Retour à : Plan du site - MétéoPolitique - Environnement - Eau - Pollution de l'eau - Déchets - Presse 2015-2010

Faut-il nettoyer la mer?
La Plaque de déchets du Pacifique nord est une sorte d'île de détritus flottant entre la Californie et Hawaï


Pour Slate - France
21 février 2010


 

Le 6e continent

L'Île aux déchets de l'océan Pacifique


Grande comme la France, l’île aux déchets
également connue sous le nom de Great Pacific Garbage Patch (GPGP)
flotte placidement au beau milieu du Pacifique, entre Los Angeles et Hawaï

Je n'arrête pas de lire des choses sur la Plaque de déchets du Pacifique nord, l'île de détritus flottant entre la Californie et Hawaï. Pourra-t-on un jour la nettoyer? Et doit-on d'ailleurs s'en soucier?

Ne pas salir l'océan

A cause de la dispersion de ces détritus, ce n'est pas comme si on pouvait amarrer un gros bateau et nettoyer la Plaque de déchets en la tirant. Collecter tous ces infimes fragments de plastique pourrait s'avérer extrêmement dispendieux. De plus, à cause de plusieurs facteurs - des tempêtes hivernales à El Niño- la Plaque de déchets bouge d'une saison à l'autre, et d'une année sur l'autre, la rendant très difficilement localisable, dans les faits. Enfin, en ramassant tous ces petits morceaux, vous prenez aussi le risque d'attraper -et de tuer- tous les animaux marins vivant au sein des déchets, dont la majorité n'excède pas en taille celle des bouts de plastique.

Pour toutes ces raisons, la plupart des associations soulignent que la meilleure façon de garder l'océan propre est encore d'empêcher en premier lieu d'y mettre des déchets. Je connais au moins un groupe qui teste activement des méthodes pour dépolluer les mers: le Projet Kaisei, basé à San Francisco et Hong Kong. Dans ses expéditions prévues pour 2010, le projet Kaisei s'évertuera à retirer les gros filets dérivants, qui peuvent entraver la vie marine dans un processus appelé «pêche fantôme». Il a aussi comme idée d'utiliser des sennes remaniées -ces grands filets utilisés par les bateaux de pêche industrielle- pour collecter les morceaux de taille moyenne flottant à la surface de l'eau. Enfin, le projet continuera à expérimenter des méthodes pour ramasser les plus petits fragments, même si sa co-fondatrice, Mary Crowley, fait remarquer que cette partie du casse-tête est toujours plus à l'état de recherche que réellement applicable.

Kaisei -financé en partie par une fédération d'entreprises du recyclage- cherche aussi des moyens de revaloriser les déchets collectés. En ce moment, le groupe s'attarde sur des méthodes de pyrolyse -la chaleur brise les molécules des matériaux en absence d'oxygène- pour transformer les débris ramassés en carburant. Certains experts, cependant, sont sceptiques quant à la réelle portée économique d'une telle solution.

En attendant, on devrait chercher à en savoir beaucoup plus sur la Plaque de déchets -et sur la pollution marine en général- avant de décider d'initiatives de nettoyage à grande échelle, et voir si de telles opérations sont faisables ou tout simplement sûres. De nombreuses questions fondamentales restent toujours en suspens. Par exemple, on ne sait pas précisément combien de déchets se retrouvent réellement à l'eau chaque année -encore moins quelle est la quantité totale de plastique flottant ici et là, à un moment donné. Et malgré le mantra répétant que la Plaque de déchets du Pacifique nord fait «deux fois la taille du Texas», nous ne savons pas exactement quelle est son étendue, ni combien de déchets elle renferme.

Ne vaut-il pas mieux la laisser?

Et nous ne connaissons pas non plus l'impact réel de la pollution océanique.

Il est possible qu'au final, il vaille mieux laisser la Plaque des déchets tranquille, plutôt que de ramener sur la terre ferme tous ces petits morceaux et de se casser ensuite la tête pour savoir quoi en faire. (En particulier si vous pensez à toutes les émissions causées par les bateaux qui les collecteront).

Les scientifiques savent que de tels déchets marins peuvent entraver ou nuire à la faune océanique: par exemple, des animaux peuvent avaler ces déchets, qui non seulement lacèreront leurs gorges et entrailles mais les feront se sentir si rassasiés qu'ils arrêteront de chercher de la vraie nourriture.

