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L'École dans quelques arpents de neige:
la Nouvelle-France (1608-1759)

 
 

Attirés par cette terre promise et sous l'impulsion du Roi de France qui favorise le peuplement rapide de la Nouvelle-France, les premiers colons français ont immigré dans ces territoires nouveaux dès le début du XVIIe (17ième) siècle, avec l'espérance de jours meilleurs.

Première famille de colons à venir s'installer en Nouvelle-France, Louis Hébert (1575-1627) et son épouse Marie Rollet (1590-1649), arrivèrent à Québec en juin 1617.

Néanmoins, ce n'est qu'à partir de 1630 qu'a débuté sérieusement ce mouvement de colonisation qui donna naissance à la civilisation française en Amérique.

Rapidement la vallée du Saint-Laurent se peupla d'habitants. De 3 215 individus qu'ils étaient en 1665, la population coloniale augmente à 12 263 personnes en 1685, à 16 417 en 1706, à 37 716 en 1734 et à 55 009 à la veille de la Conquête par l'Empire britannique.

Avant le traité d'Utrecht de 1713 ( 01 )

La plupart de ces arrivants étaient issus des classes populairs et moyenne de la société française; ainsi, on y retrouvait nombre de menuisiers, de maçons, de soldats, d'agriculteurs et de marchands. Même si certains de ces citoyens ne savaient ni lire, ni écrire ou calculer, en contrepartie une majorité avait reçu dans la métropole une éducation élémentaire qui lui avait fourni une formation de base en langue et en arithmétique.

Les Récollets avaient bien tenté, dès 1615, d'établir en Nouvelle-France une institution d'enseignement pour instruire et convertir à la foi chrétienne, les filles et fils d'Amérindiens, mais cette expérience se révéla un échec lamentable. Ce résultat peut s'expliquer par les différences culturelles qui existent entre ces peuples et les Européens, ainsi que par le nomadisme des autochtones qui empêche toute stabilisation des effectifs scolaires.

Les Récollets enseignent aux amérindiens

Les soeurs de Marguerite Bourgeoys enseignent

Tout au cours du Régime français
( 02 ), l'enseignement s'est développé autour de quatre grandes institutions: les écoles élémentaires, les écoles secondaires, les écoles spécialisées et, finalement, les écoles supérieures. Bien avant que la colonie ne puisse s'offrir des écoles faute d'un bassin de population assez considérable, c'est aux mères de famille que revenait la charge de retransmettre à leurs rejetons les connaissances fondamentales

Malheureusement, ce n'est pas avant l'automne 1635 qu'est instituée à Québec, par les Jésuites (Compagnie de Jésus), la première école élémentaire et, par le fait même, l'ancêtre des institutions d'enseignement nord-américaines. En effet, le collège Harvard n'est créé aux États-Unis qu'un an plus tard. L'objectif premier de l'institution était de pourvoir à l'instruction des enfants d'habitants qui se faisaient de plus en plus nombreux en Nouvelle-France.

Par ailleurs, elle constituait une force d'attraction pour amener et établir dans la colonie de nouvelles familles. Une vingtaine de garçons assistent aux premières leçons dispensées dans cette école réclamée tant par les religieux que par les parents soucieux de voir leurs enfants recevoir une instruction similaire à celle qui était alors dispensée dans la métropole. De telles initiatives furent reprises à Montréal où les Sulpiciens et les frères Charon ( 03 ) fondèrent, en 1666 puis en 1694, des institutions de niveau primaire.

Maison de Charité des Frères Charon qu'ils commencèrent à construire en avril 1693. Elle devint l'hôpital général de Montréal.

Dans les décennies qui ont suivi, pas moins d'une trentaine de petites écoles sont ouvertes, sous la bienveillance de communautés religieuses qui venaient en Nouvelle-France prêcher la bonne nouvelle.

Il y a également des laïques, comme le notaire Severin Ameau (1620-1715), ( 04 ) qui participent à cette aventure en terre d'Amérique par l'établissement, en 1652, du premier cours destiné aux garçons de Trois-Rivières.

