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Maîtres du monde : le groupe de Bilderberg perd de son mystère
Bilderberg 2010 et barrages médiatiques

 

Sous-titres

L'écrivaine Flore Vasseur était sur les lieux - Reportage
Celle-ci est romancière, spécialiste du monde de la finance. Elle s'est rendu à Sitges en Espagne, où a lieu la réunion annuelle du groupe Bilderberg

Bilderberg 2010

Maîtres du monde : le groupe de Bilderberg perd de son mystère

Quel bilan, quels consensus ?

La station balnéaire gay et branchée de Sitges, située sur la Costa Brava (Espagne), n'avait jamais connu une telle agitation.

Des escadrons de policiers catalans armés jusqu'aux dents qui bloquent les accès à l'hôtel Dolce Resort, un hélicoptère qui tournoie en permanence pour repérer les intrus, un ballet de limousines noires aux vitres fumées et des hordes de manifestants en colère interpellés sans ménagement

… La cause ?

Pendant trois jours s'y déroulait la 56e réunion du très influent groupe Bilderberg, une sorte de forum de Davos itinérant, en beaucoup plus élitiste, qui existe depuis 1954. Interdit d'accès au public, composé de 130 membres issus des milieux financiers et politiques, Bilderberg fait fantasmer les groupes anticapitalistes et conspirationnistes de tout poil et a hérité du surnom de Club des maîtres du monde.

Sources

Agence France Presse
4 juin 2010

Le courrier international
La Science au XXI siècle
3, 6 juin 2010

Journal Le Parisien
7 juin 2010

Le quotidien français Marianne
Reporteure spéciale Flora Vasseur
3, 4 et 5 juin 2010

Journal Rue 89
Elodie Cuzin
4 juin 2010

Résumé et commentaires par JosPublic Pour MétéoPolitique En ligne le 9 septembre 2010 

 
 
 

Ministres et milliardaires Si les noms de la centaine de VIP réunie à Sitges restent confidentiels, les médias espagnols en ont révélé quelques uns, après des fuites. On sait qu'il y avait le chef du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, le milliardaire Bill Gates, le conseiller financier d'Obama, la reine d'Espagne, trois commissaires européens, la sous-directrice de la Banque centrale européenne, etc.

Créé en pleine guerre froide Bilderberg a été créé en 1954, et tire son nom de l'hôtel hollandais où se sont réunis ses fondateurs, une poignée de financiers, dont David Rockefeller, un officier de l'Otan et le prince Bernhard des Pays-Bas.

« L'objectif était de constituer une cercle d'influence puissant dans les domaines économiques et financiers, essentiellement européen, pour faire face à la menace communiste. Après la chute du Mur, ils se sont constitués en groupe de réflexion. Les débats sont de très haut niveau. On y entre par cooptation, jamais par demande, explique, avec un brin d'ironie, un ex-haut fonctionnaire, ancien conseiller à Bercy, qui tient à garder l'anonymat. A côté, Davos, c'est la seconde division. »  

Le Bildeberg, joujou secret pour puissants has been
Un reportage de l'écrivaine Flore Vasseur


Le Bilderberg, enfin révélé, déjà has been ? Je voulais en avoir le cœur net. Dans mon roman "Comment j'ai liquidé le siècle", j’évoque cette organisation transatlantique, prétendument secrète, qui régnerait sur les gouvernements. Tous les ans, dans un lieu chaque fois différent et inconnu du grand public, elle réunit 130 personnalités parmi les plus influentes en Occident : décideurs politiques, chefs des armées, grands banquiers, capitaines d’industrie, magnats de la presse.

Depuis sa création, en 1954, elle infiltrerait organisations internationales et gouvernements, téléguidant leurs actions, usurpant la démocratie. Le travail de quelques journalistes indépendants, flirtant souvent avec les théories du complot, a permis de révéler certains éléments : avec retard, on sait qui vient, le contenu des discussions (pétrole, euro, économie, géopolitique), et le procédé (des interventions courtes).