Mais il est difficile de savoir avec certitude combien d'animaux marins ont été tués de la sorte.

Certaines plaques de déchets du Pacifique ont des écosystèmes plus complexes que d'autres -cette zone qui ressemble à une libellule sur cette carte, par exemple, est riche en poissons, en phytoplancton et en zooplancton, alors que la Plaque de déchets, en elle-même (la zone rose entre la Californie et Hawaï) est plutôt une zone morte, biologiquement parlant. Cependant, quelle que soit la localisation de ces déchets, ils sont une grande menace pour la subsistance d'oiseaux marins, comme l'albatros. Et parce que les plaques de déchets sont mouvantes, elles peuvent aussi faire échouer des détritus sur terre, menaçant des animaux côtiers comme les phoques.

Mais des questions encore plus nombreuses restent à poser sur les risques inhérents à ces tous petits bouts de plastique. Il est connu que le plastique peut absorber certains polluants toxiques, comme les PCB et le DDT, et que ces polluants -s'ils sont capturés par les cellules graisseuses des animaux- peuvent aussi causer des dommages en termes de chaîne alimentaire. Mais selon Miriam Golstein, doctorante et enquêtrice principale d'une récente expédition au sein de la Plaque de déchets, nous ne pouvons pas encore tirer de réelles conclusions sur les effets du plastique sur la santé humaine. Par exemple, alors que nous savons que certaines espèces de poissons ingèrent ces fragments de plastique, nous ne savons pas s'ils le font en des quantités dangereuses. Nous ne savons pas non plus si l'ingestion de ces fragments de plastique pollué suffit à faire que les toxines se transfèrent du plastique aux cellules graisseuses des poissons. (Et en plus, l'eau de mer en elle-même est déjà remplie de PCB et de DDT, donc, même si on pouvait ôter tout le plastique de l'océan, cela ne résoudrait peut-être pas pour autant le problème de la toxicité des poissons.)

Rien de tout cela ne signifie que le plastique dans les océans ne doive pas être une source de préoccupation. Mais tant que le flux de déchets ne peut être tari à la source, le nettoyage ne sera toujours qu'une solution temporaire.
 

Le 6e continent
L'Île aux déchets de l'océan Pacifique

Grande comme la France, l’île aux déchets, également connue sous le nom de Great Pacific Garbage Patch (GPGP ), flotte placidement au beau milieu du Pacifique, entre Los Angeles et Hawaï

 


Le Journal de Montréal
 Publié le 10 décembre 2008

photo: Masse de déchets découverte en 2002 dans l’Océan pacifique, entre Hawaï et la Californie

 

Brosses à dents, bouteilles de plastique ou chaussures de sport, cette masse de débris regorge de produits désuets provenant des populations de la planète. C’est difficile à croire puisqu’il n’existe aucune photo aérienne du phénomène. Pourtant, cette poubelle flottante est bel et bien réelle...

Si la découverte du phénomène dans les années 90 est attribuée à l’océanographe Charles Moore, fondateur de l’Algalita marine research Fondation, les scientifiques s’entendent pour dire que le phénomène existe depuis les années 50. Et ce phénomène ne serait pas réservé exclusivement au Pacifique. D’autres îles de déchets auraient également été découvertes dans le monde.

Selon les estimations de Charles Moore et de Greenpeace, qui a organisé une expédition après avoir entendu parler du phénomène, l’île de déchets couvrirait une surface de plus de 600 000 km2, soit la grandeur de la France, d’où la vision apocalyptique d’une île ou d’un continent de déchets que l’on pourrait apercevoir à l’horizon.

Mais certains scientifiques, tels que Marcus Eriksen, croient plutôt que la plaque de déchets pourrait s’étendre sur une distance de plus de 20 000 000 km2. Selon lui, cette île de déchets serait en réalité constituée de deux zones interconnectées, s’étendant ainsi jusqu’au Japon.

Une concentration de débris dangereuse

Les études de Charles Moore révèlent que cette soupe de déchets contiendrait plusieurs millions de tonnes de détritus de toutes sortes, dont 80% serait constitué de matières plastiques non dégradables. Mais c’est surtout la concentration de débris par km2 qui inquiète les scientifiques. L’île de déchets contiendrait trois millions de morceaux de plastique par km2.

Dans la zone centrale, généralement nommée «Trash Vortex», il y aurait environ six kilos de plastique pour un seul kilo de plancton. Les déchets sont bien sûr visibles en surface, mais flottent également entre deux eaux jusqu’à une profondeur d’une trentaine de mètres.