Parallèlement à l'oeuvre des disciples de la Compagnie de Jésus, les religieuses Ursulines mettent sur pied à Québec en 1639, une institution d'enseignement destinée aux jeunes filles.

Cette initiative est suivie par la soeur Marguerite Bourgeois (1620-1700), fondatrice de la Congrégation Notre-Dame, qui arrive au Québec en 1653 et qui a établi des écoles similaires à Montréal dès 1658 (en raison du peu d'enfants qui y résidaient, on y admet des garçons jusqu'à la fondation en 1666 d'une institution pour ceux-ci) et à Trois-Rivières vers 1664.

La première école de Montréal - 1658 ( 05 )

L'éducation des jeunes filles se limite généralement à ces petites écoles, celles-ci n'ayant pas accès aux maisons d'enseignement supérieures dédiées aux garçons. Toutefois, elles peuvent poursuivre dans certaines écoles ménagères localisées dans les municipalités de Montréal, Québec ainsi qu'à l'île d'Orléans, des études qui les initient aux travaux de la maison.

Résidence des jésuites à Sillery en banlieue de Québec en 1637

Signalons que tout au long du Régime français, la Vieille Capitale est pourvue avant Montréal d'institutions scolaires. Ainsi, elle occupa pendant plusieurs décennies le rôle de centre intellectuel de la colonie, en raison de son poids démographique plus important et de la fonction qui lui fut attribuée en tant que capitale politique, économique et religieuse de la Nouvelle-France.

En raison de sa situation géographique et son accessibilité, tant par voie terrestre que fluviale, le site de Québec fut, plusieurs années avant l'arrivée sur les rives du Saint-Laurent des premiers explorateurs européens, le lieu de contact et de troc des autochtones. A l'aube de l'établissement de la colonie française, Québec deviendra une plaque tournante des échanges entre l'ancien et le nouveau continent. Au XVIIe siècle, la ville devient le centre de distribution des produits ainsi que le point d'embarquement des fourrures destinées à l'Europe.

Par ailleurs, une raison additionnelle explique l'importance que prend la Vieille capitale face à Montréal.
En amont de Québec, le lit du fleuve Saint-Laurent se rétrécit d'une façon appréciable. Dans la région du lac Saint-Pierre, l'on note la présence de nombreuses petites îles, d'alluvions sableux et de fonds marins peu profonds.

Port de la ville de Québec vers 1876

Faute de dragages (ce qui fut réalisé à partir du milieu du XIXe siècle), ces parages demeurèrent inaccessibles aux navires à fort tirant d'eau.

Au début du XVIIIe siècle dans les campagnes périphériques aux centres urbains, l'on dispense des services quasi équivalents à ce qui se fait dans les trois principales agglomérations de la colonie. Malheureusement en milieu rural éloigné, faute d'écoles, les enfants ne peuvent pas tous recevoir un savoir élémentaire. En raison de chemins mal entretenus, de la dispersion des populations sur le territoire et des rigueurs hivernales qui empêchent le déplacement des élèves vers l'école, les autorités ne jugent pas bon de construire des institutions dans ces localités.

A ces barrières physiques, s'ajoute l'indifférence des parents face à l'instruction de leurs rejetons et à la volonté du clergé de ne pas détourner les braves fils d'agriculteurs des vertus de la terre. Pour les autorités religieuses et royales, la fréquentation scolaire en zone rurale est perçue comme un dangereux instrument qui détourne la progéniture campagnarde des travaux agricoles et aurait pour effet de susciter chez eux un rejet des valeurs terriennes, assise du développement de la Nouvelle-France.

Malgré tout, ces régions isolées sont visitées occasionnellement par des maîtres ambulants qui dispensent, d'une paroisse à une autre, des enseignements élémentaires et superficiels à la jeune population.

