enrichir, c’est, encore une fois, faire payer les pauvres.

Source: Gaétan Breton: Comptable de formation, il est titulaire de nombreux diplômes dont un Baccalauréat en Administration des Affaires de l'école École des hautes études commerciales de Montréal et d'un doctorat en comptabilité de la City University de Londres. Il est aussi professeur à l'École de gestion de l'UQÀM.

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 29 février 2016

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Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Résultats annuels 2015 - Hydro-Québec : le bénéfice net dépasse 3 G$ pour une deuxième année de suite - Communiqué de presse d'Hydro-Québec, le 25 février 2016

 

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02

 

 

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03

 

L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme par Max Weber - Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales par l'Université du Québec de Chicoutimi

 

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04

 

Quand on fait le rapport d'impôt d'une compagnie, il faut concilier le revenu comptable et le revenu fiscal.   Par exemple, l'amortissement comptable n'est pas nécessairement égal à l'allocation du coût en capital fiscale.  Voilà où le formulaire T2sch1 a son utilité.

 

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