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État de la situation de l'eau souterraine

Des connaissances et des informations encore fragmentaires

Des données partielles et périmées

Donner notre eau, la racheter à fort prix et en payer les coûts sociaux!

Eau de surface

État de l'eau souterraine

Protection des eaux souterraines

Préserver les eaux souterraines de la région de Montréal

 

État de l'eau souterraine

Le sous-sol de la province de Québec contient des réserves appréciables d’eaux souterraines contenues dans les pores et les interstices des milieux géologiques perméables.  Le débit utilisable de ces milieux est fonction de leur perméabilité et varie de quelques mètres cubes par heure pour les terrains à faible perméabilité à quelques centaines de mètres cubes par heure pour les terrains à forte perméabilité.

Au Québec, les eaux souterraines sont généralement d’excellente qualité. Semblables aux eaux de surface quoique plus chargées, elles satisfont aux exigences des normes sur les eaux de boisson (du Ministère de la Santé et du Bien-être du Canada. On peut généralement les consommer à l’état nature sans traitement.

Par contre l'infiltration de matières polluantes dans les aquifères contamine d’importantes nappes d’eau souterraine au Québec. Les sources de contamination les plus fréquentes sont : les fosses septiques, les déversements accidentels ou intentionnels d’hydrocarbures, l’enfouissement de déchets domestiques et industriels, l’utilisation des engrais et fumiers en agriculture et l’épandage de sel pour l’entretien des routes en hiver.   

Eaux de surface

  Au Québec, les eaux de surface constituent les principales sources d’approvisionnement en eau potable pour 80 % de la population. L’autre 20 % est alimenté par des nappes souterraines.  Au Québec, en 1997, il y a 2347 réseaux d’aqueduc assujettis aux règlements sur l’eau potable. Environ 60 % d’entre eux (1413) distribuent une eau non traitée à environ 650 000 personnes alors que 934 réseaux fournissent une eau traitée à 5,5 millions de citoyens.

Pour les fins d’une description sommaire de la qualité de nos eaux de surface, le territoire habité du Québec est partagé en deux zones principales, la rive sud du Saint-Laurent et la rive Nord.  On ne s’attardera pas aux eaux du territoire du Nouveau-Québec où, à leur état naturel, elles sont dans l’ensemble, d’excellente qualité.  Sur la rive sud du Saint-Laurent, en incluant la Gaspésie, l’eau est plus chargée en matières organiques dissoutes et en substances minérales (elle est généralement plus dure) que celle des tributaires de la rive Nord.  Quant au fleuve Saint-Laurent lui-même, il transporte des substances dissoutes en concentration variant de 100 à 200 milligrammes par litre, ce qui est comparables aux autres grands fleuves mondiaux.  Pour ce qui est des solides en suspension, ils augmentent le long du fleuve. Mais, par rapport aux grands fleuves comme le Gange, le Mékong, le Mississippi ou le Nil, les solides transportés sont relativement faibles.

 La charge de solides en suspension, de même que la demande biochimique en oxygène (DBO5) traduisent le «stress » qui s’exerce sur un cours d’eau.  Elles sont fonction des rejets provenant des activités humaines et de l’utilisation des sols sur le bassin versant.

Symptômes de dégradation des eaux de surface:

Les symptômes évidents de la dégradation de la qualité de l’eau sont nombreux et causent de sérieuses inquiétudes au sein de la population. Quelques cas patents cités ci-après, sans permettre d’étiqueter nos cours d’eau, restent des indicateurs sûrs de la dégradation de certaines eaux  québécoises de surface.

Cas d’épidémie : La contamination des eaux d’alimentation, en particulier par les eaux d’égouts, est à l’origine d’épidémie. (Pollution bactériologique).  Des cas d’épidémie chez les animaux de ferme ont également été signalés au Québec au cours des dernières années.