Dans les petites écoles, les programmes d'études sont plutôt dépouillés. Généralement, les instituteurs se contentent d'inculquer aux écoliers des rudiments d'arithmétique, de lecture et d'écriture sans plus. Quant aux jeunes filles, celles-ci sont soumises aux mêmes apprentissages, nonobstant elles doivent suivre en plus certains cours d'arts ménagers où on les initie aux travaux familiaux et domestiques.

Dans ces écoles, aucun cours d'histoire ou de géographie n'est dispensé, mais les leçons de religion occupent une partie importante de l'horaire quotidien de ces élèves.

L'objectif premier du cours primaire est bien plus de former de bons citoyens catholiques aux moeurs exemplaires que de les préparer aux études avancées. Dans un tel contexte, toutes les matières servent à transmettre les valeurs chrétiennes aux enfants; par exemple, l'apprentissage de la lecture se fait au moyen de textes dévots. Les connaissances acquises y sont plutôt sommaires étant donné la durée réduite des études qui se limite généralement à deux ans pour les hommes et à quelques années supplémentaires pour les femmes qui doivent assimiler les travaux ménagers.

Vue de Château-Richer, du cap Tourmente et de la pointe orientale de l’île d’Orléans, près de Québec

Pour la plupart des enfants, la petite école est la phase terminale de leurs études. Cependant, dans le dessein de former une élite autochtone, on inaugure en 1655 à Québec le collège des Jésuites qui est une école secondaire où l'on y dispense le cours classique.

Institution de prestige, elle se compare aux meilleures écoles supérieures de France. Pour les plus talentueux des moins fortunés, on institue un programme de bourses, le premier d'ailleurs en Amérique du Nord. Ce plan a pour fonction d'assurer la subsistance et la pension de ces écoliers afin qu'ils puissent poursuivre des études supérieures.

Le cours secondaire permet aux élèves de s'orienter, vers les classes de lettres ou les sciences. Le jeune qui se dirige vers la première option est soumis à l'apprentissage de la grammaire, du latin, du grec, de la rhétorique et des sciences humaines, telles la géographie et l'histoire. On y étudie les grands classiques, tels Virgile et Cicéron. Quant à ceux ayant opté pour les sciences, on les initie à la philosophie, à la physique et aux mathématiques.

Fait intéressant à noter, l'usage du français était interdit dans les classes de lettres, car les cours s'y donnaient uniquement en latin, tandis que les cours de sciences pures étaient dispensés dans la langue de Molière. A une certaine époque, afin d'y attirer les autochtones, des cours furent donnés en langues huronne et algonquine.

Destiné uniquement aux garçons, le collège des Jésuites fut la seule institution de Nouvelle-France à dispenser un cours classique complet durant tout le Régime français. Ses diplômés fort peu nombreux se dirigeaient généralement après leurs études vers les professions libérales, militaires ou devenaient marchands dans la colonie.

Afin d'assurer l'organisation d'une communauté ecclésiastique locale, monseigneur François De Montmorency-Laval (1623-1708), premier évêque de Québec, travaille ardemment avec la bienveillance du Pape et du Roi de France à la création du Séminaire de Québec dont la vocation est de former des ministres du culte. Instituée à Paris par acte le 26 mars 1663, la nouvelle institution à but vocationnel accueillit ses treize premiers novices en octobre 1668.

A cette époque en raison des travaux agricoles, les vacances estivales s'échelonnaient de la mi-août jusqu'au début d'octobre. Différent du cours classique, l'enseignement dispensé par le Séminaire permet la formation d'aspirants à la prêtrise. Ils y sont généralement admis dès l'âge de dix ans afin d'être initiés aux valeurs religieuses, spirituelles ainsi qu'au chant et à la prière.

Monseigneur François De Montmorency-Laval
(1623-1708)
Premier évêque de Québec

Soucieux dans un premier temps de donner une alternative à ceux qui n'ont pas les aptitudes pour accéder à la carrière ecclésiastique ou aux professions libérales et, dans un second temps, en vue de former des artisans et des hommes de métiers locaux, on fonde des institutions spécialisées, véritables ancêtres des instituts techniques contemporains.

