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Les algues et l’Omerta touristique
Touristes floués par le secret entourant les algues bleues (Cyanobactéries)

Par André Bouthillier
ex-président et cofondateur

 

Alors! C'est l'été et la baignade, ça va?  Évidemment, je ne parle pas de la pluie. Peut-être certains.nes se souviennent du temps où nous allions en autobus et en procession nous baigner sur les plages municipales. D’autres se souviendront des chalets déguingandés de nos parents souvent pauvres, mais pour qui l’effort financier d’un court séjour près d’un cours d’eau ou d’un lac était la récompense de toute une année de labeur.

On se souvient aussi du lac de notre enfance et des algues que nous coupions en juillet pour garder notre espace de baignade propre, comme on disait alors.  D’autres n’auront connu que les piscines publiques et privées.  Dans les cours d'eau naturels, ce n’était pas mal, mais quand même, l’eau de différentes couleurs qui nous accueillait, souvent sans que nous puissions voir le fond, c’était… comment dire!!!!.

Et puis, dans les cours d'eau naturels, combien de monstres imaginaires, pensions-nous, vivaient là-dessous?   Nous ne savions pas, comme nous l’enseignent maintenant les savants de l’eau, que ça fourmillait de cyanobactéries installées bien avant l’époque des dinosaures.  

Les temps ont changé, et las de voir la détérioration des eaux de baignade, en 2003, la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau - Eau Secours! et ses groupes membres riverains ont entrepris de faire connaître à l’ensemble du Québec une situation bien cachée ou ignorée.

Léo et André Bouthillier en baignade au Parc d'Oka.
Aucune mention de l'année à l'arrière de la photo du Kodak (vers 1948)

Les Chambres de commerce oeuvrant sur les rives des lacs et rivières ont entretenu le secret.  Évitons de faire peur aux touristes disaient, par exemple, les propriétaires de camping de la baie Missisquoi en Montérégie.

Vingt ans de silence de camouflage contre la honte verte, les marchands ont construit des piscines pour remplacer les lacs et faire croire aux familles que c’était la même chose.  On peut appeler cela de l’arnaque: on invite la famille au bord de l’eau et ensuite on la balance à la piscine.  Non, non, ce n’est pas à toutes les années! C’est une mauvaise période, vous avez été malchanceux, disaient-ils. 

Pas besoin d’ergoter longtemps pour comprendre que la quantité de touristes a décliné chaque année.  Les politiciens eux ont écouté les marchands et, pour calmer quelques environnementalistes, ont subventionné les chercheurs pour étudier le phénomène ainsi que les groupes pour sauver les grenouilles, les tortues et faire de l’éducation.  Va pour les amphibiens et autres, mais les humains eux ne voient toujours pas leur milieu aquatique s’améliorer.

Déjà la lutte pour protéger l'eau des lacs avait eu ses heures de gloires de 1976 à 1990 grâce a Tony Le Sauteur et son organisation La FAPEL.  Suite à la disparition de ce groupe, ce fut quelques groupes qui individuellement se démarquèrent et firent la lutte à la protection de l'eau.  Mais sans financement et sans regroupement stratégique pour le faire, la tâche devenait de plus en plus difficile. Certains groupes parvinrent à continuer tels que le groupe du lac Massawippi dans les Cantons de l'Est.

 

En 2003, Eau Secours! pris connaissance de l'histoire de la FAPEL et décidait de se lancer dans sa piste.  Il fallait bien un jour que le ministère de l'environronnement cesse de tourner en rond et c’est grâce au courage de groupes en développement touristique et groupes environnementaux comme ceux de la baie Missisquoi, que la stratégie de la mise à vue fut lancée, notamment en 2005 par des conférences et un spectacle des Porteurs d’eau d’Eau Secours! à Venise-en-Québec.

Devant cette action médiatique, voilà que le ministre de l’Environnement promet encore plus d’argent pour… la recherche.

En 2006, la Coalition court après le ministre de l’Environnement pendant plusieurs mois, pour que celui-ci admette qu’il y a au moins 70 lacs touchés par les algues bleues (cyanobactéries).

De fuite en fuite, le ministre Béchard passe « la puck » à sa successeure avec la promesse d’un plan d’action pour le printemps 2007. 