Mais aucun participant n’a jamais raconté son expérience. Alors, pourquoi ce secret ? Après tout, cette sauterie très grand luxe (palace, golf, repas gastronomique) est financée par le contribuable. Dans mon roman, j’avais le sentiment d’avoir peut-être levé un lièvre. Je me suis rendue à Sitges, près de Barcelone, lieu de la réunion annuelle, vérifier qu’il ne s’agissait pas d’un lapin empaillé. Bilan de ma chasse ? J’ai campé (au niveau du premier cordon de sécurité) et j’ai brûlé (sous le cagnard catalan). La réunion avait bien lieu. Selon la rumeur, le roi et la reine d’Espagne, les patrons de Goldman Sachs et de la Banque mondiale, Anne Lauvergeon (Areva), José Luis Zapatero, Bill Gates, David Rockefeller (le fondateur) en étaient. Le service de sécurité déployé était hors norme, mais, à part des agents secrets déguisés en gardiens de camping, quelques journalistes à cran et des altermondialistes piercés, je n’ai rien vu. Pourtant, la déconnexion des élites avec la réalité était symbolisée ici par une tripotée de happy few planqués dans un hôtel, protégés par l’armée d’une poignée de militants plus ou moins allumés mais inoffensifs.

On dit le Bilderberg, bras armé du leadership américain, sur le déclin. Ses membres sont dépassés par l’ampleur de la crise. Organisent-ils le chaos (l’énième argument des anticonspirateurs) ? J’ai davantage eu le sentiment d’une organisation agissant sans les populations plutôt que contre. La culture du secret entretient le fantasme mais le pouvoir est ailleurs aujourd’hui, quelque part entre la Chine et les salles de marché. Le Bilderberg existe. Mais c’est un joujou pour puissants has been. Intuitivement, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle.

 
Nous sommes arrivés ce matin à Barcelone. Dans le taxi, j’ai sondé le chauffeur avec mon espagnol impossible. Il a été patient, m’a dit que la finance n’était qu’un jeu, les fins de mois difficiles, l’Espagne, pas la Grèce. Savez-vous ce qu’est le Bilderberg? Jamais entendu parler. Il nous demande où nous allons. Au Dolce Resort, le complexe hôtelier censé accueillir le sommet annuel du Bilderberg, lequel est censé démarrer demain. « Censé » car cette information n’est pas officielle, ni publique ni rien. Des blogs en ont parlé. Ils sont bien les seuls à s’intéresser au Bilderberg.
Depuis 1954, ce groupe se réunit une fois par an dans le plus grand secret. La liste des participants des éditions précédentes a largement fuité sur Internet : des ministres, des patrons d’entreprises, de presse, les chefs des armées. On sait qui vient, qui protège la réunion des quelques activistes (les CRS locaux, mais aussi des agents, des avions de l’Otan). On ne sait pas ce qui s’y décide, ni surtout pourquoi les medias de masse n’en parlent jamais. Le participants représentent est la crème de la crème transatlantique des 4 pouvoirs : militaires, politique, économique, médiatique. Peu d’articles, aucun communiqué quand en France, n’importe quelle descente de sous-ministre dans une caisse d’allocation familiale est couverte par la presse nationale.
Tout ce que j’ai trouvé sur Internet sur le sujet est écrit soit par des partisans des thèses conspirationistes, soit par une poignées de journalistes freelance. Quand nous arrivons à proximité du complexe hôtelier, j’en suis à me dire que probablement il n’y aura rien, que je suis entrain de me laisser emporter par mon sujet, que le Bilderberg est le dernier « nonosse » des exaltés. J’ai hésité à venir. Au pire, je passe quelques jours à Barcelone, au mieux, je vois de mes yeux quelque chose que je n’ai pour l’instant qu’imaginé. Et que je ne comprends pas. Le chauffeur de taxi peste soudain parce que la route est barrée, je découvre l’alignement de cars de CRS. Juste devant une école maternelle dans laquelle les enfants jouent. Une poignée d’activistes piercés soutiennent des banderoles et des cartons écrites à la main. Cela paraît absurde. Nous nous fondons dans le petit groupe. Un allemand en short qui ne connaît que deux mots d’anglais répètent « fucking bastards of bilderberg », des suisses qui ne croient pas au 11 septembre sortent des photos du Pentagone assiégé, une femme hurle « Assassin » sans discontinuer. « Todo eso es une mentira, tu connais Matrix » me demande un type de Barcelone ?
Il est une heure de l’après midi, les activistes sont déçus. Ils s’étaient donnés rendez-vous sur Facebook. Je plaisante en leur demandant s’ils ont prévu un apéro géant à la santé du Bilderberg. Personne ne rigole, déçu par la faible mobilisation. Ca sera mieux demain paraît-il. Quand la réunion aura démarré. Pour l’heure l’hôtel est vide. Les journalistes se reconnaissent. Ils ne sont que 5 ou 6 à couvrir l’évènement, c’est un peu leur morceau de bravoure annuel. Qui vient ? Les noms circulent : le patron de la banque mondiale, la Reine Sofia, Zapatero, Bill Gates…. De quoi vont-ils parler ? D’une intervention militaire en Iran, de l’Euro, d’une possible sortie de l’Union par l’Espagne… Who knows ? Les sujets ne manquent pas. Au programme : Jeudi : débats ; vendredi : décisions ; samedi : golf.