S'insérant entre l'enseignement élémentaire et secondaire, de telles maisons d'enseignement sont ouvertes à Montréal, à Québec et dans le village de Saint-Joachim, petite communauté située à environ 40 kilomètres à l'est de Québec. Ainsi, on assiste à la création de trois écoles des arts et métiers: une à Québec et à Saint-Joachim, créées toutes deux en 1668

Maison de Saint-Joachim, construction ves 1750

Une autre à Montréal sous la direction des frères Charon, entra en fonction dès 1694. Ces maisons étaient des institutions prédestinées pour ceux qui désiraient acquérir des connaissances en sculpture, en menuiserie, en maçonnerie, en cordonnerie ou dans d'autres emplois manuels.

A ces écoles, s'ajoute au Cap Tourmente (près de Saint-Joachim) une ferme modèle opérée par et sur les terres du Séminaire de Québec qui offre aux fils d'agriculteurs une initiation aux métiers de la terre.

Les écoles mentionnées ci-dessus dispensent comme leur nom l'indique des cours d'hydrographie et de mathématiques dans le dessein d'instruire des hommes aux techniques dont la Nouvelle-France a besoin dans la détermination d'assurer son développement économique et territorial. Arpenteurs, cartographes, explorateurs et officiers de marine étaient des carrières prometteuses et stratégiques pour la colonie, que l'on formait dans ces maisons spécialisées. Excellentes par le savoir qu'elles propageaient et par les maîtres qui y "tiennaient chaire", ces institutions firent marque, leurs oeuvres étant même reconnues outre-Atlantique.

Il est à noter que seuls les jeunes se dirigeant vers la prêtrise pouvaient effectuer l'ensemble de leurs études supérieures en Nouvelle-France, cette situation n'étant point le cas pour ceux qui désiraient poursuivre un cours en droit notarial ou en médecine. En effet, ils doivaient soit aller dans la mère patrie pour approfondir ces matières, soit devenir apprentis avec un membre de la profession et apprendre le métier sur le tas.

Sous la période du régime français (1534-1763), on ne retrouve pas en Nouvelle-France d'université à proprement parler. Toutefois, des Jésuites de la compagnie de Jésus, hydrographes du roi, donnent à Québec puis à Montréal des cours d'hydrographie, de mathématiques et d'arpentage. Ils fondent en 1671 l'École de mathématiques et d'hydrographie qui sera suivie deux décennies plus tard par la naissance dans la future métropole du Québec, et sous la direction des frères Charon, d'une académie poursuivant des buts identiques.

Des procureurs généraux, dont Mathieu-Benoit Collet et Louis-Guillaume Verrier, dispensent chez eux des cours de droit. On croit que des médecins du roi, dont Michel Sarrazin et Jean-François Gaultier, ont, sans doute, organisé quelques leçons. Enfin, on sait que la philosophie et la théologie, indispensables à la formation de futurs prêtres, sont enseignées. Tous ces indices ont amené Louis–Philippe Audet, historien québécois de l'éducation, à affirmer : « Pour notre part, nous estimons que la nature des cours qui furent donnés dépassait amplement le niveau du programme des écoles spécialisées et du cours secondaire » (Audet, p.192).

1675 - Pointe-Saint-Charles à Montréal

Tout au long du Régime français, le secteur scolaire a relevé essentiellement des instances ecclésiastiques qui exercent un contrôle total sur les orientations et le fonctionnement des premières institutions scolaires en terre américaine. Marquée par une inexistence de structures administratives et organisationnelles, c'est à l'évêque de la colonie que revient la pleine souveraineté en matière d'éducation.

En vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par l'autorité papale, il approuve la construction de nouvelles écoles, embauche les instituteurs et définit les programmes d'études.

Les seules interventions étatiques concernent les subsides en numéraire ou en lopins de terre que le roi de France octroie de façon irrégulière au clergé afin qu'il puisse s'acquitter de ses obligations envers la population.