Il est à noter que les estimations du Programme des Nations Unies pour l’Environnement sont plus conservatrices. Selon leurs scientifiques, on retrouverait près de 20 000 morceaux de plastique par km2 d’océan sur une profondeur d’environ 30 mètres, mais cela demeure tout de même préoccupant.

Si l’on surnomme le phénomène «île de déchets», on ne peut toutefois pas marcher physiquement dessus. C’est que ces déchets flottants, avec l’effet du sel, des ultraviolets, des mouvements de l’eau, ont une tendance naturelle à se fragmenter en des millions de morceaux parfois de taille microscopique. Mais ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’ils n’y sont pas.

David Santillo, membre du groupe de recherche de Greenpeace International basé à l’Université de Exeter, en Angleterre, explique d’ailleurs très bien le phénomène: «Quand on est proche du Trash Vortex, on ne peut pas marcher dessus. Ce ne sont que des petits morceaux de déchets réduits en miettes. Toutefois, la densité est tellement grande que l’on peut très bien voir tous les fragments de déchets qui flottent dans l’eau. C’est extrêmement choquant comme image.»

Sans surprise, ce sont nos poubelles qui se rassemblent dans le Pacifique. Environ 10 millions de tonnes de plastique retourneraient à la mer tous les ans, dont une partie s’accumule à cet endroit sous l’effet d’un énorme courant marin. Les inquiétudes sont multiples. En effet, selon Greenpeace, il serait déjà trop tard pour renverser le phénomène: «Aujourd’hui on ne peut plus rien faire, si ce n’est de ne pas faire plus de mal.»

Les conséquences sont importantes sur l’écologie marine. Ainsi, cette immense poubelle flottante se trouve à proximité de la plus grande réserve marine au monde. Selon Greenpeace, plus de 260 espèces marines peuvent confondre les débris avec de la nourriture et ingérer des morceaux de plastique, affectant ainsi toute la chaîne alimentaire, et ce, jusqu’à l’homme.

Une découverte par hasard…

Si l'Île aux déchets de l'océan Pacifique a été découverte en 1997 par l’océanographe américain Charles Moore, elle existerait depuis les années 50. C’est que la zone située entre Hawaï et Los Angeles, dans l’océan Pacifique, est peu poissonneuse, sans vent et n’attire donc ni pêcheurs, ni plaisanciers.

C’est au retour d’une course à la voile de Los Angeles à Honolulu en 1997 que Charles Moore décide d’emprunter une route habituellement évitée par les marins, car elle traverse une zone de hautes pressions où les courants s'enroulent dans le sens des aiguilles d'une montre. C’est à ce moment-là qu’il découvrira la plus grande masse de déchets flottants de la planète, une surface qui couvrirait plus de 600 000 km2, soit la superficie de la France, et qui contiendrait plusieurs millions de tonnes de déchets.

Charles Moore a tellement été estomaqué par la quantité incroyable de déchets de plastique qui flottaient dans l’océan, qu’il a décidé de mener des expéditions pour documenter le phénomène. «Il y avait des bouteilles de shampoing, des sacs de plastique et des filets de pêche à perte de vue. J’étais pourtant au centre de l’océan, mais il n’y avait pas un endroit où je ne voyais pas de plastique», explique-t-il sur son site officiel.

Ses nombreuses expéditions lui ont permis de mesurer la concentration de débris de l’île de plastique du Pacifique. Il a rapporté une concentration de 3 340 000 pièces par kilomètre carré et une masse moyenne de 5,1 kg/km². La collecte a été effectuée à l'aide d'un chalut équipé d'une ouverture rectangulaire de 90 cm sur 15 cm disposé à la surface. Une récolte d'échantillon à 10 mètres de profondeur rapportait moins de la moitié de la quantité, essentiellement du fil de pêche.

Depuis, Charles Moore milite activement pour faire connaître le phénomène. Il organise plusieurs conférences et études et il se rend régulièrement à l’endroit du «Trash Vortex». Il a d’ailleurs créé sa propre fondation: Algalita Marine Research Foundation. Son dernier voyage de collecte de données remonte à février 2008.

