Retour à : Plan du site - Entrée de MétéoPolitique - Environnement - Eau - Cours d'eau et Lacs - Algues - National

Algues bleu-vert (cyanobactéries) : « Le problème est aussi accentué qu’avant, sinon plus »

Des experts affirment qu’il est impossible de savoir comment a empiré la prolifération des algues bleu-vert dans les lacs du Québec depuis la baisse marquée des analyses d'eau effectuées par le ministère de l’Environnement.

La présence d'algues bleu-vert dans les lacs du Québec nuit aux activités récréatives.
On ignore cependant comment le problème a empiré en dix ans.

 
 
 

Défense de se baigner: cyanobactéries, algues bleu-vert,
toujours aussi dangereuses et en prolifération libre

 
 

À mon avis, c’est très inquiétant, lance d’entrée de jeu Barry Husk, le président de BlueLeaf, une entreprise spécialisée dans la recherche en milieu aquatique.

Ce n’est pas parce qu’on arrête de faire le suivi, ou qu’on fait moins de suivi, que le problème a disparu. Au contraire, le problème est aussi accentué qu’avant, sinon plus, soutient-il. 

Depuis environ douze ans, son entreprise fait de l'échantillonnage dans les lacs de la province pour le compte de chercheurs, majoritairement universitaires.

Barry Husk a remarqué qu’à partir de 2013, les équipes du ministère étaient moins présentes à ses côtés sur le terrain pour confirmer la présence de cyanobactéries.

Barry Husk

Une stratégie en cinq versions

 

 Le ministère de l'Environnement a radicalement réduit le nombre d'analyses
dans les plans d'eau touchés par les algues bleu-vert au Québec.

 

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a modifié à cinq reprises, entre 2008 et 2018, ses critères d’intervention en matière d’algues bleu-vert.

Depuis la dernière mouture, seuls les plans d’eau qui sont une source d’approvisionnement en eau potable, et qui ne sont pas déjà connus pour comporter des algues bleu-vert (cyanobactéries), sont échantillonnés après le signalement d’un citoyen.

Une manifestation extrême du phénomène ou un plan d’eau transfrontalier, qui fait l’objet d’une entente officielle entre gouvernements, comptent parmi les autres critères d'analyse.

Ils sont diligents quand il y a une question de prises d'eau potable pour les municipalités. Mais si c’est juste un lac de villégiature, qui a déjà été analysé par le passé, il ne sera pas inclus comme une nouvelle donnée. Il ne sera pas de nouveau analysé, déplore à son tour Sébastien Sauvé, professeur en chimie environnementale à l’Université de Montréal.

Au plus fort de la crise des algues bleu-vert, plus de 150 lacs échantillonnés par le ministère étaient touchés par une floraison. Il n’y en avait plus que 4 en 2017.

Plans d’eau visités et touchés par une floraison d'algues bleu-vert

Un plan d'eau touché compte au moins 20 000 cellules d'algues bleu-vert par millilitre
Graphique: Source:
Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Sébastien Sauvé dénonce un « faux sentiment de sécurité ».

Le problème est encore présent, assure-t-il.  On fait juste moins de suivi, pour avoir moins de choses à rapporter et être moins blâmé dans les médias.

Il milite notamment en faveur d’un suivi environnemental plus serré au niveau des usages récréatifs de l’eau, pour bien informer les gens des risques potentiels.

Les gens présument que, parce qu’ils n’en entendent pas parler, le problème est réglé. Pourtant, les algues bleu-vert sont autant présentes qu’avant, sinon plus.

Sébastien Sauvé, Université de Montréal

Le professeur dénonce les compressions « radicales » de Québec, qui a notamment mis fin en 2017 au programme ministériel de surveillance des algues bleu-vert.

C’est inquiétant, mais c’est aussi dommage, parce que le Québec était en avance sur beaucoup de pays, rappelle-t-il.  On avait pris beaucoup d’expertise.  On était un peu visionnaire pour essayer de régler le problème.  Et là, c’est plus une stratégie d’autruche : si on ne fait plus d’analyses, on n’a plus à rapporter de problèmes.

Québec rétorque que sa réponse a été ajustée en fonction de ses observations passées.

L’expérience acquise et les connaissances associées au risque à la santé publique ont permis une adaptation progressive de la procédure de gestion des épisodes au fil des ans, écrit un porte-parole du ministère de l’Environnement.

Sarah Dorner

C’est vrai, estime Sarah Dorner, de Polytechnique Montréal.

On connaît mieux le problème et les gens sont plus sensibilisés, convient-elle.