La nouvelle ministre s’empresse de faire le tour du Québec durant tout l’été, sans rien faire de concret, pour finir à l’automne avec une grande messe (Forum) où les groupes contestataires ne furent pas invités.  La saison 2007 se termina par un score de 195 lacs connus, touchés par le phénomène des algues bleues.

Dès lors, les promesses de subventions virevoltèrent des officines des ministères vers les groupes institutionnels, avec en grande finale l’octroi d’arbres de toutes sortes, devant capter le phosphore s'écoulant à l'eau, aliment des algues, sans égard aux espèces ni au terreau qui allait les recevoir.  Le ministère de l’Environnement vida les pépinières du Québec aux prises avec des stocks non vendus, voués à la perte.  Les groupes de bénévoles eurent la tâche de distribuer ces invendus à qui mieux-mieux.  

Claude Béchard

Line Beauchamp

Quel gâchis!   La réplique d’Eau Secours! et ses groupes membres provoqua le débat public et pressa le gouvernement d'agir sensément. 

Tout à coup s'insérèrent dans le débat sur la place publique les firmes de communication lobbyistes d'associations et de l'industries d’embarcations nautiques motorisées, tels que Bombardier et autres fabricants de grosses cylindrées ou de motomarines;

les associations touristiques d'hôtellerie et campings riverains de cours d'eau;

des citoyens qui réclament une belle vue, la paix et de l’eau propre sur leur bord de lac;

des villes qui souhaitent vendre dorénavant de plus petits terrains riverains, sans système d'égout municipal mais avec des fosses septiques pour augmenter leurs revenus fonciers;

des comités de citoyens qui ne voulaient pas payer pour changer leurs vétustes installations septiques d'eaux usées;

Première manche : 1 à 0 pour Eau Secours! et ses associations de lacs, le RAPPEL en Estrie, Conservation baie Missisquoi en Montérégie, la Fédération des lacs de Val-des-Monts en Outaouais, etc… des citoyens et citoyennes se sentant arnaqués par le ministère qui refusait de faire les tests appropriés.  Le débat public se fait et le voile se lève sur les responsables de la situation. 

Deuxième manche : 1 à 1, le gouvernement calme le jeu en promettant des millions aux Comités de bassin versant et en disant vouloir augmenter le nombre d’inspecteurs. 

Troisième manche : 2 à 1 pour le gouvernement qui, avec ses partenaires, décide de ne plus publier la liste des lacs touchés.  Le poids de la chape de plomb s’installe sur les épaules des bénévoles des groupes militants.  Les médias se retirent du débat, car il manque de pugilistes, la matière première c'est-à-dire l'information se tarit.   Eau Secours ! et ses groupes n'ont pas les finances pour jouer le rôle du ministère.  Bien sûr, avec Société pour vaincre la pollution, on donne des cours pour que les riverains puisse prendre eux-mêmes les tests, mais c'est un coup d'épée dans l'eau.

Les préfets des villes excommunient tous ceux qui ne pensent pas business.

Manche 4

C’est en pleine saison touristique 2008 que la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau – Eau Secours!  dépose des demandes d’accès à l’information au ministère de l’Environnement et au Centre d'expertise en analyse environnementale du Québec, pour obtenir la liste des lacs touchés.  Réponse timorée, attente vaine et tergiversation sans fin.

Raison oblige puisque l’omerta riveraine est de mise et la Coalition n’a pu identifier que 16 milieux aquatiques touchés.  La rumeur parle de 200.  Il est plus que temps de savoir où sont les algues bleues (cyanobactéries), et de protéger la santé des touristes et leur investissement de vacances. 

En choisissant cette omerta cogitée, le gouvernement du Québec, Santé Publique Québec et les chambres de commerce du Québec arnaquent les touristes et s'exposent à des représailles économiques à plus ou moins long terme.

N’ont-ils donc rien retenu de la fâcheuse expérience de la baie Missisquoi? 

Ayant choisi leur destination à l’avance et préparé la famille à des vacances bien méritées près de plan d’eau, ces vacanciers ont payé le gros prix pour des chalets loin de leur ville et ont investi de l’essence pour s’y rendre. 

Malheureusement, ce n’est qu’une fois sur place qu’ils seront informés de l’interdiction pour les résidents de s’approcher des algues bleues et, dans le doute, de s’abstenir de se baigner.  Voilà des enfants déçus et un investissement, chèrement gagné, jeté à l’eau.