Le rôle du gouverneur de Nouvelle-France, qui est le représentant politique de la royauté sur ces possessions nouvelles, en est un avant tout de support et de conseil auprès de l'Église quant aux questions scolaires. Il intervient uniquement pour s'assurer que les maîtres disposent des permis nécessaires pour pratiquer leur profession et que ceux-ci n'enseignent qu'à des personnes du même sexe.

Ce laisser-faire, pratique conforme à ce qui prévalait dans la mère patrie et dans les nations de foi catholique, coïncide avec l'émergence du pouvoir religieux en Europe. Affaire strictement de ressort privé, l'éducation relève de la famille et des autorités ecclésiastiques qui reçoivent le support moral et financier de l'État pour mener à ses fins cette tâche. Fait intéressant à souligner: l'accès à l'ensemble des institutions d'enseignement était gratuit, seuls les coûts inhérents au pensionnat furent à la charge des parents.

L'enseignement qui fut dispensé dans ces institutions se comparait admirablement à ce qui se faisait en France à la même époque. Tout comme les maîtres, les programmes, manuels scolaires et méthodes pédagogiques étaient importés d'outre-Atlantique. Les éducateurs avaient à leur disposition un petit ouvrage intitulé L'école paroissiale ou la manière de bien instruire les enfants des petites écoles et rédigé à Paris en 1654 par le pédagogue Jacques de Batencour et publié chez Pierre Targa.

Fort complet, ce recueil pédagogique, le premier sûrement à avoir été utilisé en Amérique du Nord, renseigne le maître sur les qualités qu'il doit posséder pour pratiquer sa profession, sur les notions religieuses qu'il est nécessaire de transmettre dans ses classes et sur les méthodes qu'il doit employer pour rétrocéder son savoir aux jeunes écoliers.

Tout au cours du Régime français, c'est aux membres des communautés religieuses que revient la tâche de transmettre les connaissances élémentaires aux jeunes coloniaux. A ceux-ci s'ajoutent certains érudits laïques, tels les notaires et les maîtres ambulants qui exercent surtout leur profession dans les régions reculées de la colonie en allant d'une paroisse à une autre pour dispenser leur savoir. Pour exercer le métier, ces derniers devaient détenir une autorisation du Gouverneur certifiant leurs compétences en matière d'enseignement ainsi que faire preuve d'une moralité exemplaire.

Cette période, nonobstant les doutes soulevés par certains historiens quant à la réelle volonté des autorités religieuses et royales de favoriser une éducation de qualité pour tous les Néo-Français, fut malgré tout l'occasion de jeter les premières bases qui menèrent à l'édification du système scolaire québécois. Ainsi, à la fin du Régime français, la moitié des hommes et plus du tiers des femmes de Québec et de Montréal, qui sont alors les deux principaux centres urbains de la colonie, sont réputés être alphabétisés, tandis que ces niveaux ne dépassent guère quinze pour cent dans les régions rurales.

En dépit des humbles ressources pédagogiques dont disposait la colonie, on a su établir des institutions spécialisées et supérieures ayant des qualités comparables à celles existant dans la mère patrie. L'École de mathématiques et d'hydrographie de Québec à elle seule en est un bon exemple.

 
 

Le document de l'époque

 
 

Le texte qui suit est le règlement auquel étaient soumises vers la fin du XVIIe siècle et le début du 18ième siècle. Les filles fréquentant l'école ménagère de la Congrégation des filles externes située à l'île d'Orléans. Signalons que ce document est conforme à l'original et est présenté avec cet orthographe tel qu'il a été publié.

“QUALITEZ NÉCESSAIREMENT REQUISES EN CELLES QUI Y SERONT

ADMISES”.(1)

1. On n'y en recevra aucunes qui affectent de porter des vanitez tant en la qualité

de leurs habits et coeffures, que dans la mode.

2. qui ne renoncent aux assemblées des hommes et garçons et autres compagnies

qui les pourraient scandalizer.

3. qui soient dans une habitude de désobéissance et de révolte à leurs parents.

4. qui soient immodestes et indevotes dans l'église.