S’il y a des fleurs de cyanobactérie, on sait maintenant que ce n’est pas le moment d’aller se baigner.  Le risque pour le public demeure toutefois aussi important qu’avant, ajoute Sarah Dorner.

Les cyanobactéries, ou algues bleu-vert, existent depuis 3 milliards d’années. Elles s’apparentent davantage aux bactéries qu’aux algues.

Une floraison peut produire des toxines nocives pour la santé, comme une irritation de la peau et des yeux ainsi que des maux de gorge.

La consommation d’une eau contaminée peut quant à elle provoquer des maux de ventre et de tête, de la fièvre, des vomissements et de la diarrhée. Le foie et le système nerveux peuvent même être atteints.

Les citoyens moins aux aguets 

 

Laver son bateau est une précaution à prendre contre les espèces envahissantes, mais qui n'a aucune incidence sur la prolifération des algues bleu-vert puisqu'on en trouve naturellement dans tous les plans d'eau

 

Prétendre que les citoyens sont suffisamment informés sur les algues bleu-vert est un couteau à double tranchant, préviennent les experts.

Quand ils appellent le ministère, c’est qu’ils veulent avoir une confirmation : est-ce que ce que j’ai vu ce sont effectivement des algues bleu-vert?  Les gens ne savent pas. Ce n’est pas évident à l’oeil nu, estime Sébastien Sauvé.

Les riverains sont aussi moins portés à signaler la présence de cyanobactéries dans des plans d’eau où le problème est récurrent. Or, la surveillance du phénomène ne repose maintenant que sur leurs signalements.

Il est donc devenu impossible de connaître avec certitude le nombre de plans d’eau touchés d’une année à l’autre par les algues bleu-vert au Québec.

Les experts savent toutefois que le problème s'aggrave partout dans le monde.

Si on avait gardé pendant dix ans le même niveau d'analyse au Québec, on aurait des données fantastiques, estime Sébastien Sauvé. Mais comme le niveau de suivi n’a pas été le même, c’est très difficile d’avoir une évaluation objective de si ça va mieux ou non.

 
«

On a coupé touts les vivres des données environnementales
pour pouvoir bien mesurer le problème.

-   Sébastien Sauvé
                   Université de Montréal

»
 

Pire encore, croit Barry Husk, il est impossible de savoir si les efforts pour lutter contre les algues bleu-vert ont porté leurs fruits.

Quel a été le résultat des 200 millions de dollars dépensés pour réduire ce problème de 2007 à 2017? Le problème a-t-il diminué? Impossible à dire, selon lui.

On dirait qu’on est sur "arrêt" pendant que le reste du monde avance, déplore-t-il. Depuis quelques années, on dirait qu’on a perdu intérêt. Ce n’est plus la “saveur du mois”.

Adopter un lac

Alors que Québec délaissait l’analyse des lacs touchés par des cyanobactéries, l’Université de Montréal a lancé en 2016 la campagne citoyenne « Adopte un lac », afin d'échantillonner grâce à la contribution du public près de 500 lacs et cours d’eau à travers le Canada.

Une algue naturelle, mais à contrôler

 

Une floraison d'algues bleu-vert peut avoir l'apparence d'un déversement de peinture ou d'une soupe aux pois

 

Les cyanobactéries, mieux connues sous le nom d’algues bleu-vert, sont présentes naturellement dans les plans d’eau, rappelle Sarah Dorner de Polytechnique Montréal.

La professeure au Département de génie civil, géologique et des mines assure qu’elles sont même bénéfiques pour l’oxygénation de la planète, sauf quand un apport trop riche en nutriments mène à leur prolifération et à des épisodes de fleurs toxiques.

L’agriculture intensive est notamment montrée du doigt.  Le ruissellement et le drainage des terres agricoles transportent le phosphore et l’azote des engrais et des herbicides jusqu’aux plans d’eau.

Il y a aussi la question des changements climatiques, prévient Sarah Dorner.

La saison des algues bleu-vert commence au printemps et s’étire jusqu’à l’automne.  Elles prolifèrent dès qu’il fait plus de 20 °C.

Si on prolonge les périodes de températures optimales, ce qui est attendu avec les changements climatiques, on aura des proliférations pendant plus longtemps, explique la professeure.  Elle s’attend d’ailleurs à une saison assez intense cette année.

 
«

On a eu un printemps avec beaucoup de précipitations, et il commence à faire plus chaud.  Ces conditions-là sont propices à la prolifération des cyanobactéries

-   Sarah Dorner
                   Polytechnique Montréal

»
 

Encore des zones d’ombre

Avec les changements climatiques, davantage de plans d’eau seront donc contaminés.