Trois petits tours et puis s’en vont ? Le check point est gardé par six membres des « mossos d’esquadra ». A leur pied, les activistes ont écrit : « Monsieur le policier, les criminels sont à l’intérieur, pas à l’extérieur ». « S’ils sont chargés de la sécurité des participants au Bilderberg, qui me protège d’eux » me demande un sociologue, « hippy activiste » comme il se définit lui même. « Si eux représentent le pouvoir, et s’ils se réunissent dans le plus grand secret, c’est qu’il n’y pas plus de démocratie, c’est qu’ils sont des seigneurs et que nous sommes des esclaves. Je ne veux pas être un esclave. » Dont acte, il a inventé une monnaie sociale.
Pour un monde sans euro ? Comme aucun participant n’est encore arrivé, nous avons pu avancer jusqu’à un deuxième check point. On a découvert le Golf, vu l’hôtel de plus près. Première conclusion de la journée : les bilderbergers ont un goût douteux. L’un des bâtiments dispose d’un toit pointu. « Tu ne reconnais pas la Pyramide des illuminati ? », s’écrit l’Allemand en Short. Nous attendons le défilé d’Audi et de Cayenne aux vitres teintées. L’objectif des activistes : révéler qui vient grâce à un safari photo organisé de l’aéroport jusqu’au check point. Ils espèrent reconnaître les passagers. Tout ce qu’ils voient : un ballet de fourgons blindés, de camionnettes de fleuristes et de livreurs. De bon enfant en début de journée, la tension monte à mesure que les heures passent. Un hélicoptère surgit, avance au ralenti, sondant le bois qui longe le Golf de l’hôtel. Des agents seraient répartis dans la forêt, les policiers filtrent à l’entrée, commencent à vérifier les coffres des voitures autorisées à passer. L’Hélico s’excite et surplombe maintenant l’entrée. On sait que les participants vont commencer à arriver. « Assassinos, criminales, mercenarios » hurle une activiste. La seule chose que l’on voit : un dragon géant gonflable à l’arrière d’un camion de chantier. « L’année dernière en Grèce, cette année en Espagne. L’économie ne ment jamais rappelle un tag inscrit à la craie ».

Les activistes posent leurs banderoles et sortent leurs bières. Le Bilderberg se réunit bien ici. Les hélicos, patrouilles, agents, sécurisent le périmètre. Le camping dans lequel nous logeons a été passé au crible. La sécurité déployée est disproportionnée. Pourquoi ? Info, intox ? Suis-je là trop tôt ? Ou est-ce déjà trop tard. C’était un jour 0. Ce petit monde s’échange les numéros. Un tour de garde s’organise devant le check point. Rendez-vous demain, 4 heures du matin.
 

Participants attendus (et on les attend toujours) : Le Roi et la Reine d’Espagne, Zapatero, différents ministres espagnols, Robert Zoellick (Banque Mondiale), Dominique Strauss Khan (FMI), Jean Claude Trichet (Banque Centrale Européenne), le président du groupe de presse El Pais, Bill Gates ainsi que les membres permanents David Rockfeller, Zbigniew Brzezinski seraient attendus à la réunion annuelle du Bilderberg à Sitges en Espagne. Seraient débattus : l’avenir de l’Euro, la place de l’Espagne dans l’Europe, l’Iran.