CE QU'ELLES DOIVENT FAIRE TOUS LES JOURS

1. Se lever toujours à une même heure.

2. Étant éveillées il faut aussitôt penser à Dieu en lui disant, mon Dieu je vous donne mon coeur et vous demande pardon.

3. Sortir promptement et modestement du lit; en s'habillant penser à Jésus moqué étant habillé d'une robe blanche.

4. Étant habillées, il faut prendre de l'eau bénite, se mettre à genoux et faire des actes d'adoration, de remerciement, d'offrande, de contrition et de demande.

5. Ensuite elles penseront aux vérités de leur salut environ un quart d'heure, comme à la mort, au jugement, à l'enfer, au paradis, à la fin pour laquelle Dieu les a créées, aux promesses faites à leur baptême, aux misères de ce monde, à l'éternité, à la laideur du vice qui a été la cause de la mort de Jésus-Christ, à la beauté de la vertu, aux moyens d'arriver au ciel, à la passion de Jésus-Christ, aux malheurs des damnés et au bonheur des sauvés. Elles n'y manqueront jamais.

6. Au commencement de toutes leurs actions, elles renonceront à elles-mêmes et invoqueront l'esprit de notre seigneur pour vivre et agir en elles.

7. Quant elles assisteront à la sainte messe, elles observeront deux choses, la modestie du corps et la dévotion de l'esprit. Et quand elles auront communié, elle emploieront un quart d'heure pour le moins en action de grâces après la communion.

8. Elles feront le signe de la croix en commençant et offriront leur travail à Dieu en esprit de pénitence.

9. Elles s'occuperont en de bonnes pensées comme de la présence de Dieu.

10. Elles s'entretiendront de bons discours ou chanteront des cantiques spirituels.

11. Elles mangeront avec tempérance élevant de temps en temps leur esprit à Dieu.

12. Rendre grâces à Dieu après les repas.

13. Dans leur récréation elles éviteront toutes sortes de divertissements illicites et les jeux défendus et ne railleront personne.

14. Elles feront une lecture spirituelle d'environ un quart d'heure écoutant le livre comme une lettre envoyée de la part de Dieu, et conserver dans leur coeur la pensée qui les aura touchées davantage.

15. Elles pratiqueront un quart d'heure de silence tous les jours.

16. Elles feront quelques petites mortifications le vendredi ou le samedi.

17. Elles feront l'examen de conscience tous les soirs.

18. Lorsqu'elles se coucheront elles se déshabilleront modestement, prendront de l'eau bénite et en jetteront sur leur lit.

19. Elles se mettront dans le lit comme ci c'étoit le trône où elle dussent être jugées et le lieu d'où elles dussent partir pour faire le grand voyage de l'Éternité.

20. Leurs dernières paroles seront Jésus, Marie, Joseph.

AVIS

1. Elles fuieront les maximes du monde pour prendre celles de Jésus-Christ.

2. Elles ne répondront rien à toutes les railleries et moqueries que l'on pourrait faire d'elles sachant que les serviteurs et servantes de Jésus-Christ seront toujours persécutés.

3. Elles tâcheront d'établir les prières du soir et du matin en commun dans la maison de leurs parents.

4. Elles auront une grande dévotion au St Sacrement de l'autel, lui faisant un acte d'adoration et d'amour tous les jours à midi.

5. Elles aimeront tendrement la Sainte-Vierge qu'elles regarderont comme leur bonne mère et la salueront d'un ave avant que de sortir de leur maison et après y être rentrées.

6. Elles auront une grande dévotion à leurs Saints Anges et feront souvent dans la journée des actes de foi, d'espérance et de charité.

Source : GOSSELIN, Amédée. L'Instruction au Canada sous le régime français (1635-1760). Québec: Laflamme & Proulx, 1911, pp.472-475.
 

Sources: Histoire de l'éducation au Québec. Il est à noter que les données statistiques que l'on retrouve dans le texte  émanent des annuaires et rapports publiés par le Bureau de la statistique du Québec, par Statistique Canada, par le département de l'Instruction publique, ainsi que par le ministère de l'Éducation. Récit par Richard Leclerc février 1989. Photos, textes et références: Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, Musée McCord, Commission des monuments historiques.