Greenpeace intervient

En 2006, Greenpeace a eu vent du phénomène ahurissant qu’est l’île de plastique et constate que la zone touchée se trouve juste à proximité de la plus grande réserve marine du monde. Étant donné l’aspect irréaliste et controversé du phénomène, l’organisme environnemental organise l’expédition Défendons nos océans et décide de se rendre directement sur les lieux.

Ainsi, à bord de l’Esperanza, les militants et scientifiques de Greenpeace ont corroboré les données de Charles Moore pour ce qui est de la superficie de l’île de déchets, soit environ 600 000 km2. Or, les photos prises par l’organisme ne sont pas significatives. Avec les vagues, le sel et les chocs, le plastique s'est fractionné en morceaux de quelques millimètres qui voguent entre la surface et plusieurs mètres de profondeur. Pas une masse solide donc, mais d'une zone où l'eau est saturée de débris.

Pourquoi les déchets restent-ils prisonniers?

La concentration de déchets observée dans le Pacifique, entre Los Angeles et Hawaï, est causée par les courants océaniques particuliers qui englobent la zone. Les spécialistes appellent ce phénomène «Vortex», d’où le nom «Trash Vortex». Bien que celui du Pacifique fasse réagir la planète, il semblerait qu’il ne soit pas unique et qu’il en existe d’autres ailleurs sur la planète.

«Les déchets ne se sont pas accumulés là parce que c’est une zone où on génère plus de déchets. C’est plutôt en raison d’un système de courant qui ramène l’ensemble des débris à cet endroit-là en particulier. Ils y restent parce qu’ils sont prisonniers d’une espèce de tourbillon. Une fois dans cette zone, les déchets ne peuvent plus être emportés ailleurs par les courants», explique François Chartier, de Greenpeace France pour les Océans.

On pourrait comparer un vortex à un écoulement d’eau lorsque l’on vide une baignoire. Ainsi, dans les océans, c’est principalement le même phénomène qui se produit. Les courants font converger les déchets flottants vers la zone du Trash Vortex. N’ayant aucun vent, le tourbillon maintient les détritus en place ce qui engendre l’accumulation de ceux-ci.

Le vortex du Pacifique illustre très bien ce phénomène. Le centre du Trash Vortex est situé dans une latitude entre la cellule de Ferrel et la cellule de Hadley. Il s'agit d'une zone relativement calme de l'Océan Pacifique, vers laquelle le mouvement de rotation du vortex amène les déchets flottants. Cette plaque se serait formée pendant plusieurs décennies.

Selon l’océanographe Charles Moore, qui a découvert l’île de déchets du Pacifique, il ne prendrait qu’une seule année pour des déchets provenant de la côte orientale de l'Asie pour dériver jusqu'à la plaque du Pacifique et cinq ans pour les déchets provenant de la côte occidentale de l'Amérique.

Des chaussures à la mer

Certains événements historiques illustrent d’ailleurs les différents courants marins des océans sur la planète. Un de ces événements restés célèbres est la perte d'environ 80 000 chaussures et bottes de la marque Nike du navire Hansa Carrier en 1990. Pendant les trois années qui ont suivi, on a retrouvé des chaussures Nike sur les côtes de la Colombie-Britannique, de Washington, de l’Oregon et d’Hawaï. Même chose lorsqu’un cargo avait laissé en mer entre 29 000 et 30 000 canards en plastique jaune, tortues bleues et grenouilles vertes de la marque «Friendly Floatees».

Ces événements démontrent également que le phénomène de vortex est présent ailleurs sur la planète. En effet, l’île de déchets du Pacifique est la manifestation d’un phénomène qui touche l’ensemble des océans de la planète, formant une des plus grandes menaces sur les écosystèmes marins.

Selon David Santillo, membre du groupe de recherche de Greenpeace International, basé à l’Université de Exeter, en Angleterre, on retrouverait des déchets flottants dans tous les océans, y compris dans les régions polaires. «Lors de son expédition, Greenpeace a voulu savoir si le problème était seulement dans le Pacifique ou s’il en existait également ailleurs sur la planète. En 2006, nous avons découvert que le phénomène n’était pas unique au Pacifique. En fait, il est global.»

Pour sa part, François Chartier n’est pas très optimiste pour l’avenir. «Si les choses continuent de la même manière, je ne vois pourquoi il n’y en aurait pas ailleurs». Il donne d’ailleurs l’exemple de la mer des Sargasses, à proximité des Bahamas, où une masse de déchets flottants a été repérée. On observerait également le même phénomène près du Japon.