Cas d’intoxication : Les organismes aquatiques (poissons, mollusques, crustacés, etc.) sont les plus vulnérables à la contamination des nappes d’eau par les substances toxiques inorganiques (métaux lourds) et organiques (pesticides, herbicides). L’intoxication de l’humain peut découler de la consommation de ces organismes contaminés. Le cas le plus dramatique est celui de la contamination, par le mercure organique, des poissons dans le Nord-ouest québécois où ils sont particulièrement importants dans l’alimentation des autochtones. La présence de BPC en quantité supérieure au seuil sécuritaire pour fin de consommation a été décelée dans le brochet, le doré, la perchaude, le meunier et la barbotte du lac Saint-François et à d’autres endroits sur le Saint-Laurent. Enfin, plus de 60% des mollusques de l’estuaire et du golfe Saint-Laurent sont affectés par la contamination bactériologique.

Interdiction de baignade : Chaque année, l’accès à de nombreuses plages publiques est interdit par suite de contamination bactériologique due à des rejets d’eaux usées. Les plages publiques sont, pour la plupart, fermées dans la région immédiate de Montréal, le long des berges du Saint-Laurent etc.

Altération diverse :  Des changements dans le goût, la couleur et l’odeur originent de l’enrichissement des eaux par les rejets de matières organiques en suspension provenant des zones urbaines, industrielles, agricoles (lessivage des engrais chimiques ou organiques, rejets de fermes d’élevage, drainage excessif), des rejets dus à certaines pratiques forestières et du lessivage de terrils miniers.  Les odeurs désagréables émanant de certaines nappes d’eau sont attribuables à des gaz produits par la décomposition bactérienne de la matière organique en milieu appauvri en oxygène.

Mortalité massive des poissons : Ce phénomène se produit périodiquement au Québec. En hiver, le couvert de glace entrave l’oxygénation de l’eau. C’est là un phénomène naturel, mais il est accentué par l’utilisation de l’oxygène de l’eau pour l’oxydation des eaux usées. Il n’est pas rare de retrouver au printemps de nombreux poissons morts sur les berges

Remplacement et diminution des poissons d’intérêt sportif : Ce symptôme indique une dégradation graduelle du milieu aquatique. En règle générale, les poissons d'eau froide, d’intérêt sportif comme la truite ou le saumon, peu tolérants à la pollution, sont remplacés par des espèces d’eau chaude et qui s’accommodent d’un milieu pauvre en oxygène et qui n’offrent qu’un intérêt sportif et culinaire limité (carpe, barbotte). 

Protection des eaux souterraines

Il est désormais acquis, comme en témoignent le Projet de politique de protection et de conservation des eaux souterraines, le document de réflexion du PQ, "Pour une politique globale de l'eau", ainsi que les débats lors du Symposium sur l'eau en décembre 1997, que les dispositions actuelles concernant les eaux souterraines (régime juridique, politique, règlements et directives) sont inadéquates et insuffisantes. Elles ne protègent ni l'intérêt commun, ni l'intérêt des citoyens directement concernés, et ne constituent pas un cadre fiable d'exploitation dans une perspective de développement respectueux de l'environnement.

Parlons plutôt d'absence de protection des eaux souterraines

  • Absence de contre-expertise indépendante et rigoureuse prévue par le MEF avant l'émission de certificat d'autorisation de captage d'eaux souterraines.

  • Absence de véritables études d'impacts et de prise en compte élémentaire des éventuels conflits d'usage et des effets potentiels du pompage commercial de l'eau sur l'économie et l'emploi.

  • Négligence à l'égard de problèmes frontaliers, voire même à l'égard de catastrophes appréhendées. Il n'est pas étonnant, dans un tel contexte, que certains projets suscitent autant de controverses. À titre d'exemple, comment comprendre, dans le cas de Franklin, que le MEF ait d'abord autorisé un projet de captage par Aquaterra-Danone, sans contre-expertise sur les impacts éventuels sur la recharge. Comment expliquer qu'on ne se soit pas soucié du fait que la recharge de cette nappe soit à près de 80% du coté américain, (d'où une note diplomatique du gouvernement américain).

