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Non à la privatisation de l'eau
Québec tranche: «L'eau est une ressource stratégique et un bien public qui doit demeurer sous contrôle public»


Les Actualités, lundi le 14 avril 1997, p. A1

Lucien Bouchard
Premier ministre du Québec

Rémy Trudel
Ministre des Affaires municipales

 

Le gouvernement du Québec dit non à la privatisation de l'eau à Montréal et dans l'ensemble de la province.

L'administration du maire Pierre Bourque devra donc remballer ses intentions de se délester de la gestion de ses services d'aqueduc et d'égout. De même, les Gaz métropolitain, SNC-Lavalin et autres géants français comme la Lyonnaise des eaux devront ravaler leurs prétentions. Il n'est question de permettre, par delà les règles actuelles, ni le partenariat, ni la concession, la gérance, l'affermage, l'impartition ou quelque alliance stratégique que ce soit entre les secteurs public et privé dans l'épineux dossier de l'eau. C'est ce qu'ont appris Le Devoir et Télévision Quatre Saisons.

«C'est non à la privatisation des infrastructures, à la production et à la distribution de l'eau potable dans les municipalités», confirme le ministre des Affaires municipales, Rémy Trudel.

Même si la décision n'a pas encore reçu le sceau du cabinet des ministres, puisqu'elle doit passer par la vaste politique nationale de l'eau à venir sous peu, elle fait l'unanimité, soutient M. Trudel. «On n'a aucune intention dans cette direction-là. Aucune. Pour l'instant, on n'a pas besoin d'aller consulter sur une nouvelle avenue. C'est non avenu», tranche-t-il avant d'ajouter que «l'eau est une ressource stratégique et un bien public qui doit demeurer sous contrôle public et dans un cadre de gestion public».

Le ministre d'État à la métropole, Serge Ménard, abonde dans ce sens. «C'est totalement fou de penser à la privatisation, de vendre ce qui va bien», soutient-il.

L'automne dernier, le ministre Trudel s'était montré favorable au projet piloté par Gaz métropolitain, qui a été présenté et accepté par le Sommet socioéconomique convoqué par le premier ministre Lucien Bouchard.

Six mois plus tard, l'enthousiasme est tombé, la décision est maintenant ferme. «Il y a eu un emballement pour une idée pour laquelle on n'avait pas fait le tour suffisamment. Et bien le tour a été fait, et l'idée n'est pas bonne», explique Rémy Trudel qui rappelle que les éventuelles sociétés d'économie mixtes ne permettront pas non plus aux municipalités de s'allier au privé dans le dossier de l'eau.

Le rapport préliminaire de l'analyse qu'effectuent l'Institut national de recherche scientifique (INRS) et le Centre d'expertise et recherche en infrastructures (CERIU) concernant l'état des réseaux d'aqueduc et d'égout dans la province (à l'exception de Montréal où une étude semblable est en cours) a éclairé en partie la décision du gouvernement du Québec.

«Il n'y a pas de drame national sur l'état des infrastructures. [...] Le besoin n'existe pas», affirme le ministre des Affaires municipales.

L'importance des investissements nécessaires pour la réfection des conduites souterraines était pourtant au coeur de l'argumentation de la Ville de Montréal jusqu'à ce qu'elle dépose son Livre vert sur la gestion de l'eau le 23 décembre dernier. L'argument s'est alors dégonflé. L'administration Bourque admettait que seulement 157 millions devraient être investis pour refaire une jeunesse aux réseaux d'aqueduc et d'égout qui serpentent dans le sous-sol de Montréal.

Montréal, comme toutes les autres municipalités, pourra bénéficier de la prolongation d'un an du programme d'infrastructures Canada-Québec-municipalités. Le deuxième volet du programme (134 millions) permettra notamment de résoudre les problèmes liés au traitement de l'eau potable.

Le ministère des Affaires municipales profitera de l'occasion pour sensibiliser la population à la surconsommation, sinon au gaspillage de l'eau potable. Une aide financière pourra être versée pour le diagnostic des réseaux d'égout et d'aqueduc ainsi que pour l'expérimentation de nouvelles technologies visant l'économie de l'eau. Une municipalité bénéficiant d'une subvention, devra prendre des dispositions nécessaires pour favoriser l'économie d'eau.

Les mesures pourront être diverses. Par exemple, la Ville de Laval a réussi à diminuer sa consommation d'eau de 30 % entre 1989 et 1996 bien qu'elle compte 40 000 habitants de plus. Entre autres mesures, Laval baisse la pression de l'ensemble de son réseau durant la nuit pour diminuer les pertes dues aux fuites.

Quant aux intentions de Montréal, Québec y a mis le holà en février dernier. L'administration montréalaise s'apprêtait à tenir une consultation populaire devant mener à un plan de partenariat l'automne prochain. Depuis près d'un an, même plus dans certains cas, des firmes d'ingénierie (SNC-Lavalin et Tecsult, entre autres), des cabinets d'avocats, des institutions bancaires, des firmes de courtage en valeurs mobilières et des compagnies d'assurances faisaient le pied de grue aux portes de l'hôtel de ville.

Ces nouveaux porteurs d'eau convoitaient le robinet de Montréal, comme tremplin au Québec tout entier et éventuellement l'étranger. S'ils flairaient des profits, le gouvernement du Québec n'a vu aucun intérêt, lui, pour les contribuables. «On n'a pas vu d'économie possible jusqu'à maintenant», précise le ministre Trudel.

D'aucuns pourront voir dans le virage gouvernemental une influence de la part de la Coalition pour un débat public sur l'eau. Les intentions de la Ville de Montréal avaient soulevé un tel tollé que la résistance s'est organisée, permettant ainsi à Québec de tâter le pouls des citoyens. La Coalition, qui a élargi récemment son mandat à l'ensemble de la province et aux autres problématiques concernant l'eau, rassemble principalement des groupes communautaires, des syndicats ainsi que des politiciens de l'opposition à Montréal.

En matinée vendredi dernier, la Ville de Montréal n'avait toujours pas été avisée par le gouvernement du Québec qu'il fermait la porte à toutes velléités de privatisation de l'eau.

Note eu webmestre: Ce que les intervenants contre la privatisation ne savaient pas à l'époque c'est que Lucien Bouchard lui-même avec plusieurs ministres du Parti Québécois était d'accord avec la privatisation de la gestion et même la vente des actifs liés à la production d'eau potable et assainissement des eaux usées. La Coalition Eau Secours! avait mis la main sur le document de réflexion commandé par le cabinet des ministres. Les membres du Parti Québécois en congrès étaient contre et ont dû s'affirmer contre l'aile parlementaire du parti.