 

Au moins, trois équipes de télévision et radio publiques et privées espagnoles sont sur place pour couvrir l’événement, attestant de la mobilisation des médias espagnols. Par contre, aucun journaliste du groupe El Pais n’est sur place, confirmant la censure « organique » autour de l’évènement.

Un petit groupe d’altermondialistes, pour la plupart partisans des thèses anti-conspirationnistes, manifestent devant le cordon de sécurité, tenu par des CRS et des policiers, à plus d’un kilomètre du complexe hôtelier. Ils exigent une conférence de presse et l’accès à la liste complète des participants ainsi que l’agenda des discussions.
 
Selon Esteban Cabal, Secrétaire Général du parti écologiste espagnol, « Grupo Verde », du mouvement vert espagnol, les décisions du Bilderberg ont un impact direct sur le contenu des réunions du G20 puis du G8. Il est le seul homme politique présent parmi les quelques manifestants. Il dénonce la rencontre, inconstitutionnelle selon lui, entre hommes d’Etat et du pouvoir privé.

De fait, quel est le pouvoir réel du Bilderberg, qui vient, et surtout, pourquoi est-ce si secret ? Dommage que ceux qui se posent la question soient immédiatement dé-crédibilisés (mon tour viendra-t-il ? A ver ! )

Dès l’aube, nous avons campé devant le premier check point dans l’attente d’apercevoir les participants au Bilderberg 2010 dès leur arrivée.

Nous n’avons vu que des « bossos des escadras », des agents sur les dents déguisés en garde de camping (véridique) et quelques limousines, vides, conduites par des hommes derrière des lunettes noires. Daniel Estulin, un journaliste canadien connu pour son travail d’enquête sur le Bilderberg, est arrivé en milieu de journée. Il a été assailli par les journalistes présents.

Ils étaient à cran de ne rien avoir à se mettre sous les dents. Il a été insulté par les militants anti-conspirationnistes dont il fustige les thèses. D. Estulin semblait gonflé à bloc après son intervention au Parlement Européen, puis par les 20 interviews enchainées au pas de course. En pré-promo pour son nouveau livre « Conspiracion octopus » (sortie du libre le 15 août en Europe), une organisation secrète encore plus puissante que le Bilderberg, mieux informé que quiconque, il était à Sitges comme dans son royaume.

Il a livré ses « insider infos ». Reste à vérifier la source et faire bon usage de la distance nécessaire (mais laquelle ?). Les listes qui suivent sont donc à prendre avec des pincettes. A l’agenda de l’édition 2010 du Bilderberg, il y aurait 10 points (personnellement, je ne vois pas comment ils peuvent dérouler ce programme en 3 jours, d’ailleurs, je n’en liste que 8) :

- L’Espagne, sa dette, son devenir. A ce sujet Zapatero aurait prononcé le discours d’ouverture sur la bonne santé et les perspectives de son pays. L’assistance aurait balayé son plan d’un revers de main, condamnant l’Espagne au Sirtaki.

- La Grèce, sa dette, son devenir : comment endiguer le risque de contamination du soulèvement populaire
   
- Nos institutions nous permettent-elles de bien gérer et de résoudre la crise ?

- L’Euro,

- L’Irak,
 
- L’Iran,
  
- Comment quitter l’Afghanistan sans lâcher son opium ?
 
- Et enfin (mais je ne suis pas sûre d’avoir bien compris) : la réduction de la population mondiale par la famine et le Nucléaire. Pour Estulin, le projet du Bilderberg serait la survie de la planète (et donc des puissants) par le retour de Malthus et du Nucléaire.

Parmi les participants français à l’édition, il cite : Henri de Castries, Bernard Kouchner, Christine Lagarde, DSK, Trichet. De fausses listes circulent sur internet (notamment une reprenant les noms des participants de 2009 mélangés à quelques noms de ministres espagnols : méfiance ! ).
La plus crédible est probablement celle-ci :
http://periodismohumano.com/sociedad/club-bilderberg-la-mayor-concentracion-de-poder-se-reune-en-privado-en-espana.html

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Bilderberg 2010

Le 3 juin 2010 se tenait à Sitges (Catalogne/Espagne) la réunion de 2010 du cercle de Bilderberg.