  • Comment justifier l'absence d'évaluation des impacts sur les ponctions d'eau déjà faites, sur l'industrie, sur l'emploi local, et sur les besoins des municipalités comme Franklin et Ormstown. Dans le Bulletin municipal du village d'Ormstown, on pouvait lire à la fin mai 1998: "Nos réserves d'eau sont actuellement très basses. Le conseil (...) interdit l'usage de l'eau pour l'arrosage des parterres ainsi que toute autre forme de gaspillage d'eau (...) les contrevenants seront passibles d'une amende." Comment comprendre qu'on ait négligé les risques de contamination associés aux deux immenses dépotoirs de 8 millions et de 18 millions de pneus, situés dans une zone de recharge, à quelques 500 mètres de l'un des plus gros camping du Québec, accueillant jusqu'à 10,000 personnes durant l'été, ce qui, en cas de catastrophe, pourrait compromettre l'approvisionnement en eau de ces municipalités. La prudence la plus élémentaire n'indique-t-elle pas alors de conserver l'usage prioritaire de la nappe convoitée pour les besoins de la population ?

        Pourtant, dans ce dossier, si cela n'avait été de la vigilance et de l'incroyable ténacité d'un groupe de citoyens et de citoyennes (dont plusieurs, véritable scandale, doivent assumer seuls la note des contre-expertises qui auraient dû et devraient être assumées par les pouvoirs publics), le projet, déjà autorisé par le MEF, aurait été réalisé. Or, compte tenu que d'autres projets de captage tout aussi problématiques sont actuellement à l'étude, y compris à Franklin, avec une autre compagnie, un moratoire s'impose d'urgence. C'est le seul moyen pour éviter de multiplier des dossiers aussi litigieux risquant de compromettre la crédibilité du gouvernement, non seulement face à sa population, mais également sa crédibilité internationale, crédibilité dont nous aurons bientôt un pressant besoin.

Comme le soulignait un groupe d'experts réuni à Paris à la Conférence Internationale sur l'Eau et le Développement Durable du 19 au 21 mars 1998: "Toute politique rationnelle de l'eau suppose une réglementation, des procédures et des normes qui définissent clairement le cadre de droit et les devoirs de chaque intervenant" et "les objectifs à atteindre et les moyens nécessaires de toute nature doivent être précisés dans des schémas directeurs d'aménagement et de gestion, donnant une visibilité à 15 ou 20 ans". Nous devons constater qu'il est hasardeux de continuer à appliquer une politique dont nombre d'intervenants, y compris le MEF, constatent les insuffisances et l'absence de perspectives à long terme.

À ces dispositions inadéquates, s'ajoutent de sérieuses lacunes en matière d'examen attentif des demandes d'autorisation, et d'informations complètes et transparentes des citoyens, questions, en partie imputables aux compressions budgétaires et coupures de personnel qui ont littéralement anémié et édenté le MEF au cours des dernières années, mais qui semblent malheureusement aussi relever d'un état d'esprit qu'on aurait cru révolu. Certes, " l'expérience acquise, depuis plusieurs décennies maintenant, en matière de gestion de l'eau, a mis en évidence la nécessité d'une association institutionnelle de "la société civile", dans des mécanismes de gestion décentralisée des ressources en eau, afin de tendre à une satisfaction optimale et adaptée de besoins diversifiés et en croissance constante ". Cependant, dans les faits, nous sommes encore loin du compte.

Ainsi, ceux qui subissent, ou qui risquent de subir les impacts négatifs des pompages à fort débit, ont à assumer le fardeau de la preuve et sont souvent sans moyens et sans recours, comme on l'a vu dans les cas de Saint-André et de Franklin. Démunis financièrement et légalement, il leur est extrêmement difficile de faire respecter leurs droits individuels et les intérêts de la collectivité, si ce n'est de le faire à leurs frais, comme l'ont fait également des citoyens de Saint-Modeste et Saint-Antonin, qui, aux prises avec un mégaprojet de captage de Rivière du loup, se sont engagés dans une véritable guérilla juridique.

