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15 000 mammographies à réévaluer

Éditorial
de

JosPublic

Texte mis à jour le 5 janvier 2011

Voilà c'est reparti, les médias ont encore activé le bouton «Émotion». Quel beau cas de polémique pour faire vendre de la publicité médiatique ! Une guerre est déclenchée, et invariablement les auditeurs, téléspectateurs et lecteurs s’y accrochent.

Comme dans toute bonne histoire, les trois larrons vedettes sont au rendez-vous: la victime, le bourreau et la cavalerie, qui peut-être sauvera la victime étendue sur les rails alors que le train s'en vient.

Dans le cas présent, la victime est innombreuse (mot inventé par Sol), imaginez 15 000 personnes. Combien n’achetaient pas de journal avant de se découvrir possiblement victimes ?

Attention chers yeux qui se convulsent sur l'écran, si vous êtes clients.tes de ces cliniques, vous chercherez assurément votre nom dans la liste qui ne sera jamais dévoilée. Mais soyez sans inquiétude, l’alarme est sonnée, certains journaux ont déjà déniché des témoignages de personnes mentalement souffrantes de savoir ou de ne pas savoir si leur nom apparaît sur la liste. «Je te pique et tu cries ayoye! OK ?» Quel beau moment de télévision !

Attention ici! Il n'est pas question de rire de la vraie souffrance, mais de celle convoyée par les médias.

Le suspense oblige que le nom du bourreau ne soit pas dévoilé au grand public... puisque pas encore prouvé coupable. Quoi ? Pas de possibilité de lynchage public? Alors qu’on commençait à peine à s'habituer, nous, avec le cas de maître Bellemare et sa bastarache d'histoire, avec l’affaire du tueur en bikini des Forces armées canadiennes! Et qui d'autre devait être lynché ?... bon j'en échappe, j'écoute pas la radio privée du Québec pour savoir qui écoeurer aujourd'hui. Mais voilà qu’un odieux journal donne le nom des radiologistes à qui le collège des médecins a défendu d'analyser des mammographies, tout en ânonnant qu'il n'y a pas de faute pour le moment. Enfin un autre lynchage sur la place publique. Euh ! Y'en a un qui a 77 ans. Comment ça se fait que Lucien Bouchard l’avait pas pensionné avec les autres médecins ? J’te dis que les Lucides font pas toujours leur travail consciencieusement. J'espère que "la clique de Limoilou" va s'en occuper.

M’enfin comme le scénario est déjà écrit, la cavalerie dans ce cas c'est le Collège des médecins qui sauvera le film ; il a d’ailleurs veillé au grain. Bravo, ils ont tout fait correct, sauf qu’il y a un petit problème. Le Collège a menti au grand public en disant que ce sont les mécanismes qu’il a mis en place qui ont permis de découvrir l'incompétence du médecin radiologiste, alors qu’en réalité c’était la plainte d’une patiente qui s’adonnait à avoir un médecin comme conjoint. C’est commode à avoir en cette période de redressement à droite de notre petit grand peuple. J’imagine que la demande de permettre la bigamie comme le cas se débat en Colombie britannique serait bien utile. Un conjoint pour la santé, un pour les assurances, un pour l’auto. Ce serait une façon de se passer des collèges ou ordres professionnels qui exercent de façon laxiste le mandat que lui a confié l’Etat de protéger la population. Si on rapetisse l’Etat c’est ça qui va nous protéger ? Cela va devenir laxatif, non!

Pour le moment le ministre de la Santé du Québec ne bouge pas. Nous apprenions le 31 décembre 2010 que le Collège des médecins a envoyé à 18 000 femmes une lettre les avisant que la mammographie qu'elles ont passée dans le cadre du programme québécois de dépistage fait l'objet d'une enquête. Il faudra toutefois attendre le printemps prochain, peut-être même l'automne, pour connaître les résultats de l'enquête ordonnée par le Collège des médecins à la suite de plaintes de patientes.

Mais alors pourquoi me péter les fusibles, déjà si sensibles à la flagornerie, et bien, parce que c’est ce que j'appréhende qui me turlupine! Si vieillir assagit certaines personnes, ça évoque aussi la souvenance de gestes imbéciles répétés à maintes reprises par les médias.

Un exemple : le site internet du journal La Presse "Cyberpresse", toujours en quête de sensationnalisme, omet délibérément de jouer son rôle de service public et au lieu d’informer les personnes possiblement touchées par de mauvais diagnostics de communiquer avec
Info-Santé au 811, il écrit :
 

Vous vous inquiétez du fait que le Collège des médecins du Québec vient d'ouvrir une enquête sur les diagnostics de mammographie posés par un radiologiste qui pratiquait au sein de ces trois cliniques? Contactez nous à redaction@cyberpresse.ca pour nous faire part de votre témoignage

Ce qui me rappelle l’affaire du cancer du sein en mai 2009 où 2730 personnes, dont 80% de femmes, ont subi des tests attentatoires faussant le diagnostic et le choix du traitement. Pendant deux mois, tous les médias ont scandé l’énormité de l’affaire de première page en première page… puis, psftttttttttttt! la baloune se dégonfle…
( 01 ) plus rien.

Un matin, en fouillant sur le site du Ministère de la Santé, un citoyen découvre que l'Association des pathologistes et le gouvernement du Québec ont convenu d’une entente qui améliorerait la qualité des tests en laboratoire : le gouvernement investirait finalement les sommes nécessaires.

Dans les journaux : aucune information, aucun journaliste pour s’intéresser à la question... combien de mauvais diagnostics, monsieur le ministre? Combien de personnes mortes suite au désinvestissement du gouvernement dans la gestion de la qualité des laboratoires?... Rien, le néant, le trou noir, pas un mot. Alors, le citoyen en avisa la chroniqueure scientifique du magazine l'Actualité qui publia...

 

Le blogue de Valérie BORDE
20 avril 2010

Dix mois après avoir affolé les Québécoises en annonçant qu’une partie des tests de diagnostic du cancer du sein étaient peut-être erronés, les pathologistes ont enfin eu gain de cause : le ministère de la Santé et des services sociaux a annoncé le 31 mars dernier qu’un programme d’assurance qualité permettant de mieux encadrer les analyses anatomopathologiques serait mis en place progressivement à compter du 1er avril.

C’est ce que recommandaient les experts depuis un bon bout de temps, et ce que prévoit le Plan d’action ministériel publié lui aussi le 31 mars.

C’est définitivement une bonne nouvelle. Pourtant, le communiqué du MSSS n’a été repris par aucun des médias qui avaient été prompts à semer la panique lors de la fameuse publication de l’étude du Dr Gaboury.

Tous les journalistes l’ont-ils manquée, comme moi (merci à André Bouthillier de m’avoir transmis cette info !), ou est-ce parce qu’on préfère parler seulement des mauvaises nouvelles concernant notre système de santé ?

Que dire de plus, sinon que le syndicat (Fédération) des médecins n’a pas dénoncé le Collège des médecins.

Un prochain gouvernement devrait renforcir sa poigne sur les Ordres/Conseils professionnels et se donner les moyens d’intervenir. Quant aux journaux, un Ordre des journalistes n’y changera rien car les chroniqueurs, éditorialistes, titreurs et éditeurs ne sont pas des journalistes mais des gens d’affaires.

Y'a quand même une limite à jouer au yoyo avec la santé de la population pour mieux faire vendre des chars à Ford en double page dans la grosse presse. Quand à la menterie du Collège... Comment retrouver la confiance dans les institutions après ce genre de bévue?

 

Référence:

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Commentaire de JosPublic