Les grands médias espagnols (
La Vanguardia, El Mundo...) en parlent ouvertement, de même que des journaux britanniques comme le Times, à différence de leurs homologues français, canadiens et états-uniens qui semblent garder un silence crispé.

Pourquoi une telle différence de comportement ? De même, le 3 juin Daniel Estulin (01) a mis en ligne  sa conférence de presse au Parlement Européen du 31 mai 2010 (02), dont on trouve également les vidéos sur le site de PijamaSurf.

Qui en parle dans « nos » médias ? La liste des participants à la réunion de Sitges ne semble pas avoir été rendue publique à ce jour, mais des prétendues listes circulent un peu partout qui, après examen, s'avèrent être des copies de celle de l'année dernière. Conséquence, sans doute, de la situation anormale que génèrent les blocages des médias et le secret général de ce type de réunions. Pourtant, des analyses du rôle d'entités comme le groupe de Bilderberg et la Commission Trilatérale mériteraient d'être exposées aux citoyens et publiquement débattues. Bien davantage que la plupart des sujets couverts par les médias les plus « prestigieux ».

Sur le site du Parlement Européen, dans la rubrique Conférences de Presse, on peut lire dans l'agenda Groupe Bilderberg - Mise en place de One World Company Ltd (03)

Daniel Estulin

Le titre « Groupe Bilderberg - Mise en place de One World Company Ltd » est fort parlant. Dans son intervention, Estulin rejette les notions de complot, de société secrète, de gouvernement mondial ou de nouvel ordre mondial. Ou encore, l'idée de quelques personnes réunies autour d'une boule de cristal pour planifier l'avenir du monde. Il s'agirait plutôt d'un «système qui s'autoreproduit, une toile d'araignée virtuelle entremêlée avec les intérêts financiers, politiques, économiques et industriels ».

Une chose paraît évidente : dans la situation actuelle, les oligarchies occidentales n'ont pas, de toute façon, les moyens d'imposer un gouvernement mondial.

Estulin évoque, en revanche, « une réunion de personnes représentant une certaine idéologie ».

Mais ces personnes qui se réunissent à Bilderberg sont toutes des « décideurs » au plus haut niveau mondial, ou des conseillers de ces «décideurs». Qui façonne donc une telle idéologie, si ce n'est les intérêts évoqués par Estulin ?

L'idéologie de ces « décideurs » serait, d'après Estulin, celle d'Une Compagnie Mondiale LTD.

Mais le véritable pouvoir politique, sous le capitalisme, a-t-il jamais été autre chose que le pouvoir des groupes dominants du système économique ?

Dans ses mémoires , David Rockefeller, qui fut l'un des rapporteurs à la première conférence de Bilderberg en 1954 et fondateur de la Commission Trilatérale en 1973, écrit :

(...) Some even believe we are part of a secret cabal working against the best interests of the United Sates, characterizing my familiy and me as « internationalists » and of conspiring with others around the world to build a more integrated political and economic structure  - one world, if you will. If that's the charge, I stand guilty, and I am proud of it. (04)

Il s'agit donc bien de gouvernance mondiale, avec subordination de fait du pouvoir politique au pouvoir économique. Ce dont les compositions du groupe de Bilderberg et de la Commission Trilatérale attestent largement.

Cette déclaration de principe de David Rockefeller dans un ouvrage daté de 2002 et 2003 présente une grande cohérence avec les déclarations récentes de José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy à la tête de l'Union Européenne : il s'agit bien d'imposer aux actuels Etats souverains une « gouvernance » de plus en plus globale par le biais des pressions financières.

De surcroît, les structures des actuels Etats au bord de la faillite laissent de plus en plus la place à un véritable Etat privé : universités privées, écoles privées, polices privées, sous-traitance et marchandisation des tâches administratives...

Est-ce vraiment surprenant, au vu de la nature du système en place ? Sous le capitalisme, le parlement et les gouvernements ont toujours été des apparences de pouvoir en face du pouvoir réel de la grande finance et des grands groupes industriels dont les politiques sont pour la plupart des exécutants. Telle a été, par exemple, la raison de l'impuissance du mouvement populaire pour empêcher la première guerre mondiale.

