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Des Chiliens à Montréal pour dénoncer Barrick Gold

Le Devoir
LES ACTUALITÉS, jeudi 18 janvier 2007, p. a4
Francoeur, Louis-Gilles
Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Exploration minière et mines; Droits et libertés
Type(s) d'article : Article
Taille : Moyen, 442 mots

Les adversaires du projet minier Pascua-Lama de la multinationale canadienne Barrick Gold dans le nord du Chili se tournent désormais vers la Commission interaméricaine des droits de la personne et l'opinion internationale pour le freiner, malgré le récent feu vert accordé par le gouvernement chilien.

C'est ce qu'a expliqué à Montréal la présidente de l'Observatoire des droits autochtones du Chili, Nancy Yanez, qui participait à Montréal à une conférence de presse avec des chercheurs de l'UQÀM.

Même si la Commission interaméricaine des droits de la personne n'a pas le pouvoir de révoquer les autorisations accordées par les gouvernements de l'Argentine et du Chili, Mme Yanez estime que les Canadiens ont le droit de savoir comment se comportent leurs entreprises et leurs représentants politiques, comme leurs ambassadeurs, à l'étranger, qui se sont croisé les bras, dit-elle, devant l'inobservance des normes canadiennes en matière d'environnement, ce que le secteur minier d'ici affirme appliquer partout dans le monde. Mme Yanez pense aussi que l'opinion publique au Canada, comme dans son pays, peut encore forcer Barrick Gold et ses actionnaires à revoir leurs plans dans cette région.

La société minière canadienne projetait initialement de déplacer le glacier qui recouvre le site minier convoité, à 5000 mètres d'altitude, pour le déplacer vers un autre à quelque cinq kilomètres de là. Mais ce premier projet, approuvé en 2001 par le gouvernement chilien a été refait et élargi en 2004. À la suite d'un examen environnemental et d'une consultation publique, dont les adversaires contestent la rigueur et la légitimité, la Commission régionale de l'environnement de la région d'Atacama a imposé à la mine une exploitation souterraine. Le gisement recèlerait 700 000 onces d'or et 33 millions onces d'argent.

Depuis le début des travaux préparatoire, le glacier Toro 1 aurait déjà fondu de 70 %, le Toro 2 de 56 % et l'Esperanza de 65 %, selon Mme Yanez.

Les problèmes soulevés par ce projet, poursuit Mme Yanez, touchent principalement l'approvisionnement en eau et les impacts sociaux qui vont résulter de la transformation radicale de la région.

Ce sont les glaciers du secteur minier, dont l'exploitation devrait démarrer en 2010, qui alimentent en eau la vallée en aval, où vivent 70 000 personnes, dont 280 familles de la communauté indienne Diaguite. C'est cette eau qui permet à cette région viticole d'être l'une des principales exportatrices de raisins et d'alcools de ce pays. Or la minière va utiliser 370 litres d'eau à la minute et probablement la contaminer en raison de son procédé au cyanure de sodium, explique Mme Yanez, dans une mesure pour l'instant inconnue mais inéluctable en raison de ses effets cumulatifs sur les eaux souterraines bientôt surexploitées de cette région aride et de ses eaux de surface.

Barrick et d'autres sociétés ont incité l'Argentine et le Chili à passer un traité transfrontalier en 1997 pour créer une sorte de zone franche qui permet de réaliser le projet à cheval sur les deux pays. Malgré la promesse de la présidente chilienne Michelle Bachelet de stopper ce projet, le gouvernement lui a donné le feu vert en décembre. Reste un conflit juridique avec un propriétaire de droits miniers, qui devrait se régler prochainement par voie de négociation. Toutes les instances juridiques chiliennes ont déclaré forfait dans ce dossier, de sorte qu'il ne resterait plus aux Indiens Diaguite que la mobilisation de l'opinion internationale pour éviter à cette région rurale de devenir une zone minière sinistrée dans une vingtaine d'années, irréversiblement aride sinon irréversiblement condamnée à vivre avec des résidus miniers toxiques, dont la hauteur pourrait rivaliser avec la tour du CN à Toronto, conclut la présidente de la Commission des droits autochtones du Chili.

Un projet minier gigantesque à la frontière du Chili et de l'Argentine
Les deux pays ont autorisé le projet Pascua Lama

Société Radio-Canada Nouvelles Radio Première chaîne
Bulletin National et International
Mercredi 17 janvier 2007

Animateur(s) : JOANE PRINCE
Catégorie :
Actualités
Invité(s) : ALINE GOBEIL; ISABEL ORELLANA
Heure de diffusion : 18:00 HNE
Taille : Court, 283 mots

JOANE PRINCE (LECTRICE) :

Un projet minier gigantesque à la frontière du Chili et de l'Argentine suscite protestations et inquiétudes, en raison de ses impacts sur un environnement très fragile. Les deux pays ont autorisé le projet Pascua Lama, de la compagnie canadienne Barrick Gold, malgré les objections des communautés autochtones. Elles réclament des droits sur les terres visées par le développement minier. Voici là-dessus Aline Gobeil.

ALINE GOBEIL (JOURNALISTE) :

Nancy Yanez (orth), de l'Observatoire des droits des autochtones au Chili, et sa traductrice, Isabel Orellana, effectuent en ce moment une tournée au Québec pour exposer les dangers de ce mégaprojet minier, à plus de 4000 mètres d'altitude sur un glacier dans la Cordillère des Andes.

ISABEL ORELLANA (TRADUCTRICE, PROFESSEURE ET MEMBRE DE LA CHAIRE EN ENVIRONNEMENT DE L'UQAM) :

Les glaciers constituent les réservoirs d'eau de la région, là où commence le désert d'Atacama. Au départ, la mine prévoyait déplacer des glaciers pour pouvoir extraire les gisements d'or qui seraient trouvés en dessous. Et aujourd'hui, suite aux études de relations d'impacts, il est prévu, l'exportation souterraine en dessous des glaciers, donc qui seront tout de même affectés.

ALINE GOBEIL (JOURNALISTE) :

Isabelle Aurelana est professeure et membre de la chaire en environnement de l'UQÀM. Elle s'est rendue sur les lieux.

ISABEL ORELLANA (TRADUCTRICE, PROFESSEURE ET MEMBRE DE LA CHAIRE EN ENVIRONNEMENT DE L'UQAM) :

Un lieux absolument paradisiaque.

ALINE GOBEIL (JOURNALISTE) :

Mais la communauté autochtone, les diaguitas, n'ont plus accès à la montagne pour faire paître leurs chèvres. Des barrières installées par la minière Barrick interdisent le passage. Le développement minier menace aussi les cultures dans la vallée.

ISABEL ORELLANA (TRADUCTRICE, PROFESSEURE ET MEMBRE DE LA CHAIRE EN ENVIRONNEMENT DE L'UQAM) :

Que va devenir notre vie, maintenant? C'est le questionnement des gens.

ALINE GOBEIL (JOURNALISTE) :

Les opposants ont épuisé presque tous les recours. Ils vont tenter de sensibiliser la cour interaméricaine des droits de l'homme dans cette lutte inégale qui se poursuit entre une poignée d'autochtones et la puissante minière canadienne. Ici Aline Gobeil, Radio-Canada, Montréal.

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