En outre, les citoyens ont souvent beaucoup de mal à obtenir des informations complètes et impartiales des divers pouvoirs publics, alors qu'ils sont souvent à même d'observer l'étroite collaboration de ces derniers avec les promoteurs. On devrait pourtant savoir que " les décisions devront progressivement s'inscrire dans des procédures démocratiques, ouvrant de plus en plus largement la possibilité d'expression de contre-pouvoirs qui, pour faire oeuvre utile et ne pas s'enliser dans des débats théoriques et stériles, devront disposer d'une capacité d'expertise indépendante et sérieuse et avoir accès à une information transparente et complète " ( RIOB Art. 40). Par conséquent, en l'absence de tels mécanismes, c'est la confiance des citoyens et la possibilité même d'une gestion démocratique de cette ressource qu'on risque de miner en continuant de procéder dans un cadre aussi bancal.

Dans ce contexte, continuer de procéder au cas par cas risque non seulement de multiplier les sources de conflits sur le terrain, mais de créer une situation de non retour compromettant la cohérence et la crédibilité d'une politique de l'eau. Un moratoire élargi et prolongé s'impose donc sur le captage des eaux souterraines.

Des connaissances et 
des informations encore fragmentaires.

Comme le rappelaient les Dossiers du Monde d'octobre 97, à l'échelle de la planète, les impacts combinés de l'accroissement de l'effet de serre, de la démographie, de l'agriculture irriguée et de l'urbanisation, font en sorte que tous les 20 ans les besoins mondiaux en eau doublent, si bien qu'en moyenne, la quantité d'eau disponible par habitant a diminué de 40% depuis 1970. On estime qu'un milliard de personnes sur la planète sont privées d'eau potable, et qu'entre 10 et 25 millions meurent chaque année des suites de pénurie d'eau ou d'eau polluée. En fait, depuis le début du siècle, la population mondiale à été multipliée par trois, les besoins en eau par sept et la surface des terres irriguées par six. D'ores et déjà, 24 pays sont en dessous du niveau de pénurie et d'ici un quart de siècle, selon l'organisation météorologique mondiale, les régions en situation de "stress hydrique" (où le rythme de consommation dépasse le renouvellement naturel) pourraient concerner les 2/3 de la planète."

Dans un tel contexte, le fait de compter, au Québec, 3% des eaux douces renouvelables du monde, donne encore souvent l'impression qu'il s'agit de ressources inépuisables, voire d'une richesse infinie. Outre les règles de solidarité et d'humanisme élémentaires qui devraient guider l'examen de l'eau en tant que patrimoine de l'humanité, rappelons que, dans le cas du Québec, ces ressources en eau, bien qu'extrêmement abondantes, ne sont pas toutes aussi facilement accessibles à faible coût. En effet, 56% de ces eaux se retrouvent dans le Grand Nord, dans les bassins versants de la Baie d'Ungava, de la Baie James et de la Baie d'Hudson. Par ailleurs, le Bassin versant du Saint-Laurent, qui représente 44% de la ressource, est pour moitié en dehors des frontières du Québec (USA, Ontario et Labrador), et une moitié de l'eau du Saint-Laurent est salée... sans parler des 60,000 produits toxiques qui s'y trouvent. Bien qu'abondante, la majeure partie de l'eau douce du Québec est d'un accès limité ou du moins pouvant s'avérer coûteux, notamment parce que la population se concentre sur environ 2% du territoire québécois.

Autrement dit, bien que fabuleuse, l'importance de cette ressource patrimoniale, de plus en plus convoitée, ne doit pas faire illusion. Il importe de bien la connaître afin de la préserver et de la gérer adéquatement dans une perspective de long terme. Or, comme le soulignent les auteurs de la Problématique des eaux souterraines au Québec, les informations hydrogéologiques ponctuelles disponibles ne peuvent pas être considérées comme complètes et suffisamment denses pour l'ensemble du territoire québécois
(MEF, 1996: 67).