La « nouveauté » d'entités comme la Commission Trilatérale réside, précisément, dans la tentative d'unification à l'échelle planétaire des intérêts de ces groupes économiques dominants.

Pour le groupe de Bilderberg, c'est plus compliqué, faute d'une composante représentative des capitalistes de l'Asie. Comme le souligne Estulin, l'idée de base est d'aboutir à un « maniement » de la planète par les « élites » de l'Europe et de l'Amérique du Nord en opérant le rassemblement des plus puissants intérêts financiers. Un programme qui, de notre point de vue, s'inscrit dans le passé sur le plan historique.

A noter également qu'à ce jour le site de la Commission Trilatérale ne semble annoncer aucune réunion « régionale » en Asie pour 2010, par contre le Forum économique mondial a tenu sa dernière instance régionale en Chine.

Est-ce une simple question « technique » ? On peut penser que, précisément, la montée des pays de l'Asie et de l'ensemble des pays dits «émergents» fait de plus en plus obstacle au projet initial du cercle de Bilderberg. Pourtant, cette évolution n'a été que la conséquence prévisible de la politique de délocalisations et d'exportations de capitaux imposée, défendue et appliquée par ces mêmes « élites » occidentales.

Un projet de « monde unique » débattu à huis clos, sur lequel les médias gardent pour l'essentiel le silence et qui, de toute façon, rencontre des oppositions croissantes à l'échelle planétaire. Pire, la stratégie qui en a découlé s'est finalement soldée par la ruine économique des pays occidentaux jadis « riches ». A quoi aura servi tant de secret, de prétendu « élitisme », d'exclusion des citoyens et de barrages médiatiques ? Et où va, tout compte fait, le monde « occidental » dont la crise s'aggrave encore ?

Daniel Estulin rappelle à juste titre que la crise de 1929 et la Grande Dépression qui l'a suivie ont permis aux riches de l'époque de devenir encore plus riches.

Les péripéties de cette époque ont d'ailleurs permis aux États-Unis de s'affirmer en tant que première puissance financière mondiale au détriment de la Grande-Bretagne.

Mais globalement, la période 1929-45 fut celle de la montée de l'Union Soviétique et du développement d'une série de révolutions dans le monde (notamment, en Chine). Des évènements qui ont radicalement changé les équilibres géostratégiques. La République Populaire de Chine a été proclamée le 1er octobre 1949.

De toute évidence, la crise actuelle a propulsé la montée des pays « émergents » au détriment des puissances occidentales. Pouvait-on, raisonnablement, ne pas s'y attendre ?

A son tour, n'en déplaise à la « pensée unique », cette crise devait inévitablement arriver après plus de vingt ans de privatisation systématique des patrimoines publics, de vagues de délocalisations et d'exportation permanente de capitaux.

Comment interpréter la réticence récurrente des grands médias les plus « sérieux » à informer les citoyens et à examiner dans la transparence ces questions de première importance ? Les citoyens ont droit à une information objective, a fortiori dans l'actuelle période de crise.

JoPublic ajoute que ce sont quand même nos taxes qui paient pour la sécurité des personnes participantes à ces forums ... et c'est à coup de millions de $

Quant aux participants à la réunion de Bilderberg de cette année, sur le site du Guardian le journaliste Charlie Skelton avance les noms suivants

Marcus Agius, Josef Ackermann, Jack Keane, Juan Luis Cebrián Echarri, Richard Holbrooke, Gustavo A Cisneros Rendiles, Victor Halberstadt, Roger Altman, Joaquín Almunia, W. Edmund Clark, Jan H.M. Hommen, Jyrki Katainen.

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Maîtres du monde : le groupe de Bilderberg perd de son mystère

Médias en masse, noms d'invités qui fuitent, contestations : le secret s'étiole autour du groupe de Bilderberg

·         La réunion de tous les fantasmes, celle qui réunit depuis cinquante ans « les maîtres du monde » dans le plus grand secret, perd cette année de son mystère à coups d'invités confirmant officiellement leurs présences et de journalistes commentant en direct le ballet des berlines aux vitres teintées. Mais le cœur des débats reste impénétrable pour le commun des mortels.

