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C'était en 1994 et Jean Doré maire de Montréal voulait privatiser la gestion de l'eau

En janvier 1994, la direction de Bouygues avait convié une délégation du syndicat des cols bleus de Montréal au siège de SAUR, à Guyancourt, près de Versailles.  Le voyage avait été organisé par SNC/Lavalin et le Fonds de solidarité de la FTQ.  Cette initiative ne surprenait personne à l'époque.

 

Jean Doré , 39e maire de Montréal
du 9 novembre 1986 au 6 novembre 1994
Prédécesseur: Jean Drapeau - Successeur: Pierre Bourque

 
 

Pour mémoire, rappelons que le maire Doré, dans sa vision très personnelle de la gestion publique, tenta de convaincre son parti de confier la gestion de l'eau au secteur privé, d'abord à la Lyonnaise des eaux et/ou la Générale des eaux, puis à SNC/Lavalin.

Il proposa au Fonds de solidarité de la FTQ, et à la FTQ-Construction le monopole des travaux de construction et de réparation d'infrastructures au détriment des cols bleus de Montréal.  N'oublions pas que la FTQ-Construction ne représente que des travailleurs du secteur privé.  Le syndicat à courageusement dit non et affronté les élus.es de la FTQ, qui eux voyaient l’offre d’un bon œil.

Doré alla jusqu'à offrir à l'Union des producteurs agricoles (UPA) la gestion du marché Maisonneuve de l'est de Montréal, ce qui fut accepté.  Pour regagner la faveur de ses collusionneurs, sur un plateau d'argent, il offrit à la Chambre de commerce de Montréal qui était en faillite technique, la gestion des stationnements et des parcomètres de Montréal.  Ils acceptèrent, bien sûr, et ils en bénéficient toujours en 2019.

Son effort fut récompensé par un job à vie chez Lavalin (dont le président était Jacques Lamarre), après avoir perdu ses élections.  

Rétrospectivement, les hésitations d'un André Lavallée, quand il remplacera Doré à la tête du RCM, s'expliquent peut-être mieux.  C'était un temps où l'idée de la privatisation, ou de la gestion déléguée si l'on préfère, transcendait les tabous idéologiques, à droite comme à gauche.

Le groupe Bouygues, principalement concentré sur des opérations de développement immobilier,  s'intéressait à l'eau depuis sa prise de participation majoritaire dans SAUR.  Les cols bleus ayant participés au voyage n'hésitait pas soulevé que Bouygues avait connu quelques mésaventures judiciaires en Europe et en Afrique, notamment pour pratiques douteuses.

C'était une entreprise qui annonçait alors clairement ses couleurs: elle achetait littéralement ses partenaires sociaux et politiques, avec du bon argent, en plein jour.  Celle-ci, restée dans l'ombre pendant les dernières années du régime Mitterrand et les deux mandats de Chirac, ne cache désormais plus, en 2008, ses liens avec la présidence Sarkozy.

C'est ainsi qu'une douzaine d'années après cette inspection de l'aqueduc, personne ne fut étonné d'apprendre que, lors de la cérémonie de remise de la Grand Croix de la Légion d'honneur à Paul Desmarais, à l'Élysée, en janvier 2008, l'un des invités sélects ait été Laurent Bouygues.

Les offres de retraite dorée et de postes confortables pour syndiqués fatigués étaient constamment sur la table.  Ainsi, dans la première phase de l'Offensive de la grande industrie de l'eau pour la conquête de Montréal, Bouygues-SAUR visait la collaboration du 301 et offrait des compensations somptuaires pour l'acheter.

À sa visite au siège de Guyancourt en 1994, dans le bureau d'un directeur, à qui le chef de la délégation syndical confiait son admiration pour l'architecture des bâtiments urbains du voisinage, sur lesquels il avait une vue panoramique par les grandes fenêtres de la salle du conseil où se trouvait le groupe, une simple geste des mains, sans parole inutile, lui fit comprendre qu'un appartement lui était disponible s'il collaborait. 

Ce genre de promesse se passe de mots. Le col bleu comprit alors qu'une grosse affaire était en marche.  Les visites du groupe à Gdańsk et Liverpool, organisées par la direction pour convaincre le 301 des largesses de l'entreprise envers ses salariés des filiales d'Europe, on plutôt révélé aux syndiqués qui l'accompagnaient la faille profonde qui séparait en deux blocs la direction de SAUR et ses ouvriers. La délégation ne fut pas avare de rapports à son retour.

Le 301 était désormais averti qu'on cherchait à le manipuler.

La privatisation de l'eau potable était ainsi à l'ordre du jour un peu partout dans les cercles d'influence du Grand Montréal: c'était le projet de l'heure. 

Aussi ne fut-il pas surprenant d'entendre Jean Doré lui-même s'en faire promoteur: autour de lui s'affairait la grande entreprise de l'eau collective.

La petite histoire de ce lobby reste à écrire et nous espérons que les chercheurs universitaire aurons le goût et le temps d'enquêter et de faire la lumière sur cette aventure qui ne dore en rien la réputation des partis politiques.

 

Pour mémoire, rappelons que le...

 

Le 9 novembre 1986, Jean Doré prenait la direction de l’administration montréalaise sous une administration du Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal (RCM)

 

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