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L'eau est absente du débat électoral de 2018
Le sujet est trop important pour des partis politiques clientélistes

Les industries québécoises ont versé 3,2 millions de dollars au gouvernement du Québec, en 2017, pour avoir prélevé 1 000 milliard de litres d'eau douce, l'équivalent de 250 000 piscines olympiques.  Ces données du ministère de l'Environnement, qui n'avaient pas encore été rendues publiques, apportent un nouvel éclairage sur ce qui devrait être un enjeu de la campagne électorale 2018.

 
 
 

Dilapidation du patrimoine hydrique du Québec

 
 

« Comment se fait-il qu’on largue notre eau comme ça ? ».  L’interrogation de l’animateur Patrice Roy a pris de court les chefs lors du grand débat des chefs le 13 septembre 2018.

Il était question des redevances, sept fois plus élevées en Ontario qu’au Québec, imposées aux entreprises qui font de l’extraction d’eau, comme les embouteilleurs.

En fait, les données compilées par Radio-Canada démontrent que ces compagnies comptent pour une infime partie (1,4 %) de toute l’eau douce prélevée par les industries soumises aux redevances.

 

Deux types de redevances sur l’eau au Québec

 
 

Il en coûte 70 $ par million de litres d’eau pour les entreprises qui utilisent l’eau comme composante de leur produit. On retrouve dans ce groupe les embouteilleurs d’eau, les fabricants de boissons, les brasseries, les producteurs de ciment, de béton, d’engrais, de produits chimiques, de même que les extracteurs de gaz et de pétrole.

En 2017-2018, ces entreprises ont prélevé 13 milliards de litres d’eau et payé 920 500 $ de redevances au Québec.

Il en coûte 2,50 $ par million de litres d’eau pour les entreprises qui utilisent l’eau dans leur processus de fabrication. On retrouve dans ce groupe les usines de pâtes et papiers, les compagnies minières, les centrales thermiques, les usines chimiques, la métallurgie ou encore l’industrie alimentaire.

En 2017-2018, ces entreprises ont prélevé 935 milliards de litres d’eau du Québec et ont versé 2,4 millions de dollars de redevances au gouvernement.   « C’est ridicule », réagit la directrice du groupe environnementaliste Eau Secours!,  Alice-Anne Simard, à qui nous avons montré les chiffres du ministère de l’Environnement.  « On donne notre eau, à toute fin pratique. »

 
«

Au Québec, on fait n'importe quoi!
                  - Pierre J. Hamel

professeur-chercheur
Institut national de recherche scientifique (
INRS)

»
 

En Europe, le prix de l’utilisation de l'eau varie de 2000 $ par million de litres ( Italie ) à 10 000 $ ( Danemark ). C’est sans commune mesure avec les redevances de 2,50 $ et 70 $ du Québec.

 

Papeterie de Produits forestiers Résolu à Alma

 
 

L’eau fait rouler l’économie

 
 

On ne le réalise pas toujours, mais l’eau sert à fabriquer à peu près tout. Par exemple, la pâte à papier qui sort des machines est composée à 99 % d’eau et à 1 % de fibres.

L’eau sert aussi au nettoyage des usines, au refroidissement, à la production de vapeur...

Malgré les efforts des compagnies comme Kruger pour réduire leur consommation et traiter l’eau qu’ils ont utilisée, « l’industrie papetière rejette dans les cours d’eau divers contaminants dilués dans un grand volume d’eau », selon ce qu’on peut lire sur le site du ministère de l’Environnement du Québec.

Sur la Côte-Nord, la mine Mont-Wright, d’ArcelorMittal, consomme plus de 12 milliards de litres d’eau par année, ce qui devrait lui coûter environ 30 000 $.

En 2015, les trois alumineries d'Alcoa au Québec ont consommé un milliard de litres d'eau, pour un total de 2 500 $.

 
 
 

Les propositions des partis politiques

 
 

Québec solidaire a été le premier parti politique à proposer une augmentation des redevances sur l’eau au début de la campagne électorale. Le Parti québécois a fait de même en présentant son cadre financier.

 

Pour l'extraction (par exemple: embouteillage)

Pour la fabrication (par exemple: minière)

Québec

70 2.5

Ontario

503,71 3,71

Proposition Parti Québécois

1 000 35.7

Proposition Québec Solidaire

1 250 500
 

Le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec n'avaient fait aucune promesse à ce sujet avant la publication de ce texte. Lundi, les deux partis se sont engagés à hausser les redevances, sans fournir d'objectif chiffré.

 

François Bonnardel

« Ce n'est certainement pas assez, a dit pour sa part le candidat de la CAQ François Bonnardel. Vous pouvez être assurés qu'on va aller chercher plus que les 3 millions de dollars. »  Combien?  « On va l'évaluer en temps et lieu », a répondu le candidat caquiste.

 

Dr Philippe Couillard

« Ce n'est pas suffisant », a déclaré le chef libéral Philippe Couillard. Il promet une annonce plus précise dans les prochains jours.