Simple raout entre puissants et multimilliardaires ou conspiration pour décider du futur du monde, intervention militaire en Iran et futur de l'euro compris ? Le « groupe de Bilderberg », suscite les rumeurs les plus folles depuis sa fondation, en 1954.

Le secret entoure traditionnellement sa liste d'invités, une bonne centaine de personnalités européennes et américaines - multimilliardaires, leaders politiques, chefs d'entreprises, leaders d'opinions - qui doivent en outre jurer de ne pas raconter ce qu'ils ont vu et entendu dans le saint des saints, généralement la salle de conférence d'un hôtel de luxe barricadé pour l'occasion.

De quoi exciter les amateurs de théories de la conspiration qui reprochent régulièrement aux « grands médias » de se rendre complices en ignorant délibérément ces retrouvailles annuelles. Une remarque reprise et illustrée par le sérieux Slate US, en 2008, (05) : « Jusqu'ici les détracteurs de Bilderberg ont raison : La presse grand public a ignoré Bilderberg en 2008 », remarquait Jack Shafer quelques jours après sa 5e édition.

Des fuites de noms qui démystifient Bilderberg

En revanche, cette année, au moins en Espagne, le pays hôte, les informations envoyées en direct depuis le périmètre de sécurité ne manquent pas. Une recherche sur le Google News espagnol rapporte des centaines de résultats publiés dans les grands journaux et les chaînes de télévisions connectent en direct avec leurs envoyés spéciaux comme pour un Festival de Cannes où la montée des marches serait dissimulée au public.

Les grands journaux britanniques ont aussi envoyé leurs reporters sur place. En France, peu d'informations ont été publiées jusqu'ici, à l'exception du blog de la romancière Flore Vasseur partie pour Marianne 2 et d'une dépêche AFP.

José Luis Rodriguez Zapatero

Celle-ci reprend d'ailleurs les déclarations de la vice-présidente du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega qui a contribué à casser le mythe en confirmant officiellement la présence de José Luis Rodriguez Zapatero qui devait y prononcer un discours portant sur la crise économique mondiale.

Maria Teresa Fernandez de la Vega

Dans la matinée, c'est Bill Gates lui-même qui avait annoncé publiquement sa venue, pour la première fois a-t-il précisé.

Selon les listes qui fuitent ici ou , le président de la Banque centrale, Jean-Claude Trichet, le Britannique Peter Mandelson, le président de la Banque mondial, Robert Zoellick, l'ancien commissaire européen Pedro Solbes, le conseiller d'Obama Paul Volcker ou encore les rédacteurs en chef de The Economist et du Financial Times y assistent. D'ordinaire peu loquace en public, la reine d'Espagne, Sofia, serait aussi une habituée de la réunion.

Le choix du lieu brise aussi un peu le mythe obscur. Difficile de transmettre l'image d'un bunker menaçant à Sitges, mecque gay de la côte espagnole tout aussi célèbre pour son festival de cinéma fantastique que ses belles plages où déambulent parfois des zombies.

Le déploiement de mesures de sécurité se charge de donner à l'occasion une ambiance plus inquiétante, à en croire les témoins sur place.

Les alentours de l'hôtel Dolce, où logent les participants, sont littéralement pris d'assaut. Les habitants et employés de la zone résidentielle attenante à l'hôtel ont même dû s'accréditer auprès des forces de sécurité, rapporte Europa Press. Le terrain de golf et la boîte de nuit en plein air qui venait d'inaugurer la saison ont en plus été fermés au public pour le week-end !

Plus sérieusement, c'est le contribuable qui devra en partie payer ces énormes mesures de sécurité. « Un gaspillage injustifié », selon certains policiers. Un syndicat de Mossos d'Esquadra, la police catalane, a ainsi dénoncé publiquement vendredi le déploiement de « centaines de Mossos […] en pleine crise et alors que les gouvernements imposent une baisse de salaire aux fonctionnaires. » Le quotidien Público estime que cette facture s'élevera à 600 000 euros.

Les critiques de la rencontre dénoncent en outre le fait que les agendas des élus et personnalités publiques y assistant ne reflètent pas leurs venues. C'était le cas, en Espagne, de l'agenda de M. Zapatero, jusqu'à la confirmation de sa venue par son bras droit, et de celui de la reine espagnole.