L’homme, le principal responsable

Tous les scientifiques s’entendent pour dire que près de 80% des ordures qui forment l’île de déchets du Pacifique proviennent des terres et des navires. L’homme serait donc, par sa production effrénée de plastique, le principal responsable de cette pollution marine.

On nomme ces déchets, que l’on retrouve en milieu marin des macrodéchets. Ils polluent les mers, les océans et les côtes du monde entier. Près de 80% des macrodéchets proviennent de la terre ferme. Ainsi, parmi les causes probables, on pointe du doigt principalement les défauts d’entretien des décharges, des rues, des réseaux pluviaux, des plages et des ports.

Des tonnes de déchets

Mais il y a également 20% de ces résidus, généralement en plastique, qui proviennent des navires et des plateformes en mer. Sébastien Pelletier, étudiant au doctorat en science géographique et ex-plongeur professionnel commercial dénonce justement le comportement irresponsable des équipages de navires en mer: «Pour avoir passé quelque temps sur des plateformes, j'ai pu constater le comportement et le peu de respect face à l'environnement marin dont font preuve les équipages en général. Toutes sortes de déchets sont jetés en mer, allant du vulgaire mégot de cigarette à la poubelle pleine de plastique, de résidus de soudure, et ce, même malgré une législation rigoureuse», explique-t-il.

Selon l’Académie américaine des sciences, qui a publié un document sur la question en 1975, près de 6 500 000 tonnes de déchets pénétreraient annuellement les océans. Jusqu'à une époque récente, ces débris de nature organique subissaient une biodégradation. Mais les activités humaines génèrent désormais des débris en matières moins facilement biodégradables, comme le plastique ou les débris de bateaux.

Les macrodéchets sont donc constitués de tout ce qui peut flotter, qui n’est pas biodégradable et en plastique, allant de la brosse à dents jusqu’aux filets de pêche fantôme, mais aussi de millions de morceaux microscopiques de plastiques. Comme ils ne se biodégradent pas, ils peuvent circuler extrêmement longtemps dans les milieux marins. Les emballages, et surtout ceux en plastique, constituent pour presque la totalité des macrodéchets.

L’éternité du plastique

Les plastiques sont issus de la pétrochimie. Le pétrole est transformé pour acquérir des propriétés intéressantes particulièrement l’industrie alimentaire, mais également pour toute production de produits ménagers ou produits d’industries. On explique sa popularité principalement pour son inaltérabilité, sa solidité, sa légèreté et son imputrescibilité. C’est également pour toutes ces raisons que l’industrie des matières plastiques a subi une croissance phénoménale au cours des dernières décennies.

Mais, l’envers de la médaille mérite réflexion. Ces plastiques sont rendus inassimilables par la nature sans l’intervention de l’homme. Seul le soleil peut couper les chaînes de macromolécules et alors réduire le plastique en petites particules invisibles à l’œil nu au bout d’une vingtaine d’années. Si l’île de déchets n’est pas une masse solide pour pouvoir y poser pied, c’est bien entendu parce que l’effet combiné des vagues, du sel et des chocs ont réduit en pièces et en particules les déchets qui s’y retrouvent. Mais comme ils ne sont pas biodégradables en soi, les déchets restent quand même bien en place et l’eau est saturée de débris

L’impact du plastique sur la faune marine

Les conséquences de l’île de déchets du Pacifique sont dramatiques. Poissons, tortues, oiseaux, nul n’est épargné. Et chaque année, la soupe de déchets continue d’envahir et d’étouffer le territoire de la faune marine faisant ainsi de plus en plus de victimes. Mais l’ironie suprême, c’est que cette masse de déchets flottants se trouve à seulement quelques kilomètres de la plus grande réserve marine au monde.

«Si les images de cette vaste soupe de plastique sont choquantes, ce n’est pas cette pollution visuelle qui pose problème, mais l’impact sur la faune marine qui est dramatique», s’inquiète Greenpeace dans un rapport. Les dommages

En effet, lors de son expédition «Défendons nos océans», des militants ainsi que des scientifiques de Greenpeace ont pu constater les dommages incontestables sur la faune marine de la pollution dans l’océan Pacifique.

«Lors des précédentes étapes de l'expédition, nous avons eu l'occasion de voir de nombreuses côtes couvertes de déchets en tous genres. Mais en pleine mer, le problème est de plus grande ampleur, et de nombreux animaux marins comme les tortues ou les albatros s'empêtrent dans les débris plastiques ou s'étouffent avec», expliquait Adam Walters, scientifique de Greenpeace, alors qu’il était à bord de l'Esperanza.