"La moitié des données sur lesquelles repose notre connaissance des eaux souterraines, tiennent de la fumisterie, de l'incompétence, de l'économie "au noir" ou même de renseignements cachés ou sciemment faussés par des entrepreneurs qui protègent leur marché de la concurrence"
La moitié des données sur nos eaux souterraines relève de la fumisterie
Bruno Bisson, journaliste, La Presse, 11 décembre 1999

         En outre, comme on l'a maintes fois souligné lors du symposium sur l'eau, on connaît encore mal la valeur et l'étendue des aquifères, la nature des nappes, les quantités disponibles en fonction des prélèvements déjà effectués dans un même aquifère et de l'influence des pompages des gros utilisateurs d'eau souterraine. Quant au public, il veut savoir entre autres quelles sont les eaux de qualité disponibles à proximité, à quels coûts, et comment on peut en assurer la protection et la gestion en fonction des usages prioritaires.

Certes, ces lacunes en matière d'information et d'outils d'analyse et de gestion ne sont pas propres au Québec, comme en témoignent les conclusions d'un atelier d'experts, tenu en mars dernier à Paris, lors de La Conférence Internationale sur l'Eau et le développement durable. Mais il est du ressort du gouvernement de prévoir rapidement, de concert avec les citoyens et les autres acteurs, des outils adéquats pour la mise en place d'une politique d'information, d'analyse et de gestion tout en évitant, d'ici là, d'envenimer la situation, ce que permet justement un moratoire.

Préserver les eaux souterraines
de la région de Montréal, pour la population.

Le dossier de l'eau prend une importance toute particulière dans la grande région de Montréal. Rappelons en effet que près de la moitié de la population du Québec y est concentrée, et que l'eau souterraine y est déjà fortement sollicitée pour la consommation humaine, l'irrigation et le bétail, le support aux écosystèmes naturels, les industries, etc.

Certes, actuellement, "plus de 95% de la population entre Montréal et Valleyfield puise son eau potable dans le fleuve Saint-Laurent " (Bergeron, Vigeant, Lacroix, 1997: 79). Cependant, certains travaux Canada/États-Unis du bassin versant des Grands Lacs/Saint-Laurent sur les changements climatiques portent à croire, que d'ici quelques décennies, le débit moyen des eaux dans la région de Montréal pourrait baisser de 40% et le niveau moyen de 1,3 mètres, ce qui ne serait peut-être pas sans impacts sur le niveau des eaux souterraines. Concernant le Saint-Laurent, cela pourrait diminuer la qualité des eaux (moindre dilution des polluants et baisse du Ph), provoquer la progression du littoral et diminuer certains usages de l'eau pour fins domestiques, commerciales, industrielles et agricoles (Ibid).

En outre, compte tenu des risques de brassage accrus des sédiments toxiques du Saint-Laurent -métaux lourds et polluants organiques persistants (POPS), ce dossier est préoccupant. Rappelons que ces polluants, souvent liposolubles et bioaccumulables, et voyageant sur d'incalculables distances, peuvent être absorbés à travers la chaîne alimentaire et avoir alors des impacts significatifs, même à d'infimes proportions, sur le développement des embryons et sur les jeunes enfants. (Colborn et al 1996). Bien que des controverses à ce propos subsistent, les POPS sont néanmoins associés à l'augmentation de l'incidence de cancers, à la baisse de la spermatogenèse et autres problèmes de fertilité, à des dysfonctions immunitaires et à des difficultés d'apprentissage et de développement (Reidel et al. 1997). En témoignent, entre autres, nombre de travaux réalisés dans le sillage de la Commission mixte internationale Canada/États-Unis et du groupe de travail ad hoc sur les POPS, constitué dans le cadre du Forum intergouvernemental sur la sécurité chimique (IFCS) réunissant une centaine de pays ainsi que des ONG et plusieurs organismes internationaux (PNUE, OMS, OIT...).

