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Lorsqu'entre les mains de Daech: l'eau en Syrie est une arme

Le Front Fatah al-Cham fait empoisonner les sources alimentant la ville de Damas.   Dans le même temps, l’opposition armée accuse le gouvernement syrien de rompre le cessez-le feu à Wadi Barada, une région sous le contrôle des terroristes à 15 km de Damas, explique au journal Sputnik-France Franck Galland, spécialiste international des ressources en eau.

 
 

Le conflit syrien a montré que l'eau a souvent été prise en otage, comme à Alep, où les combats ont paralysé le travail de la principale station de pompage de la ville pendant des mois.

« Ce qui se passe aujourd'hui est très grave. On a un point stratégique à côté de la ville de Damas, qui a été sévèrement pollué par le diesel, d'après les médias. (…) Là, on s'en prend aux biens vitaux pour la population, en infraction complète vis-à-vis des conventions de Genève », s'insurge Franck Galland.

Selon lui, l'exemple du conflit syrien montre, comme par le passé la guerre en ex-Yougoslavie, qu'une fois que les armes se seront tues, il faudra lancer une grande initiative internationale pour mieux protéger les infrastructures en eau potable, que ce soit les barrages ou les stations de pompage.

« Il faut porter une initiative internationale pour que les conflits futurs épargnent les infrastructures critiques, en particulier, les infrastructures essentielles en alimentation en eau des populations », souligne notamment l'expert.

Si Bachar el-Assad ne parvient pas à récupérer les zones actuellement occupées par les terroristes, il sera coupé de la plupart des sources qui alimentent la « Syrie utile ».

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) continue à voir les rebelles syriens comme « modérés », même quand ils empoisonnent l'eau près de Damas.   En revanche, l'offensive des forces syriennes gouvernementales, en pleine lutte antiterroriste, dans la région de Wadi Barada à 15 km de Damas, inquiète l'OSDH !   Ce secteur est stratégique puisqu'on y trouve les principales sources d'approvisionnement en eau potable pour les quatre millions d'habitants de la capitale et de ses environs.

« Cette zone, un massif calcaire, reçoit des précipitations non négligeables de l'ordre de 400 mm d'eau par an (…) qui servent à alimenter les sources et les nappes phréatiques du bassin de Damas.  Ces sources donnent naissance à Barada, un petit cours d'eau permanent, à qui Damas doit son existence », raconte M. Galland, évoquant le cas de la ville d'Ain al-Fijah, victime d'une pollution au diesel.

Depuis 1935, d'après l'interlocuteur du journal, « cette source est captée pour alimenter Damas en eau potable. Une autre possibilité de le faire, par les nappes, est le forage. Mais dans les nappes, il n'y avait plus grand-chose bien avant le conflit, elles ont subi des pompages chaotiques publics et privés, elles étaient polluées par l'activité industrielle et agricole ».

Fin décembre 2016, les habitants de Damas ont été privés d'eau courante pendant trois jours consécutifs, les autorités accusant des groupes rebelles d'avoir « contaminé au diesel » les sources d'approvisionnement.

« Dans la région, il y a une nation hydro-dominante sur les fleuves Tigre et l'Euphrate, la Turquie, qui a aménagé depuis les années 1970 l'Anatolie du Sud-Est à travers un réseau de grands barrages pour la génération électrique et pour le réseau d'irrigation.   Cette région de terres arides a été à nouveau transformée en terre d'exploitation agricole.   Ainsi, Hafez al-Assad, le père de Bachar al-Asad, n'avait qu'à être vigilant sur la construction de barrages en amont de l'Euphrate.   Même, dans les années 1980, il y a eu des tensions entre les deux pays liées aux questions hydropolitiques », a révèle l'expert.

Pour lui, la Syrie a un autre sujet de préoccupation dans ce problème d'accès à l'eau, « c'est le plateau du Golan, occupé depuis 1967 du point de vue syrien par Israël. Ainsi, dans cette zone stratégique existent deux sources de tension hydropolitique : en amont avec l'Euphrate et au Sud, sur les Golan ».

« L'Unicef a dit récemment que près de 60 % de la capacité en eau de la Syrie a été perdue en raison du conflit.  L'eau a été systématiquement ciblée.  Il y a eu des destructions du système de pompage qui ont entraîné de vrais problèmes d'alimentation en eau des populations civiles et des clients sensibles, comme les hôpitaux », conclut Franck Galland.

Un jeune étudiant syrien a créé un filtre à eau à prix abordable
pour le grand public malgré la guerre dans son pays.

Muhammed al-Muhammed, étudiant à la faculté de génie à l'Université d'Alep, a inventé un appareil simple afin de purifier et filtrer l'eau pour la rendre disponible à la population syrienne.

C'est très primitif, mais efficace.   Le filtre est fabriqué à base d'un simple aquarium pour en faire un réservoir d'eau, muni de petits robinets en plastique de chaque côté", a confié le jeune ingénieur.

L'invention est d'autant plus utile, sur fond de manque d'eau potable dans plusieurs arrondissements de la ville d'Alep suite aux nombreux blocus.   La purification est effectuée grâce à la technologie innovante.

L'interaction entre l'oxydation du métal et les nitrates amène les polluants plus légers que l'eau vers le haut et ceux plus lourds vers le fond du filtre.   Cette technologie "purement physique" établit le prix de purification d'un mètre cube d'eau à neuf centimes de dollars américains.

"L'eau de sous-sol à Alep contient des ions acides nitriques menant au cancer et à l'anémie", a déploré le jeune technicien.

 

Source: Sputnik News France pour l'agence de presse Rossiya Segodnya

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 5 janvier 2017

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