 

Combien de redevances pour le Québec selon les différents modèles?
En prenant comme référence les prélèvements d'eau québécois en 2017-2018

Modèle

Revenus annuels estimés pour le Québec
En millions de dollars

Québec

3

Ontario

10

Parti Québécois

47

Québec Solidaire

484

Italie

2 000

France

5 000

Danemark

10 000

 

L’agriculture est de très loin la plus grande consommatrice d’eau gratuite

 
 

Des milliers de milliards de litres d'eau prélevés gratuitement au Québec

 
 

De nombreuses entreprises peuvent puiser ou détourner l’eau sans rien payer. La loi prévoit que les compagnies qui prélèvent moins de 75 000 litres par jour n’ont pas à payer de redevance. C’est valable autant pour l’embouteillage que pour les usines de fabrication.

Exemple pour la ville de Montréal en 2008 : Liste des 58 entreprises montréalaise consommant plus de 100 000 mètre cubes d'eau

Par ailleurs, aucune redevance sur l’eau n’est imposée au secteur de l’agriculture, aux travaux de génie, et aux usages non commerciaux (aqueducs municipaux, par exemple).

L’agriculture est de très loin la plus grande consommatrice d’eau gratuite.  Pour produire un kilo de blé, il faut 1000 litres d’eau. Pour un kilo de poulet, ce sont 4 000 litres et pour un kilo de boeuf, 15 000 litres.

 
«

Si l’on additionne toutes les activités qui ont prélevé de l'eau du Québec, l'an dernier, le ministère de l’Environnement calcule le chiffre astronomique de 2 603 922 363 593 000 litres d’eau. C’est une fois et demie le volume d’eau du lac Ontario ou cinq fois le lac Érié.

»
 

Et encore, ce chiffre n’inclut pas toute l’eau prélevée qui échappe à la vigilance du gouvernement. Québec reconnaît lui-même ne pas avoir un portrait complet des prélèvements d'eau.

En effet, de nombreuses usines et entreprises n’ont pas de compteurs d’eau. Ce n’est pas obligatoire dans la loi. Le législateur leur permet donc de faire une « estimation » de leur consommation.

Il a été récemment démontré que les entreprises utilisent moins d’eau lorsqu’elles installent des compteurs. Ce qui n'est pas le cas pour la consommation domestique.

 

 
 

L’or bleu du Québec

 
 

Le Québec possède 3 % des réserves mondiales d’eau douce.  « On détient une richesse que tout le monde va nous envier de plus en plus dans ce siècle », a dit le chef libéral Philippe Couillard, lors du débat des chefs le 13 septembre 2018.

Le premier ministre sortant a aussi ajouté : « Ça prend des entreprises qui sont intéressées de venir investir au Québec si on veut maintenir nos programmes gouvernementaux. »

Jean-Patrick Laflamme

Le Conseil de la transformation alimentaire du Québec ( CTAQ) s’est opposé cet été à une hausse des redevances sur l’eau.

« Le fait qu’on paie moins cher de redevances nous permet d’avoir une meilleure stratégie au niveau de l’emploi », a déclaré le vice-président du CTAQ, Jean-Patrick Laflamme.

«

L'eau est un bien commun. Ce n'est pas une marchandise et elle ne devrait pas être vendue
                                                                   
  -  Alice-Anne Simard

»

« Les entreprises ne vont pas partir, croit au contraire la directrice générale d’Eau Secours!La ressource, elle est ici, et le Québec a plusieurs autres avantages pour les compagnies, comme l’électricité pas chère ou la main-d’oeuvre qualifiée. »

Il se vend en moyenne au Québec plus d'un milliard de bouteilles par année, alors que ça nous rapporte 145 000 $ par année.

Dans le contexte de la montée des préoccupations en lien avec le plastique et l'adoption de la Stratégie nationale de l'eau par le gouvernement, la Coalition Eau Secours! invite à amorcer une réflexion collective sur cet enjeu.

Alice-Anne Simard
directrice générale de la Coalition Eau Secours!

 
«

On pourrait aller chercher beaucoup de revenus pour l’État et cet argent pourrait servir à protéger la ressource et assurer sa pérennité.
                                                                  
  -  Alice-Anne Simard

»
 

Hydro-Québec et les producteurs d'hydroélectricité privés sont soumis à une autre forme de redevances sur l'eau québécoise qui est reversée au Fonds des générations.

Pour le professeur-chercheur de l’INRS, Pierre J. Hamel, c’est l’idée même de redevances qu’il faudrait remettre en cause.  « C’est une mauvaise idée. Ça signifie que tout a un prix », déplore-t-il.

Selon lui, les entreprises les plus riches auront toujours les moyens de payer. « Ce qu’il faut, c’est mieux connaître ce qu’on a sous les pieds », dit M. Hamel.  Il propose plutôt de restreindre l'utilisation.