«Le danger que ces débris représentent pour la vie marine est connu depuis des années, mais l'ampleur du problème a été sous-estimée. Étant donné l'augmentation rapide de la consommation de plastique à travers le monde, les déchets plastiques sont devenus omniprésents dans les océans», avait-il averti.

Les déchets

Les déchets que l’on retrouve dans les océans posent des problèmes environnementaux à cause de leur hétérogénéité, de leur solidité, de leur composition, de leur taille, de leur visibilité et de leur durabilité.

«Les gros morceaux de déchets, comme les bouteilles de plastique ou les filets de pêche, ont des effets directs sur les animaux. Ils peuvent les couper ou les étrangler. Des photos ont démontré que des oiseaux, particulièrement les albatros, des tortues et même des baleines, peuvent être affectés à très long terme par ces débris», explique David Santillo, membre du groupe de recherche de Greenpeace International, basé à l’Université de Exeter, en Angleterre.

Mais ces déchets flottants, avec l’effet du sel, des ultraviolets, des mouvements de l’eau, ont une tendance naturelle, après quelques années, à se fragmenter en des millions de morceaux parfois de taille microscopique. Ces détritus risquent donc d’être ingérés par les oiseaux marins, des tortues de mer, des mammifères marins, des poissons, des crustacés et des invertébrés affectant ensuite toute la chaîne alimentaire, jusqu’à l’homme.

«Ce qui rend la matière plastique si avantageuse pour nous consommateurs représente pour l'environnement marin un problème de taille. Les déchets plastiques ne se dégradent pas et sont souvent pris pour de la nourriture par les espèces animales, causant chaque année leur mort par centaines de milliers», ajoute Sébastien Pelletier, étudiant au doctorat en science géographique de l’Université Laval et ex-plongeur professionnel commercial.

En effet, l’impact des détritus une fois ingérés est multiple chez les animaux marins: blocage du processus de la digestion, ulcérations, dommage à la paroi stomacale, blessures, entrave aux mouvements et affaiblissement, qui entraînent souvent la mort.

Des animaux empoisonnés par le plastique

Plusieurs témoignages illustrent la détresse des animaux, qui ingèrent régulièrement du plastique. Ainsi, la photographe naturaliste Susan Middleton raconte s’être intéressée à un jeune albatros lors d’une de ses missions sur une île d’Hawaï. En dépit de toute l’aide alimentaire que sa mère lui apportait, le jeune albatros ne cessait de dépérir et a fini par mourir.

Perplexe, Susan Middleton rapporta le corps du jeune albatros à un biologiste qui pratiqua une autopsie démontrant que l´estomac de l´animal était plein de plastique. En fait, sa mère confondait le plastique pour de la nourriture. Parmi les soixante cadavres d´albatros examinés ultérieurement sur l´île, cinquante-cinq avaient l´estomac rempli de déchets plastiques.

Tortue

Ce sort tragique n’est pas réservé qu’aux albatros. Le contenu d’un estomac d’une tortue trouvée morte en Floride a également alarmé les scientifiques. Après autopsie, on a retrouvé à l’intérieur de son estomac des morceaux de caoutchouc et de plastique, des boulettes de plastique, des épingles à nourrice, des morceaux d’éponge synthétique, des morceaux de filets en plastique, des bouteilles en plastique, de nombreuses lanières en plastique, des morceaux de sachets en plastique et une corde en polypropylène. Tous ces débris lui ont causé intoxications, empoisonnements et occlusions intestinales. Une étude de Greenpeace estime que 80% des tortues marines du globe ont déjà mangé du plastique.

«Les matières plastiques agissent comme des éponges en absorbant les polluants les plus dommageables, appelés polluants organiques persistants: dioxine, furannes, polychlorobiphényles (PCB), pour ne nommer que ceux-là. Ces derniers sont ensuite ingérés par les espèces animales, causant des mutations génétiques, intoxication et débalancement hormonal, car leur système endocrinien les prend pour de l'estradiol, mettant en péril la reproduction des espèces», explique Sébastien Pelletier.

Le plus grave problème, selon Greenpeace, c’est que cette situation affecte toute la chaîne alimentaire créant, par le fait même, un danger certain pour la santé humaine. Il n’existerait aucune étude à ce jour sur les effets de ce fléau sur les aliments que nous consommons.