Évidemment, les arnaqueurs économiques n’ont pas prévu l’effet pervers des années à venir.  Désabusés par le manque d’information, les touristes préféreront la mer aux lacs du Québec, ou encore, rester chez eux et investir dans une piscine hors terre, pour ceux qui le peuvent, et ils auront pris en grippe la région cachottière.

Au nom du profit, les commerçants sont prêts à mettre à risque les personnes non résidentes des lacs qui, elles, ne reçoivent pas les avis de la Santé publique.  Par peur de conflits juridiques, le ministère refuse d’augmenter «réellement» le nombre d’inspecteurs qui permettraient de localiser et cerner la partie affectée du lac, au lieu d’annoncer la contamination générale. 

Un bien fondé en attire un autre, les interventions seraient plus efficaces et profitables à plus court terme.  Alors, comment savoir, si vous demeurez à des lieux de la municipalité touchée, si le lac de votre choix est propre à la baignade, ou simplement impropre même à la planche à voile?

Pendant ce temps, confortés dans le silence, les autorités locales tardent à faire modifier les pratiques des industries et des riverains qui nourrissent consciemment ou non les algues bleues (cyanobactéries).

À qui profite réellement ce mutisme et pour combien de temps encore?  En 2009, la pression tombée, les souris dansent jusqu'à ce que le chat sorte du sac.  Même là, il est sorti en 2017 et ce fut un pétard mouillé, le ministère n'a pas bougé le p'tit doigt et le 23 juillet 2019, la Société CBC/Radio-Canada a présenté un long et pertinent texte sur la question et toujours rien.

Il me semble évident que comme d'habitude, dès que le ministère aura financé la recherche, on en entendra plus parler.  Que voulez-vous, lorsque la population ne dit mot, le politicien et la politicienne n'écoutent que les lobbies d'intérêts privés et n'aller pas croire que l'on ne retrouve pas des scientifiques dans ce groupe. Cela se perpétuera jusqu'à ce que la baignade naturelle, sans produits toxiques comme le chlore, n'existe plus.

Ce sera une grande perte pour les enfants qui n'auront pas connu ce genre de plaisir, ce sera aussi une grande perte lorsque les plus petits lacs deviendront des marécages complètement infestés d'algues nourries au phosphore des engrais de pelouse, d'agriculture, des eaux usées provenant des laveuses à vaisselles et à linge et surtout par l'indifférence généralisée.

Le ministère de l'Environnement du Québec ne cesse de voir son budget amputé d'un parti politique à l'autre. À la prochaine campagne électorale, oseront-ils nous mentir encore? Agiront-ils intelligemment pour protéger notre environnement de vie. Rien ne va plus, mesdames, messieurs, faites vos jeux!

André Bouthillier

 

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Défense de se baigner: algues bleus-vert-cyanobactéries, toujours aussi dangereuses et en prolifération libre

 Bravo! et Merci à Mme Beauchamp. Algues bleues: après 6 ans de silence, la situation est encore pire

  Algues

Notes & Références encyclopédiques:

Déjà la lutte pour protéger l'eau de...
 

Tony Le Sauteur

Tony Le Sauteurs et la Fédération des associations pour la protection de l'environnement des lacs

Texte de présentation du livre "La FAPEL monte aux barricades"

 

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Certains groupes parvinrent à continuer tels que...
 

Depuis 50 ans, 248 administrateurs bénévoles ont donné temps et talent pour le lac Massawippi, certains d’entre eux pendant des décennies, d’autres, de génération en génération.

Ici pour le journal

Ils avaient, ils ont encore, un point en commun : leur amour inconditionnel pour ce lac qui nous appartient collectivement. À tous ceux, trop nombreux pour être nommés, qui, depuis 50 ans, ont ramé pour la beauté, Bleu Massawippi rend hommage. Si le lac a changé, l’idée reste la même : réunir des citoyens responsables.

 

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La FAPEL monte aux barricades - page d'ouverture

Pluies acides! Myriophylles à épi! Cyanobactéries! Les lacs du Québec on plus que jamais la vie dure, et depuis quelques années, les médias retentissent de hauts cris sur leur situation désespérée.  On a aussi entendu clamer haut et fort un bien gros mensonge, en 2007, à l'occasion d'un premier Forum national sur les lacs endossé par Line Beauchamp, ministre du Développement durable: «pour la première fois au Québec, un Forum des lacs réunissait plus de 200 groupements» ! Pourtant de 1975 à 1991, pendant plus de 15 ans, la FAPEL a regroupé, annuellement, à son Congrès, jusqu'à 500 congressistes, représentant autant d'associations de lacs. Qui dit mieux!