 
 
 

L’eau, un bien commun au Québec

 
 

Dans la province, l’eau a le statut particulier de « bien commun », ce qui signifie qu’elle fait partie du patrimoine et est disponible gratuitement à l’ensemble de la société, même si son exploitation peut nécessiter des coûts.

Les ménages québécois sont parmi les plus grands consommateurs d’eau au Canada et dans le monde. (note du webmestre de MétéoPolitique: cette affirmation de Radio-Canada est fausse.)

« L’apparente abondance de l’eau peut être trompeuse, indique le document de la Stratégie québécoise de l’eau 2018-2030. L’eau constitue une ressource fragile qu’il faut protéger et économiser. »

On peut également lire dans le document gouvernemental : « Perçue comme facilement accessible, abondante, peu coûteuse et inépuisable, l’eau est souvent gaspillée avec une certaine insouciance. »

Québec indique enfin dans sa stratégie que « la redevance sur l'eau est un outil important pour la gestion de l'eau et permet de sensibiliser les entreprises à sa valeur. »

Mais quelle valeur? Cela pourrait bien être l'un des enjeux de cette campagne électorale : déterminer le prix à mettre sur l’or bleu du Québec.

 

Tête de puits de captage d'eau souterraine

Source: La société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par :  JosPublic
Mise à jour le 19 septembre 2018

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  L'eau encore et toujours menacée. Cette fois avec la complicité du gouvernement du Parti Libéral du Québec

  Contamination de l'eau souterraine des lagunes de la ville de Mercier - Région de la Montérégie

  Fiche: Eau

Notes & Références encyclopédiques:

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

le premier parti politique à proposer une augmentation des redevances sur l'eau...

 

Québec solidaire veut augmenter les revenus du Québec de 12 milliards de dollars.

430 millions provenant de nouvelles redevances accrues sur l’eau. Les redevances passeraient de 0,07 $ à 1,25 $ le mètre cube d'eau pour les entreprises qui en font l'extraction, et de 0,0025 $ à 0,50 $ le mètre cube pour les entreprises de fabrication. - La société CBC/Radio-Canada, le 27 août 2018

 

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Le Parti Québécois a fait de même...

 

Le PQ présente un cadre financier conforme aux prévisions de la VG

Le parti souhaite augmenter la redevance sur l'eau - Sur la société CBC/Radio-Canada, le 13 septembre 2018

 

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Pour un kilo de poulet, ce sont 4 000 litres d'eau et...

 

15 000 litres d'eau pour un kilo de bœuf

L'empreinte eau est comparable à l'empreinte carbone, qui sert à mesurer les émissions de gaz à effet de serre liées à nos déplacements ou à l'agriculture.

Water Footprint Network fait ces calculs en utilisant notamment des données de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).  Pour les fruits, les légumes et les céréales, le calcul est donc fait sur l'eau. Pour cultiver 1 kilo de blé, par exemple, on utilisera plus ou moins 1000 litres d'eau (une moyenne à l'échelle planétaire).  Le calcul pour le bétail est plus compliqué : en plus de l'eau qu'il boit pendant sa vie, il faut calculer ce qu'il mange, puisqu'il faut de l'eau pour cultiver les grains et les fourrages.

Pour un bœuf qui vit 3 ans pour atteindre 200 kilos, voici le calcul : - 24 000 litres d'eau qu'il boira en 3 ans;  - 7 000 litres d'eau utilisés à la ferme et à l'abattoir; - 3 000 000 de litres d'eau qui se cachent derrière les 8 500 kilos de grains et de fourrage qu'il mangera durant sa vie.

Pour un total de plus de 3 091 000 litres d'eau pour un bœuf de 200 kilos, ce qui fait environ 15 000 litres pour 1 kilo de bœuf. D'autres animaux sont moins gourmands en eau : 6000 litres par kilo de porc, 4000 litres d'eau par kilo de poulet.  Le café en exige encore plus : 18 900 litres d'eau par kilo.  Le vin, pour sa part, demande 960 litres d'eau pour 1 litre de vin.  Ce sont les légumineuses, les fruits et les légumes qui en demandent le moins.  Cet outil est imparfait, mais utile. - Sur la Société CBC/Radio-Canada, le mercredi 25 novembre 2015 à partir de
Water Footprint network

 

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démontré que les entreprises utilisent moins d'eau...

 

L'installation de compteurs d'eau dans les grandes entreprises de Montréal permet de réduire le gaspillage. Selon des informations compilées par Radio-Canada, les plus grands utilisateurs d'eau ont réduit leur consommation de 33 % depuis 2011, soit une baisse de 5 millions de mètres cubes.

 

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Note du webmestre de MétéoPolitique...

 

Gaétan Breton

 

Les compteurs d’eau pour mesurer la consommation résidentielle : UNE TRÈS MAUVAISE IDÉE

Voir à partir de Profil de consommation page 16 de: Analyse du cas montréalais par Gaétan Breton, dr. science comptable et Marc-Antoine Fleury, chercheur

 

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