Le problème empire et n’est pas résolu du tout, se désole Sarah Dorner.

Les experts sonnent l’alarme parce que les floraisons d’algues bleu-vert ne sont pas encore bien comprises. Ils ignorent par exemple ce qui stimule la production des toxines, qui les rendent dangereuses et potentiellement mortelles.

Arash Zamyadi
Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney

Ce ne sont pas toutes les algues bleu-vert qui produisent des toxines, explique Arash Zamyadi.

Et on ne sait pas dans quelles conditions elles vont en produire ni en quelle quantité, poursuit le professeur, qui a quitté Polytechnique Montréal pour enseigner en Australie.

Tout le monde regarde le panache vert et crie au danger. Mais parfois le nombre de cellules est très bas, et peut produire beaucoup de toxine, et vice versa.

Est-ce que c’est un changement dans l’environnement, dans le climat qui fait ça?

Est-ce qu’il y a un impact lié à l’activité humaine? Ce sont les questions auxquelles la science tente de répondre, dit-il.

Un autre aspect, cette fois peu étudié au Québec, est la présence de cyanobactéries dans les rivières, ajoute Barry Husk de BlueLeaf.

C'est un domaine dont on a peu ou presque pas de connaissances ici.  Par contre, ailleurs dans le monde, les connaissances avancent, soutient-il.

 

Comment repérer des algues bleu-vert?

Une fleur d’eau à forte densité peut s’observer à l’oeil nu.  Sa couleur varie du bleu au vert, et tire parfois même vers le rouge, le jaune, le brun ou le blanc.

Elle peut avoir l’aspect d’un déversement de peinture, d’un potage au brocoli ou aux pois, ou tout simplement d’un mélange de fines particules ou de filaments très courts.

Une floraison peut se faire en surface ou sous l’eau, et dégager une odeur désagréable.

 

Des solutions existent pour freiner la prolifération des algues bleu-vert,
comme des réglementations sur l'épandage et la protection des bandes riveraines.

 

Et les solutions?

À quoi ça sert de suivre pendant 20 ans l’évolution des algues bleu-vert, s’interroge Philippe Juneau, un autre expert au Département de sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.

Il faut franchir une étape de plus, selon lui, et investir pour trouver des solutions au problème. Un point de vue que partage Sébastien Sauvé.

Il faut revoir notre modèle de production agricole et minimiser les rejets d’azote et de phosphore qui vont dans les cours d’eau, indique le professeur à l’Université de Montréal.

Les chercheurs sur le terrain constatent cependant que les terres agricoles sont déjà très surchargées en nutriments, comme l’azote et le phosphore, qui gagnent nos plans d’eau.

Philippe Juneau

 
«

On a tellement surchargé nos terres et nos cours d'eau que le problème (des algues bleu-vert-cyanobactéries) n'est pas sur le point de disparaître.  Ça peut durer encore des générations

-   Barry Husk
        BlueLeaf Inc.

»
 

Il existe des solutions, mais elles exigent un grand effort et ne peuvent pas se déployer du jour au lendemain, appuie Sarah Dorner.

Une chose est certaine, selon Philippe Juneau, c’est que les algues bleu-vert « méritent encore d’être étudiées ».

Si l’intérêt du ministère n’est pas aussi fort que par le passé, il souhaite à tout le moins que le financement destiné aux chercheurs soit toujours au rendez-vous.

 

Benoit Charette est un nouveau ministre de l'Environnement du Québec face à un vieux problème dont les mandats successifs des politiciens et politiciennes au ministère étaient de cacher la situation sous le tapis médiatique pour ne pas déplaire aux entreprises touristiques et aux agriculteurs  Comment ce deuxième ministre de l'Environnement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) dans une première année de mandat, s'en sortira-t-il mieux que tout ceux qui avant lui donnaient le mandat de réduire le budget du ministère. Depuis sa création ce ministère n'a jamais eu les budgets de ses prétentions-  JosPublic

 

Source: Société CBC/Radio-Canada, une société de la Couronne (donc de la reine du Canada) propriété du gouvernement du Canada

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 26 juillet 201

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Les algues bleues-vert et l'Omerta touristique Par André Bouthillier ex-président et cofondateur de la Coalition Eau Secours!

 Bravo! et Merci à Mme Beauchamp. Algues bleues: après 6 ans de silence, la situation est encore pire

  Algues