Certes, l'absorption des POPS passe d'abord et avant tout par le biais des graisses animales, des produits laitiers et des poissons et non directement par l'eau. Néanmoins, les impacts éventuels des changements climatiques sur la baisse des niveaux d'eaux du Saint-Laurent et les risques de voir altérer la qualité de la principale source d'alimentation en eau potable de 45% de la population du Québec, et de voir les autres usages de l'eau du fleuve affectés, incitent à examiner ce dossier dans des perspectives à long terme. En ce sens, ne serait-ce pas la prudence la plus élémentaire que d'assurer la protection, la préservation, voire l'exploitation des ressources souterraines en eau potable de qualité de la grande région de Montréal pour l'usage prioritaire de sa population et de préserver également, à proximité des grandes centres, les ressources en eau nécessaires aux cultures et à l'élevage ?

Si le Québec est riche en eaux souterraines de qualité, pourquoi ne pas développer son embouteillage, qu'il soit nationalisé, commercial, coopératif, mixte ou autre, dans des zones moins fragiles et moins habitées. Rappelons en effet que si le dossier de l'exploitation commerciale des eaux souterraines a suscité de telles controverses, c'est d'abord parce que les promoteurs, notamment pour des raisons de coûts de transport et de marchés, voulaient capter l'eau souterraine dans un rayon de 80 à 90 kilomètres autour de Montréal, à proximité des grands centres, là où se trouvent bon nombre des meilleures terres agricoles du Québec. Or, sans moratoire, il est fort à craindre que ces projets se multiplient...

Des données partielles et périmées qui masquent et tordent la réalité.

Ce n'est donc pas le fait qu'une faible proportion de l'eau souterraine du Québec soit captée pour l'embouteillage qui fait problème. C'est davantage le fait que le captage soit concentré dans des régions déjà sollicitées, voire parfois fragilisées, avec les conflits d'usage et les problèmes sociaux qui peuvent en découler. Cela dit, on ne peut continuer de prétendre que "les eaux commerciales ne représenteraient que 0.08% des eaux souterraines prélevées au Québec" (Symposium 1997: 13) et on ne peut surtout en faire un argument pour masquer les problèmes suscités par la concentration régionale de l'approvisionnement en eaux des principales firmes. Selon les données du MEF, les trois autorisations délivrées depuis 1994 et dont les puits de captage sont en opération -soit les embouteilleurs Breuvage Nora à Mirabel (1910 mètres cubes/jour), Aquaterra-Labrador à Piedmont (1240 mètres cubes/jour) et Aquanature à Hinchinbrooke (569 mètres cubes/jour)- peuvent en effet capter, à elles seules, quatre fois ce pourcentage de 0.08% (3710 mètres cubes/jour), soit 0.32% (Annexe 6). On s'étonne donc que dans son mémoire de 1997, l'Association des embouteilleurs d'eau du Québec (AEEQ) prévoit que dans dix ans, le prélèvement d'eau pour l'embouteillage atteindra 0.4% du prélèvement global des eaux souterraines du Québec, alors qu'en 1997, trois des 30 entreprises peuvent à elles seules en capter déjà presque autant, soit 0.32% !

Quant aux quantités d'eau captées dans 27 des 30 autres sites actuellement exploités au Québec, ces données sont confidentielles car elles dévoileraient, nous a-t-on dit au MEF, le chiffre d'affaires de ces entreprises (sic!). Il faut dire qu'on se demande comment le MEF peut évaluer ces quantités, quand on sait qu'avant 1994, les autorisations qu'il donnait ne mentionnaient pas le débit maximum permis, et qu'il n'y a pas de compteurs permettant de l'évaluer. Par conséquent, on semble ignorer combien les 30 sites autorisés au Québec pompent annuellement. Certes, pour l'instant, les ponctions sont limitées, mais compte tenu de l'accroissement de la demande internationale, et des intérêts économiques que cela représente, il importe de se donner les moyens de savoir qui pompe, combien, au profit de qui et où ?

Il importe également de savoir quelle est la concentration de ces ponctions d'eau et quels en sont les impacts? Bien que les données disponibles ne permettent pas un calcul précis, des citoyens-nes de Saint-Placide ont estimé -à la lumière des données du MAPAQ de 1994- que plus de 70% de l'eau captée pour embouteillage au Québec le serait sur un territoire de 8 km carrés dans la région de Mirabel !