Choix de photos, mise en page, et certains titrages par : JosPublic
Publication : 14 août 2013

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Avant le traité d'Utrecht de 1713, la Nouvelle-France comprenait cinq colonies possédant chacune une administration propre: le Canada (incluant le «Pays-d'en Haut : la région des Grands Lacs), l'Acadie, la Baie du Nord (Baie-d'Hudson), Terre-Neuve (que la France partageait avec la Grande-Bretagne sous le nom de «Plaisance») et la Louisiane (voir la carte agrandie de la Nouvelle-France avant 1713), comprenant le «Pays des Illinois» au nord). Le «Pays-d'en-Haut» (ou région des Grands Lacs)  faisait partie du Canada, mais le «Pays des Illinois» était rattaché à la Louisiane.

Louis XIV a préféré perdre l'Acadie, la Baie-d'Hudson et Plaisance (Terre-Neuve) pour voir son petit-fils sur le trône d'Espagne sous le nom de Philippe V, quitte à renoncer à ses droits sur le trône de France. Il faut dire que Louis XIV n'a jamais eu la moindre vision d'un empire français en Amérique, alors que deux ou trois places fortes en France lui paraissaient plus dignes de sa gloire que toutes ses colonies réunies. La France prit ainsi l'habitude d'annuler les pertes subies en Europe en renonçant à ses possessions en Amérique. Elle l'a fait en 1713 (traité d'Utrecht) et le refera en 1763 (traité de Paris), en préférant perdre toute la Nouvelle-France au profit de la Grande-Bretagne, en échange de la Guadeloupe, y compris la Louisiane au profit de l'Espagne.

En 1763, il ne restera plus que le minuscule archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon (242 km²) en Amérique du Nord. L'historien canadien-anglais R. Douglas Francis, de l'Université de Calgary, interprète ainsi la traité d'Utrecht (dans Origins, Toronto, HRW, 1992).

 

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02
 

Régime Français: L'histoire de la Nouvelle-France s'échelonne sur une période allant de l'exploration française du continent américain jusqu'à la cession définitive du Canada au Royaume de Grande-Bretagne en 1763. Terre amérindienne lors des voyages de Jacques Cartier, la Nouvelle-France fut progressivement occupée par la France de l'Ancien Régime de 1604 à 1629 et de 1632 à 1760. À la suite de la défaite des colons français aux mains des colons britanniques en 1760, elle est sous domination britannique de 1760 à 1763, en attendant le résultat de la Guerre de Sept Ans en Europe. Par suite de sa défaite dans la Guerre de Sept Ans, la France cède la Louisiane à l'Espagne, en même temps qu'elle abandonne la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne.

 

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03
 

Les sulpiciens (document Acrobat 2 pages) et Les frères Charon: Les vœux des frères Charon, hospitaliers-enseignants - Y Poutet. Les frères Charon Revue d'histoire de l'Église de France. Année   1963. Volume 49. Numéro 146 pp. 19-45

 

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04
 

Severin Ameau (1620-1715) 28 mai 1687, il écrit: « [...] depuis trente-cinq ans en ça, [il] a toujours exercé la Charge de greffier en la jurisdiction des Trois rivières, Et avec cela S'est toujours Employé a rendre service au public de cedict lieu, Soit a instruire les Enfants, ou a soustenir le chant au service divin qui se faisait en l'Église dudict lieu » .

Telle est l'existence de ce citoyen exemplaire, décédé à l'âge vénérable de 95 ou 96 ans, en 1715, neuf ans après sa femme, inhumée le 13 novembre 1706. (Vachon, André, "Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2)

 

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05
 

Visite et travaux à l'étable-école par Marguerite Bourgeoys, Paul de Chomedey de Maisonneuve et Bénigne Basset, Ville-Marie (Montréal), Nouvelle-France (Québec), 1658. Illustration : Francis Back. Archives Congrégation de Notre-Dame – Montréal. La première école de Montréal - 1658

 

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