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Quel bilan, quels consensus ?

Le 6 juin, une liste « finale » des participants à la réunion de Sitges du groupe de Bilderberg semble circuler sur plusieurs sites. Mais quels sont les résultats et les consensus à l'issue d'une réunion qui, d'après ses organisateurs, est censée ne pas aboutir à des véritables « conclusions » mais dont David Rockefeller estime les débats indispensables pour l'avenir du monde ?

Force est de constater, en tout cas, que ces prétendus «débats indispensables» ont lieu à huis clos et avec une participation écrasante de représentants des grandes multinationales et des milieux financiers.

Le 6 juin également, El Diario de León publie une interview du responsable fédéral d'Izquierda Unida, Cayo Lara, membre du Parti Communiste d'Espagne. Pour Cayo Lara, au sein du cercle de Bilderberg se trouve « une partie importante de ceux qui ont plongé le monde dans l'actuel chaos financier, des responsables de la crise et du chômage ». Voici des déclarations simples et claires, que les dirigeants de la « gauche » et de la « gauche de la gauche » françaises ont raté l'occasion d'adresser aux citoyens. Ou tout simplement, leurs intérêts leur déconseillent de ce faire... Vu la composition de la liste des participants à la conférence de Bilderberg de cette année, tout porte à croire que la « tendance des débats » est allée dans le sens de la poursuite et l'accélération de la politique néfaste des vingt-cinq dernières années.

Parmi les participants dont la liste récemment diffusée fait état, on trouve trois commissaires européens : Joaquín Almunia (vice-président de la Commission Européenne), Karel de Gucht et Neelie Kroes, plus le secrétaire général du Conseil de l'Union Européenne Javier Solana et la dirigeante de la Banque Centrale Européenne, Gertrude Tumpel-Gugerell.

De toute évidence, l'avenir de l'euro et la « gouvernance » économique et sociale de l'Union Européenne ont été au centre des débats.

On constate, en même temps que celle de Bill Gates, la participation de la directrice générale du Programme alimentaire mondial des Nations Unies Josette Sheeran et, comme d'autres années, celle du président de la Banque Mondiale Robert Zoellick.

De quoi s'attendre à une intensification des plaidoiries pour une « gouvernance mondiale ».

On reste pour le moins perplexe de lire qu'un club privé serait l'endroit approprié et indispensable pour discuter de divergences entre responsables des pays Européens et des États-Unis.

A quoi servent donc les échanges officiels entre les gouvernements, entre les représentants des institutions, entre les instances et groupes parlementaires... ?

Il paraît évident que la différence essentielle entre le groupe de Bilderberg et les rapports officiels entre Etats souverains réside dans la participation directe et « en force » des représentants des multinationales et de la grande finance dans les débats.

Or, la politique de privatisation des patrimoines publics, qui se poursuit depuis les années 1980 et s'accélère encore, ne peut que renforcer au fur et à mesure le poids des grands groupes privés dans de tels échanges et affaiblir celui des responsables publics.

Est-ce autre chose, dans la pratique, que la mise en place progressive d'une « gouvernance » privée officieuse d'une vaste zone de la planète ?

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Notes & Références:

01

 

Daniel Estulin - courte biographie

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02

 

Le 3 juin Daniel Estulin a mis en ligne sa conférence de presse tenue au Parlement Européen le 31 mai 2010

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03

 

Groupe Bilderberg - Mise en place de One World Company Ltd Mardi 01/06/2010 - 14:30 - 15:00 http://www.europarl.europa.eu/news/expert/event_by_type_p...Nigel FARAGE (ELD, UK), Mario BORGHEZIO (ELD-IT), Godfrey BLOOM (ELD-UK) et Daniel ESTULIN Bruxelles, Bâtiment PHS, Salle 0A50 - Anna PolitkovskayaLes vidéos sont accessibles aux adresses :1.  http://pijamasurf.com/2010/06/el-historico-discurso-de-da...
2. http://www.danielestulin.com/2010/06/03/videos-discurso-o...

 

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David Rockefeller Memoirs, Random House Trade Paperback Edition, 2003, p. 405

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Dans un article traduit sur Rue89

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