Étant donné que le niveau d'eau dans une nappe souterraine et l'étendue de la zone d'influence dépendent de la géologie locale et du débit de pompage, on peut alors se questionner sur les conséquences à long terme de l'octroi, par le MEF, de permis de captage à fort débit sans contre-expertise rigoureuse et sans études d'impacts. Surtout quand les demandes subséquentes de captage de quantités supplémentaires semblent tenir de pures formalités. Ce n'est probablement pas pour rien que, dans un souci d'éviter les conflits d'usages, l'AEEQ recommande dans son mémoire l'instauration d'un périmètre exclusif pour chaque usine et/ou des captages destinés à l'embouteillage existant ou à venir. (Mémoire de l'AEEQ, 30 janvier 1997).

Bref, non seulement il est inexact de prétendre "que les eaux commerciales ne représentent que 0.08% du prélèvement total des eaux souterraines au Québec", mais même multipliées par 5, p par 10 ou plus, ces données pour usage publicitaire, sont secondaires par rapport à la proportion des eaux d'un aquifère donné qui est sollicitée pour l'embouteillage commercial par rapport à la priorisation des autres usages, notamment pour la consommation humaine et l'agriculture. Par conséquent, ne devrait-on pas concentrer les faibles énergies du MEF à clarifier ces questions et à se concentrer sur la politique de l'eau, plutôt que de continuer sur cette lancée fort hasardeuse, sans données adéquates et sans véritables perspectives d'ensemble ?

Donner notre eau, la racheter à fort prix et en payer les coûts sociaux!

Selon les données du MAPAQ de 1997, plus de 77% de la production d'eau embouteillée au Québec en 1994 a été consommée au Québec (Symposium 1997:42 ). Par conséquent, alors que nous donnons littéralement notre eau, et que nous assumons une large partie des coûts associés (routes, conflits d'usage, etc.), nous avons payé, en 1994, 92$ millions de dollars pour boire notre eau dans des bouteilles de plastique! Certes, cette industrie crée de l'emploi et paie des taxes. Et ce n'est guère l'industrie qui consomme le plus d'eau. Mais si le Québec moderne s'est largement bâti sur l'exploitation hydroélectrique de son eau, et si nous avons jugé bon de faire le commerce de l'alcool, est-ce maintenant pour de simples raisons idéologiques qu'on s'interdirait de penser à l'exploitation collective de notre eau ?

            À titre d'exemple, rappelons que la Société des Alcools du Québec, paradoxalement menacée de perdre une partie importante de son marché au profit de firmes privées, constitue l'une des principales vaches à lait du trésor public, ayant rapporté de 1988 à 1997 inclusivement au gouvernement fédéral et provincial 6,613,6$ milliards dont 4,837,9$ milliards pour le seul gouvernement québécois. Or, sans vouloir mêler l'eau aux vins et aux spiritueux, n'avons-nous pas déjà une expérience d'embouteillage, de commercialisation et de distribution qui devrait au moins inviter les pouvoirs publics, soucieux de l'avenir du Québec, à faire des études sérieuses pour examiner l'intérêt d'un commerce national d'embouteillage de l'eau. Nous pourrions ainsi préserver le cycle de l'eau, y compris en termes de retombées publiques, puisque l'essentiel des profits nous reviendrait collectivement, sans parler de l'image nationale d'une telle industrie.

Une fois encore, le moratoire permettrait d'examiner un peu plus sérieusement toutes les formules possibles, plutôt que de faire à priori son lit strictement avec une industrie de plus en plus concentrée aux mains de quelques firmes majeures et de joueurs multinationaux. Bref, non seulement les modalités d'évaluation, d'exploitation, de gestion de cette ressource collective laissent nettement à désirer, mais pourquoi accepterait-on ainsi, sans le moindre débat public, de continuer à laisser ainsi filer notre eau.