Un nettoyage impossible?

L’île de déchets est impossible à nettoyer. C’est le constat qu’ont fait plusieurs scientifiques qui ont travaillé sur la question. Sachant cela, c’est maintenant l’expansion du phénomène qui inquiète des organismes comme la Fondation de Charles Moore ainsi que Greenpeace.

Plusieurs petits et grands gestes peuvent donc être posés afin d’arrêter la croissance des déchets flottants dans les océans.

L’ampleur du nettoyage

Selon Greenpeace, une opération de nettoyage serait possible «techniquement», mais s’avérerait complexe, donc très coûteuse. «Pour la plaque elle-même, selon l’avis des scientifiques, il est absolument impossible de la nettoyer. Impossible dans le sens que ça serait beaucoup trop coûteux, car techniquement, ça pourrait être possible», explique François Chartier de Greenpeace France pour les Océans.

Le scientifique David Santillo, membre du groupe de recherche de Greenpeace International, basé à l’Université de Exeter, en Angleterre, va dans le même sens que M. Chartier. «Ce serait très difficile à nettoyer puisque la zone de déchets flottants est extrêmement grande. Il y a une possibilité de ramener les déchets sur les plages d’Hawaï, par exemple, et d’ensuite nettoyer la plage en une journée. Mais le lendemain, il est clair qu’il y aura tout autant de déchets à ramasser. Ça ne finirait plus… C’est donc très difficile de voir comment on pourrait enlever tous ces déchets de l’océan».

Un autre problème important, selon François Chartier, c’est de savoir qui assumerait les charges de l’opération de nettoyage. En effet, l’île de déchets se trouve en dehors des limites maritimes de tout État responsable. Par conséquent, aucun État ne désire payer les coûts faramineux qu’impliquerait le nettoiement d’une surface d’eau aussi grande que la France et saturée de déchets presque invisibles à l’œil nu.

«Celui qui accepte d’en assumer les charges en assumerait également la paternité. Évidemment, pour les scientifiques qui travaillent sur le dossier, ce n’est donc pas envisageable», ajoute M. Chartier.

Greenpeace a dénoncé à plusieurs reprises l’inaction des gouvernements concernant les phénomènes de vortex dans les océans: «Cette découverte illustre une nouvelle fois la pollution des océans qui, faute d’autorité compétente, est trop souvent négligée».

Des gestes essentiels pour arrêter l’expansion du phénomène


S’il est très difficile de lutter contre cette tendance naturelle à la concentration de déchets en un lieu, il existe toutefois des moyens de lutte efficace pour, du moins, ralentir le phénomène. Au niveau international par exemple, les Nations-Unies imposent depuis 1960 des directives et des programmes visant à lutter contre les pollutions chroniques et accidentelles des eaux marines.

De leur côté, plusieurs organismes environnementaux ont publié des documents afin d’informer les populations sur ce qu’ils peuvent faire concrètement. «À long terme, la seule solution possible est de diminuer notre utilisation de plastique et de les disposer de façon responsable. C’est une catastrophe écologique qui nous pousse à apprendre de nos erreurs. Il faut maintenant agir», juge David Santillo.

Recommandations

Voici une liste de recommandations publiée par Greenpeace:

  • Ramassez les déchets que vous voyez par terre et les jeter de manière appropriée.

  • Réduisez votre consommation, réutilisez et recyclez vos produits.

  • Soyez un consommateur responsable, et faites votre possible pour éviter les produits dont l’emballage est excessif, en particulier lorsqu’il s’agit de produits jetables.

  • Faites pression pour des équipements de recyclage meilleurs et plus nombreux dans votre quartier.

  • Participez aux initiatives locales de nettoyage de cours d’eau, rivières et plages, ou organisez-en une vous-même. Ces opérations ne sont pas une solution miracle, mais elles sont très efficaces pour attirer l’attention sur le problème plus grave de nos océans.

  • Si vous habitez en région côtière ou au bord d’un cours d’eau se jetant dans l’océan, vos égouts amènent probablement les déchets directement en mer. Soyez conscient de ceci, ainsi que de toute autre source potentielle de pollution marine dans votre région. Battez-vous pour leur disparition.

  • Soyez très conscient de votre empreinte écologique. Prenez des décisions allant dans le sens du changement, et dites non au paradigme actuel du tout jetable.