Il n'existe pas au Québec de regroupement de citoyens qui ait plus marqué le paysage de l'environnement que la FAPEL, la Fédération des associations pour la protection de l'environnement des lacs.

Fondée en 1975 et formée d'associations préoccupées par la protection des lacs, la FAPEL avait pour mission d'épauler le Programme des lacs (1) dans ses contacts avec les villégiateurs et de protéger ce programme contre les menaces des politiciens et fonctionnaires qui, au fond,  ne voulaient rien savoir d'un programme de participation des citoyens.  À leurs yeux, un tel programme exige, par sa nature même, une approche spéciale qu'ils considéraient d'office comme allant à l'encontre des normes bureaucratiques de la Fonction publique.

En 1976, les péquistes arrivaient au pouvoir et il était question de regrouper les forces de l'environnement au sein d'un véritable ministère. Or, il est coutume, au sein de la machine administrative gouvernementale, de profiter des grandes réformes pour barrer la route aux non conformistes.  Les villégiateurs s'inquiétaient donc sérieusement de l'avenir du Programme des lacs, malgré les beaux discours de Marcel Léger, à qui le gouvernement avait confié le mandat d'organiser le futur ministère de l'Environnement et qui allait en devenir le premier titulaire.

Les villégiateurs avaient raison de s'inquiéter. Il n'était pas du tout certain que le Programme des lacs allait survivre et faire partie du nouveau ministère de l'Environnement, tel quel, en conservant son approche «citoyen». 

Pour contrecarrer cette menace, seule la FAPEL pouvait agir librement, rapidement et publiquement, les fonctionnaires du Programme des lacs ne pouvant pas, tout le monde le comprendra, partir en guerre contre le gouvernement du Québec.

Il faut dire que le cabinet des ministres, René Lévesque en tête, n'était pas très favorable au programme des lacs.  Si la FAPEL n'était pas montée aux barricades, ce programme n'aurait pas fait vieux os.

Malheureusement, au moment où vous lirez ces lignes, la FAPEL aura fermé ses portes. Quant au Programme des Lacs, Pierre Paradis s'en est chargé en 1991, alors que, devenu ministre de l'Environnement du Québec, il l'abolissait tout simplement, sans même en prévenir la FAPEL, son partenaire.

C'est tout de même grâce à la présence de la FAPEL et à ses représentations vigoureuses que le Programme des lacs aura tenu le coup et oeuvré pour la protection des lacs pendant 25 années.

Le Programme des lacs offrait gratuitement aux villégiateurs le soutien technique dont ils avaient besoin pour sauver leurs  lacs, et ce, aux seules conditions qu'ils se regroupent en association et que l'association fasse le suivi des recommandations formulées.

Les hauts fonctionnaires du ministère de l'Environnement n'ont jamais compris comment des citoyens qui luttaient pour protéger leur lac pouvaient les aider à accomplir, eux, leur mission de protecteurs de l'environnement.

Pour la majorité des fonctionnaire du Ministère, la protection de l'environnement était une chasse gardée où les citoyens étaient considérés comme des sujets à surveiller et non pas des alliés naturels, comme c'était le cas au Programme des lacs.

C'est donc à travers des manchettes de journaux (2), qui s'étalent de 1976 jusqu'à la date de fermeture du Programme des lacs, que ce livre se propose d'exposer les échos qui témoignent du rôle de la FAPEL. 

Ces manchettes font aussi comprendre pourquoi les politiciens et les hauts fonctionnaires du ministère de l'Environnement la craignaient tant comme force de rassemblement des défenseurs des lacs du Québec.

Line Beauchamp

Marcel Léger

René Lévesque

Pierre Paradis

Ce livre m'amène aussi à poser une question: pourquoi faut-il que les organisations volontaires qui épousent la cause de l'environnement aient à se battre contre le ministère du Développement durable pour protéger l'environnement ?

Tony le Sauteur

Ici pour le livre

     310 pages format Acrobat

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