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Les Eskers

Article rédigé à partir du chapitre intitulé Les eskers, un milieu fragile, écrit par Fernand Miron, biologiste, président et directeur général de Champignons Laurentiens Inc. Québec Science

Déposés par les ruisseaux et les rivières sous-glaciaires qui se sont formés au cours de la déglaciation, les eskers sont de longues bandes de sable et de gravier qui sillonnent le territoire abitibien. Leurs crêtes surélevées constituent des lignes de partage des eaux entre les bassins versants.

Un milieu aride gorgé d'eau

Bien que les eskers ne soient pas exclusifs à l'Abitibi-Témiscamingue — car on en retrouve partout où les glaciers ont recouvert le nord de l'Amérique, de l'Europe et de l'Asie —, ceux qui se trouvent en Abitibi et dans le nord-est ontarien possèdent une remarquable particularité : ils contiennent de très grandes quantités d'eau d'excellente qualité qui forme d'ailleurs des rivières souterraines circulant en profondeur.

Cette caractéristique est due au fait que les eskers ont été emprisonnés par l'argile imperméable qui s'est accumulé au fond du grand lac glaciaire Barlow-Ojibway lors de la fonte du glacier. Déposées après la formation des eskers, les couches d'argile ont successivement recouvert tous les matériaux abandonnés par le glacier à la surface du sol, remplissant les dépressions et donnant à l'Abitibi le profil plat qu'on lui connaît aujourd'hui.


L'eau circule donc un peu partout à travers les couches de sable et de gravier prisonnières de l'argile, un peu comme dans un réseau de veines qui irrigue le territoire. Les veines sont parfois apparentes et affleurent à la surface du sol : ce sont les eskers visibles. Lorsqu'ils sont enfouis sous une épaisse couche d'argile, les eskers, bien que l'on ne puisse alors les voir, continuent tout de même à jouer leur rôle de conduites d'eau. L'eau est d'ailleurs si abondante qu'elle déborde par des centaines et des milliers de sources dans toute la région abitibienne. Si le manteau d'argile n'était pas là pour emprisonner l'eau dans les graviers des eskers, ceux-ci demeureraient des bancs de gravier sec sur toute leur profondeur.


Un environnement difficile à coloniser par la végétation

La surface des eskers visibles est en grande partie du sable, elle demeure toujours sèche et ne permet pas aux graines de germer et aux jeunes plantes de survivre. Ce n'est qu'au fil des siècles que s'est constitué un sol mince où le maintien de la vie demeure difficile.

Caractéristique des eskers, les peuplements de pins gris, très homogènes, prospèrent grâce à l'eau retenue par les mousses, à la matière organique accumulée et surtout grâce à l'action de champignons dans le sol qui alimentent les conifères en éléments nutritifs. De chaque côté de l'esker, les eaux souterraines débordent au-dessus de la couche d'argile où les feuillus et l'épinette noire poussent en abondance.


Des feux régénérateurs

La vie des eskers est étroitement liée aux feux de forêt. Tous les 90 ans, en moyenne, le feu vient régénérer cet habitat qui perd alors tout son couvert végétal. À première vue, ce remède de cheval, qui s'apparente à une impitoyable coupe à blanc, s'avère une catastrophe. Il permet pourtant aux cônes des pins gris et des épinettes, soumis à la chaleur intense du brasier, de s'ouvrir et de disséminer leurs graines une fois l'incendie terminé. Après quelques années, la vie revient d'une façon encore plus diversifiée et plus abondante qu'auparavant, ce qui laisse croire que la préservation d'un habitat ne dépend pas nécessairement de la préservation à tout prix des arbres qui s'y trouvent.


Un milieu menacé

Fléaux pires que les feux de forêt, la négligence et le non-respect envers un environnement qui a mis des centaines d'années à se constituer menace de plus en plus les eskers.

Pour nombre d'utilisateurs, ce sont des carrières de gravier où chacun peut se servir comme bon lui semble. De nombreux sites sont abandonnés sans considération pour le milieu naturel. Autre menace : les véhicules tout-terrain. Leurs conducteurs, cherchant constamment de nouveaux lieux où réaliser leurs exploits, ne respectent pas suffisamment les sentiers tracés justement à leur intention et s'éparpillent à gauche et à droite. Enfin, les abords des chemins longeant les eskers ont trop longtemps servi de dépotoirs domestiques. Bien que la situation se soit améliorée à ce chapitre, de nombreux sites présentent des dangers de percolation qui risquent de polluer l'eau souterraine sur de longues distances.

Souvenir du retrait des glaces, les eskers de l'Abitibi-Témiscamingue méritent d'être protégés et restaurés grâce à une réglementation qui respecte leurs particularités et qui favorise une exploitation durable de leurs ressources.
 

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